‹ SermonsChapitre 12 sur 12 · PANÉGYRIQUE · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE

DE

St. CHARLES.

Maximus, „ expugnare insurgenies hosies ^ ut consé»

ifuereiur heredùaiem IsraeL

Il a été très-grand pour renverser les ennemie

d'Israël , et pour faire la conquête de la terre qui devoit en être l'héritage.

EccL 46» a.

CJest-> réloge qua fait le St. -Esprit da successeur de Moyse, et celui qui convientt M/ , à votre illustre Patron. Il a été très-grand par les victoires qu'il a fait rem»porter à TEglise Sur tant d'ennemis qui avoienl conjuré sa perte ; il la été par celle qu'il a remportée lui-même sixf un peuple qui a été si long-temps rebelle à sa voix y et dont il a fait un des plus précieux héritages de J. C. et de soa Eglise. Maximus, .... expugnare • insur^ gentes hostes , ^t consequereiur here^ ditatem Israël.

L'Eglise voyoit avec, douleur ceux qu elle avoit portés dans son seiti , quelle avoit formés par ses soins > quelle avoil

^ Tariêgynque

éclairés de ses lumières y tourner contre elle des armes sacrilèges ^ .elle les voyoit f faisant schisme avec elle^ répandre en tous lieux lesprit d'indépendance et le poison de Terreur. Elle voyoit son empire ébranlé

i'usques dans ses foademens 9 ses plus bêles provinces désolée^ , des Royaumes entiers soustraits à ses lois , les Princes de la jterre brisant son joug et frémissant contre $on autorité ^ tout l'enfer exhalant ses fureurs et se tenant àéyk certain de la victoire/

L'Église voyoît cet affreux spectacle > et elle en gémissoit : mais humiliée > a^ fligée , couverte de plaies et accablée d'opprobres , elle conservoit précieusement son espérance avec sai foi. Pleine de confiance , elle leva yers le Ciel des yeux baignés de pleur^ , elle rappela à son Dieu ses anciennes promesses 9 elle liH demanda un défenseur , un héros qui lui rendît sa gloire ; et Charles lui fut donné.

, Charles devoit être le irîoniphe et l'honneur de l'Eglise. Mais au milieu d'elle il avoit à triompher lui-même d'enfans indociles qui ne tenoient encore à leur mère que" pour l'affliger et l outrager davantage ; et tel étoit sur- tout le peuple de Miiaa , ce peuple dont St. Charles a été tout à la fois le vainqueur , le Pasteur et le Père.

de St. Charles. '5 ,

Poiu* rendre i Charles, toute la gloire ^ui lui est due, et pour célébrer digne* ment sa grandeur » honorons donc aujourd'hui ce double triomphe : Charles a été très -grand , il a fait triompher l'Ëglise , c'est le sujet de ma première partie ; il a triomphé < de son peuple y c'est le sujet de la seconde*

P R S^ I s R s PARTIE.

Jamais Vinfortunée Jérusalem n'avoit si bien mérité dans sts malheurs les accens plaintifs et les tendres gémissemens du Prophète , que l'Eglise mérita d'exciter les soupirs et les larmes de sts vrais enfans dans le siècle où Charles naquît.

Comment cette ville , placée sur le haut des monts , cette no^velle Sion , autrefois si pleine de peuple, ^ trou voit- elle réduite & une sorte d abandon et à une affreuse solitude ? Comment cette mahresse dies natiotis avoit-dle perdu son premier éclat et son anèienne beauté ? au dehors ses ennemis, tout fiers de leurs succès ^ insul* toient à sa dotileur , s enrichissoient de ses dépouilles et la ménaçcnent d'une houleuse captivité. Au dedans ceux qui lui étaient les plus chers la couvroient d'opprobres ; elle cherchoit parmi eux des consc^aieurs et ils augmentoient son tourment j «eUie gémissait sur ses Ministres #

4 Panégyrique

qui auroîent dû gémir i sur cHo. Partout les scandales > les erreurs 9 les abus si contraires à sa gloire , sembloient assurer pour toujours sa dcsofaliôn et sa honte. '

Mais Dieu veilloit 5ur elle , il lëprouvoit , il nous punissoit, et ne I abandon^ noit pas. Les malheurs de lll^glise préparoient son triomphe ; et c'est à Charles qu'elle en fut redevable.

Charles la fait triompher des scandales par ses exemples , de Terreur par ses lumières » des abus par ses sbiiis et sts travaux; et c'est ainsi qu'il s'est montré vraiment grand. Maximus.

Le scandale des mauvais exemples dans le plus grand nombre de ses enfans avoit commencé les malheurs dé TEglise, Pour arrêter ce tbrrept dès vices , pour en faire triompher l'Eglise de J. C, , il falloit offrir ''au monde 1^ spectacle des vertus contraires ) il falloit de grands exemples : St. Charles les a donnés.

Charles eut tout ce qu'il faut pour servir de modèle : l'ancienneté de sa maison , la noblesse de son origine 9 le haut rang de s^s ayeux ne sont point des titres devant Dieu ; ce sont souvent des préjugés aux yeux des sages , et je n'en ferai point ici la matière de son éloge; mais dans les vues de la Religion , ce sont deà moyeiâS pour étendre , pour affermir l'empire de la foi et ppiu: illustrée la vertu;

de Si. Charles. 5^

c'est à cela aussi que Charles fil servir l'éclat de sa naiissance , et que le disposa la piété mèrne de sqs parent. Il reçut d'eux, le plus beau de tous les dons et de tous les héritages' le plus précieux , une éducation sainte;^ il eu reçut, de toutes les leçons la plus ef-^ ficace , 1 exemple , et il en profita. Les jeux de son enfance furent les présages»

de sa grandeur future et de sa sainteté , et, à en Juger par ces premiers rayons de/ sagesse qui brillèrent dans le jeune Bor-^ romée, on put dire de lui, comme autre-; fois de Jean -Baptiste : Que pensez- vous ' que sera vu jour cet enfant ? Quis pu-^ tas , puer iste erit.

• Déjà le Seigneur a mis en lui ses plus tendres complaisances ; déjà il l'appelle au service de ses autels. La chair et le sang faisoient alors les vocations les plus ordinaires ; on nentroit dans Tétat le plus saint que pour y jouir, plus à son aise des délices de la vie , des biens et des honneurs du monde; et de ce premier scandale naissoieht presque tous les autres. Le ministre , à qui il appartient de donner J'exemple , ne mohtroit au peuple que celui du vice , et tout en mé- , prisant ses guidés «t ses modèles , le peuple les imitoit. St. Charles fit voir en lui des dispositions plus dignes de Tétat qu'il embrassoit. Dès le moment ou il y entra , TEglise reconnut avec joie à sa

<5 Panégyrique

contenance toujours, modeste 5 à la ^cence de &ts vètemens 9 à Ja pureté de ses mœurs 9 à son assiduité au temple »

à son amour pour la prière , à son zèle pour le culte du Seigneur » à son respect pour les moindres fonctions qui y sivoient rapport 9 que c'étoit Dieu -même qui Tappeloit.

De* là le saint usage qu'il fit des retenus du premier bénéfice qui lui fut conféré. La mauYaidé administration de ces sortes de biens > 1 etnploi sacrilège. <|u on osbit en faire étoit une des plaies qui affligeoîent dafvanlage l'Eglise de J. C. » et qui , par la faute de sts ministres > la couTroient de plus de bonté aux yeux àt s^s ennemis. Charles > q^ioique dans un âge si tendre >fut ému à la vue d'un pa« reil scandale , et par sa conduite voulut en effacer l'opprobre. « O mon père > ditr )^ U^ au cemte Borromée , avec cette no* 3> ble assurance que^ donne le zèle de ^ la religion et l'amour du devoir > mon » père ) qu'il ne soit pas dit qu'un bien »

^ qui est le patrimoine des pauvres 9 serve » à nous rendre plus riche et soit des- »' tiné i d'autres usages qu'à leur èntre- » tien. » C'est sur ce plan qu'il l'adrni* nistra lui-même , ne se réservant que le simple nécessaire sur ce qui fournit à tant d'autres la matière d'un vain et bon* teux superflu^

de St. Charles. y

Ainsi sa sagesse croissoit de jour ep

jour au sein de sa famille et à lombre

des vertus de ses pères. Dans cet asilp

. consacré ài Tipocence , ses mœurs pyrcis et tranquilles n avoient. rien à craipdue 4e la contagion d^ rncBurs publiques ^t des vices du çiècle. Tel c^u'un ar)i)iis$c^)i planté sur une rive fleijinQ 9 arrosé cl|^que jour par des e^ux salutaire^ qui hf^gnent sa racine , cultivé pig: m^e . qi^p ,Babile et lobjet des jplus tendre^ SQ^ns ; dans cet étal il devient lorn^mept dça prairies > on le voit avec complai^nçe s^ couvrir d'un feuillage toujours y^rt ^ doiyner des fruits avant le temps 9 et , à Vabri des vents çt des orages 9 s'élever, croître « s'embellir, et protéger, déjà de son ombr^> les arbrisseaux d'alentour ; tel Cbarles devenu la consolation et la joie ^% ceuiL

' qui Vavoient élevé ,' lornement de $a famille , lencouragement et l'appui dq tous ceux qui lenvironnoient , rendort avep usure le doux fruit des soins que Topt prenoit de lui.

