LE JOUR DE L'EPIPHANIE
ou DES ROIS.
V^idimus atellajn ejus in Oriente , et venimus ado rare etun.
Nous «vons vu son étoile en Orient , et nous somme* Tenus l'adorer.
Mat» c. 9» V» a*
\/uoi de plus digne de notre attention ; M. F., quoi de plus propre à nous servir d'exemple , que la fidélité avec laquelle les Mages ont suivi le$ clartés précieuses que Dieu faisoit briller pour eux ? Il s'étoit déjà manifesté lui-même à leur entendement par cette lumière naturelle qui appi^end à un esprit attentif à remonter de la créature au Créateur, et qui, en nous faisant considérer ce qu^il y a de visible dans ses ouvrages, nous donne quelque idée des perfections invisibles et non moins réelles d'un premier Etre.
Cen et oit assez pour les engager à lui oflrir l'encens de nos vœux et de leurs prières , et à se conformer aux lois de sa sagesse dès que leur foible raison pouvoit les découvrir ; mais aussi sages et plus sage(i sans doute que ceux que Tanti*-
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quité païenne a décorés de ce beau nom , ils sentoient le peu d'étendue de cette raison abandonnée à elle-même y et quelques vérités parvenues jusqu'à eux par une tradition que les Israélites capti& avoient autrefois portée en Orient, leur confirmoient le besoin qu'ils avoient d'une révélation plus expresse ajoutée à la loi naturelle , et qui la mit à la portée de tous les esprits , le,ur apprtnoient la nécessité d'un médiateur entre Dieu et les hommes , et leur faisoient attendre avec îrapatiencek moment oùparoîtroit Péfiûle de Jacob que Daniel et tant d'autres Prophètes avoient annoncée. A peine l'astre qui devoit les conduire à J. C, 3^ l'astre prédit par Balaam s'estil montré y à peine le flambeau de cette révélation après laquelle ils soupiroient commence-til à luire à leurs yeux, que déjà ils le «uivent avec empressement partout où il doit les conduire, sans s'étonner ni de la critique des faux sages , ni des fatigues d'une route longue et pénible, ni des dangers qui accompagnent leur entreprise.
Mais ce que je vous prie de remarquer, M. F., c'est que l'étoile semble disparoitre quelque temps comme pour les forcer de recourir à l'autorité, visible de l'Eglise judaïque, afin d'apprendre d'elle l'endroit OÙ le Messie devoit naître. Cette Eglise
pQUr tè foUf des Rais. 35
étoit alors ce qu'est pour nous rEgfise de J. C. 9 avec cette différeftce que l'une par sa nature devoit finir, et queTautre^ établie sur les débris de la Synagogue , ne finira jamais.
Trois lumières dévoient donc concourir à Tinstruction et à la conduite des Mages. La lumière naturelle , la ré<^ vélation et l'autorité de l'Eglise.
Ce sont ces trois flambeaux qui doivent également nous éclairer et nous conduire, après avoir reçu en notre faveur un éclat que J. C. seul pouvoit leur donner. Il est important que vous en connoissiez tout le prix , et que vous sachiez combien leur clarté nous est nécessaire. C'est à la mettra sous vos yeux que je vais employer ce discours. Avant que de le commei^cer ^ souffrez que je vou^ demande toute irotré attention , et que je vous la demande pour un temps beaucoup plus long que je no Pai fait jusqu'ici. J'y suis comme forcé par la nature du sujet que j'entreprendd de traiter. La matière est vaste, elle est difficile et capable de m'arrêter , si là désir de votre înstrtiction ne me pressoit ^ ne rae contraignoit en quelque sorte. Il faudra vous exposer , dans le style le plus concis et d'une manière sensible , des vérités qui pour être approfondies , exigent les méditations les plus sérieuses et qu^ori ne développe qu'avec peine lorsqu'on ne
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peut leur donner toute Tétendue qu'elles paraissent exiger nécessairement. Prions Dieu qui! supplée à ma foiblesse y qu'il vous parle , qu'il vous instruise par ma voix ; demandons-lui qu'il nous échauffe, qu'il nous pénètre de Tamour de ses saintes vérités ^ et adressonslui , pour cet effet y la prière ordinaire. Aye , Maria.
Premièab Partie.
La première règle que Dieu nous a donnée pour nous conduire , et qui est prise dans rhomme même, c'est la rai* son, cette loi qui, comme le dit un des plus sages d'entre les auteurs païens , ne peut être afFoiblie par aucune autre loi , à laquelle il n'est pas permis de déroger , qui ne peut jamais être abolie et 'qui est plus ancienne que ni aucune loi écrite , ni aucun gouvernement politique , cette loi commune à tous les hommes 9 constante , immuable , éternelle , qui a son fondement dans la nature des choses , qui n'a pas commencé à être loi par la promulgation que les hommes en ont faite y mais qui est aussi ancienne que Dieu lui même, cette loi enfin qui nous appelle à nos devoirs , qui nous porte au bien, par un commandement précis, et qui nous défend le mal avec k même autorité.
Pour le jour des Rois. 3y
Pour que la droite raison ait en effet le caractère d une véritable loi qui nous impose Tobligation de la suivre dèsqu^elle nous parle, il suffit premièrement qu^il y ait un Dieu s^ouverainement sage , souverainement bon , souverainement parFi^it ^ qui a créé Tunivers ; en second lieu , qu^il Fait créé pour une certaine fin conforme à sa sagesse et à sa bonté ^ troi« siémement qu'il veuille que les êtres intelligens , tels que Thomme , concourrent à cette fin et la procurent , autant qu'il est en eux , par le bon usage des facultés qu'il leur a données ; et en dernier lieu , que cette volonté le lie de manière à devoir leur faire attendre de très- grandes récompenses s'ils répondent fidèlement aux vues que Dieu s'est proposées en les formant , ou des châtimens rigoureux s'ils osent les contredire par leur conduite.
Aedodblez votre attention , je vous prie , ce que j'ai à vous dire est le fondement des vérités les plus importantes et la réponse la plus courte et la plus précise à tous les faux systèmes que le libertinage a enfantés de nos jours.
QuHl y ait un Dieu distingué de cet univers , et qui l'a créé , qui , par une conséquence nécessaire , en renferme yniquement toute la perfection y duquel nous dépendons comme ses créatures , et qui
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nèbres , entre ravenglement et la raison $ entre le néant et Tètre , autant y a-t il de difïérence entre Tordre et le caprice ^ entre Tassemblage fortuit d^un nombre infini d^atômes^ et cet art admirable qui éclate dans Tunivers. Depuis le firmament jusqu^aux abîmes de la terre 9 depuis la plus grande et la plus brillante des étoiles jusqu^à la plus petite des collines, depuis le cèdre qui croit sur les montagnes du.
Liban jusqu'à THyssope, depuis Phomme jusqu'à rinsecte qui rampe sous Pherbei tout annonce un Dieu sage, ami de l'ordre, et qui l'a fait régner dans les choses que nous ne connoissons pas^ et qui échappent à nos foibles lumières comme dans celles que nous connoissons , et dont nous saisissons les rapports. Qui pourroit allumer plusieurs lampes s'il ne se trouve point de feu pour leur communiquer sa lumière ? qui pourroit, à plus forte raison , distribuer avec sagesse cette multitude innombrable de parties qui entre dans la composition^ de l'univers , les assortir entr'elles et en faire nn seul tout plein de grandeur et d'harmonie ^ s'il n^existe pas une intelligence suprême qui a fixé à tous les êtres leur place , et qui a déterminé, leurs forces et leurs mouvemens ? Et depuis quand 1e caprice a t-il si bien imité la sagesse ? Pourquoi, dejiuis
que le momk ex,iste^ le hasard n'a-t-il pu
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former un seul ouvrage régulier , un tableau , une statue , un temple , cm le conserver après Tavoir forrnè ? Mais à quoi m'arrêtai- je puisque tout don excellent et parfait vient d'en haut , et qne flous ne Pavons pas de nous-mêmes ; les facultés des étî'es intelligens , nos idées , nos penchans ^ tout ce qu'il y a en nous de connoissances , de bonté , de sagesse , ne nous force* t-il pas de remonter à un premier Etre^ bon , sage 9 rempli de lumière , et qui possède toutes les perfections dans le plus haut degré , parce qu'il en est seul la plénitude et la source ; qui les possède de toute éternité , puisqu'elles sont une suite de son existence absolue et indépendante ; qui les possède sans en rien perdre , puisqu'il n'y a pas même en lui l'ombre de changement ^ et que dans l'Etre nécessaire tout est immuable comme son existence. Apud quem non est transmutatio nec vicissitudi^ .
nis ohumbratio. La sagesse » dit Salomon , est l'émanation de la vertu de Dieu , et l'effusion toute pure de la clarté du Tout-Puissant; immuable et simple en elle même, quoique variée dans ses effets , elle renouvelle toutes choses , elle se répand , par^ii les nations , dans les âmes saintes y et elle forme les amis de' Dieu.
Il y a en elle un esprit d'intelligence qui est pur et sans tache ^ doux, ami du bien y
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que rien ne peut empêcher d'agir y bien^ taisant , amateur des hommes , bon , stable , infaillible» qui peut tout, qui voit tout y qui renferme en soi tous les esprits.
