‹ SermonsChapitre 2 sur 12 · LE JOUR DE NOËL · texte numérisé non relu

LE JOUR DE NOËL

yerhum caro faetum esU Le yerl>e s'ext fait chair.

Ev* de ce jour* Joan, \%

LJ N E étable , une crèche , des langes , lin enfant qui verse des pleurs, ô Ciel !

est-ce donc sous ces dehors humilians que devoit se montrer aux hommes celui qui venoit en être le Sauveur.

Au commencement étoit le Verbe, il étoit en Dieu, il étoit Dieu. En lui tout a été créé , rien n'a été fait sans lui. Il étoit la lumière et la vie ; mais qu'entend$-je ! le Verbe s'est fait chair. Verbum caro faetum est.

Dans le sein d'une Vierge, le Fils de l'Eternel a pris une nature semblable à la mienne ; iL s'est fait homme , et dans le berceau, c'est lui que j'aperçois; ici je l'avoue , mon esprit se perd , mes pensées se confondent ; quel état, quel abaissement pour un Dieu ! mais quelles leçons pour l'homme! Que tous les*sage$ gardent un profond silence ! que les Rois et les Mystères. 1

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peuples soient attentifs ! Mortels accourez tous ; la souveraine sagesse prend soin de nous instruire.

LMionime^ rempli de ténèbres et égaré par ses folles passions, se méconnoît et s'oublie tout entier lui-même ; il s'élève avant que d'avoir appris à s'humilier^ ou s'il s'humilie , ce n'est que pour se confondre avec les êtres les plus vils ; il s'enfle , et lors même qu'il prétend s'élever , il se dégrade toujours. Faussement humble , et jamais véritablement grand , il ne sait ni s'abaisser comme il le doit, ni s'élever à une grandeur réelle ; le Verbe fait chair vient nous apprendre l'un et l'autre.

J. G. , naissant parmi les hommes , nous enseigne pourquoi et jusqu'à quel point nous devons nous humilier , vous le verrez dans ma première partie ; il nous apprend pourquoi et comment nous devons nous élever, vous le verrez dans la seconde.

Preiiièke partie.

L'orgueil , dit St. Chrysostôme , étant le principe de tous nos maux et la source .de tons les péchés du monde^ J. G., pour le guérir, par un remède tout contraire , a établi d'abord la loi de l'humanité comme le fondement assuré de l'édifice qu'il vouloir construire.

En naissant parmi nous^ il nous ap-

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prend à nous humilier comme créatures et comme pécheurs, c est-à-dire, à rendre à Dieu rhonneur qui lui est du , et à nous connoitre nous-mêmes.

. Entrons, M. F. dans Fétable de Beth* léem, conduits par la fois , étudions notre Maître et notre modèle. Quel est l'objet qui s'offre à nos regards ? C'est le Verbe de Dieu qui nous a donné l'être, c'est cette parole féconde qui enfante l'univers ; c^est ce Monarque suprême qui tient dans ses mains les destins des Empires^ qui élève ou qui abaisse , à son gré , les puissances de la terre , et qui fait régner les Rois. C'est ce Jésus qui nous a été promis dès les premiers jours du monde , que les Prophètes ont annoncé, d'âge en âge , sous les traits les plus éclatans , qui vierrt éclairer les peuples et leur apporter le salut et la paix.

Le Ciel, par son ordre, fait briller un nouvel astre ; une grande lumière s'élève au milieu des ombres de la nuit, les bergers descendent des montagnes pour l'adorer, les Rois s'avancent des bords de l'Orient , ils se prosternent devant lui , et reconnoissent sa divinité, par l'encens qu'ils lui présentent ; les Anges font retentir les airs de ce beau cantique : Gloire à Dieu au plus haut des deux , et paix aux hommes de bonne volonté sur la terre; les dénions frémissant aa fond des enfers, leurs oracles

% Sermon

se taisent, et le Gentil consterné, leur demande , en vain , raison de leur silence. Hérode se trouble à la voix des Mages ; le Juif est dans Pattente , et la Synagogue , suspendue entre la crainte et Tespérance, avoue que les temps sont arrivés.

Mais au milieu de tant de grandeur , quelle humiliation profonde ! je ne vois , dans la personne adorable d^un Dieu fait homme , que des marques de foiblesse et de dépendance ; il a besoin du secours de tout ce qui l'environne ; il est étendu sur la crèche , ses yeux s'ouvrent à peine à la lumière , et ne peuvent en soutenir l'éclat, ses mains sont enveloppées de langes. Ah ! ôtez de devant mes yeux , disoit l'impie Marcion , ôtez ces langes honteux , cette crèche indigne d'un Dieu.

,Tu te trompes, homme superbe, c'est ainsi que devoit naître le Sauveur pour te rendre véritablement humble. Il est le Fils de Dieu sans doute ; il est Dieu ^ et comme tel, il est égal en toutes choses a son Père ; mais comme homme , il est créé dans le temps , et quelque soit i'homgnage que lui rendent les Rois , les Anges et la tiature entière, il s'anéantit en présence de la Divinité , pour apprendre à fa créature à renvoyer à son Dieu toute la gloire qu'elle en reçoit.