Cependant le temps approchoit où il devoit être exposé à de plus grands hasards et où sa vertu devoit honorer l'Eglise par de plus grands exemples.^ Charles étoit comptable à l'univers de sa sagesse , de ses talens et dje ses progrès. On l'en'^ voie dans l'université :de Pans pour commencer un nouveai^ cours d'études. Une

ÎJ Panégyrfque . .

carrière brillante s ouvre devant lui : il y entre ; mais ce n'est point pour se procurer la gloire des hommes , c'est pour mieux servir un jour le Seigneur, Il voit régner , de toute part > une émuta« lion dictée par l'orgueil , et il met à la place tine sainte ardeur dont la charité est lame. Il voit de honteux plaisirs servir de' délassement à l'étude , et il mé- Î)rise deis plaisirs qui énervent lame et a corrompent , pour se livrer tout entier à 1 étude de la sagesse qui l'élève et l*ennoblit. Il voit une jeunesse licencieuse , rassemblée de toutes les parties du monde , apporter à Pavie les vices de toutes les nations; et, dans un âge si facile à se laisser séduire , il donne lui seul lexemple de toutes les vertus. On s'en étonne 9 on insulte à sa sagesse , et bientôt on finira par l'admirer. Mais avant que l'Église en fasse la matière de son triomphe , Charles a encore de nouvelles épreu- Ves à iJÙbir.

.Ici ,. M'* qui . me donnera de bien xeiadre ï sans alarmer voire délicatesse et sans diminuer la gloire de Charles i le combat qu'il eut à soutenir contre tous les attraits du plaisir. Peignez- vous à vous-mêm^es une de ces beautés séduisantes et trompeuses, à qui le Ciel semble avoir départi tous ses charmes , à qui l'enfer a prèi^ ses artifices ci ses ruses;

de St. Charles. 9

dont' les yeux , pleins d'une douce 1an«.

gueuir , promettent un sentiment que leur cœur se garderoit bien d'éprouver; dont les lèvres « pour me servir du langage de l'écriture , semblables au rayon d où coule le miel 9 emploient les expressions .

les plus flatteuses , tandis que leur esprit . médite les plus noirs projets ; dont l'élégante et dangereuse parure jnet en usage tous les agrémens de l'art , pour rielever encore les appas que leur a donné la natu*r ture ; dont le manège adroit joue tour à tour les grâces naïves de la pudeur et l'emporte* ment de la passion ; dont le premier talent est de plaire , et dont tout le but est de pervertir; dont les perfides caresses font espérer la joie et le bonheur ^ et conduisent»

selon l'expression du sage y au repentir et à la mort. C'est une de ces idoles du monde»

qu'il prépare et qu'il forme lui-même pour sa perle et pour son malheur , que l'on oppose à la vertu de notre saint; elle s'arme de tous SCS attraits : on lui ménage l'occasion la plus favorable à ses vues 9' la plus dangereuse pour Charles. Le silende de la nuit > la circonstance du moment » une jeune per* sonne seule , à ses genoux ; sa beauté f ses larmes 9 la jeunesse de Charles , lui* même , la sensibilité de son cœur , ces malheureux penchons d'une nature dépravée imprimés dans tous les enfans d'Adam»

lout c9A$jpire sa déf^e. Le combat même

lo Panégyrique

a ses dangeri^ et rend la victoire trop in*' certaine ; que fera-t-il { Il fuira ; et comme un autre Joseph , vainqueur par sa fuite même > il donnera aux siètles à venir la.

plus importante leçon. L'Eglise se glorinera de sa sagesse » elle le préposera è tous sts enfans > comme le modèle

Îu'on doit suivre > elle le proposera à st% finistr.es 9 comme la règle de leur conduite^ et formant d'après lui de dignes élèves ^ puisse-t-elle n'avoir plus è rougir pouc^ #ux de la dépravation des mœurs.

Potir que l'Eglise triomphe encore avee plus d'éclat dans la personne de Charles ^ il faut à ce jeune héros du christianisme tin plus grand théâtre. Le cardinal de Mé^ dicis 9 son oncle , est élevé ^ur la chaire de St. Pierre. La nouvelle en est portée â ses neveux , elle se répand avec soin , la joie se répand avec elle ; on s empresse à té^* snoigner cette commune allégresse : Char-f les seul paroît triste. Les hautes espérances qu'or) lui fait concevoir, en le remplissant de crainte , le rendent plus humble encore et plus niodeste. Aux pieds du trône où il va s'asseoir avec son oncle, il entrevoit des abîmes ; sous le vain éclat des titres, it aperçoit le pesant farder des devoirs ; sous Iccorce des grandeurs , il <|imèle Tap* pas des vices , et voit de toute' part les éiucils dont est bordée la route qui conduit aux honneurs. U regrette isoa heu«

ék St. Chartes. ti

retise obscurité ; il craint pour fe Soiiwerain Pontire , il craint pour lui*mème »

et sait que son salut est devenu d'autant plus d'Ificila qu'il se voit plus près des dignités et des richesses* 11 a donc recours auK gémissemens et i la prière ; il se prosterne aux pieds du Seigneur , il lui dit : « O mon Dieu 9 vous savex ' que je ïie vous demandois pas ces honneurs dan« gereux 9 maintenant s'il en est temps encore 9 éloignez -les de moi. Que le nou« Teau Pontife que vous y avez élevé sache en soutenir le poids.; qu'il vive non plus pour lui 9 mais pour l'Eglise dont il est le chef; qu'il ne mesure son rang et .son pouvoir que sur le bien qu'ils lui' permettent de faire 9 et sur les obligations qu'ils lui imposent ; successeur du premier et ^u plus humble de vos Apôtres 9 qu'il nous gouverne , non pas en Monarque 9 non pas en Maître 9 mais en Pasteur 9 mais en Père ; et moi 9 Seigneur 9 laissearjnoi 9 à l'ombre de vos Autels 9 dans un rang obscur 9 soutenir, pardes vertus*, toute la dignité d'un Ministère qui ri'est déj& que trop grand par lui-même 9 et qtie trop redoutable pour moi, "» Ainsi parloit Chaiw les ; mais Dieu aimoit trop 'son Ëglise

Ïiouir exaucer entièHenient des vœux qui ui eussent été si contraires. '

Dans la foule de ceux qui félicitent Pie IV sur son exaltation ; il ne voit poior

12^ Panégyrique ' , .

4e jeuiie Borromée. Il faut un *ordre k ' Charles pour qu'il sorte de sa retraite ; il faut que le Vicaire de J. C. lappellè » !

et' lui dise comme autrefois Dieu disoit à Moïse : Venez èl Je vous enverrai. Peni^ .

etmittam te. Venez, cest par vous que * l'Eglise recouvrera son éclat et sa gloire> Dieu vous l'ordonne par ma voix , vanez^ Charles voit augmenter ses frayeurs; il tremble 9 mais il obéit ; il vient au nom du Sefigneur ; Rome le reçoit dans ses murs , et le Souverain Pontife ne laisse

Îm'un degré entre son neveu et lui.