Cest ainsi que le même Roi ùàt parler la sagesse au livre des proverbes. Le oeîgneur m^a possédée au commencement de ses voies ; j'ai été établie dès Téternité. Les abtmes n'étoient point encore lorsque j'étois déjà conçue; il n'avoit point encore créé la terre , ni affermi le monde sur ses
{)ôles , et j'étois déjà ; lorsqu'il préparqit es Cieux j'étois présente ; lorsqu'il environnoit les abîmes de leurs bornes^ et.
qu'il leur prescrivoit une loi inviolable ; lorsqu'il alfermissoit l'air au-dessus île la terre ^ et qu'il dispensoit dans leur, équilibre les eaux des fontaines ; lorsqu'il renfernioit la mer dans ses limites ,. et qu'il imposoit une loi aux eaux ^ afin qu'elles ne passassent point leurs bornes; lorsqu'il posoit les fondemens de la terre , j'étois avec lui y et je réglois toute chose. Expression aussi fidèle que magnifique de l'idée que nous devons nous former du premier Etre et de ses attributs.
Mais si le Dieu tout- puissant , qui a créé l'univers , et qui en a disposé toutes les parties, est tel que nous venons de le reconnoître, ne devons-nous pas avouer, par une conséquence nécessaire , qu'il l'a créé pour une certaine fin^ conforme à
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sa sagesse et à sa bonté ? Agir sans aucun objet y et comme par une impression aveugle et téméraire ^ agir pour une fin qui eàt assujéti le Créateur à ses ouvrages ^ et faire des choses créées Tunique terme de la création ^ c^eùt été , pour TEtre souverainement parfait^ se contredire luimême , se manauer à lui même , se dépouiller des droits inaliénables de la divinité , s'avilir, se dégrader par Ja recherche d'une fin qui eût été si fort au-dessous de lui f et dè^-lors indigne de lui. Supposition absurde et qu'il suffit d'énoncer pour la détruire. Dieu ne pouvoit donc agir conformément à sa sagesse , .qu'il ne fut à lui-même sa fin ^ et qu'il ne se proposât de procurer sa gloire , cette gloire extérieure qui ne lui étoit pas nécessaire , j'en conviens , pour être toujours grand , toujours heureux^ mais qui devoit cependant suivre essentiellement l'acte dé la création , et en être le premier objet. En un mot ^ dès- lors que Dieu s'est déterminé à créer , il n'a pu le faire que pour une fin digne de lui , et il n'y avoit de fin digne de Dieu que luimême, c'est-à-dire que sa propre gloire- Prenez-garde , Chrétiens , que cette vérité si importante est du nombre de celles que les auteurs sacrés ne cessent de nous inculquer de la manière la plus forte et la plus précise»
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Cette gloire consistoit , M. F. à manifester ses attributs , et ce qui les renferme tous 9 son amour pour Tordre et le bien universel. 11 a donc voulu , en agissant
Î>our sa gloire , procurer le bien de tous es êtres qu'il (aisoit sortir du néant , et le procurer selon le degré de bonté qui pou voit convenir à chacun d^eux , considérés tout à. la- fois et en eux-mêmes, et relativement au système général de Tunivers. Voilà ce qui pouvoit seul le elorifier dignement , et c est ainsi que les intérêts de sa gloire , s'accordent avec sa bonté ^ sa justice et tous ses attributs , et par une suite nécessaire, avec nos propres intérêts et notre perfection ^^
Mais que conclure , par rapport à nous , de ces principes incontestables, sinon que Dieu exige que nous entrions dan^ les vues de sa sagesse , et que nous agis* sions ainsi que lui conformément à la fin pour laquelle il nous' a créés , c'est»
à-dire, de manière à le glorifier , et pour cet effet , à procurer le plus grand bien qui soit en notre pouvoir ? Les créatures destituées de raison suivent, par la nécessité de leur nature , l'ordre que le souverain Etre leur a prescrit; elles obéissent d'une manière constante et uniforme aux lois du mouvement et aux impres* sions que la matière doit faire sur elles
selon ces mêmes lois. De-là ce concert
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admirable de tous les corps célestes » cet accord parfait de tous les élémens , cet équilibre qui règne entre toutes les parties du monde physique, cette harmonie universelle qui en fait toute la beauté , qui atteste si hautement la grandeur du souverain Etre , de celui qui a donné è chaque chose ses propriétés , et sa des*, tination particulière par laquelle elles concourent toutes ensemble à une fin générale. Doués de facultés bien plus nobles que celles des êtres qui nous en* vironnent, pouvons- ilous croire que Dieu nous permette de disposer de ces mêmes facultés au gré de nos désirs, dès qu^ils seront contraires à sa gloire , à son amour pour Tordre et à sa sagesse ? Nous sommes libres , il est vrai , et c'est-là ce qui doit servir à donner du prix ^ nos actions; mais le sommes-nous pour ne nous laisser guider que par le caprice ? Le sommesnous pour mépriser ce que la raison nous dicte 1 Le sommes-nous , enfin , pour nous dépouiller, ainsi de notre propre nature ?
Dira t- on maintenant que nos actions sont indifférentes en elles-mêmes et aux yeux du souverain Etre l Est-il donc indifférent pour la gloire du Créateur que nous reconnoissions ses attributs , que nous les pul)lions , que nous leur rendions hommage , et que nous les imitions autant qu'il est en nous , ou qu'au
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contraire , nous paroissiens les dêsaybveB par nos discours ou par nos mœurs % Est' il indifférent pour le bien universel des êtres qui nous environnent et avec lesquels nos penchans et nos besoins nous lient si étroitement y que nous préférions aus: choses qui sont les plus propres à rendre la société douce et tranquille , celles qui ne tendent qu'à y porter et la confusion et le désorare, et que nous sacrifions les intérêts d'un grand nombre , leur repos , leur félicité , à nos goûts ^et à nos désirs particuliers ? Est-il indifférent pour notre avantage réel et notre per-^ tection , que nous travaillions à enrichir notre esprit des connoissances les plus utiles^ et à nous former une idée juste des choses les plus importantes ; que nous modérions la fougue de nos pas* sions; que nous cherchions à employertoutes nos facultés et tous nos momens de manière à procurer le plus grand bien possible eu égard à nos forces , ou qu'ensevelis dans les ténèbres de l'ignorance , nous nous laissions séduire par l'erreur et le mensonge ; que nous donnions à nos sens tout empire sur notre ame , et que nous passions la plus grande partie de notre vie dans l'inaction et dans une molle oisiveté % Mais si tout est indifférent, pourquoi donc mes ac- ^ns ontrelles tant d'influence sur le
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Bonheur des autres hommes ou sur le nôtre ? Pourquoi produisent-elles si natu-*^ Tellement, un bien ou un mal physique à notre ègàrd ? Que Von dise donc aussi que toute nourriture est également salu« taire , et qu'il importe peu qu'un ami présente à son ami un poison subtil o\t les alimens que nous regardons comme les plus propres à conserver nos jours« Si tout est indifférent et que nos mœurs dépendent uniquement du climat , de Fusage. et du tempérament ^ pourquoi tous les peuples , et surtout ceux parmi lesquels la raison a fait plus de progrès^ s'accordent-ils sur les premiers principes de nos obligations naturelles , et que par^ tout l'esprit de Religion , la bonté ^ la douceur, Péquité , passent pour des vertus ^^ et les habitudes contraires pour des vices ? Pourquoi s'accordent-ils à louer la clémence , à estimer les cœurs généreux et bienfaisans y h mépriser et à détester les ingrats , et pourquoi le même accord n'a-t-il pas lieu sur toutes lès autres choses comme étant purement arbitraires ? Pourquoi , encore , ces lois civiles , destinées à maintenir le bon ^ ordre dans la société^ si, antécèdemment à toute loi positive^ il n'y a dans la nature des choses ni bien ni mal ! A quoi bon établir ces lois ? à quoi bon les observer % et , ne soat»elV^ ^^^.^raisk
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distinction , inutiles et frivoles ? Si tout est indifférent, pourquoi donc>yous , impies, qui prétendez être libres d'agir sans aucune règle , pourquoi criez. vous si hautement à rinjustice, lorsque ce tCest
Cis vous qui la faite ; et plus encore , rsque c'est à vous qu'elle s'adresse % Ah ! c'est alors que vous êtes forcés de convenir qu'il y a des choses justes ou injustes, bonnes ou mauvaises de leur nature. Disons-le, enfin, si tout est indifférent , pourquoi ce repentir qui vient empoisonner la suite de vos actions ?
pourquoi ces remords qui vous déchirent , si tant est que vous ne soyez pas encore parvenu à les étouffer ? pourquoi cette conscience qui vous accuse , et pourquoi , ne pouvant soutenir ses rev proches , n'osez vous rentrer en vousmêmes pour l'interroger? Vous cherchez à vous excuser, à vous justifier à vo$ propres yeux , et prendriez-vous tant de peine, si vous croyiez ne courir aucun risque d'être coupable ? Ah ! M« F. votre cœur vous dément à chaque instant, et votre raison , que vous ne voulez pas écouter , vous juge et vous condamne.
Malheur à vous qui ne vous êtes attachés qu'à en pervertir toutes les lumières ; malheur à vous qui dites indistinctement' que le mal est bien , et que le bien est mal , et qui anéantissez par là toute différence
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férence entre Tun et Tautre , qui donnez aux ténèbres le nom de lumière , et à la lumière le nom de ténèbres, qui appelez doux ce qui est amer , et amer co iqui est doux. Malheur à vous , dit Isaïe»
et pourquoi ? C'est que Dieu nous ayant»
donné la raison en partage, et nous mettant dans la nécessité de conclure par la seule considération de ses attributs qu^il veut que nous fassions usage d'ua don si précieux , et que nous suivions tout ce que celte raison nous dicte de plus conforme à sa sagesse et à la fin pour laquelle il nous a créés , nous ne pouvons plus douter qu^il n'attache des récompenses à la fidélité avec laquelle nous répondons aux vues qu'il a sur nous, et des châtimens à Topposition que nous marquerons à sa volonté , et que la raison^ qu'il nous a donnée, ne devienne ainsi une loi proprement dite qui a toute l'autorité nécessaire pour nous imposer une obligation morale > la seule qui puisse s'accorder avec la liberté.