O abaissement du Christ ! que vous confondez notre orgueil. O hommes, je

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ne viens point ici établir la nécessité où vous êtes de vous humilier devant Dieu, sur des principes dangereux et des fondemens Fragiles; je ne viens point ^ comme les Taux sages de nos jours ^ dégrader la dignité de votre nature, et vous rabaisser jusqu^à la condition la plus abjecte ; laissons de pareils excès à de$ hommes qui ne s'abaissent ainsi qu^afin de pouvoir se flatter plus aisément que Dieu les oublie , et que 9 placés au rang des brutes^ ils peuvent jouir des mêmes plaisirs qu'elles, sans avoir à craindre une autre fin que là leur. Plus docile aux clartés de la raison et de ja foi, je vois briller en vous ^ comme des rayons de la Divinité ; votre entendement vaste et fécond mesure les Cieux , descend au plus profond des abîmes , étudie le cours des astres , la vertu des plantes, dérobe ses .secrets à la nature 5 se replie sur lui-même, s'élève jusqu'à Dieu, et conçoit l'idée de l'infini ? Votre cœur , formé pour la vertu , ne peut s'empêcher de l'aimer , lors même qu'il raba..ndonnc ; généreux , bienfaisant, on Va. vu sacrifier ses intérêts les plus chers à un intérêt public; avide de bonheur et de gloire, grand dans ses désirs, lorsque des penchans déréglés ne le partage pas, il laisse, loin de lui, toutes" limites, il franchit tous les temps, et se repose dans le sein de l'Eternel. S'il s'é-

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gare^ en s^attachant aux objets créés ^ il se sent: comme forcé de reconnoitre que ce n'est point pour eux qu'il est fait , et qu'il ne peut être fixér-cjue par la possession d'un bien immuable et infini comme Dieu même. U- n'est ^as jusqu'à la disposition des parties de votre corps ^' qui n'annonce la noblesse de votre être et la grandeur de vos destinées» Sa situa«* tion^ la dextérité de ses mouvemens di« vers y montrent assez que vous étiez fait pour dompter les lions et briser les cèdres. Sur votre front ^ se peignent le»

passions de votre ame : uneaimablepudeur y condamne^ malgré vous^ vos foiblesses^ et y désavoue tout ce qui blesse la vérité et l'honneur ; votre voix noble , flexible et touchante, est faite pour chanter son Dieu , la vertu , la gloire et les héros;, vos yeux brillent d'un feu céleste, vos regards , élevés vers le Ciel , s'y portent comme vers le lieu de votre origine et le terme auquel vous devez tendre.

Tel et plus grand encore est l'homme considéré en lui-même. Je veux , M. C. A»

que les qualités personnelles répondent^ en vous, à ces premiers traits de noblesse et de grandeur, qu'elles contraignent à l'estime , au respect , à l'amour ^ ceux qui vous environnent , qu'elles soient relevées par le vif éclat qu'y ajoutent les dignités, la naissance, tous les avantages

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de la fortune , que Ton s'empresse de toutd part à vous rendre hommage ; mais a[iprochez d'un Dieu fait liomme^ fait enfant , considérez J. G. humilié, et ditesmoi pourquoi vous êtes si superbes. U s'est humilié , parce qu'il a pris votre nature; et quelle est-t-eile donc enfin cette nature^ si grande que nous la suppO'sions ? c'est celle d'un être dépendant et créé. Qu'est ce-à dire, M. F. et voyez

tout ce que ce mot vous rappelle le

néant.

O clarté précieuse ! à la faveur de la»

quelle se dissipe toute grandeur , pour ne laisser subsister que celle de l'être exis* tant par lui-même. O réflexion profonde pour qui sait la méditer I nous sommes sortis du néant ^ nous n'avons en partage que le néant , nous ne soramos rien de notre fond ; de quoi donc nous glorifions* nous ? et sous ce rapport ^ semble nous dire J. G. naissant : Foibles mortels, de quoi donc vous glôrifiez-vous ? quelle -gloire vous est due, ou plutôt quelle humiliation , quel abaissement ne méritezvous pas ? O mon Dieu ! disoit le Hoi Prophète, tout ce qui compose mon être est, devant vous, comme un pur néant.

Substantia mea tanquxim nihilum ante te»

O mon Dieu ! dois je dire avec lui , en m'observant moi-même avec un esprit de droiture et d équité , en ne m'attribuant

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que ce qui m'appartient , Je me trouve réduit au néant, et je ne lesavois pas? Ad nihilumtedactus sumet nescivi, Ah ! je m'attribuois tout en propre^ jom'envisageois avec une complaisance secrète, comme si j'eusse été mon propre ouvrage ; je vouioîs être l'objet et le terme de l'admiration des hommes ; je m'énivrois , à longs traits, de l'encens de leurs vaines louanges^ et cependant de moi-même je n'ai rien, je ne suis rien. Ad nihilum redactus sum. Jusqu'ici j'ai été tout rempli de ce" moi que j'ido la trois ; je ne pensois qu'à moi , je vouFois qu'on ne fut occupé que de moi; je ramenois à moi seul tous les entretiens, toutes les attentions , tous les égards ; je me faisois comme le centre de tout ce qui étoit autour de moi , il sambloit quej'étoîs tout, et je ne suis rien. Adnihilùm redactus sum. Mon orgueil a été plus loin encore, je me regardois, ô mon Dieu ! comme un être indépendant ; je ne voulois suivre que ma volonté propre , ou du moins je ne me voyois qu'avec peine assujéti à vos lois.

J'osois porter l'audace jusqu'à accuser YOtre Providence suprême, jusqu'à refuser de soumettre mes lumières aux vôtres , moi , Seigneur , moi qui tiens de vous mes foibles lumières, mon existence, tout ce que j ai et tout ce que je suis.