:>barles est tout-à-coup prince , cardinal*;, archevêque , prolecteur des empires , dé«positaire du souverain pouvoir , et Charles n'a que 22 ans. Il est au milieu de la cour', où Vambiiion reçoit des lois et en donne , et Charles n'en reçoit ique de son zèle pour la gloire du Sei|^neur ; à la cour où Ton n oublie le plaisir qu'en faveur de l'intéi et » et où , quand l'intérêt s'endort,- on se livre tout entier à la volupté, et Charles «'est occupé que du soin de faire fleurir la Religion ; à la cour^ù tout est intrigue pour parvenir , ruses et finesses pour supplanter , adulation et bassesses lorsqu'on dépend , hauteur et fierté dès qu'on domine , et Charles est toujours droit dans s(ts vues, simple dans ses mœurs, égal dans toute sa conduite ; Charles est toujours semblable à luj^oiême ; dans ce

de St Char Ici. i5:

lieu etlfiii où tout eo impose & ceux qui sont en place ; où l'hypocrisie emploie «.

pour les surprendre , les noirceurs, du vice, et k masque de la vertu; où la flaticrie».

toujours adroite et concertée , leur déguise avec art leurs propres foiblesses 9 et leur fait illusion sur tous leurs défauts ; où^ lenvie sourde et maligne ajoute en secrets aux \ices qu'ils ont déjà » et leur fait un crime de toutes les vertus qu'ils n'ont pas; et Charles connoît » démêle tous ceux qui l'environnent, il se^connoît lui-même; sous ses yeux l'hypocrite est .démasqué , le flatteur se tait, et l'envieux avoue., quoiqu'à regrets que dans Charles il n'y a rien à reprendre. D'après lui les mœurs' se réforment , son exemple touche, en-^ (raine , persuade ,. et l'Eglise triomphe d'avoir au sein de Rome , si près du S^ou- -verain pontife , dans un Ministre si jéUne encore , de si belles vertus à opposer aux traits critiques ^et méchans des ennemis qui la déchirent , et un si heau modèle à proposer à ses enfans»

Elle vpus le propose tencore aujourd'hui ce modèle à vous qui êtes appelés au même état , au même ministère que Charles ; elle vous le propose pour qu'en l'imitant , vous lui rendiez à elle-même sa gloire déjà si fort obscurcie de nos jours» et qujB vous renouveliez son triomphe. .Q non jDieu y jetez les yeux sur nous > el

I \, Panégyrique

donnes encore , s'il le faut j un St. Ch9^ les à TËglise. D^iis le siècle de Charles les maux de l'Eglise ne se bornoient pas aux scandales qu entrainoient avec eux les vices de ses enfans. La foi est presque toujours en proportion avec les mcBurSf et quand les mœurs s'altèrent 9 la foi ne tarder pas a se corrompre. :. ainsi que l'esprit de révolte et l'erreur étoient devenus les tristes suites du dérèglement des jnœurs» il falioit donc aussi opposer aux erreurs du temps les plus vives lumières ; et c'est

Far-Iù encore que Charles a fait triompher Eglise.

Déjà dans le secret de son palais 9 dant kl société d'un petit nombre d'hommes vertueux et fidèles y il ornoit son esprit t il formoit son jugement» il aiguisoit les armes dont il devoit se servir un jour contre les ennemis qu'il avoit à combattre*

II savoit que la raison bien dirigée conduit rhomme à la foi , que les lumières qui nous viennent de l'auteur de la nature ue sauroient nuire à celles qui ont l'auteur de la grâce pour principe ^ que les sciences et les arts policent les mœurs que le christianisme épure , et prépare les vertus que perfectionne la Religion. Il savoit que ce qui enfle davantage ce n'est pas tant la vraie science , si propre à nous rendre modestes , que l'ignorance de ce que l'on croit savoir » et que l'aveugla

de St. Chartes. i5

présomption est bien moins le fruit des lumières et de la vérité 9 qu elle n'est rordinaire apanage de l'erreur et du mensonge. Il savoit que l'instruclion el iîétude affermissent et maintiennent la croyance , qu'elles ajoutent la force de la conviction au poids de l'autorité , et qu'el« les rendent la soumission d'autant plus^ entière et plus sûre qu'elle est plus rai« sonnable. Enfin il savoit qu'en cultivant les arts aimables et les sciences profanes 9 on peut les ennoblir par les vues qu'on y porte , et les sanetinèr par la lin qu'on s'y propose ; et qu'après tout il est permis quelquefois de faire servir les dépouilles de l'Egypte à orner le temple du Dieu d'Israël. Oh le vif donc se former une aca* 4émie au sein du Vatican, y donner à l'éloquence 9 à la poésie » à l'histoire 9 k la politique s à la morale 9 ses plus doux xnomens 9 -et\, dans le familier entretien des hommes les plus célèbres,9 se délasser la nuit des* travaux du jour. On le vifc «'instruire et s'éclairer lui-même pour être |>Iqs en état d'instruire et d'éclairer les autres. Comme cet astre, ami des hommes»

qui remplace à nos yeux par une clarté plus douce le vif éclat du soleil 9 et qm brille des feux qu'il emprunte de lui , on le vit tour à tour recevoir des lumières €t en donner% Ainsi , dans le silence et 1 obscurité (jies nuits ^ se préparoil k beau

i6 Panégyrique.

jour qui devoit bientôt éclairer rUnivérs.'

L'Eglise toujours conduite par TËsprit-* Saint n'avoit point altéré sa fou Toujours une, elle retranchoit du milieu d'elle tous c«ux qui vouloient en corrompre l'inalté^ rable pureté. Mais elle n'en étoitpas moins assise au milieu . des ombres ; quoique sa voix portée par des ministres fidèles reteiitit encore aux extrémités du mondé 9 ' toutefois resserrée de toute part , elle nd voyoit autour d'elle qu'une région de morts«

L'hérésie, ce monstre que l'enfer a vomi pour le malheur des hon^mes ,' triomphoit avec audace ; elle s'étcndoit , elle se reproduisoit sous mille formes différentes} ^lle répandoit en tous lieux les plus épaisses ténèbres ; elle obscurcissoit nos dogmes , elle dégradoit notre cuhe , elle retranchoit nos jeunes , elle abolissoil nos sacrifices , elle nous ôtoit nos plus atigus^ tes: sacr<emens > elle déiruisoit tous les principes des vertus et dés mœurs * et 50US prétexte de faire honneur à la grâce^ elle anéantissoit le mérile et la liberté.

Timide d'abord , elle s'étoit glissée dans le sect-et , elle ne dcmandoit que la tolér rance , elle mendioit tout bas la protecr tion et l'appui : bientôt , sdve de ses forcies^^ elle Jeva un front superbe ; -le glaive d'une main et le flambeau de l'autre, elle menaça ^d'embraser l'Univers;' elle arma Jes rois contre les rois > les peuples cou»

de St. Charles. ï^

tre les peuples , les sujeis contre leurs princes ; elle brisa tous les liens , <îHc viola tous les vœux , elle fit oublier tous les devoirs , elle étouffa la voix du sang et de la nature. Toujours plus avide de domination et ^ d empire , ne respirant que le trouble et la désolation , comme le fils dé Jacob , ce loup^ ravissant dont parie l'Ecriture , elle dévoroit la proie du matin et se préparait à partager les dépouil* les du soir. Manè tomedet prœdam , et vesperè dhidet spolia.

Pleine de ces sombres pensées , elle is'insinue dans les détroits des Alpes , elle prend un nouvel essor , elle s'élève sur la cime de ces monts dont la tête àltière sembloit avoir de tous temps bravé s^s efforts. Elle mesure des yeux le monde entier , et s'applaudit des maux qu'elle y a faits. Elle fixe ses regards sur l'Italie ; e)le voit, en frémissant qu'il y règne encore , avec rimégrité de la foi , un sentiji^ent de confiance et de paix ; elle voit un jour pur et sans nuages luire encore sur le Siège du premier des Apôtres. Elle voit , au sein du Vatican , Charles qui , par , les veilles , par lëtiide, par la prière, prépare sa défaite; et, remplie de fureur et de . honte j elle se précipite au fond des abîmes et n'ose plus compter sur sa \ictoire.

Jusques-là, pour se ménager du temps et des forces > elle avoit éludé y suspendu «

j 8 Panégyrique

arrêté les coups qu'on devoit lui porlev.