£n effet ^ ce seroit bien envain que Dieu nous auroit formés pour une certaine fin , et que son amour pour l'orchre lui feroit désirer de le voir régner dans nos actions , si nous n'avions rien à attendre de sa justice, et que nous n'en eussions rien à craindre^ en un mOt| Mystères. 3
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s'il ne nous laissoitenvisagerancun motif capable de nous déterminer et de ba* lancer dans une infinité de circonstances, la force de nos penchans déréglés et l'impression que fait sur nous un plaisir sensible ^ un avantage temporel et présent. Ce seroit alors quHl agiroit d'une manière bien moins parfaite que les Lé-»
gislaveurs de la terre qui savent faire respecter leur volonté, et maintenir Thon-»
fleur et la sûreté de leur gouvernement^ par la vue des récompenses et des peineSé Le souverain Maître des hommes , le plus sage de tous les êtres auroit donc voulu la fin sans vouloir les moyens né»
cessaires pour la procurer ? Son amour invariable pour l'ordre et pour le bien n'exige-t-il pas nécessairement qu'il mette de la différence entre ceux qui se seront conduits en toutes choses conformément à la nature intelligente et raisonnable qu'ils ont reçu de lui » et ceux qui se seront dégradés , en ne suivant d'autre loi que leurs caprices ? Vouloir les confondre , ne seroit-ce pas oublier toutes ses perfections et se renoncer lui-même ? Dites donc au juste quHI espère bien y dit le Prophète, parce qu'il recueillera le fruit de ses œuvres* Malheur à l'impie qui ne pense qu'au mal , parce qu'il sera puni selon la mesure de ses iniquités. CTest dans les siècles futurs que Tordre sera
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pleinement rétabli , que chacun de nous sera mis à sa place , ei recevra selon ses œuvres, que les proportions se retrouveront avec le dernier degré d'exactitude pour ne plus varier^ que la gloire du coupable puissant sera effacée ^ que la vertu persécutée dans le temps sera couronnée dans Téternité, et que la discor.
dance actuelle cessera de paroître un défaut , puisqu'elle se terminera dans Tharr monie la plus complette, Delà^ ces vues de rhomme qui se portent jusque sur Tavenir le plus reculé , et qui sont pour notre ame comme un garant de son im-^ mortalité ; de-là , ce consentement de toutes les nations à reconnoître une autre vie pour laquelle celle-ci doit servir de lieu de passage et d'épreuve ; de-là , enfin ^ ce tribunal secret placé au-dedan$ de nous-mêmes, et où nous nous accusons et nous nous excusons tour-à tour comme étant en la présence d'un Juge , ou plutôt comme devant y être un jour.
J en ai dit assez , M. F. pour vous convaincre de l'obligation où nous sommés d'interroger à chaque instant notre raison^ et de la suivre jusque dans nos moindres actions , comme le premier flambeau , comme la prenrière règle que Dieu nous a donnée. Pourquoi fautait que , même parmi des Chrétiens en qui Féclat de cette lumière doit être bien.
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plus vîf et bien plus pur , elle perde si souvent tous ses droits , et que nous nous laissions conduire par nos sens, par la coutume, parTexemple, par la fantaisie et par Thumeur , au Heu de consulter là loi que le Créateur a gravée dans nousmêmes. Chacun de nous , dit Saint Clirysostôme , doit rentrer dans sa conscience et y établir la raison pour juge. Imitez Dieu , dit Saint Ambroise , faites tontes choses avec sagesse , et rien sans sagesse ; êîites tout par raison , et rien sans raison ; car vous êtes une créature raisonnable.
Puissions-nous réduire en pratique ces maximes, et j'ajoute que pour les bien suivre nous devons profiter avec empres* sèment des secours que la révélation nous présente. La raison nous conduit à la foi, elle nous en fait sentir le prix et la nécessité. C'est une seconde lumière ajoutée à la lumière naturelle et sans laquelle celle-ci ne suffit pas. Ce sera, M. F. le sujet de ma seconde partie^
Segondspartie.
La raison est une clarté céleste émanée de la Divinité même , et sans laquelle l'homme privé de tout ce qui fait là dignité de sa nature seroit réduit à la condition des êtres les plus vils. Con-
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siclélrerce fliaiabeaii précieux, comme une lumière vague , comme une régie toujours incertaine , c'est anéantir toute vérité à notre égard , c'est renverser tout principe , c'est détruire toute vertu et démentit cette conviction intime qui est toujours plus forte que nos vains sophismes.
Mais autant il est dangereux et insensé de trop déprimer la raison , autant Test-il de se former une trop haute idée de son pouvoir. La méconnoître ou trop présumer de ses forces sont deux excès également funestes et qui ne sont cependant que trop ordinaires. Atijourd'huî ^'' surtout , accoutumé à tout hasarder et cnraigoant peu de se contredire , après avoir déploré dans mille instans les éga-; remens et la foi blesse de sa raison , on l'exalte avec une folle confiance et on veut qu'elle soit la seule lumière , la seule» règle, le seul guide de l'homme, et què^ sans le secours de la révélation elle suf-..
fise pour l'éclairer et le conduire. Vaine pdrétention dont l'expérience la plus comr' niune démontre la fausseté , et qu'on ne peut Hitieux combattre qu'en considérant ce qu'est la raison dans la multitude y ce qu'elle peut dans les sages , et ce qu'elle produit enfin lorsqu'elle n'emprunte y ; pour se faire entendre , que la voix de ceux qui sont dépouillés de toute autç
û4 Sermon
rite nécessaire pour être écoutés. Suivez* moi , je vous prie ; je ne parlerai que le langage de la plus exacte vérité.
Et , eh premier lieu , qu'est-ce que la raison dans le commun des hontmes î Consultez ce que les histoires de toutes les nations vous racontent , ce qui se passe 50US vos yeux, et répondez moi. La raison dans le peuple , n^estëlle pas trop souvent obscurcie par le défaut d'attention et la légèreté de Pesprît , altérée par la force des préjugés et les impressions des sens , rendue comme inutile par les passions et par les besoins du corps.
Pour bien connoitre tout ce que la loi naturelle renferme et qui peut s'apprendre par la seule voie du raisonnement , il faut discuter avec soin ce qui concerne la mature de Dieu et ses attributs , la con»
dition de Thomme et sa fin , les rapports qui se trouvent entre le Créateur et sa créature , les propriétés et les suites de lios actions , et déduire de ces principes »
{>arune longue chaîne de conséquences, es devoirs de la Religion et ceux de la vie civile» Or y est-il > je vous le demande ^ bien des esprits assez attentifs pour être capables d'une discussion si dimcile et si
{)énfble au jugement même des hommes es plus éclairés du paganisme ? En est-il beaucoup qui aient assez de zèle pour rcntrepreadre , assez de facilité pour la
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continuer ^ assez d'ordre et de. méthode pour s'y bien conduire ; assez d'applica*^ tion et de persévérance pour se fixer longtemps sur un 'même objet, ,pour Texa*' miner par toutes les faces dont il est susceptible , pour ne le point quitter sans ravoir approfondi et sans être sûr de la bien connoitre^ car c^est \k ce qu'exige une étude raîsonnée de la Religion et de la morale* Et , pourquoi ceux dont les travaux et les recherches ont été accompagnés d'une sorte de succès, se sont- ils acquis un si grand nom y si la chose étoit si simple et si facile ? Pourquoi tous les peuples ont'ils été ensevelis si long*temps dans les erreurs les plus grossières et dans les plus épaisses ténèbres.
Doit-on en être étonné si, au défaut d'attention et à la légèreté de l'esprit^ on ajoute encore deux sources d'erreur si communes parmi les hommes , les pré^ jugés et les sens 1 Far où le grand nombre se laisse -t-il conduire, si ce n^est par les opinions reçues dès l'enfance, par i usage et par l'impression quil reçoit de tous les pbjets qui l'environnent. La nature , dît un Philosophe païen que j'ai déjà cité plus d'unefois , ne nous donne que quelques étincelles de raison qui s'éteignent bientôt à force de vices et d'erreurs ; de manière que sa lumière demeure cachée.
V>h^ que nous entrons dans le monde ,
ôS Sermon
nous devenons le jouet des mauvaises habitudes et d'une quantité d^opinions dépravées ; de sorte que l'on diroit que nous avons sucé Terreur avec le lait.
Rendus à nos parens et mis? entre les mains de nos guides et de nos' maîtres , ils nous remplissent tellement l'esprit «de
Ijré jugés de toute espèce que la fausseté 'emporte sur la vérité , et que la nature 8e trouve trop foible contre des opinions si bien enracinées. L.e commerce des autres hommes, enfin, et l'exemple de la mulfiitude, achèvent de tout corrompre. C'est alors que l'erreur s'empare entièrement de nous et que nous nous révoltons , si je puis m^exprimer ainsi y contre la nature elle-même. Se peut-il dans la bouche d'un païen . une peinture plus vive de l'état malheureux de la nature corrompue et de la foiblesse de notre raison.