Ah ! quelle présomption et quel aveugla*

Four le Jour de Noël. g

ment : je n'étois qu'un néant, et Je ne le savois pas, et Ji peine l humiliation d'un Dieu fait homme a-t«elle sufH pour me l'apprendre. Ad nihilum redactus sum , nes'^

Malheur, cependant 9 malheur à la couronne d'orgueil que forment les superbes, s'écrie le Prophète, le jour du Seigneur éclateta sur eux , et l'élévation de Phomme sera abaissée. Le Seigneur s'élèvera seul en ce jour, et toutes les idoles que forme la vanité ^ seront réduites en poudre.

Si c'est ainsi que Dieu menaçoît autrefois les hommes vains et orgueilleux y quelle sera donc , à leur égard , sa juste colère »

après l'exemple que Jésus naissant nous a laissé. Ah ! c'est maintenat^ ô mon Dieu !

que l'homme doit comprendre mieux qu'il ne fit jamais , qu'il ne sauroit trop s'humilier devant vous, trop s'abaisser, trop s'anéantir en votre présence ; et, comme le dit St. Augustin , quel seroit notre orgueil , quelle ressource nous resteroit-il pour le dompter, si l'humilit$ du Fils de Dieu ne suffisoit pas pour le vaincre?

Jésus-Christ naissant , nous apprend à nous humilier, non seulement comme créatures , mais comme pécheurs. Pourquoi le Verbe fait chair consent-il aujourd'hui à de si prgfgnds abaissemens 1

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Eourquoi le voyons-nous multiplier ses umiliations , dès son entrée dans le inonde ^ si ce n^est encore parce qu^il a pris sur lui la ressemblance du péché ^ comme parle St. Paul, In similitudinem çarnis peccatiy c'est là ce qui lui fait aimer Foubli et le mépris^ et ce qui lui fait penser qu'il ne peut trop se confondre et s'abaisser.

Ce n'est pas assez pour .lui d'être né dans le temps , et d'être renfermé dans l'espace étroit d'un corps sujet à toutes nos infirmités ; ce n'est pas encore assez pour J. C. de descendre jusqu'aux foiblesses de l'enfance, et de s'assu jétir à ce que cet âge a de plus humiliant , il naît comme lo dernier des enfans des hommes. Des bergers^ il est vrai y des Rois viennent lui rendre hommage ; mais il es% inconniv au reste de l'univers. Dans Jérusalem, Hérode et la Synagogue se troublent à son avènement ^ mais il est ignoré dans tout le reste de la Judée. Les Mages lui présentent de Tor et de Pencens ; mais il a prévenu leurs dons par un état d'indigence qui le rend méprisable aux plus petits d'entre le peuple. Il est le maître du monde, et à peine trouve-t-il où reposer sa tète. 11 est le roi de lunivers, il vient parmi ses sujets, et ils ne lui accordent d'autre asile qu'un lieu destiné à servir de retraite aux animaux les pluà

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tils. Joseph et Marie > retenez vos larmes.

Jésus, dans sa naissance^ est rassasié d^op« probres ; il se met au-dessous de tous les nommes ; il essuie toute la honte qui est due au péché ; mais c'est à ce point que devoit s'humilier celui qui ne s^est revèta de la forme du pécheur» qu'afin de se rendre son médiateur, sa victime > et de satisfaire pour lui.

Cependant M. F. c'est nous qui avons péché , qui péchons tous les jours. Jésus est une victime sainte , innocente , et c^est nous qui sommes les coupables ; il prend sur lui Tapparence du crime, mais nous en portons la tache réelle , et nous nous croirons dispensés de l'humilité la plus profonde. Ah ! cette tache , nous en avons été souillés dès le premier moment de notre existence. Nous avons été conçus dans le péché ; nous avons été engendrés dans riniquité»et de là , vous le savez , cette loi de la chair , toujours opposée en nous à la loi de Fesprit; cette révolte des sens contre la raison ; cet entendement, si souvent troublé par des pen« sées honteuses ou frivoles , et qui , à de si vives lumières, mêle de si épaisses ténèbres ; ce cœur , devenu le théâtre de mille passions diverses, d'une foule de penchant déréglés , et qui , à tant de grandeur ^ joint si-souvent tant de bas<« tM%p i ^e là encore ^ cette malédictioB

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oue nous apportons en naissant, et qui fait de nous^ aux yeux de l'£tre infiniment saint , des enfans de colère ; de là enfin , ces infirmités qui nous assiègent de toutes parts; cette imbécilité de l'en^-' fance et de la vieillesse; cette mort^ qui rend à la poussière le corps qui en a été tiré, et qui, selon l'expression de Job , nous donne pour héritage la pourriture et les \GX&. Ah ! sous cet autre rapport y que J. C. naissant sous la forme du pécheur y veut bien nous rappeler que la condition de Thomme est humiliante , et ce ne sont là , M. F. que des traits communs à tous les hommes : voyons ce que nous y avons ajouté , ce que nous y ajoutons chaque jour.

En nous lavant dans les «aux du Baptême de cette tache honteuse qui a flétri notre origine , Dieu nous a prévenus par %8i grâce, et après ce premier effet de sa clémence , il n'a cessé de nous combler de ses plus précieuses faveurs. Mais comment avons nous répondu à ses bienfaits?

pi»: Pingratitude la plus noire ^ par les plus mortelles offenses, et peut- être estiftW le premier usage que nous ayons fait de notre raison.