Bravant tous les foudres de Rome , tournant en dérision s^s anathêmes, ne tenant aucun cAmpte de ses décrets , elle avoit dé* menti tout haut ce principe de S.. Augustini avoué dans tous les siècles : Rome a pcurlé^ la cause est finie » causa finita esL Tantôt i au jugement des souverains Pontifes qui successivement l'avoient condamnée , et dont l'Eglise dispersée dans tout TUnivers avoit confirmé les décisions par $es suffrages oo par son silence , elle avoit opposé les an« ciens temps et la primitive Eglise ; tantôt se servant avec avantage de la dernière res* source des novateurs» elle avoit appelé au futur Concile , elle avoit appelé de l'Eglise i l'Eglise elle-même ; c est-à-dire 9 en un mot, que , pour flatter dans les hommes l'es^ prit d'indépendance , elle avoit osé faire df VËglise de J. C. , de ce tribunal tou^ }ours subsistant , une société qui ne se gouverne que par des hommes de l'ancien temps qui ne sont plus? ou par des hommes du temps à venir qui ne sont pas encore.

Luther, Calvin, hérésiarques fameux dans lart des subterfuges et des vains détours, dès les premiers siècles du christianisme vous avez eu des maîtres , et j.usqu'à la fin des temps vous aurez des élèves.

Cependant le Concile avoit été indiqué; déjà même on en avoit fait louverture; mais mille causes différentes l'avoient in*

de St. Chartes. 19

terrompu : repris ensuite , de nouveaux obstacles 1 avoient faU discontinuer. Les intérêts de$ Princes , Jes artifices des hé* rétiques » les conseils de la politique 9 la crainte de la réforme » les horreurs de la guerre 9 tout avoit rendu inutile le zèle des Pontifes 9 et retardé les résolutions de cette Sté. assemblée. Eglise de mon Dieu > gue 1^ législateur infiniment sage qui vous a établie auroit bien mal pourvu à yios intérêts et à ceux de la vérité 9 si 9 pour appuyer vos dogmes et pour condamner Terreur 9 les Conciles étoient toujours nécessaires !

Au milieu de ces délais 9 chaque jour rhérésie étendoit plus loin ses ravages 9 comme un torrent qui , ayant rompu toutes ses digues 9 entraine avec lui tout ce qui s'oppose à son cours. 11 étoit réservé à Charles d'en arrêter les progrès et d'en reprimer la violence. Cest lui qui d'un^ voix impérieuse devoU lui dire , comme Dieu dit à l'Océan : Tu viendras jusqu'ici 9 et c'est-là que tu briseras l'orgueil de te$ flots. Vaque hue ventes.... et hic con* fringes tumentes fiuctus tuos. En effet Charles sollicite le Souverain Pontife lui* même 9 et l'engage à relâcher 9 s'il le faut t pour le bien de l'Eglise 9 de ^s propres intérêts ; il concilie les intérêts des rois qui

Earoissent les plus opposés j il fait désirer \ réforme à ceux qui la craignent davan* tage; il devient Tame du concile t il ^

2t>' Panégyrique

le centre commun où tous les rayons it lumière viennent se réunir ; Id vraie docirine est exposée et définie , le Concile se termine , Vhérésie est proscrite ; unies aux autres peuples la plus grande partie de l'Allemagne et la France s'étonnent de de trouver encore catholiques, O Francei c'est aux Pères de Trente , c'est à Charles que tu dois la perpétuité de la foi ! Dans ce siècle pervers où tout concourt à la détruire , vo\idrois-tu la perdre après tout ce que Charles a fait pour te la conserver ?

• Hé que ne perdrois-tu pas avec elle ?

Tu perdras ce caractère de piété qui t'est propre. Car je le dirai encore à la gloire de ma nation ; j'ai cherché ailleurs ce que je vois au milieu d'elle , cette union du pasteur et du troupeau , celte confiance dii peuple dans ses Ministres , ces instructions réglées ^ ces offices de nos paroisses , ces assemblées saintes établies pour le souW gement des malheureux , je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé. J aivu les lieux où la foi a établi le siège de son empire, et avec tout l'esprit de religion qui y règne, je n'y ai point vu la piélé du Français. O ma patrie veux-tu perdre avec elle les mœurs? car elles tiennent à la croyance < à ion gouvernement même; car l'irréligion, ainsi que l'hérésie, est ennemie de loule autorité ? Mais écartons de si fanesles présages.- Maintenant , messieurs) vous ferai-je voir encore Charles occupé

de St. Charles. 2I

à composer avec un petit nombre d'hommes choisis ce fameux catéchisme du Concile

de Trenlie, cet abrégé de la théologie chrétienne 9 ce livre des pasteurs , leur livre pi^r excellence, et qui, bien médité, leur suffiroit , quand ils n en auroient point d'autre? Vous le montrerai -je appliqué à donner aux confesseurs ces instructions célèbres qui ramènent le sacrenient de pénitence à sa véritable institution , qui mettent des principes fixes et invariables à la place d'une conduite arbitraire , qui nous apprennent à mesurer les délais de labsolution sur le délai que le pécheur apporte à son véritable changement , qui font revivre , autant que la foiblesse des derniers èges le comporte , la règle des anciens canons , et rétablissent une sorte de proportion entre la satisfaction et l'offense , qui sur-tout raniment l'atleniion et le zèle des Ministres sur tant de confessions ou lièdes ou même sacrilèges , que trop souvent on ne peut bien réparer que par une confession, de toute la vie, faite dans de '.meilleures dispositions. Vous le peindraije enfin au milieu dçs Concile^ et des Syno- : des qu'il a piesidés pour mettre en. vigueur . les saintes règles du Concile de Trente , de . ces .Synodesi dont nos Pontifes font l'an\e de, leurs propres assemblées , et qui renferment tout TespHt des premiei;s siècles de ji'Eglise. .

Aa Panégyrique

Car c'est ainsi que Charles a rendu à là vérité son premier éclat , que lerreur s*est évanouie ) que l'Eglise a recouvre son ancienne splendeur , que l'hérésie a été confondue et s'est vu arracher l'empire qu'elle a'étoit si long-temps promis^

Levez-vous donc , 6 Jérusalem , b Eglise de mon Dieu 9 le vez-vous et sortez de l'état d'abaissement et de confusion où vos ennemis croyent vous avoir réduite pour toujours I surge j Jérusalem. Levez *- vous > soyez dans la joie ; le jour le plus pur brille en votre faveur , et la gloire du Seigneur éclate au milieu de vous» stîrget illuminare , ^uia glorîa Domini super t(^ orta est. Pofiez vos regards autour djî vous, et voyez le triste sort des peuples qui ne participent point' à votre lumière.

Leva in circuitu oculos tuos 9 et *vide.

Tandis que votre foi est toujours une»

toujours invariable 9 voyez - les divisés entre eux , et en côntraoiction avec euxmêmes , varier sans cesse leurs systèmes et leurs erreurs ; voyez -les enveloppés dans les plus profondes ténèbres» n'avoir que leur propre sens pour règle de leur croyance » et adopter autant d'opinions diverses qu'il y a parmi eux de caractères et d'esprits différens ; vide » voyez , triomphez, et après avoir rendu gloire au Seigneur , reconnoissez dans Charles l'instrument dont il s est servi pour assurer votre triomphe.

de St. Charles. a5

Four le rendre plus glorieux encore , il restoit des abus à réformer » et c'est le dernier objet des soins el des travaux de Charles en faveur de TEgliae. En vain elle réclamoit chaque jour par ses gémissemens et ^s larmes ; on ëtoit insensible à sa douleur , sa voix n cioit plus ëcoutée ; les vices passoient en lois , et les abus dégënëroient en coutumes ; abus dans la conduite de la plupart des religieux des abbayes les plus célèbres ; ils avoient substitués les aises et les commodités de la Tie a^x austérités de la pénitence > labondance et les richesses à la pauvreté , lamu&ement et Toisiveté au travail des mains, la dissipation et les emi)arras du siècle au recueillement et à la prière; et, avant même la conclusion du Concile de Trente , dès les premières années de sa jeunesse »

Charles avoit donné lexemple de la réforme par celle qu'il avoit introduite dans labbaye quiluiarvoit été résignée: abus dans la pompe des cardinaux , dans le faste des premiers pasteurs , et pour réformer leur luxe , pour les ramener à la simplicité de leur; état , Charles reforme sa maison , il se réforma luinnème : abus dans la pluralité des bénéfices , dans ces richesses énormes qui , rassemblées sur un seul Ministre , privoient l'EgUse d'une quantité d'autres qui lui eussent été plus utiles 9 et Charies se dépouilla de tous les grands