Et , que dirons-nous des fausses opinions, des créances absurdes et non moins impies où les sens ont entraîné presque tous les hommes ? Ils ont adoré ce qu'ils ont vu , et n'ont pu s'élever par la beauté et la magnificence de tant d'ouvrages merveilleux à la connoissance du Dieu invisible qui les a faits. Ils ont rendu un culte au soleil, aux astres et à toute la nature ; ils se sont prosternés devant Toeuvre de leurs mains ; ils ont prostitué leur hommage à une maiière informe
Pour té jour des Roif. 6j
et gifossière , et celui qui n'est qtï'esprii; et qu'on ne peut apercevoir que des yeux de 1 esprit , t'Ktre souverainement parfait, ils l'ont méconnu. A la majesté du Dieu incorruptible, ils ont substitué, dit l'A* pôtre , l'image de Phomrae corruptible , des animaux qui remplissent l'air et des bêtes qui rampent sur la terre. O éga*rement ! 6 folie de l'esprit humain dont on n'oseroît le croire capable , si une expérience trop générale et trop constante né nous apprenoit combien l'ima^ ginatiott et les sens ont d'empire sur la raison t
lis en atrroient moins sans cToute si les passions de l'homme étoient moins vives ,* et s'il étoit moins assujéti aux besoins du corps ; mais ceux-ci le forcent à chaque instant à se répandre au-dehors, à sortir de lui-même et à donner presque tous ses -momeixs et ses soins à ce qui peut le faire vivre , et non h ce qui peut l'instruire et Péclairer. Celles-là aveuglent son entendement , et de concert avec les préjugés de l'éducation et les impressions des sens , elles achèvent de corrompre ses jugemens et de pervertir toutes ses notions. Ce sont ces mêmes passions en partie qui ont fait rendre un culte à des Dieux qui ne méritoient pas même d'être compté parmi les hommes ; culte infâme;' et cruel; où le sang humain arrosoit ^
6R Sermon
souvent leurs Autels; culte superstitieux et bizarre , d^où Von bannissolt pour les mieux honorer, la gravité, la pudeur, la décence et la sagesse pour nV admettre que de folles joies, des ris insensés et une stupide ivresse ; culte impur quW ne pourroit rappeler sans rougir^ et où la ^ertu séduite étoit souvent la première' victime qu^on leur immoloit. C'étoit ainsi , en effet , que dévoient être adorées de semblables divinités : un Saturne, un Jupiter, un Mars, un Mercure, un Apollon , et tant d'autres qu'il ne m^est pas permis de vous nommer. Que vos femmes, disoit aux Païens St. Clément d'Alexandrie, les invoquent, ces divinités en les priant dHnspirer de la chasteté à leurs maris. Que vos enfans apprennent à révérer de tels Dieux pour se former à la débauche par leurs leçons et leurs exemples. L'innocence même , dit Lactance , se corromproit à une telle .^cole. Et comment les hommes seront-ils justes , si les Dieux mêmes les dressent AU crime ?
Aussi voyons-nous que ces mêmes hommes , qui avoient mis le mensonge à la place de la vérité, ont été en proie à tous les désirs de leurs cœurs , et se sont plongés dans tous les vices. Le vrai Dieu qu'ils ont abandonné les a livrés ^omuie parle Saint Paul , à des passion
Pour te jour des Rois. 6|)^
honteuses , à un sens dépra* é y et ils ont; fait des actions indignes de Phomme»
Et , ne croyez pas , M. F. que cet aveu^ glement funeste n ait été répandu que sniun petit nombre de peuples sauvages et barbares. Connoissons mieux la foi blesse de notre raison lorsqu'elle est abandonnée, à elle-même. En matière de Religion les nations les plus policées ne se distin- . guoient en quelque sorte de celles qui rétoient le moins que par un plus grand nombre de fables et de superstitions.
Elles avoient assez de lumières et de gènie pour inventer et perfectionner les sciences et les arts. Et de toutes les scien-ces , la plus importante ^ celle qui nou9 apprend à connoître Dieu et à nous bien connoitre nous-mêmes, ètoit pour elles le plus grand des mystères. Vous auriess vu dans ces temps malheureux les Prêtres de l'Egypte encenser tour- à-tour les plantes et les crocodiles. Les Grets ^ si éciairés sur tout le reste , n'étaient ici que des enfans que les poètes ont amusés par les absurdités de leur Mythologie ; et si jamais ils ont élevé des Autels à un premier Etre digne de leurs hommages ^ ce n'étoit que comme à un Dieu qu'ils entrevoyoient à peine ^ un Dieu qui leur étoit inconnu. Ignoio Dec. Rome, cette capitale du monde , en triomphant , de toutes les nations en est comme suW
€o Sermon
juguée à son tour; elle adopte leurs cultes et se soumet à leurs folles divinités. Ce peuple si grand par le génie et par le cœur , n'est plus reconnoissable dès qu'il s'agit de Religion ; il paroît alors , pour me servir de la pensée d'un homme célèbre , il paroît , dis-je , comme pos^sédé par un esprit étranger, et la lumière naturelle l'abandonne ; en un mot , de Tendroit où le soleil se lève jusqu'aux lieux que nous habitons et où il semble terminer son cours , de Tùn à l'autre pôle , sur quelque partie du monde que vous eussiez jeté les yeux j si l'on en excepte la nation sainte à laquelle Dieu s'étoit manifesté par ses Prophètes ^ vous n'eussiez rencontré que des peuples ensevelis dans les épaisses ténèbres. Les liabitans des Gaules avec leurs druides, les Francs que nous reconnoissons pour nos ancêtres , qu'étoient-ils avant qu'ils eussent été convertis à la foi ? Nousmêmes, M. F. , nous-mêmes y je vous en fais la remarque en frémissant , que serions - nous , si nous n'avions été éclairés de ses lumières ? que sont aujourd'hui toutes les nations dans la Religion (lesquelles la révélation n'a introduit aucun changement , et pour nommer , s'il le faut , une des nations les plus sages et les plus éclairées, que nous offre la Chine ; qu^un peuple dldoiàtres entre
Pour h jour des Rois, &î
lesquels ceux qui veulent passer pour savant ne se distinguent que par le renoncement à tout principe et par' un vain mépris de tô^ute Religion. L'idolâtrie, tous les égareniens du paganisme, voilà donc, M. F. ^ voilJi sans doute où vous et moi nous serions réduits sans un secours extraordinaire du Tout-Puissant ?
Après cela ^ qu'on nous vante la suffisance de la loi primitive et les seules forces de la raison ; qu'on nous dise que la Religion naturelle nous enseigne clairement et uniformément tout ce qu'il faut connoître de l'existence de Dieu et de ses souveraines perfections , et tout ce qu'il est nécessaire de pratiquer. Qu'on imagine avec plus d'esprit que de justesse ce génie qui lit et relit à haute voix les saints préceptes de la loi naturelle gravés dans notre cœur ; pour apprécier des éloges si magnifiques , pour détruire ces suppositions et ces brillantes chimères , il nous isuffit de l'expérience. C'est à elle que j'ai droit d'en appeler ; c'est elle surtout qui m'apprend ce qu'est la raison dans le commun des hommes ; combien elle suffit. peu pour les éclairer sur les objets les plus iinportans , et combien , dès lors , elle a dû être soutenue de la révélation , puisque , si l'on peut juger du prix et de la nécessité de ce divin
^2 Sermon
flambeau^ ce doit être principalemenC par le grand nombre de ceux qui avoient besoin de son secours.
Mais si du peuple on remonte à ceux qui^ par leurs talens et l'élévation de leur génie , sont en état de puiser^ dans une méditation profonde , des connois* sances bien supérieures à celles que les autres hommes peuvent acquérir par euxmêmes, on se convaincra pins fortement encore de rinauFHsance de la raison^ en considérant ce qu^etle peut dans les Philosophes , dans les Sages , lorsqu'elle est destituée de toute autre lumière. Suivons toujours l'expérience pour guide, et nous verrons qu'elle ne leur donne ,que des notions imparfaites , que des notiqns souvent obscures et incertaines sur ce qui exige par soi-même le plus de certitude et de clarté ; en second lieu, q nielle ne les instruit pas de tout ce qu'il est essentiel de savoir en matière de Religion y et troisièmement , enfin y qu'elle ne leur inspire pas un amour de la vérité assez fort , assez généreux pour les porter à enseigner clairement aux autres ce qu'ils ont appris^
Je n'entrerai point ici dans le détail de toutes les opinions des Philosophes Sur la nature de Oîeu, l'origine dii monde, la destination de Thomme et les principes de la morale 9 il nae sutfira de
Pour le jour des Rois. 63
VOUS faire observer que sur un même objet leurs systèmes se multiplioient à Tinfini; qu^ils se détruisoient Fun par l'autre ; qu'aucun d'eux ne formoit un système complet et satisfaisant. Malgré toutes les recherches de ces hommes célèbres , le vrai Dieu y l'Etre existant par lui-même , distingué de la matière , mdépendant , immuable^ infini ^ simple et parfaitement un^ qui existe avant tous les êtres et qui les a créés par le seul acte de sa volonté toute- puissante , qui n^a |>oint été contraint dans ses ouvrages^ qui est l'unique source de tout ce quMIs ont en eux de perfection ^ le vrai Uieu leur étoit presque aussi inconnu qu'au reste des hommes. Us ne Papercevoient que comme à- travers un voile qui leur en déroboit les attributs les plus essentiela, et leur cachoit tout l'éclat de sa souveraine majesté. Tantôt ils vouloieat
Su'un destin aveugle présidât seul à ses • .