Au lieu de consacrer à la vertu les premiers de nos ans, nos plus beaux jours ont été pour le vice. A la fougue impé- ^euse d'iûie jeunesse eifrénée , ont suc»

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cédé des passions olus tranquilles en apparences , mais qtii ne nous rendoient pas moins coupables. Dieu nous in vi toit cependant à retourner à lui, et chaque jour noua opposions à sa grâce des infidélités nouvelles. Comme un abîme attire un autre abîme ^ ainsi d'un excès passons-nous à d'autres excès plus grands encore ; nos iniquités ont été portées à leur comble , et il n'est rien resté en nous qui ne soit tout souillé par nos crimes.

Mais peut-être , M. F. peut-être , au moment où je parle, en est^îl parmi vous qui se rassurent sur ce qu'ils n'ont pas de certains vices , sur ce qu'ils ont même des vertus qu'on admire en eux? Cependant, sans qu'il soit nécessaire de vous rappeler de nouveau à cette dépravation de la nature humaine , qui nous rend capables des plus.grands désordres, et qui, d'un Juste , peut faire en un moment un réprouvé ; d'une ame fidèle y un monstre d'iniquité ; je vous demande , sommes-nous exempts de péché ? Ah ! si nous le disions au tri.

I bunal de ce Juge éclairé, qui sonde les consciences , tout parleroit contre nous^ l'orgueil , que nous cachons au fond de notre coeur ; cette vanité secrète , qui nous rend si juste à nos yeux ; cet amour, cette estime déréglée de nous-mêmes, qui , dans le commerce de la* vie, nous rend si délicats , si seiisibles , si attachés à nos

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idées ^ à nos goûts ^ à tout ce qui a le moindre rapport avec nous , suffiroit sans doute pour nous confondre.

Ajoutons encore le peu de correspondance à tant de grâces dont Dieu nous a favorisés ; le peu d'usage que nous avons fait de ses dons; le peu de mérite f peut-être, qui se trouve dans nos vertus mêmes , et nous reconnoîtrons que nous n'avons que trop lieu de nous croire plus dignes de haine que d'amour.

Ah ! Seigneur , il est donc vrai , il nd me reste , pour toute ressource, que cet humble aveu que faisoit le premier de vos Apôtres : Je suis un homme pécheur.

Homo peccator sum. Qu'on loue en moi ce que je ne tiens que de vous seul ; qu'on y exalte des qualités frivoles, que le monde y honore de vains titres à vosi yeux, je ne suis qu'un homme pécheur, et comme tel^ ô mon Dieu ! puis-jè trop nie mépriser moi*.même, puis- je trop aimer l'humiliation , l'abjection , le mé-* pris qui m'est du.

Si J. C. , parce qu'il est venu se rendre vittime pour le péché, s'est anéanti jusqu'à la forme d^esclave, que me restet-il, à moi, si ce n'est de me mettre^' s'il étoit possible, au-dessous du néant même dont j'ai été tiré?

O homme ! homme pécheur , apprends donc aujourd'hui, en voyant ton Dieu ainsi

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humilié sous le fardeau de tes iniquités^ de quel sentiment tu dois te pénétrer.

Sentiment de confusion , d'horreur à regard de nous-mêmes : J'ai péché. Pec^ cayi. J'ai péché, ô mon Dieu î et comment ai-je été si aride jusqu'ici de louanges , de distinctions et d'honneur , moi qui ne mérite que la honte et l'opprobre ?

3'di péché y et J. C. désire encore comme Saûl ^ qu'on m'honore devant les hommes.

Ah ! désormais qu'on m'oublie pour toujours , et qu'on ne se souviennne de moi , et que je ne m'en souvienne moi-même que pour penser que je suis un homme pécheur. Homo péccator sum. Que toutes les créatures s'arment contre moi pour vous venger ; que je sois en butte aux contradictions et aux outrages ; que je vive dans l'assujétissement et dans la dépendance ; que je sois sous les pieds de tous les hommes , parmi les plus cou- |>ables d'entr'eux , il n'y en a peut-être aucun qui soit aussi injuste, aussi ingrat que je le suis à vos yeux ; si vous aviez fait pour bien d'antres ce que vous avez fait pour moi , ils seroient des Saints^ et je ne suis toujours qu'une ame lâche, indolente, qu'un pécheur, que le plus grand des pécheurs. Homo péccator sum.

Voilà donc, M. F. ce que Jésus naissant nous rappelle : d'un côté , le néant de la créature ; de l'autre ^ nos péchés ,

t s Sermôrt

rhumiliatîon due à nos péchés^ les seri' timens humbles que la vue de nos péchés doit exciter en nous ; parce qu'il s'est fait ^ homme , il s'abaisse , il s'humilie devant son Père et lui renvoie la gloire de tour ce qui l'environne ; parce qu'il s'est revêtu de la forme du pécheur, il s'humilie pjus profondénient encore , il se rend comme le sujet et l 'esclave de tous les hommes , et c'est ainsi que dès les premiers momens de sa vie , il noua dit, de la manière la plus forte et la plus touchante , apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Discite à mt quia mitis sum et humilis corde.

Leçon importante sans laquelle nous ne pouvions pas même faire les premiers pas dans la voie du salut ^ puisque^ comme le dit un Saint Docteur , les prières, les jeunes, les œuvres de misé* ricorde et toutes les vertus périssent à l'instant et n'ont aucun mérite réel, si elles ne sont soutenues par l'humilité ; leçon d'un homme Dieu , qui doit nous faire aimer , désirer , chercher même , s'il est possible, sans faste néanmoins, sans un retour secret de vanité, les humiliations , les ftbaissemens , tout ce qui peut affliger le moi dont l'amour déréglé fait tous nos crimes, comme il fait aussi tous nos malheurs.