^4 Panégyrique

biens qu'il possédoit , pour' né se résenrer que celui qu'il ne lui étoit pas libre de quitter : abus sur la résidence des Pasteurs qui abandonnoient leur troupeau à des mercenaires , uniquement occupés à s'engraisser de sts dépouilles ; et dès que le$ circonstances le lui eurent permis , Charles n eut plus d'autre empressement que celui de travailler par lui-même aii salut du peuple qui lui étoit confié : abus de la part des chefs dans l'esprit de domination qu'ils affectoient à l'égard des ministres qui leur étoient subordonnés , et Charles honora ses coopérateurs dans le ministère en s'honorant lui-même , il perfectionna 6a sagesse en s'aidant de leurs conseils et de leurs lumières , il déféra à . leurs avis ) il se fit gloire de leur société et de leur entretien , il les soulagea dans leurs besoins ) il les visita dans leurs iniirmités y il les assista lui-même jusqu'à l$i mort, et lorsqu'on osait en paraître surpris» il répondoit par ces belles paroles : V'ous ne savez pas dequel prix est la vie d'un bon Prêtre.

Ce sont les maux que je viens de décrire qui ont toujours fait le triomphe et la joie des ennemis de l'Eglise , parce qu'ils ne veulent pas faire attention qu'on abuse de tout, qu'il y aura toujours des abus partout où il y aura des hommes y et que ces mêmes abus introduits jusques

dans

de Sl Charles. 35

^dns la Heligion , sont la faute des particuliers et non le vice et lesprii de VEglise emière ; ce sont eux cependant que Charles réforma , autant <ju il peut être donné à un seul homme de les réformer) par ses soins. Du moins il fit voir quel étoit le véritable esprit de TEglise dans la personne de ses plus fidèles Ministres ; il fil dire à Thérétique lui-même, que si tous ses chefs et ses membres ressembloient à Charles 9 il n y auroit bientôt plus qu'un même troupeau et un même Pasteur ; il nous donna à tous les plus importantes leçons , et dans sa conduite les plus puissans motifs pour les réduire en pratique ; il fit rejaillir sur l'Eglise uni* verselle Téclat de sa sainteté. Elle triomr

f ha des scandales, par ses exemples; de erreur , par ses lumières ; des abus , par ses soins et ses travaux. Premier caractère de la grandeur de Charles ; il a fait ' triompher l'Eglise. J'ajoute que luimême a triomphé de son peuple jsecond caractère de sa grandeur et de sa gloire § et lô sujet de ma seconde partie.

SxGOKbl PARTIS.

Vaincre pat : la douceur et nom par la force , subjk]guer les esprit js et soumettre les cœurs ; enchaîner \e% volontés les •plus Rebelles et les- plier à la loi , d'i^

%6 Panégyrr(flé

peuple indocile et féroce , en fàÎTe ui peuple tout composé d'enfans soumis ; des mêmes hcmunes en former des hommes npuveaux , les dompter par ramour. mieux qu'un autre n'eût pu faire par la crainte :

telle est la vraie grandeur , telle est la iréritable gloire » et telles furent au$si la grandeur et la gloire de Charles.

Au sein de l'Eglise » dans une terre chérie du Ciel } est un peuple célèbre par la vertu de ses ancêtres et par le nom de ses^ premiers Pasteurs. Formé d'après les leçons et les exemples des Barnabée et des Ambroise y il avoit long-temps servi de modèle aux autres peuples î il avmt été l'ornement d'Israël ; et « par un renversement étrange , il en étoit devenu le rebut et l'opprobe. Ennemi de toute loin impatient de tout joug et de toute autorité; n'ayant pour coutumes 5 que des vice^ pour culte > que des superstitions ; pour caractère , que l'indocilité ; aveugle dam ses préjugés jusqu'à la folie 9 constam dans le mal [usqu'à ropiniâtreté 9 insensible au bien qu'on vouloit lui faire > ne voulant de chefs que ceux qui flattoient ses passiops » nç renfermant dans son sein que des ministres qui entretenoient son aveu^ement et qui p^rtageoient se$ désordres; ne connoissant de liens que ceux qu'il pouvoit rompre 9 et de devmrs 1|^ ceux qu'il lui étoit libre de sixAw $

de St. Charles. ttf

IDè conservant de mœurs que les mcieurs impures quavoient porté dans son ,5ém le tumulte des armes et les horreurs de la guerre ; objet des vengeances du Très* haut, dont il avoit autrefois mérité les fa* veurs , tel étoit le peuple de Miian, Triompher d'un tel peuple 9 le ramener à Dieu , à la Religion } à la vertu 9 étoit sans doute le plus beau de tous les triomphes 9 et c'est 9 Charles qu'il étoit réservé.

Charles a triomphé de l'aveuglement et de la dépravation du peuple de Milan»

pfsr son zèle ; de sa résistance et de ses malheurs ) par sa charité ; de l'endurdssement et de l'obstination de ses chefs , par «a fermeté et sa patience : c'est ainsi encore qu'il s'est montré vraiment grand t maocimus.

Le temps favorable aux desseins de Charles est arrivé ; les obstacles qui Varrètôient ne sont plus; Pie IV est mort et Charles est à Milati. Depuis près d'un siècle 9 celle ville n'avoit point vu ses Pas* teurs : loin du troupeau qui leur étoit conBé f ils faisoient de l'épiscopat un vaia ' iitre d'honneur , et de la fonction des Apôtres 9 un ministère sans scÂns et- sans travail. Grand Dieu 9 quels funestes ravages leui? longue absence avmt causés I Con- sole-toi 9 peuple infortuné! unPasteiu'9% |>lus beau présent du Ciel dans sa misén'% dcorde 9 |m boa Pasteur l'est donnét USais

a8 Panégyrique

3uoi , ce peuple s'en effraye , et se plaira éjà d'avoir au milieu de lui uq si saint archevêque

Charles jette un premier coup-d'œil sur son diocèse. Les ténèbres qui le couvrent»

les vices qui le défigurent , raffligen( , mais sans le décourager ; et en excitant son zèle, ils fournissent la matière de ses pre^ miers triomphes.

Par-tout il voit régner l'ignorance la plus profonde ; les plus importantes vérités sont mises eti oubli , la Religion la plus sainte ne paroit qu'un amas des plus grossiers mensonges ; au sein du christianisme Charles retrouve avec douleur toute l'exlravagance et les impiétés des peuples idolâtres. Pour dissiper ces épaisses ténèbres» 1 il communiquée des Ministres', qu'il prend I soin de former lui-même , toutes les lumières qu'ils doivent répandre. C'est lui qui les rassemble , c'est lui qui les instruit et qui les éclaire , c'est lui aus^ qui les en voit et qui les distribue dans toutes les parties du Milanois , pour y porter, comme autant de canaux dont il est la source , les germes précieux de là Religion et du salut. Mais ce n'est pas assez, pour Charles d'enseigner son peuple par la vo'^e de ses Ministres , il sait trop bien que son premier devoir est de l'instruire et de l'enseigner lui-même. Il ne s excuse point sur les travaux de l'épis-

de St. Charles^ 29

copat ; il sait que Paul', charge du soia de tant de nations qu'il avoit converties à la foi, ne se crut pas dispensé de leur prêcher encore révangile. 11 ne prétexte point la foiblesse de sts talens , parce que c'est au nom du Seigneur qu'il parle , et que c'est de Dieu -même qu'il attend tout le fruit des vérités qu'il annonce ; il sait d'ailleurs qu'un Pasteur , prêchant à soa peuple , n'a besoin que d'entrailles ,' et qi*è son langage n'est que celui d^un père qui ^entretient avec ses énfans ; il sait que son caractère donne une énergie particulière à ses discours r et que, pourvu qu'il sente ce qu'il dit , et qu'il agisse comme il parle , on le dispense de l'art >de bien dire. Charles n'a point , il est vrai , cette brillante élocution des orateurs du siècle^ qui plait et qui amuse ; mais il a pour lui l'onction de la grâce qui toucha »

^ùî persuade , et la force de l'exemple qui entraîne et qui détermine. C'est avec ces puissans secours que ce St. Pontife entreprend d'instruire et de réformer soijL.

peuplé. Il se montre , et son extérieur est déjà une prédication muette, plus éloquente <jue tous les discours. 11 parle, et tous les esprits s'éclairent , et les cœurs s'ouvrent à sa voix. 11 tonne , il menace , il presse > il conjure, et tous ceux qui se prêtent â l'entendre partagent avec lui les sentimens qu'il veut leur inspirer.