étermiijptions et lui servit de loi ; le fatalisme , si absurde en lui-^même , étoit l'opinion la plus commune ; tantôt ils limitoient le pouvoir du souverain Etre en lui opposant une seconde divinité, h laquelle ils attribuoient tous les désordres qu'ils croyoient apercevoir dans quelquesunes des parties de ce monde. Plusieurs imaginoient une matière éternelle et subti!c qui circuloit dans toute la nature^
04 Sermon
la itiodifioit , l'aninioît , et en éloît seufë le souverain moteur. Les autres , quorqu'en petît nombre , dîstinguoîent , à la vérité , TEtre purement spirituel d'avec tout ce qu'il y avoit de matériel dans l'univers; et toutefois ils le considéroient non pas comme TAuteur de Ja naiure , mais comme celui qui en avoit modéré les forces , qui en avoit réglé les fiiou- Vemens , et qui avoit disposé avec sagesse tous les êtres qui la composent et qui éxîstoient conlme lui de toute éternité.
Insensés ! qui ne s'apercevoient pas qu'en faisant de toutes les parties de ce grand ouvrage autant d'êti'es éternels et néces^ saires , ils en faisoient autant de Divinités. Tdnt il est vrai que toute la sagesse selon le monde n'est que folie devant Dieu.
Ils n'étoient pas mieux îtistruits de ce qui regarde Phomme , sort état actuel , sa destination. Saint Augustin nous apprend que Varron^ le plus savant d'entre les Auteurs paiens , compte jusqu'à près de trois cents opinions différentes sur la seule question du souverain bien. Ils ne s'accordoient pas davantage sur la vertu.
Ils ne formoient sur l'immortalité de l'ame que des conjectures. Qu'ajouteraije, enfin, nous n'avons besoin, pour connoître leurs incertitudes , leurs doutes «t les bornes de leur raison, que de
Pour le jour âes Rois. 65
leur propre aveu. Partout ils hésîtent, ils chancèlent ; les plus habiles d entre eux confessent leur ignorance et leur aveuglement ; si Socrate reconnoissoit sans peine qu'il auroit besoin de lumières plus sûres pour se conduire , ou de ta parole de Dieu même^ qui lui serve de guide , il ne croit pas qu^on puisse réussir à réformer les hommes , h moins qu^il ne plaise à Dieu de nous envoyer quelqu'un qui nous instruise de sa part. Platon , ea nous exposant la mort de son maître , nous fait part de ses craintes et de la peine qn'il trouve à s'assurer si Tame est immortelle. Cicéron ne commence^ son traité, sur la nature des^ Dieux , qu'ert avouant que rien n'est plus difficile , que rien n'est plus obscur que cette ma, tière sur laquelle , dit-il , les sentimens.
des hommes les plus éclairés sont si différens et si partagés»
Ce n'est pas , M. F. que parmi tous ces Philosophes ^ il n'y en ait aucun qui ait aperçu des vérités importantes. Je reconnoîtrai même avec Lactance que les uns ont proposé un dogme essentiel de la Religion naturelle, les autres en ont découvert un autre doeme; niais j'ajou»terui avec ce Père qu'ils n'ont pas su faire voir la liaison des principes avec leurs conséquences , ni alléguer les véritables raisons de ce qu'ils enseignoient..
66 Sermon
Xlsn^ont paâ eu de corps de doctrine complet et bien lié , leurs principes les plus sages étoient épars çà et là , et pour recueillir les vérités répandues dans toutes les sectes il falloit .un homme k qui la vérité fût déjà connue, et il n'y a personne, continue toujours ce père^ à qui elle soit connue si Dieu lui-même n'a pris soin de Tinstruire.
Que nos incrédules s^appuyent donc «ur leurs propres lumières , et je leur demanderai s ils ont plus de force d'esprit que les plus sages de Tantiquité Î^àienne. Je ferai plus, je les opposerai es uns aux antres et je leur ferai voir combien ils diffèrent entr^eux ; je leur montrerai , en les opposant k eux-mêmes, sur combien d'articles de la loi naturelle ils se contredisent et s'égarent tous les jours; je ferai plus encore, je lèverai le masque qui les couvre, et l'on reconnoîtra combien , sous une apparence de respect pour la loi naturelle , ils cachent ' un fond d'indifférence pour toute loi en général , et un esprit de vertige , de système , et le plus souvent de pyrrhonisme à l'égard de toute vérité. Car c'est d'eux surtout que l'on peut dire à juste titre ce que disoit l'Apôtre des nations , en parlant des Philosophes orgueilleux : ils " «ont égarés dans leurs vains raison- 18 ^ et leur cœur insensé a été
Pour le jour des Rois. 6y
rempli de ténèbrea; ils sont devenus fous en js'attribuant le nom de Sages* DicenUs se esse sapientes stulti facti s uni.
Mais y je le yeux , que nos partisans de la seule loi naturelle aient de véri* tables lumières et qu'ils en lassent honneur à leur raison. C'est alors que je leur demanderai à qui véritablement ils les doivent. lU ne prennent pas garde que tout ce qu'il y a de louable^ tout ce qu'il y a de bon dans leur philosophie et leur morale n'est , k bieh dire , que le rudiment , que le catéchisme du Chrétien ; ils ne prennent pas. garde qu'avant qu'ils eussent élevé si haut les Ibrces de leur entendement^ le plus simple fidèle , instruit dans les vrais prmeipes de notre Religion , en savoit autant qu'eux , quoiqu il ne sut pas l'exprimer avec tant d'art, ni avec tant de pompe et d'enthousiasme ; ils ne font pas attention que personne ne prouve mieiix que nous , que personne ne démontre avec plus de force , arec plus de clarté que nous tout ce que renferme Ja Religion naturelle ; mais pourquoi ?
c'est que toutes ces vérités , c'est que tous ces principes et toutes cea conséquences nous sont présentés pa-r la révélation comme autant de théorèmes ^ comme autant de propositions qtii se suivent lea unes les autres y et qui se
68 Sermon
protrvént les unes par les autres. Car, M. F. }e vous Tavouerai sans honte , lorsque ye médite axèc te plus de soin 6ur les vérités de la loi naturelle , je me sens arrêté à chaque instant ; je sens que je serois prêt à m'égarer , si le fil de la révélation ne m'aidoit h retrouver la route que je dois tenir , et ne m*y faisoit marcher d'un pas ferme et assuré.
Quand il serait vrai , néanmoins , que âans les hommes doués d'un génie heureux et profond , la raison , cultivée par une longue étude , fut seule capable de leur donner des lumières assez exactes^ fissez précises , assez claires pour les déterminer et les fixer ,suiBroit- elle pour les instruire de tout ce qu'il est nécessaire de savoir ? Après nous avoir appris que nous devons adorer Dieu et le servir, suffit- el le , par exemple ,. pour déterminer la nature du culte extérieur qu'il veut qu'on lui rende pour nous apprendre quelle est la manière de l'adorer et de le servir ^ qui lui est la plus agréable et qui est , en même temps ^ la plus digne de lui ? N'est-il pas dans les Cieux ou sur la terre quelque offrande plus méritoire que toutes celles que nous croirions devoir lui présenter?
N'est*il pas quelque nom vraiment saint et auguste q^ue nous pui^i^ns invoq^qer
Four le jour des Rois. 6^'
pour nous le rendre propice et pour rhonorer comme il doit l'Atre ? Et s'il y a ime oftrande de cet le espèce , s'il y a un nom assez respectable pour être employé dans nos prières et leur donner tout leur mériîe , la raison sutfii elle pour nous le faire connoître 1 Suffira tcile pour enseif;ner à riioniuie pécheur quel est le moyen sûr et clficace de rentrer en f;race avec TEtre- Suprême qu'il a otlensé ; quelle est la propi'iatioa pour le péché que Dieu peut accepter sans déroger a son autorité , à sa gloire et à la majesté de ses lois, et s'il y a quelque victime qui |)uisse satisfaire pour nos crimes , et qui ait une valeur plus réelle que le sang des boucs et des taureaux ; s'il y a quelque Pontife qui soit digne par lui même de Toflrir , d'in»
tercéder pourrions, et de faire accepter notre repentir ; n'est - ce pas une révélation particulière qui peut seule nous l'apprendre ?
J'ai ajouté que la raison n*étoit pas soutenue dans les l'hilosophes d'un amour assez ardent pour la vérité, d*un zèle ^ssez pur pour les déterminer h mettre à la portée de tous les hommes ce qu'il est à désirer que tous les hommes puissent apprendre et pratiquer. En effet , on a vu de tous les temps ceux qui se glorifioient du nom de Sages, faire an.
fo ^ Sermon
peuple un mystère de leurs découvertes y et soit qu'ils n'eussent que du mépris pour les suffrages de la multitude, soit qu'ils craignissent les préjugés . qu'ils trouveroient à combatti*e , on les a vu retenir la vérité captive ; ceux mêmes qui ont connu Di<^u ne l'ont point glorifié comme Dieu. Bien loin de s'opposer à l'idolâtrie , on les voit offrir de l'encens aux faux Dieux qu'ils désavouent intérieurement ; ils conseillent à leurs concitoyena d adorer les idoles que leurs pères ont adorées ; de sç conformer aux décisions des Pontifes et des Aruspices^ touchant les victimes qu'il faut offrir à chaque Divinité ; de suivre^ en un mot, la Religion et les rites du pays dans lequel ils sont nés Etoit-ce donc là l'hommage qu'ils dévoient à la vérité ? Etoitce là le témoignage qu'ils dévoient à leur conscience ? Etoit-ce le moyen d'éclairer les hommes et de bannir la superstition ; ou u'étoit-ce pas plutôt l'unique moyen (dé l'éterniser?