Soyons JbLUQiblés , M. F. soyons hum^

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bles , et nous ne tomberons pas , bu du moins nous connoîtrons nos foiblesses et nos chûtes, et nous nous en relèverons sans peine. Ah! il n'est que trop vrai 9 c'est dû défaut d'humilité que naissent presque tous les défauts de conversion, tous les états de fausse justice qui ibnt gémir, les Ministres fidèles dans le tribunal de là pénitence et qui rendent tous leurs soins inutiles ; mais au contraire y donnez-moi un homme devenu véritablement humble ; il a commencé à ouvrir les yeux et à se connoître ; il gémit , il s'anéantit , il se punit , il réforme ses vices , il est véritablement converti. Soyons humbles et nous aurons la paix avec Dieu qui résiste aux superbes et qui accordé ses grâces les plus précieuses à ceux qui ont cessé de l'être ; nous aurons la paix avec nos semblables^ dont l'orgiieil s'irrite par l'orgueil et se laisse vaincre par la douceur ; nous aurons la paix avec nous-mêmes par le détachement des honneurs, de Ja gloire ^ de l'estime et de l'attention des hommes , et par l'amour de l'oubli , de la dépen^ dance des opprobres et du mépris.

Ah ! M. F^ souvenons-nous donc au^ jpurd'hui, pour ne l'oublier jamais, que l'humilité est le caractère le plus marqué du vrai juste, et que le mystère de ce jour nous apprenne que nous apparter

xiî Sermon

nons à J. C. ou au démon, selon que nous sommes humbles ou orgueilleux.

^ Mais J. G. dans sa naissance ne se borne pas à enseigner aux hommes pourquoi et jusqu'à quel point ils doivent 8 humilier , il leur enseigne encore pourquoi et comment ils doivent s'élever , c'est le sujet de ma seconde partie.

Secokde partie.

De ce que Phorame est essentiellement obligé de s'abaisser devant Dieu comme créature » et au*desspus de tous les hommQ3 comme pécheur ^ il ne s'ensuit pas , M. F. qu'il ne puisse et qu'il ne doive, même sous d'autres rapports , s'élever et concevoir des sentimens nobles, généreux et dignes en un mot de ce que Dieu a fait pour lui.

J'ose le dire, la source de nos desordres n'est pas de vouloir être grands , mais c'est de nous borner à une gran^deur fausse et apparente.

L'homme dégradé , par son péché ^ de cette noblesse primitive qu'il faisoit consister dans une union intime avec Dieu , dans son innocence et sa pureté, dans l'empire- qu'il avoit sur toute la nature et sur lui-même , a conservé, malgré sa chute , le penchant que la divinité avoit imprimé en lui , ce penchant.

Pour le jour de NoëL i^

nécessaire qui le porte à Télération , mais environné de ténèbres et se laissant éblouir par de vains ilantômes , il s^est avili par les choses mêmes qu^il croyoît les plus propres à l'élever et à l'ennoblir.

Jésus Christ i par sa naissance , vient enfin nous rappeler à une grandeur, réelle, en nous apprenant à nous glori* fier de Tunion de notre nature avee la nature divine , des mérites d'un homme Dieu et des exemples qu'il nous a laissés.

Le Verbe divin s^abaisse jusqu'à nou$ ^ il daigne se revêtir de la nature humaine, et en ^'abaissant ainsi, en nous instruisant , par son exemple > à nous abaisser avec lui , d^un autre côié, M. F.

à quel degré ne nous élève t-il pas ? Il»

se fait homme, dit St. Augustin, pomr nous rendre en quelque sorte des Dieux.

En eflet , après la naissance de J. C je ne dois plus considérer seulement dans les hommes cette nature qui leur est propre, mais j'y considère l'union étroite qui s'est faite de cette même nature avec la nature divine dans la personne adorable du Sauveur, et dès lors j'aperçois en eux les membres, les frères^ les co-héritiers de J. C. , les enfans de Dieu recevant une r^énération » une filiation toute divine en J. C. et participant, comme l'exprime St» Léon^ à la nature de Dieu même.

ao Sermon

Mortels ambitieux , pouviez- vous |)orter vos prétentions plus loin? La gloire du beigneiir s'est levée sur vous ; vous étiez des vases d'opprobres et d'ignominie, des enCans de colère, et vous êtes devenus la race choisie^ la nation sainte, le temple de la Divinité ; vous êtes devenus, par adoption, d'une manière bien plus auguste , les enfans du Très Haut. Ege dixi dii estis et filii excelsi omnes.

Voilà donc pour nous une première source d'élévation^ Chrétiens , qui que; vous soyez y dans quelque état que Dieu vous ait placés , vous êtes vraiment grands si vous comprenez bien en quoi consiste votre véritable grandeur, et si vous savez en soutenir l'éclat en vous élevant , par une fierté sainte , si j'ose m'exprimer ainsi, au-dessus de tout ce qui est indigne de Talliance que J. G. est venu contracter avec vous.

Mais hélas ! combien de Chrétiens oublient cette alliance si glorieuse pour les hommes, et ne pensent, n'agissent que d'après les sentimens que leur inspire leur état plus ou moins relevé selon le monde; ainsi l'homme, au sein de l'hon* neur, n'a pas compris ce qu'il étoit;4l a changé une gloire réelle contre une bassesse effective ou une grandeur imaginaire.