5o Panégyrique

Charles ne borne pas ses! îhstructicms et son zèle à sa capitale. C'est un astie bienfaisant qui ëclaire et qui vivifie les profondes vallées > comme le sommet des plus hautes jnontagnes. C'est un grand fleuve dont le cours majestueux et paisible enrichit et féconde les campagnes et les cités. A la tête de ses plus fidèles ministres, il sort de Milan , pour visiter les Ueux les plus abandonnés^ Tantôt il parcourt dé tristes hameaux et de misérables chaumières , dont les habitans farouches, sans foi , sans pasteur , n'ont que l'instinct pour guide , pour partage que l'infortune, pour Toi que la nécessité ; et en leur prè^ ^hant l'évangile , il en fait tout*à> la-fois dai chrétiens et des hommes. Tantôt, à travers les buissons et les ronces', il se fraye une route inconnue jusques sur la cime àt% rochers les plus escarpés. Sur sa tête, sont des monceaux de neiges ; sous ses pieds s sont des abîmes ; autour de lui , sont les dangers et la mort ; et , pour éclairer , pour sauver une seule ame , il s'exposerait mille fois à perdre la vie. Ici , ce sont des lorrens impétueux , il les traverse ; là , ce sont des sentiers impraticables , il s'y traîne, il rampe , il arrive au terme les pieds tout en sang et le front tout couvert de sueur et de poussière. Le matin, sur le haut des Alpes , parmi les glaces éternelles dont ils sont couronnés , u n'a , pour soutenir

de Si. Charles. ^ 5i

en lui uii rtsie de chaleur , que l'excès de son zèle et le feu do son »nour. Au mitieu du )our , lassé j épuisé par ses courra»

il éprouire » sous un autre aspect » ce que k soleil 9 dans toute sa force > a de plus vif et de jplus dangereux > et ce que les chaleurs oe l'été ont de plus accablant.

Souvent il fait Thumble fonction de ceux qui raccompagnent ; il les soulage , sans penser au secours dont il a besoin pour lui-même ; il prend sur lui la chai^ la plus pesante , et oublie la délicatesse de soa tempérament 9 pour ne prendre conseil que de sa charité. Par-tout 9 et sans aucun intenralie 9 il prêche j il' confesse 9 il administre les 3acremens à ceux qu'il a suffisamment préparés. Il court après les pécheurs les plus endurcis 9 et les ramène ; il écoute les plaintes des malheureux et les console 9 il cnâtie les oppresseurs et délivre les foij>les qu'ils oppriment 9 il termine les querelles, il accommode les différens; et après de si grandes fatigues 9 il n'a 9 dans ces lieux incultes 9 pour toute nourriture 9 que dsîs fruits sauvages ; pour lit 9 que la terre ou quelques feuilles d'arbre dont elle est, couverte 9 et pour moments de repos 9 que le petit nombre d'heures 9 qu'il ne lui est pas libre de donner au travail. C'étoit-là un véritable pasteur, bien différent de ceux dont parle le Prophète! Opastor^ et idolumî Le peuple 9 ébranlé par s<m zèle 9 sort de

53^. panégyrique

) assoupissement et des ténèbres où. il ëtoîl plongé. On s'empresse , on vole sur ses pas 9 on a peine à le quitter. Les cœurs les plus féroces deviennent sensibles et s^umanisent ; les pécheurs les plus obsti* liés céd<înt à la grâce de J.C. et aux exemples de Charles. Il fait de ce peuple un peuple conquis i dont il ne reipoit les Hom- . siages que pour les rendre au Seigneur.

De retour à Milan , il y reprend ses premiers travaux , et par-tout les mêmes succès l'accompagnent. Par sts soins , les écoles de la doctrine chrétienne sont inslituées ; les séminaires sont ouverts , des hôpitaux sont fondés; de nouveaux temples " s'élèvent , des lieux de retraite offrent une voie au repentir , et une ressource à la pénitence ; l'innocence elle-même trouve des asiles contré les dangers de la séduction; les .sacremens sont fréquentés vie vrai culjte reprend son éclat et sa pureté ; la vertu a âé)à ses défenseurs et ses élèves ; le vicet honteux et timide, ne se fait. plus une.

gloire de ses excès , et la piété , mieux connue et mieux affermie , ne .passe plus pour une foiblesse ou pour up ridicule :

Milan change de face. Charles a triomphé de son aveuglement et de sa dépravation par son zèle...» Ah ! que dis - je? Milan renferme encore des sujets rebelles » mais dont il surmontera la résistance , et dont il finira les malheurs par sa charité»

de Sl Charles. 55

Tant que ce Saint Pontife s'étoit borné à instruire , à édifier , il n avoit eu q\xp des contradictions à supporter i et peu d'obstacles à vaincre. Mais il entreprend la réforme , et dès-lors il trouve des haines à fléchir » et la plus vive résistance à sur* monter.

Charles entreprend la réforme.... Et de qui î des vierges , des religieux , des prêtres. Il connoissoit mieux que personne toute la grandeur et la dignité du sacerdoce y il n'ignoroit pas combien l'état religieux est cher à l'Eglise , et précieux devant le Seigneur; il savoit que les vierges ^ consacrées à J. C. 9 sont , à ses yeux ) une portion choisie au milieu de son peuple ; il savoit ^e quel avantage ils sont tous ensemble pour le commun des fidèles > lorsqu'ils élèvent , sur la montagne , des mains pures vers le ciel , tandis que ceuxci combattent dans la plaine ; lorsqu'ils fléchissent) par leur zèle et leurs prières , \e Tout-puissant , que les hommes irritent par leurs déréglemens , et qu'enfin ils édi»fient et ramènent quelquefois ^ à force de vertus ) ce monde toujours prêt à nous scandaliser par ses vices.

Mais il savoit aussi qu'il n*y a rien de pire que l'abus des meilleures choises ; et que si l'on veut réformer le peuple , il faut commencer par réformer ceux dont il attend tout-à-fois le précepte et l'exemple. O'abordi

34 Panégyrique

Charles vi^te les cloîtres ; il veut rappeler à l'esprit de leur consécration des épouses infidèles oui ne 1 ont que trop oublié» Il ireut rétablir , dans ces asiles sacrés t qui doivent être impénétrables k un monde profane , la clôture qui ne s'observe plus 9 le silence qui n^st plus gardé , Tamour de la retraite qu'on a laissé perdre 9 l'entière se-

1)aration du siècle ^ la fidélité aux règles » accomplissement de^ vœux ; et les vierges murmurent » et les parens se plaignent »

et le peuple s'émeut 9 et toute la ville est «n rumeur. U faut à Charles toute sa douceur pour tempérer l'usage qu'il fait de son pouvoir. Il la met en œuvre ; il s'insinue 9 al ]>ersuade 9 et à sa voix tout rentre dans Tordre 9 lorsque tout paroissoit eu être sorii jponr toujours^

Ce n'est pas 9 au reste 9 de ce sexe pieux l^ar penchant 9 tîm^e par caractère 9 docile par éducation et par-^ût« vertueux par choix 9 toutes les Fois qu'on prend soin de 1 éclairer , qu'il devoit attenare la plus grande résistance. 11 l'éprouve de la part des chanoines . de la Sçala ^ qui 9 sous de vains prétextes ^ se croyoient exempts de rien faire. Chartes examine^ leurs privilèges 9 privilèges dangereux encore quand ils sont constatés 9 plus abusifs et plus dangereux encore quand ils sont équivoques; et par bonheur leurs privilèges étoient sans fondement* Le Pontife est autorisé 9 pfv

de Sl Charles. 55

la Cour de Rome « à faire la visite de leur église; il la commence > et au lieu de vaines clameurs « on lui oppose la vio« lence et l'outrage. On tire sur sa croix ^ on s attaque à sa personne y on entreprend sur son autorité » on le déclare suspendu de ses fonctions. Enfans rebelles y ah 1 c'en est trop ! alle^ voir ce bon père »

ce saint pasteur « prosterné aux pieds.de son Dieu > pour obtenir qu'il change votre cœur, et qu'il oublie vos offenses. Sa.

charité ne fut pas sans effet. La plupart d'entr^eux se reconnurent enfin 9 et , humi* liés devant Charles , en reçurent le pardon Je plus tendre et le plus généreux.