Con venons- en , cependant, tous leurs efforts n'auroient produit sans doute qre bien peu de fruits pour la gloire du souverain Etre, pour l'instruction et pour la réforme du genre humain, puisqu'ils étoîent dépouillés de toute autorité propre à * "»er du poids à leurs préceptes.
comme Lactance , Origène , et
Pour le jour des Rois. jt
presque tous les anciens Pères Pont observé , ce n'est pas assez de présenter aux hommes la vérité telle quV4te est en elle-même pour les obliger k la re* cevoir. Tant qu'on ne sera point revêtu d'un caractère propre à faire impression sur les esprits^ tant qu'on n'aura point le sceau d'une mission divine , on ne doit pas se flatter d'être écouté , ou on ne le sera que foiblement. Comme les sentimens de tel ou tel Philosophe ne font;
f>oint règle auprès du peuple^ qu'il ne es regarde que comme des systèmes arbitraires auxquels personne n'est assujéti^ les leçons les plus sages, les plus beaux raisonnemeus ne passent, après tout, dans son esprit , que pour des discours hu-^ mains, et n'ont aucune force pour produire en lui cette persuasion vive et ferme qui IVntraîne, qui le détermine à agir conformément à la doctrine qui lui est proposée. Il lui faut donc des maîtres et; des guides envoyés de Dieu avec des preuves sensibles de leur mission : et c'est ce que les Législateurs ont si bien compris , qu'ils ont toujours cru devoir faire intervenir le Ciel dans l'établissement de leui^ lois et de. leurs cérémonies ; mais quelques soins qu'ils aient pu prendre pour qu'on les considérât comme les Ministres de la Divinité , ils n'étoient après tout ,. que des hommes semblables
^2 Sermon
à ceux qu'ils înstriiisoient Dîeu ne s'expU(|aoit poiut par leur bouche, ilsétoient encore plus levS interprètes de Terreur et (lu mensonge (pie les oracles de la vérité. Ils ne donnoient aucunes preuves authentiques de leurcommerce avec l Etre- Suprême ; il falloit en quelque sorte les en croira sur leur parole , ou recevoir , pour grige de leur mission , des iaits controuvés, et dont personne n'avoit été témoin. Que pouvoient-ils produire ?
qu'une impression foible , passagère et bornée à cette étendue de pays dont ils avoient été les Législateurs ou les conquérans.
Il n^en est pas ainsi de J. C. ; tout
en lui se soutient , tout nous démontre
que la loi , qu'il vient apporter aux
nommes , est ~ cette révélation qui leur
est nécessaire , et le véritable ouvrage de
la Divinité. Il nous apprend à rendre
. au vrai Dieu le culte suprême qui lui
est dû , et il détermine celui qui seul
peut lui plaire. Il nous instruit à
tout faire pour sa gloire , et à l'honorer
en esprit et en vériré ; il nous soumet
% l'empire de sa Providence qui veillé
^al^ment sur tous les '^tres ; il met les
vertus à la place des vices que le pa-
avoit consacrés ; il veut que
ervions une ame pure, un cœur
un corps chaste et assujéti à
la
Pour le jour dt s Rois. «7 3
la loi de Tesprit ; il ramène l^homtne à son principe et à sa fin ^ qui n'est autre que Dieu même. Il lui enseigne à rechercher avant toutes choses le Royaume du Ciel , et à travailler , non pour la nourriture qui périt , mais pour celle qui demeure dans l'éternité. La sainteté de ses œuvres répond à sa doctrine, il confirme ses leçons par ses exemples.
Ses miracles viennent à l'appui de ce qu'il enseigne , et le font reconnoître pour
I envoyé du Très-Haut ; ce ne sont pas des prestiges proportionnés en un sens aux forces de la nature ; on voit par des actes publics et réitérés que la nature entière reconnoît sa puissance et qu'il tient dans ses mains l'empire de la vie et de la mort. Ce ne sont pas des prodiges passés dans Tombre et le silence; les yeux les plus clairvoyans , les yeux de ses propres ennemis en sont les témoins ; ils s'opèrent en présence d'une foule innombrable qui en recueille les fruits et qui rend gloire à leur Auteur.
II communique à ses Disciples le même pouvoir ; il donne à sa parole l'onction et la . force d'une parole toute céleste.
À peine l'a-t-il annoncée , et déjà elle se répand d'une extrémité du monde k l'autre comme un torrent qui renverse toutes les digues qu'on lui oppose ; elle triomphe, de la résistance des Rois et
Mystères. \\
i74 Sermon
des peuples , des combats que lui livre une nature déréglée et corrompue , de la longue possession de Pantiquîté , de la force de la coutume , de la violence, de Tadresse et de la fermeté constante de ses persécuteurs ; elle rappelle lés hommes des voluptés à la tempér£uice, au {eùne et à la sobriété ; de la joie et des ris aux larmes et à la componction du cœur ^ de Pamour des richesses au détachement des biens de la terre , de l'orgueil de l'entendement à la docilité de la foi , de la voie large et aisée à une voie étroite et difficile , de la tranquillité et de Tassurancé à la crainte et auj( périls y de l'amour de la vie aux tourmens et à la mort. Les idoles tomhent, les oracles se taisent, l'étendard de la Croix est assuré.
Et quels sont ^ )e vous prie , les instrumens dont J. Ç. ae sert pour opérer tous ces prodiges ? Ô miracle le plus grand de tous Tes miracles ! Jes foibles ont surmonté les forts , et douze pauvres paysans ont subjugue toute la terre.
Comment des pécheurs, un publicain, un faiseur de tentes ont fait en si peu de temps ce que Platon ni ses Disciples , ni tous les autres Philosophes n ont jamais pu faire ! Ah ! que c'est avec raison qu'il est écrit : je détruirai la sa- £esso des Sages et je rejetterai la science
Pour le jour des Rois. 75
des sàvans. Dieu a choisi ce qui e3t insensé selon le monde , le mystère de la Croix , pour confondre les Sages du siècle. 11 a choisi ce qui étoit foible , pour confondre les puissaiis , les pauyres pour triompher des riches , il a choisi ce qu^il y a de plus méprisable et de plus vil afin qu'aucun homme ne se glorifie de^ vant lui , et qu'on sût que c'étoit à lui seul que la Religion Chrétienne dévoie son établissement et ses progrès , et non à la science, aux richesses, au crédit et à la puissance de ceux qui en ont été les Apôtres.
Voilà , M. F. , voilà ce qu'Amobe opposoit avec tant de force aux Gentils ; voilà ce. que Saint Chrysostômc, dans mille endroits de ses ouvrages (i) , ce que Saint Ambroise ont rappelé aux Fi* dèles de leur temps pour soutenir et ranimer leur foi \ je vous ai fait sentir la nécessité d'une révélation , et vous venez de voir que c'est dans le Christianisme quMl faut la chercher. Il n^y a que lui qui nous offre des armes incontestables de sa Divinité. Cest lui , aussi , ni a éclairé le plus grand nombre es hommes y s'il ne les a pas éclairés tous ; qu'on se souvienne que la seule raison étoit bien moins propre à répandre sur le genre humain les lumières dont
(i) Voyez «uitout au lUre 911e /% C. est Dieu«'
^S Sermon
il avoit besoin , que la loi naturelle étbit presque inconnue dans ce qu'elle a de plus essentiel avant que Dieu même se lût manifesté ^ et qu'enfin , s'il plaît au souverain Etre de limiter, par quelque endroit y ses bienfaits , ce n'est pas a nous à l'interroger sur les voies secrètes de sa providence et de sa sagesse, au lieu de lui rendre grâce de ce qu'il a fait pour nous. Gonnoissez-en tout le prix , ô Chrétiens ! et pour consommer de plus en plus son ouvrage , servez vousmême de flambeau par votre conduite à ceux qui refusent de se soumettre à sa loi^ La manière de combattre qui est la plus forte, et le raisonnement le plus puissant , et qui reçoit le moins d'opposition , dit Saint Chrysostôme, est celui qui se fait par les actions et par toute la" suite de la vie. Appliquez- vous donc à gagner les plus incrédules et à triompher des plus endurcis par une vie toute exemplaire. Portez - leur sans cesse ce flambeau de la Religion Chrétienne devant les yeux, par la pureté de vos mœurs ; qu'ils y reconnoissent , qu'ils y admirent la Religion sainte qui les forme en vous. Mais, pour ne pas nous égarer lors même que nous devons chercher à ramener les autres , soyons toujours dociles à la voix de l'Eglise. C'est d'elle qu'il me reste à vous parler dans la troi-
«t Pour le jour des Rois. 77
sièrae partie de ce discours. Soutenez j je vous prie , votre attention , je ferai tous mes efforts pour ne pas en abuser, f . '.-...- j'
"' Troisième. PAKT.iEé., , .
De même que la raison ne suffit point aux hommes sans le secours de la révélation^ de même aussi le âambeau de la toi ne les éclaireroit que bien foible^ rnent^ ou pour mieux dire ^ il ne feroit^ briller à leurs yeux qu^ane lumière trem-»
blante et incertaine ^ s'il n'étoît joint a celui de TEglise, qui met dans tout leur jour les vérités que la Religion nous présente , qui les détermine , qui les fixe et qui les préserve avec soin du mélange funeste de l'erreur.
