SERMON SUR L'IMPURETÉ
sage et zélé, par les aumônes, par les sacrifices, par tous les moyens que la religion me fournit. Grâce à laquelle je répondrai fidèlement et sans me tromper, promptement et sans hésiter, pleinement et sans rien réserver. Grâce que je n'exposerai jamais ; car l'exposer, ce serait vouloir la perdre. Mais aussi, mon Dieu, grâce avec laquelle je me promettrai une sainte persévérance, jusqu'à ce que j'arrive à la gloire où nous conduisent, etc.
Sun LA
Propter quod dico iibi : RemiUuniur ei peccata multa, quoniam dilexii noMum.
C'est pourquoi je vous déclare, que beaucoup de péchés lui seront remis, parce qu'elle a beaucoup aimé (1).
C'est ce que le Sauveur du monde répondit au pharisien, en parlant de cette femme pécheresse dont notre évangile nous représente aujourd'hui la conversion. Réponse dont je me sers, non pas pour faire l'éloge de cette illustre pénitente, mais l'éloge du divin amour qui la sanctifia. Le désordre de Madeleine fut d'avoir beaucoup aimé ; et, par un changement visible de la main du Très-Haut, la sainteté de Madeleine consista à aimer beaucoup. Son amour en avait fait une esclave du monde ; et, par un effet merveilleux de la grâce, son amour en fit une prédestinée et une épouse de Jésus- Christ. Ce qui avait été son crime devint sa justification ; et l'amour
chaste du Créateur, fut le remède salutaire qui la guérit dans un moment de l'amour impur et profane des créatures. Miracle de l'amour de Dieu dont je prétends faire le sujet de ce discours. Miracle que Dieu, par une providence singulière, à voulu rendre public, afin que les pécheurs du siècle eussent dans cet exemple, et un puissant motif de confiance, et un parfait modèle de pénitence. Un puissant motif de confiance pour ne pas tomber dans le désespoir, quelque éloignés qu'ils puissent être des voies de Dieu et un parfait modèle de pénitence, pour ne pas donner dans une dangereuse présomption, en comptant sur la miséricorde de Dieu. Car c'est ici que je pourrais bien dire à une âme mondaine troublée des remords de sa conscience, ce que saint Ambroise dit à l'empereur Théodose : Qui secutus es errantem, sequere pœnitentem. Ce saint évêque parlait de David ; et moi, mon cher Auditeur, je parle de Madeleine, et je vous dis : Si vous avez eu le malheur de suivre cette pécheresse dans les égarements de sa vie, rassurez-vous, puisque, toute pécheresse qu'elle était, elle n'a pas laissé de trouver grâce devant Dieu. Mais d'ailleurs, tremblez, si, l'ayant suivie dans ses égarements, vous n'avez pas le courage de la suivre dans son retour. Car, que doit-on et que peut-on espérer de vous, si vous ne profitez
pas d'un exemple si touchant après qu'il a converti tant d'âmes endurcies, et s'il ne fait pas sur vous les plus fortes impressions ? Madeleine est la seule qui paraisse dans l'Évangile s'être adressée à Jésus-Christ, sans autre vue que d'obtenir la rémission de ses péchés. Plusieurs, encore charnels, recouraient à lui pour des grâces purement temporelles : pour être guéris de leurs maladies, pour être délivrés du démon qui les tourmentait ; mais Madeleine, déjà chrétienne et d'esprit et de cœur, ne cherche, en cherchant ce Sauveur des hommes, que la guérison de son âme, et convaincue que son péché est son unique et souverain mal, elle ne lui demande point d'autre miracle que celui de sa conversion. Voyons par où elle y parvint, et implorons auparavant le secours du Ciel par l'intercession de la Mère de Dieu : Ave, Maria. C'est une question qui se présente d'abord, et dont la difficulté, fondée sur l'Évangile même, a besoin d'éclaircissement : savoir, si les péchés de Madeleine lui furent remis parce qu'elle aima beaucoup, ou si elle aima beaucoup parce que ses péchés lui avaient été remis. A en juger par les paroles de mon texte, la première de ces deux propositions est incontestable, puisque le Sauveur du monde déclare en termes exprès, que parce que cette pénitente a beaucoup aimé, beaucoup de péchés lui sont pardonnes : Remittuntur ei pec-
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cata muîta, quoniam dïlexit miiltùm. La seconde, quoique contraire en apparence, n'est pas moins certaine, puisque c'est une conséquence nécessaire du raisonnement que fait ensuite le Fils de Dieu, et qu'il tire de la comparaison de deux débiteurs, dont l'un, à qui l'on remet plus, se croit plus obligé d'aimer que l'autre à qui l'on a moins remis. D'où Jésus- Christ prétend conclure que Madeleine aimait donc plus que le pharisien, parce qu'on lui avait plus pardonné de péchés : Ouis ergo eum, plus diligit ? œstimo quia is cui plus donavit. Il est aisé, Chrétiens, de concilier ces deux propositions ; et, pour les réduire à un point de morale où je me renferme, mais qui sera d'une grande instruction, disons avec saint Chrysostome que l'une et l'autre est également vraie : c'est-à-dire, qu'il est également vrai, et que Madeleine obtint la rémission de ses péchés parce qu'elle avait beaucoup aimé, et qu'elle aima beaucoup parce qu'elle avait obtenu la rémission de ses péchés ; en sorte que le pardon que Jésus-Christ lui accorda fut tout ensemble et l'effet, et le principe de son amour. Pour mieux entendre ma pensée, distinguons un double amour de Dieu ; l'un qui précède la conversion, l'autre qui la suit ; l'un que j'appelle amour pénitent, et l'autre amour reconnaissant ; l'un qui fit rentrer Madeleine en grâce avec Jésus-Christ, et l'autre qui la
fit pleinement correspondre à la grâce qu'elle avait reçue de Jésus- Christ; Appliquez- vous. Madeleine, encore mondaine et pécheresse, lassée de marcher dans la voie de perdition, se sentit touchée tout à coup de repentir, mais d'un repentir plein de confiance,, et c'est ainsi qu'elle plut au Fils de Dieu. Madeleine, convertie et sensible à l'insigne faveur qu'elle venait d'obtenir dans le pardon de ses crimes, fut tout à coup pénétrée de la plus parfaite reconnaissance, et ne pensa plus qu'à se dévouer pour jamais au Fils de Dieu. Or, voilà par où je résous la difficulté que j'ai d'abord proposée. Car je dis que ce fut l'amour pénitent de Madeleine qui la réconcilia avec Jésus-Christ ; et j'ajoute qu'une si prompte réconciliation avec Jésus-Christ excita dans son cœur l'amour reconnaissant qui l'attacha pour toujours à cet adorable Maître. En deux mots, ses péchés lui furent remis, parce qu'elle aima beaucoup de cet amour qu'inspire la vraie pénitence ; ce sera la première partie : et elle aima beaucoup de cet amour qu'inspire la reconnaissance, parce que ses péchés lui avaient été remis ; ce sera la seconde partie. L'une justifiera la miséricorde du Sauveur envers Madeleine : l'autre vous apprendra comment Madeleine s'acquitta de ce qu'elle devait à la miséricorde du Sauveur ; et c'est tout mon dessein.
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