Pour ménager à sa charité de uouveauiic triomphes, vous peindrai-)e encore de nou** veaux attentats ? Jl en est un que j'ai peine & décrire , et ma langue se refuse à laf* freux récit de semblables horreurs. Dans le dessein de s'épargner une réforme qu'il, craint , un malheureux.... ( Je tairai soa i^om et celui d^un' ordre que Rome s'est vi| forcée d'abolir, lorsque Charles ne vouloit que le réformer.) Un homme impie et sacrilège , choisit le moment où Charles»

dans son palais , aux pieds des autels > eniironné de toute sa maison , prie pour son peuple et pour ce parricide lui-même* Le. coup part ; mai^ une main invisible to amortit 1 effet ; la balle atteint ChaWes» elle ^perce son rochei 9 elle laisse un«

56 Panégyrique ,

légère marque sur son corps > et xmA^ i ses pieds. Charles lève les yeux au Ciel, et rendant grâce à Dieu de la vie quil lui conserve , il ta lui offre pour le salut de son troupeau.

Ce sont tous ces crimes , les crimes du peuple et des prêtres , qui préparèrent le fléau qui devoit bientôt affliger Milan. Déjà un bruit sourd.se répand de toutes parts, €t annonce les plustfistes évènemens. Une maladie aiguë se fait sentir , on en recher- * che les causes , on en étudie la nature , et l'on n'en voit que les tristes effets : on s y méprend , la sagesse humaine est confondue ; Charles seul, éclairé den haut, Î relisent tous les. malheurs de son peuple, là'peste est à Milan. Un drapeau funèbre, le signal de là contagion et de là mort , est élevé sur s^s toiirs. Ses portes se ferment, les travaux publics et parti^^uliers ont cessés , tout commerce est interdit , les offices divins sont suspendus , le cours de' la justice est arrêté ; par-tout est limage de la terreur , et la ville la plus opulente et la plus peuplée devient , en peu de temps, un affreux désert. On se redoute, on seviiCjon «e renferme au-dedans ; chacun craint pour ^oi-même , et voudroit pouvoir se réserver jusqu à lair qu'il respire. Il n y a plus de société , plus d amis ; les liens du sang sont rompus ; la nature , si puissante par elle-même } 6cm})le avoir perdu ses droits et

de St. Charles. , S7'

son empire. L'ëpouic sëloigne de son épouse languissante , et appréhende de respirer trop près délie une haleine empestée; la mère réfuse son sein au tendre enfant qui lui tend les bras, et le père recule épouvanté. Tout retentit de gémissemens et de pleurs, et' bientôt Milan n'offre plus que le triste spectacle des mourans et des morts.

Charles écoutera-t-il les conseils qu'on' lui donne ? Voudra-t-il se dérober au danger coinmun ? Quand tous les chefs sont en fuite , vbudra-t-il bien .consentir à fuir avec éùx? Sa vie est trop précieuse pour la risquer ; il importe qu'il la conserve pour les autres , s'il ne veut pas la ménager pour lui-même Raison humaine , prudence de la chair , taisez-vous. La charité de Charles triomphera dans toute son éten • due 5 elle lui soumettra son peuple , elle taincra en lui jusqu'à ses malheurs , et fléchira Dieu même , irrité contre lui.

Charles , brûlant dans son cœur d'un ftu toujours plus ardent, sort de 5on palais; il porte ses pas vers les lieux les ,plus infectés du venin de la contagion ; il voit de tous côtés ses brebis étendue^ sans force et sans secours, qui tournent les yeux vers lui et n'attendent de soulagement que de lui seul. Il se fait jour à travers des monceaux de cadavres ; aunriîieu d'un tas de malades et de mourans , il fait entendre la veux du pasteur; il les console, il les^n*

5Î^ Panégyrique.

courage, il ouvre leur cœur au repentir f il les anime à la confiance > il porte dans ses mains sacrées les secoues du salut , il leur administre lui-même les derniers sacremens^ il recueille leurs derniers soupirs et ne se console de leur mort , que par le soin qu'il a pris de leur assurer une vie meilleure.

Les besoins de Tanie ne lui laissent pas oublier » dans ce peuple infortuné » les besoins du corps. Pour soulager son indi* gence % cet autre fléau non moins terrible , que la contagion entraîne avec elle % Charles se dépouille de tout ^ il donne le peu d'argent qui lui reste > il fait fondre sa vaisellé , il fait vendre les ornemens de sa chapelle et les meubles de son palais ; ce qui en couvroit les murs sert de vête* mens à s^s pauvres ; il se défait de son pro« pre lit ; il devient le plus pauvre de son diocèse , et se trouve réduit à recevoir »

pour lui-même » Vassistance qu'il prodigue aux autres.

Que j'aime , dans cet état d'indigence f où il se montre plus orné de ses vertus»

qu'il ne l'eût été de toute la pompe des richesses et des honneurs , que j'aime à le voir tel qu'on le dépeint alors avec im rochet de grosse toile, une crosse de bois à la main , ramener l'heureuse simplicité des premiers temps , et grand de sa propre grandeur se faire admirer > respecter par lui-même.

de St. Charles. Sg

Que j'aime encore à ipe le représenter 4aa6 cet état d'humiliation et de péni^ tence où il soiTre ei^ esprit de sacrifice pour son peuple. A la tète de ce peuple contrit et suppliant , il marche les pieds auds 9 une corde an col , te Crucifix dans les mains > les yeux baignés de larmes el le front courbé vers la terre. Arrivé au temple , il se prosterne aux pieds des Autels > dans la plus profonde amfîrtume » il répand son ame en présence du Seigneur :

'la voix se fait entendre à peine parmi les sanglots dont elle est entrecoupée 5 mais tels sont les sentimens qu elle exprime :

« C'est moi , Seigneur > c'est moi « qui ai péché ; c'est moi qui , par mes infidélités»

ai retai*dé jusqu'ici la conversion de ce . peuple que vous punissez : cessez , o mon Dieu , cessez de l'affliger , el tournez contre moi seul tous les fléaux que vous avez fait tomber sur lui. Il faut à votre justice une victime ; la voici : toute indigne qu'elle est d'être acceptée , elle s'offre avec confiance , parce qu'elle emprunte 1 pour vous fléchir.^ja voix et les mérites de votre Fils. » Déjà , en effet , sur les Autels que le St.

Pontife a fait élever de toule pari > se célèbrent les divins mystères ; le sang de J. C.

est offert pfir les, mains de Charles.. Dieu s'appaise; il commande à l'Ange exterminateur de déposer son glaive ; l'air se purifie » la contagion cessé» le peuple de Mili^

4o Panégyrique

touche , attendri , converti , avoue qulit doit son salut à la charité de son Pasteur*, et que c'est par elle que Charles a triomphé tout à la fois de sa résistance et«de ses malheurs*

Mais quand j'ai peint les malheurs de Milan , ah ! M. F. , en me rappelant ses crimes j ai tremblé pour nous-mêmes. Hé quoi , ne sommes-nous pas aussi coupables ! Avec plus de lumières ne le sommesnous pas davantage ? Aussi d'autres jnaux nous aiflig€nt ; et qui peut dire de ûuel fléaux peut-être ils ne sont encore tjiïe le triste prélude. Depuis long-temps des morts inopinées frappent indistinctement tous les états et tous les âges ; une sorte de malignité , répandue dans lai^,' immole sans cesse de nouvelles victimes , et ces surprises de la mort , qui n'étoient autrefois que des événemens rares , deviennent aujourd'hui les morts les plus ordinaires. L'affreuse indigence se fait également sentir* Tout retentit des cris des malheureux , et un châtiment plus à craindre encore est de ne les pas entendre ou d'y être insensible.