Je vais donc, pour assurer nos' pas : -' dans le sentier de la vérité, considérer '{y en peu de mots la nécessité d'une au-, torité telle que^ l'Eglise, les promesses qui lui ont été faites par J. C. , et enfin ^ Tacconiplisscyiient de ses promesses dont, , nous voyons l'effet, et dont nous avons le bonheur de recueillir les fruits^ ■ La nécessité d'un Tribunal , établi par Dieu même , et où les matières de la foi , soient discutées , soient éclaircies j; et décidées en dernier ressort , d'un Tri- ^ bunal toujours subsistant , toujours visible et incapable de nous tromper ^ e^t
70 Sermon
appuyée premièrement sur ce que les ▼érités de la foi dévoient être conservées au'X hommes comme le dépôt le plus précieux ; secondement , sur ce qu'elles dévoient leur être annoncées pendant toute la suite des siècles ; et troisièmement , enfin , sur ce qu'elles dévoient leur êlre interprétées de manière qu'ils n'eussent point à craindre de s'égarer.
Le dépôt sacré de la foi devoit nous être conservé sûrement et sans diminution ^ puisqu'il s'agissoit de la parole de Dieu même , et des vérités qu'il avoit jugé à propos de nous révéler d'une manière expresse et authentique^ ou pour les revêtir d'une plus gracide autorité , ou pour suppléer à nos lumières naturelles et à la foiblesse de liotre raison.
Le corps de sa doctrine , renfermé îdans PEcnture et dans la tradition^ pouvoit recevoir , à l'égard de toutes deux, bien des atteintes , soit qu'elles fussent causées par la mauvaise io\^ par l'ignorance ou par la durée des temps, qui entraine si souvent après soi rindifférenée et l'oubli. C'est ainsi qu'on à vu des livres saints admis par les uns , et rejetés par les autres , des traditions reçues par ceux ci , et qui ne le sont qu'en partie par ceux là. Il falloit donc, pour prévenir les suites funestes de ces divi-
Pour le jour dts Rois. 71)
$ions , et pour que la foi fut en sûreté j malgré tous les eftbrts q.u'on feroît pour la corrompre , Cj^ue la saine doctrine fut confiée à une société telle que TEglise,' qui est appelée, pour cet effet, la colonne et rappui de fa vérité : Columna et firmamentum verifatis : à une société fondée sur les Apôtres et les premiers Disciples de l'Evangile , aidée d'un se* cours surnaturel et Divin ^ et qui eut en sa faveur les caractères qui distinguent la véritable Eglise et qui la fonÇ reconnoître pour PEglise de J. C.
Ce n'étoit pas^ assez que le dépôt de la loi nous fut conservé , il falloît qu^ellq fut annoncée de siècle en siècle ^ quq toutes les nations pussent^ dans la suite des temps , accourir à sa lumière , frappés du vif éclat qu'elle devoit répandre,' et que , Semblable au soleil , cet astrq bienfaisant, elle embrassât dans sa course^ comme par degrés , tout Punivers. Dieii a voulu en effet que tous les hommes parvinssent à la connoissance de la vérité ; il a béni tous les peuples en J. C. ; il Fa établi pour être la lumière de tous,, et le salut qu'il envoyoit aux extrémités de la terre. Cest donc à dire que tou^ les peuples , les uns plutôt y les autres
[)lus tard , doivent rendre hommage à a foi ? Or, je vous le demande , com* ment sera* t* elle connue ? Comment sera-t^
8ç) Sermon
elle Annoncée dans tous les temps y si j. C» ne s^est formé une suite de Ministres légitimes , un corps visible de Pasteurs réunis sous un même chef ^ et qui , jd'une commune voix , publient l'Evangile au nom de leur divin Maître, et comme étant revêtus de son autorité. Où sera , sans cette Eglise , la montagne sur laquelle devoit être bâtie , selon les paroles du Prophète , la maison du Seigneur, qui devoit être fondée sur le haut des monts , qui devoit s'élever
^ BU'dessus des collines, et à laquelle toutes les nations dévoient accourir en foule !?
Où sera cette cité dont parle J. G. ?
Cmtas suprà montent posita.
Mais si la foi, pour être conservée clans son entier , pour être annoncée dans tous les siècles et à tout l'univers , jÊxigeoit ime société , un corps visible de Pasteurs qui pussent prouver leur isuccession légitime et leur mission , l'interprétation claire et précise des vérités de la foi , ne demandoit pas moins un Tribunal extéirieur , permanent et infaillible tel que l'Eglise.
Si la révélation ne nous offroît que cljQS vérités purement naturelles et sensibles à tous les esprits , on pourroit proire
. que dès . qu'elles ont été publiées par J. G. et les Apôtres, elles ont dû être comprises par tous les hommes , qu elle^
Pour le jour des Rois. 8i
h^ont pu être sujettes à la plus légèfe contradiction , que le sens n'en a pu être contesté , ou qu'il devoit suffire pour le déterminer d'en juger par les plus pures lumières de la raison. Mais nous avons déjà reconnu que c'étoit sur toutes choses pour suppléer à sa foiblesse et à ses bornes , t[ue la révélation nous avoît été.
donnée. Non- seulement elle contfentdes vérités qui ne pouvoient être que difficilement aperçues ou démontrées par la seule lumière naturelle , elle nous en découvre qui étoient absolument au-dessus d'elle et hors de sa portée. Or, quelle prise le raisonnement peut-il avoir sur de semblables vérités , soit pour nous* en faire connoître le vrai sens , ou pour nous aider à le fixer d'une manière précise et invariable .? Quelle prise le raisonnement aura-t-il sur les Mystères qui . font cependant aussi essentiellement paj5* tie de la Religion révélée, que les plu« simples maximes qu'elle nous présente?
Aussi voyons nous que dès les premiers siècles du Christianisme , ils ont donné lieu à des explications et à des controverses. Qui eût pu terminer ces disputes ?
Qui terminera celles qui peuvent s élever tous les jours , et où en serons-nous à cet égard , s'il n'y a point d'autre juge que la raison auquel nous puissions soumettre nos doutes en matière de foi ^
82 Sermon
s'il n'y a point de Tribunal visible , ton^ jours subsistant , et dont les décisions soient infaillibles et sans appel.
Hst-ce à r£criture que nous aurons recours ? Mais outre qu^elle ne contient pas toutes les vérités de la Religion , |)uisque Saint Paul , en plusieurs endroits de ses £ pitres y renvoie les Fidèles à la tradition , et que ceux mêmes qui la rejettent croient et pratiquent plusieurs choses qu'on ne sait que par son canal, et dont on ne peut autoriser la croyance que par elle ; rÈcriture-Saintes'expliquc-telle d'elle*mème sur tous les objets qu^elle renferme ? S'il en est ainsi , pourquoi donc les sectes tes plus opposées prétendent-elles savoir chacune de son côté, et s'appuyent-elles toutes sur son témoignage^ comme le remarque Saint Hilaire ? Pourquoi 8es< passages , les plus importans, ont- ils été pris dans des sens si difTérens > et ^ quelquefois même , en sont-'ils également susceptibles ? Pourquoi Saint Pierre nous a-t-il averti qu'il s'y trouve des endroits difficiles à entendre et auxquelles des hommes îgnorans et légers donnent un faux sens pour leur propre ruine ? Pourquoi, encore, a-til voulu que nous fussions persuadés, avant toutes choses, que nulle explication des livres saints ne devoit se faire par une inierprétation particulière ? UEcri-
Pour le jàiif âei kois'. »3
ture , dit a ce sujet , Saint Ambroise ^ est sans doute une lampe qui nous éclaire ; mais ce n^est qu'autant qu'eUo est posée sur le chandelier de TEglise, qu'elle nous est présentée par cette au* torité publique et infaillible t et non pas lorsqu'elle est cachée sous le boisseau , et comme obscurcie par le jugement d'un homme privé. Heureux donc les petits et les humbles qui croient y sans entrer dans toutes ces discussions , dont les simples et les ignorans , dont les plus savans mêmes sont incapables. Ta foi t'a sauvé , dit Jésus-Christ : ta foi, reprend Tertullien : et non pas d'être exercé dans les Ecritures. Fides tua te salyam fecit , non exercitatio Scripturarum.
Et quel vaste champ ne seroit pas ouvert à 1 ^illusion ^ au libertinage , à ^indépendance 9 disons*Ie même, à une sorte d'indifférence , qui întroduîroit autant de Religions parmi les hommes qu'il y a des esprits ditférens , s'il étoit vrai que l'interprétation particulière dût avoir lieu ? Supposera t-on avec les hérétiques du dernier siècle qu'ime lumière intérieure du Saint-Esprit donne à chaque Fidèle l'intelligence du véritable sens de l'Ecriture. Mais sur quel fondement est établie cette prétention chimérique?
quel fruit peut*elle produire ^ si ce n'est
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de multiplier les sectes à Tinfinl, en faisant dire à chaque novateur que le sens qu'il donne à FEcriture lui a été inspiré par l'Esprit- Saint , et que pourra-ton en conclure, sinon que l'esprit de vérité a inspiré à deux personnes des choses contradictoires, que Luther, reconnu pour un vrai Fidèle par Calvin , a été éclairé sur les mêmes textes d'une ananière toute différente et toute contraire , que Zuingle a eu sur le même objet une inspiration toute opposée à celle de Luther. \ ain fantôme ! qui fait honte à la raison humaine ; prodige de folie et d'aveuglement qui fait bien voir que, sans un Tribunal extérieur, public et infaillible , tel que FEglise > sans une autorité qui fixe nos sentimens , il n'y a point d'absurdité dont nous ne soyons capables -en matière de Religion , qu il n'y a plus rien de certain pour nous , et que nous serions bientôt emportés comme des enfans à tout vent de doctritie en doctrine comme parle Saint Paul.