Pour le jour de Noël. ^f

£ltes*vous nés dans l'indigence et dans tine condition abjecte , ah ! M. |^. le dirâi-je?et pourquoi ne le dirai-je pas, puisque vous me forcez tous les jours d'en gémir pour vous-mêmes ; vous vous bornez alors à vivre d'une vie animale et terrestre ; vous ne concevez que des idées basses , que des sentimens vils et qui vous conduisent à des moeurs plu$ viles encore. Etes - vous distingués par votre naissance^ vos titres, vos richesses, vous vous enorgueillissez de ces avantages frivoles, étrangers à PhoYnme,quî ne fondent tout; au plus qu'une grandeur empruntée, et vous méprisez les titres qui dévoient vous flatter cfavantage.

O vous ! vous donc qui vivez dans un état obscur, pensez h ce que vous êtes devant Dieu ; n^avilissez point , dît St.

Augustin , ne méprisez point l'excellence de votre nature , puisque le Fils de Dieu a bien voulu se faire homme , élevez votre esprit et votre cœur sans cesser d'être humble , et que celte idée , je suis enfant de Dieu , J. C. m'a donné le droit d'appeler Dieu mon père d^ns un sens bien plus noble que je n'eusse pu le faire avant sa naissance ; que cette idée suffise désormais pour vous inspirer des sentimens magnanimes , pour vous encourager à former les actes héroïques des vertus qui vous conviennent , et à ne

^ Sermon

rien faire qui ne réponde au tître dont vous êtes décoré; et vous grands du inonde, vous nobles, vous riches, vous hommes illustres qui vous êtes fait un nom par vos talens , cessez de placer votre grandeur et votre gloire dans ce qui ne sert qu^à flatter vainement les

{)assions des hommes ;. opposez vos titres es plus pompeux à ceux que J^ G. vous donne dans sa naissance , et concevez y si vous le pouvez^ un plus grand honneur que eeluid^appartenirau Fils d^ Dieu comme ses membres et ses frères i et à Dieu comme ses enfans.

Ah ! Seigneur , puis je m'écrier ici , avec St. Paulin ^ que les orateurs se glorifient tant qu'ils voudront de leur éloquence, les philosophes de leur sagesse, les riches de leur trésor , les monarques de leur empire , pour moi , J. G. seul est ma gloire ; oui y mon Dieu , que les enfans du siècle se glorifient de la pu* reté du sang qui coulent dans leurs veines et du nom de leurs aïeux ; qu'il* étalent à nos yeux leurs dignités, leur luxe et leur magnificence ; qu'ils brillent et s'annoncent par l'éclat de leur pa- Ture, par le faste de leur ameublement, par leurs équipages somptueux, Hi in curribus et hi in eqais ; pour nous tous, occupés au glorieux privilège que nous tenons dé votre amour , nous ne nous

Pour le jour it Noël. a3

glorifierons qu'au nom de votre Fils^ Nos autem in nomine Dei nostri.

Mais si J. C. nous élève dans sa nais<* sance en devenant semblable à nous^ il nous élève encore en nous rendant participant de ses mérites , et nous offrant en eux le fondement et la source de nos plus hautes espérances.

L'homme déchu de son premier état ne pouvoit plus prétendre à la posses** sion de son Dieu , à cette fin si noble pour laquelle il avoit été créé ; ses œu« vres y faites dans un état de mort , n'a*voient plus aucun prix pour rétemîté.

Dieu n'y trouvoit point sa gloire , et elles ne suffisoient point à l'homme pour lui obtenir le salut ; la terre devenoit donc son unique patrie ; sa félicité se bornoit à la jouissance d'objets incapables de le satisfaire , et se trouvoit resserrée dans le cercle étroit d'un petit nombre de jours, qui, emportés par une course rapide, s'évanouissent presque aussitôt qu'on les a vu naître.

Avouons-le, M. F. l'homme ainsi privé de sa véritable fin , et assnjéti à la recherche de plaisirs vains et trompeurs, dé biens frivoles et passagers, n'offre plus rien qui réponde à la dignité de son être et à la noblesse de son origine. Hé !

qu'éprouve- t-il alors qui le distingue du reste de la nature , si ce n^est le sou*

ia4 Sermon

venir de ses pertes et le sentiment de

ses malheurs.

Mais J. C. fait homme nous rend tout ce que nous avions perdu. Que dis-je, ses mérites deviennent les nôtres , et dans sa naissance il nous applique déjà tous ceux qu'il doit nous obtenir par ses souffrances. 11 commence , dans sa crèche, ce qu'il achèvera un jour sur sa Croix. II dit à son père , dès son entrée dans le monde : ô mon Père ! vous n'avez plus voulu d'oblations imparfaites ni de sacrifices impurs ; mais vous m'avez formé un corps , et ce corps je viens vous l'offrir ; il dit aux hommes : consolez vous p mon peuple, vous soupirez après l'héritage que le péché vous a enlevé , et c'est pour vous le rendre que je vais m'immoler.