Ah! triomphons, comme Charles , de tant dé maux , empruntons les mêmes armes , ayons recours , ainsi que lui 9 aux gémissemens et à la prière, et comme lui ouvrons nos rœurs à la charité. Dans ces jours de calamité ne nous bornons pas à répandre notre superflu dans le seiii des pauvres j

de St. Charles. 4^ ,

pour les "soulager prenons même sur notre nécessaire. Dieu s'appaisera , il convertira nos âmes ; et la foi , reprenant parmi nous; son premier éclat, les mœurs reprenant, leur première pureté , notre patrie reprendra aussi son premier lustre , et nous jouirons > avec les trésors de la grâce et d€ lïnnocence , de notre ancienne félicité.

Charles a triomphé des malheurs de son.

peuple 5 il a triomphé de ce peuple lui- , même, par sa charité. Mais, pour achever, de le reiidre heureux en achevant de le rendre fidèle , il reste encore à ce St. Pontife un obstacle à vaincre , l'endurcissement et 1- obstination de sts chefs ; et c'est ici , que Charles , toujours également jgrand y va couronner ses triomphes et sa gloire»

par sa fermeté et sa patience.

Les principaux chefs du Milanais , jaloux peut-être de la grandeur de Charles et du crédit que ses vertus lui avoient acquis, craignant d'ailleurs pour eux-mêmes le joug de la réforme , auquel le peuple .

commencoit à s'accoutumer , firent un crime à Charles de son zèle , et n'oubhèrent.

rien de ce qui pouvoit déconcerter ses pro- ' jets. Charles fut attaqué ps^r l'endroit le.

plus sensible pour un bbti Pasleur et poi^r un sujet fidèle. On le peignis à son peuple , comme un esprit inquiet et tuibulent j comme un homme dur et austère , comme tuii réforipaai^ur qui Vé.toit biei} plus par ».

4^ Panégyrique

eoât et par humeur , que par zèle et par principes. Onle peignit à son Prince comme un esprit dangereux, qui couvrait des vues d'amlHtion sous des apparences àà piété et de réforme ^ conune un politique adroit > qui n'en imposent au peuple » par un extérieur de vertu , que pour le gouverner ensuite avec plus d empire ; qui essayoil chaque jour son pouvoir , dans le dessein de l'augmenter » et qui dans l'exercice qu'il feisoit de la }urîdicti<m, ne prétendoit i rien moins qu'à la ruine entière de l'auto* rite du Monarque.

Ainsi on armoit l'une contre l'autre y deux Duissances qui sont si bien faites pour êti'e a'^cord , et qui ne peuvent rendre les peuples heureux qu'autant que d'un même pas , quoique par des routes différentes i elles tendent au même but^

Charles , sans préjugés d'état et de nation , ( lés Sts. n'en devroient point avoir.} Charles 9 avoit sans doute mesuré , plus d'une fois, la distance et les bornes qui séparent l'une et l'autre puissance; il en awoit étudié la nature et les caractères.

Toutes deux émanées de Dieu-même , ne rélevant que de lui seul , indépendantes et soumises tour-à-tour , ont leur autorité et leurs droits séparés. L une , faite pour le temps, a son empire sur la terre , elle porte le glaive pour punir les coupables «u pour ^ITrayer ceux qip seraient t^nté«

de St. Charles. 4^

de le devenir ; elle dispose de nos facultés et de nos biens pour le salut de tous , et concentre les intérêts particuliers dans Imtérèt général ; elle veille sur nos droits et les conserre ; elfe commande y'^elle gouverne dans la persimne des Césars > et compte les Pontifes eux-^nèmes parmi ses premiers et ses plus fidèles sujets. L'autre 9 toute spirituelle et tendant à leternité , a J. C. pour chef invisible et ses Pontifes pour Ministres ; elle fait rendre à Dieu ce qui l\ii est dû , elle maintient ses lois et son culte , elle s'occupe du salut de nos ames> elle lie et délie pour le Ciel ^ elle exerce son empire sur les conscience^»

elle enchaîne les volontés; et^ souveraine dans tout ce qui est essentiellement du res^ sort de la religion, elle a vu les Constantin et les Clovis révérer en elle celui au nom duquel elle règne sur les esprits et sur les cœurs. Toutes deux , moins rivales que sœurs , se prêtent un mutuel appui et concourent ensemble à la gloire du Trèshaut et au bonheur des hommes.

Charles ^ toujours empressé à procurer la fin qui leur- est ccmimune , n'eût point été jaloux de réunir dans sa personne leurs droits et leurs privilège^ , qui sont si dif« férens ; mais , par une concession toute gran tuite des souverains eux-même^ , il a voit quelque chose à conserver de Tune et Tau* tre juridiction» 11 croit pouvoir le faire » il

44 ' Panégyrique

croit le devoir. Aussitôt lalarme se répand parmi les chefs > ou du moins on feint de s'alarmer. On noircit les intentions du . Pontife , on a recours aux procédés les plus violens; on se saisit du château d'Aro^ ne , qu'il avoit conservé du patrimoine de .ses pères ; on investit soq palais > on soUi^ cite contre lui les murmures étales plaintes de ce même peuple , pour lequel il vient .d'exposer sts jours ; on s oppose à tout ce <qu'il veut entreprendre pour sa sanctification et pour son bonheur ; on ajoute aux .menaces l'insulte et lopprobre , et Charles .voit, sans en être alarmé, des dangers qui ne regardent que lui seul ; il souffre avec constance des maux dont il ne gémit que pour ceux qui les lui font ; ferme toutes les fois qu'il faut l'être , il fait des actes ^de vigueur , mais la sagesse les accompagne et la bonté les tempère; plein de ménagemens et de condescendance , il n'^employé que la douceur quand il peut se passer de ]L'aulori].é ; il donne les avis les plus tendres , il exhorte , il attend, il patiente , et peu à peu. les esprits se calment. Le Prince, éclairé sur lés senlimens et la conduite d'un si St. Archevêque ,' rejeile les impressions qu'on a voulu lui donner , pour rendre à Charles, toute la justice qui lui .est due ; le peuple applaudit à son triomphe, tous les cœurs sont à lui ; et les chefs , euxmêmes vaincus par la fermeté, et gagnés

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tout à la fois par sa douceur et sa patience j reconnoissent ses droits , et concourent avec lui à tout Jie bien qu'il veut faire.

Que Charles jouisse tout à jamais du fruit de ses victoires ; qu'il en soit glorifié dans le Ciel , où ses vertus lont placé ; qu*il en soit glorifié sur la terre , où il a montré tant de grandeur. Charles a été vraiment grand , maximus. Il a fait triompher TEgUse , ila triomphé de son peuple ; et son triomphe , le plus beau , le plus noble de tous, a été celui de la religion i de la bien*^ faisance et de / la charité. O nous i M. F. i participons à sa gloire , en faisant , comme lui , triompher TEglise et la Religion , par nos mœurs. C'est ainsi qu'il vous est donné à tous de combattre pour la foi et de vain** cre par elle. Rien n'en prouve mieux l'excellence, que les vertus qu'elle inspire ; et les armes les plus sûres contre l'impie , ce sera toujours la conduite du vrai fidèle. ^

Et vous , M." , qui êtes appelés, d'une manière toute spéciale , à imitêt* les exemples de Charles , et qui , en le choisissant pour votre patron , vous êtes engagés à le prendre pour votre jnodèle , il est encore une autre sorte de triomphe qui vous est réservée comme à lui , c'est celui que vous promettent tant d'ames confiées à vos soins ; triomphe plus facile que cqjui de Charles y mais qui n'en sera que plus doux : ici tout se prête à y os désirs et seconde vos travaux;

46 • Panégyrique ici le Pasteur a des curoits tout tcqùis sur la confiance et l'amour de son peuple ; et si la bonté du cœur est un nouveau titre pour y prétendre » à ce titre qui le méritera mieux que lui ? Ici 9 les ministres 9 encore animés de cet ancien esprit » dont le souvenir nous pique d*une sainte émulation y sont estimés r révérés 9 à proportion de ce qu'ils en ont reçu et de ce qu'ils en conservent; ici} je vois régner un attachement réciproque entre le clergé, et les simples fidèles; et cet esprit de concorder qui se fait admirer entre eui^i vous rend facile tous le bien que vous désires de faire* Il ne nous faut doiic qu'un redoublement de zèle et de ferveur pour triompher des cœurs encore rebelles , et pour les soumettre au joug du Seigneur. Aimable triomphe » douce conquête qui fera notre consolation > notre

{*pie , notre gloire sur la terre ct^ notre )onheur dfins le Ciel.

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