Venez donc, venez donc, M, F. approchez de la crèche , contemplez cet autel où l'agneau de Dieu couronne le. premier essai de son sacrifice. Déjà il se ' cîondamne pour vous à la mort ; déjà il verse des larmes', et bientôt il répandra son sang : unissez vous à lui. C'est en lui que vous pouvez porter des fruits de vie; c'est en lui et par lui que votre culte devient agréable à son Hère ; W est votre chef, et il prie , il adore en vous et avec vous. Toutes vos actions sont consacrées^ i^miublies , sanctifiées par les siennes ;

sans

Pour h jour de Noël. %&

6an^ lui vous étiez tout couvert de la tache du péché ; mais vous êtes lavés ^ vous êtes justifiés en J. C. ; sans lui vous étiez éloignés de Dieu , et pourquoi ?

parce que vous n^aviez point de Sauveur.

Eratis illo in ttmporc sine Christo. Mais le Fils de Dieu même vient opérer Toun vrage de votre réconciliation , de, votre rédemption ; il vous ouvre le Ciel > et vos moindres œuvres, qui vous acquièrent en lui un prix infini , vous méritent une récompense éternelle.

Ah ! M. F* de quoi nous glorifierons-r nous , si nous ne nous gloriHons pas des mérites de Phomme Dieu , des droits qu'ils nous donnent à rhériiage céleste, de la glorieuse espérance des enfans de Dieu^ comme parle l'Apôtre, Gloriamur in spc Filiorum Dei. Voyez à quoi J. G. vous appelle , ce ne sont plus des motifs pure* ment naturels, des promesses charnelles, des récompenses temporelles qui vous sont proposées» c'est le terme le plus noble , c'est la plus haute destinée* Unis à J. C. sur la terre , vous partagei^ez dan^ le Ciel sa grandeur. et ses triomphes^ '

Araes chrétiennes ! c est là q\xe..v^o% noms sont écrits ici- bas sur le marbre e^ sur l'airain: qu'importe que les honu;);]^çp nous accordent ou nous refusent leurs éloges, que nous devenions l'objet de lejar attention ou de leur indififèrence , de l^ur Mystères. 2

itS Sermon

estime ou de leur mépris, pourvu que notre mémoire subsiste parmi les Saints , et que nous entrions comme eux dans la gloire du Seigneur.

Hé ! que sert aux impies , aux hommes infidèles , après leur trépas le vain bruit que leur nom Fait encore sur la terre. Ils n'entendent plus les fausses louanges qui ont tant de (ois amusé leur orgueil ; ah !

ils ne ressentent aujourd'hui que la honte qui est devenue leur partage.

Ah ! que la grandeur de ceux qui sont unis à J. G. est bien plus réelle et plus durable, et cependant, M. F. nous nous bornons à Tattention et à Testime des hommes , au lieu de chercher la gloire qui vient du Seigneur. Exilés sur la terre, nous la regardons comme une cité fixe et permanente ; appelés à goûter les joies ineffables des âmes vraiment pures , nous mettons notre félicité dans les plaisirs des sen^, que dirai- je de plus , faits pour participer aux mérites adorables du Fils de Dieu y nous refusons de nous les appli-

3tieir, nous demeurons comme ensevelis ans l'habitude honteuse du péché , qui nous prive du précieux avantage de vivre en J. G. et par J. G. , et de régner uii jour avec lui.

• ' P Jésus î puisque c'est pour moi que ▼bus venez sur là terre , formez dans Xuoi un esprit et un cœur nouveau ; que

Pour h jour de NoeL 07

|e connoisse tout le prix de vos mérites et dé vos promesses ; étendez mes idées et mes vues, élevez*lesà ce qui doit faire Tunique objet de mes espérances^ et pour qu'il ne manque rien en moi de cette véritable grandeur à laquelle vous m'ap* pelez, que Rapprenne enfin à me gIo« rifier de vos exemples en les imitant.

Tel est en effet le dernier caractère de noblesse et d'élévation que J. C. vient nous offirir en naissant parmi nous, la gloire de marcher sur les traces d'un Dieu fait homme , de pouvoir le considérer comme notre modèle , et exprimer en nous ses • vertus.

Hé ! quoi de plus grand que de suivre J. C. notre Roi , le Roi du Ciel et de la terre , le maître des Anges et des hommes, J.G. notre Dieu, celui en qui habite la plénitude de la Divinité, qui réunit en lui toutes les perfections , qui est le principe unique ae toute véritable grandeur et de toute gloire solide. Ah ! quel hon« neur pour Phomme de'pouvoir se former sur un si grand modèle.

Hh bien, M. F. allons donc encore une fois à l'étable de Bethléem étudier J. C, allons-y recevoir les leçons d'un Dieu qui ennoblit en lui toutes les vertus que les enfans du siècle ignorent ou qu'ils méprisent. C'est là que le désintéressement^ Pamour de la pauvreté^ des humî^

52t8 Sermon

liations et des souffrances , 1a bonté qni ne craint point de se montrer douce, affable envers tous les hommes^ la clémence qui pardonne les injures et qui prie pour ceux qui Toutragent , Tingénuité , la candeur , la simplicité du juste , rhumilité et toutes les vertus du Chré* tien deviennent honorables.

G^est là qu'en considérant un homme Dieu abaissé ^ humilié , pauvre , souffrant et baigné de larmes ; un Dieu qui se dépouille , en notre faveur , de tous ses intérêts , qui nous recherche , aui nous prévient de toutes ses bénédictions ; un Dieu qui ne veut que nous attacher à lui, qui, pour se rendre plus aimable, quitte tout Tappareil de sa majesté, s'humanise j usqu'à devenir ce que nous sommes, et sous la forme d'un enfant^ s'at* tendrit sur nos misères ; un Jésus naissant , qui , outragé par les uns ^ tandis qu'il est glorifié par les autres , sollicite la grâce de ses ennemis mêmes et le salut des pécheurs ; un Dieu fait homme qui s'annonce avec toute la simplicité ^ l'humilité qui accompagnent un âge encore tendre ; c'est là, dis* je ^ que nous apprendrons , d'après un tel exemple y à aimer les abaissemens, Pindigenceet les larmes > à nous concilier tous les cœurs

1>ar le désintéressement , la douceur , 'humanité , à ne pas avoir honte de sup*

Pour le jour de Noël. 2^

porter les injures et de pardonner ceux de qui nous les avons reçues , à ne pas rougir d'être simples^ ingénus^ à nous faire gloire d'être humbles ; pour tout dire en un mot , c'est là que nous ap.-^ prendrons à devenir véritablement chré-; tiens, et dès-lors vraiment grands.

Ah ! qu'il est grand sans doute celui qui s'est formé à l'école de J. C. Grand dans ses idées et ses vues , il s'élève audessus des sens Y il juge de tout, non par les impressions que fait sur notre esprit une passion aveugle , non par des apparences trompeuses , mais par les lu-, mières d'un entendement pur et qu'éclaire la vérité. Grand par ses affections ^ il en fonde rhéroïsme sur les ruines de Pamourpropre et de la cupidité ; rempli de la charité la plus ardente pour son Dieu et du plus tendre amour pour les hommes , il se sacrifie à la gloire de l'un et au bonheur des autres. 11 aime jusqu'à ses ennemis , et ne se venge de leur injus« tice qu'en les rendant, s'il se peut, plus justes et plus heureux. Grand dans ses désirs , ils ne se bornent point à la terre » ils ne sont point limités par. le temps ; le Ciel est sa patrie , et il tend à l'éter- r ' nîté. Pour y parvenir , il réduit son corps en servitude , il déracine ses vices , il enchaîne ses passions^ il captive son es*prit^ il prend un empire absolu sur son

io Sermon

cœur y il îsjt plus que s'il domptoît Tani'- ▼ers^ il se dompte lui*iQème. Plus .grand que le monde entier, il méprise tout ce que le monde estime , il en )ouit sans attache , il le perd sans regret , parœ qu'il ne le consi<lère point comme sa fin.

Grand jusqnes dans le soin de l'humilité la plus protonde, il aime à n'avoir pour témoins de ses vertus que les regards du souverain Juge , il souffre sans vouloir qu'on le plaigne , il fait les plus grandes choses sans s'en apercevoir. Ind ulgen t pour les autres , il n'envisage d'un œil sévère que ses propres foiblesses. Il se voit tel qu^il est y homme et pécheur ; et comme tel , il descend dans l'abîme de son néant; mais il y trouve son Dieu qui , ami des humbles, Pélève jusqu'à lui.

Mondains entêtés jusqu'ici d'une vaine et fausse grandeur , avouez donc enfin que la grandeur réelle est celle qui se trouve dans les vertus chrétiennes , dans la conformité avec J. G. ; avouez que le sentier du véritable honneur est celui qu'un homme Dieu nous a tracé , et que lu vraie gloire est de suivre le Seigneur.

Ne nous vantez plus vos héros. Ils n'offrent à nos yeux que des qualités mensongères ; souvent plus propres à faire le malheur du genre humain qu'à le rendre heureux , plus ressemblantes à l'enflure , à Torgueil ^ qu'à l'amour ^(^

Pour 4c jour de NoëL 3l*

réglé de soi-même et à la bienveillance envers les hommes , plus faites pour ea imposer à une multitude séduite pai: le préjugé que pouf s'attirer lestime de ceux gui savent discerner le vrai mérite et la solide grandeur.

Cessez dé nous Vanter encore vos digni*i^ tés ^ vos noms et vos titres ; pour appré-* cier ces avantages frivoles , suivez moi {ûsqu'au : tomlieau de ceux qui les.oat possédé avant vous. Levez ce niarhi^ qu'on a orné d'inscriptions magnifiques , et près duquel on a érigé der^ trophées en leur honneur. Que couvre- tàl ? des cendres l... voilà tout ce qui reste de ces Grands de la terre ; et leur arae infidèle, où est elle et qu'est- elle devant Dieu ?

Que votre esprit s'élève maintenant jusqu'aux Gieux ; ouvrez vous , portes éternelles , laissée briller à nos yeux un rayon[ de la gloire des justes , et qu'à cet aspect se dissipent pour toujours les illusions d'un monde qui ne nous a que trop séduit par ses prestiges.

Mais^ Seigneur, pour nous détromper et nous instruire , n'est-ce pas assez du Mystère que nous célébrons ? N'est-ce pas auprès de Jésus naissant y qu'après* avoir appris à nous abaisser , à nous humilier comme créature et comme pécheur^ nous apprenons à nous élever à une grandeur réelle, en nous glorifiant de l'union^

32 Sermon pour le jour de Noël.

de .potre nature avec la nature divine en J. C. , de ses inérites et de ses exemples ?

31 nous falloit un Maître, 6 mon Dieu!

vous nous Pavez donné ; donnez-nous donc aussi un cœur docile pour l'entendre.

Qu'à son exemple nous soyons vérflabiement humbles ; qu'en lui et par lui nous devenions véritablement grands^ afin qu'après lui avoir été unis sur la terre nous partagions sa gloire dans le GieL Ainsi soit-ih

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POUR

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