Mais, que s'ensuit-il , M. F. .? c'est que Dieu , qui tend toujours à sa fin par les moyens les plus convenables , aura pourvu à cet inconvénient par sa sagesse , et qu'il ne nous aura point laissé sans une autorité si nécessaire pour nous conserver le dépôt de sa Religion , pour l'annoncer à tous les hommes, et
Pour U jour dçs Rois. 85
pour leur interpréter sa parole. C'est ce qui nous conduit si naturellement à reconnoître toute la force et Tévidence de la promesse qu^il nous a faite d'un pareil secours ; rien de plus sensible que le besoin que nous en avions y et rien aussi de plus précis , que les termes dans lesquels il nous Ta promis.
J'ose le dire , les textes sacrés qiû concernent l'Eglise, sont du nombre de ceux qui s'expliquent par eux-mêmes, et qui n'ont besoin , pour être compris , que d^être lus avec un esprit droit et sin« cère.
Toute puissance , dit 3'. C. à ses Apôtres, m'est donnée dans le Ciel et sur la terre : Allez donc : enseignez toutes les nations , les baptisant au nom dii Père , et du Fils , et du Saint-Esprit ; leur apprenant à garder toutes les choses que je vous ai commandées. Et, voilà qne je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles.
Né perdons rien , M. F. de ces paroles , elles répondent à toutes les difficultés , elles lèvent tous les doutes , elles remplissent toutes nos espérances.
J. C. promet une chose grande , incroyable , c'est que dans ce monde , où tout change , où tout se confond , où les plus grands Empires ont leurs révolutions et leur chute , une sociôtè d'hom-
6& ^ , Sermon
mes doivent subsister jusqu'à la consommation des siècles y aussi donne-t-il à sa pSiCpIe un fondement inébranlable. Toute puissance m^a été donnée dans le Ciel et sur la terre.
Allez donc , dit-il , à ceux qu'il établit , allez enseigner et baptiser en mont nom. Voilà Tobjet essentiel de votre Ministère , celui pour lequel je vous promets mon assistance, celui qui fait de vous uQ corps visible de Pasteurs ^ établi sur une société de Fidèles unis tous ensemble par la même croyance , la participation aux mêmes biens, la soumission aux mêmes guides , celui ^ enfin y qui contient tout ce qu^il y a de
f>lus respectable et de plus sacré dans 'autorité que je vous confie. Enseignez , instruisez les peuples des dogmes de la foi , et des vérités que ma morale renferme, lléglez tout ce qui regarde mon culte et Tadministration de mes Sacremens dont le Baptême est comme l'en* trée et le fondement ; liez et déliez :
tout ce que vous lierez , tout ce que vous délierez sur la terre le sera également dans le Ciel. Cest pour toutes ces choses que je vous donnerai Tesprit de discernement et de vérité ; car voilà que je suis avqc vous , avec vous que j'établis pour enseigner et baptiser en mon nom. Ne craignez donc pomt la méprise
Pour le jour de Rois. 87
et Terreur ; que ceux qui seront soumis à ma loi ne craignent point de s^ègarer en vous suivant ^ qu'ils vous obéissent s'ils Teulent m'obéir à moi-même^ et que celui qui n'écoutera pas TEgtise soit re« gardé comme un païen , parce que je suis avec vous.
Allez parmi toutes les nations^ C'est sur toutes que doit se répandre la lumière de l'Évangile en commençant par Jérusalem , c^est pour la porter successivement à tous les peuples que je vous ai établis. Vous serez mes témoins dans Jélrusalem et dans toute la Judée , et jus* qu'aux extrémités de la terre ; et usque ad ultimum terrée. C est-à»dire , M. F. , selon la remarque de Saint Augustip , que l'Evangile deroit s'avancer comme de proche en proche, depuis Jérusalem jusqu'aux derniers confins de l'univers.
Et y c'est le premier genre d'universalité qui est promis à l'Eglise y son étendue successive dans tous les lieux ou sa catholicité. Mais il en est un autre non moins important et qui n'entre pas moins dans la promesse^ c'est son indéfectibilité. Je serai avec vous tous les jours ^ de manière qu'il n'y aura pas un seul moment où la chaîne des témoins soit interrompue , où le corps des Pasteurs , où la société entière , formée de ceux qui enseigf>eront et de ceux qui seront
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enseignés , ne se manifeste et ne se perpétue ; pas un seul moment , où Toa puisse douter si TEglise de J. C. n'a point pèri^ et où il soit dif&cile de la reconnoitre ; pas un seul moment où le Tribunal de l'Eglise ne subsiste , où sft voix ne se fasse entendre , et où l'on ne puisse , par la pluralité visible des témoins et des véritables interprètes de la divine parole, juger sans embarras de ce que l'on doit faire et de ce que l'on doit croire, sans en appeler aux anciens temps ou à des assemblées futures ^ c^est-à-dire , à des hommes qui ne sont plus , ou qui ne sont pas encore ; je serai avec vous, et j'y serai jusqu'à la consommation des siècles. C'est donc> non-seulement à vous, comme étant mes Apôtres , qu'est adressée ma promesse y à vous , dis-je , qui , par le seul caractère de votre apostolat, devez être à Tàbri de l'erreur, mais elle s'étend jusqu^à vos successeurs , parce qu'ils doivent former avec vous pe corps visible de Pasteurs , si nécessaire à tous les hommes ; elle s'y étend pour les générations les plus reculées y et son effet durera jusqu'à la fin du monde y par ce que la même cause pour laquelle il est établi dùbsist^ra toujours.
^ Prenez garde , M. F- , c'est donc aussi ' i tout le corps que la promesse est faite
' Pour le jour des Rois. S§
pour la suite des siècles , et non pas à tel ou tel Pasteur en particulier , parce qu'il ne forme pas par lui seul une autorité suffisante ) un véritable Tribunal, parce qu3 lui seul n'est pas cette Eglise qui peut rendre un témoignage recevable^ et porter un jugement irréfragable en matière de foi ? Ce n'est pas même 3aint Ambroise, Saint Augustin, Saint Chrysostôme , Saint Cyprien , ou tel autre Saint Docteur , considéré séparément ^ qui décide de ce que nous devons croire; £n un mot , c^est I^e coi-ps entier des- Pasteurs qui forme TEglise ^ et c'est cette Eglise qui est l'interprète unique d^e l'Ëcriture-Sainte , des Pères et d'ellemême. C'est à elle qu'il convient d'expli* quer les expressions des Saints Docteurs ^ il n'y a qu'elle qui puisse les bien entendre, parce qu'il n'y a personne qui connoissô mieux qu'elle , et qui puisse mieux nou9 apprendre quelle est sa foi. En vain , Luther s'appuye, sur les matières dU libre* Arbitre , de/l'autorité de Saint Augustin»
Si l'Eglise condamne l'un et approuve la doctrine de l'autre , ils n'ont donc paa parlé de la même manière , "quelques semblables que leurs sentimens puissent nous paroître ; et il me suffit alors , sana exammer cette différence , souvent imperceptible ^ de m'écrier arec Saint Au^
QO Sermon
gustin lai-même : je crois ce qne croît
FEglise-
Mais , laites encore attention , je vous prie ^ que si P Eglise est une société extérieiure composée de plusieurs membres^ elle doit donc avoir un chef sur la terre ?
Si c'est un Tribunal toujours subsistant y il faut donc que ce chef y préside ?. Si c'est un corps visible de Pasteurs qui succèdent les uns aux autres , elle doit avoir un premier Pasteur qui réunisse sous soi tous les autres. Ainsi ^ lorsque X C. a promis à ses Apôtres d'être tou- . jours avec eux et avec leurs successeurs ^ Pierre étoit présent ; mais il portoit avec lui sa prérogative , qu'il de voit transmettre a ceiUL qui occuperoient son siège après lui. Il étoit présent comme le premier des dispensateurs ; primas Petrus ; comme celui a qui J. G. a voit donné le nom mystérieux qu'il portoit, et qui devoit marquer la solidité et la force de son ministère ; comme celui , enfin ^ à qui J. C. avoit dit : vous êtes Pierre , et sur celte pierre j'établirai mon Eglise , et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ; tous les Apôtres reçoivent également les clefs du Ciel » et la solidité de l'Eglise est affermie également sur eux tous , dit Saint Jérôme , un seul est néanmoins choisi entre les douze , afin qu'en étant établi le çhef^
Pour le jour des Rois. ^t
il ne puisse y avoir aucune occasion de çchisme. \ oilà donc pour tous le centra d'unité ; c'est Pierre et tous ceux qui dévoient lui succéder. Voilà ce qui rend rSglise Romaine la mère de toutes les Eglises. Voilà ce qui rend notre communion avec elle si nécessaire , et qui fair^oit dire à Saint Gyprîen ^ comme Saint Jérôme : celui qui ne garde pas cette unité ^ croit- il avoir la foi ? Celui qui se révolte contre l'Eglise et qui abandonne la chaire de Pierre sur laquelle elle est fondée , s'ima^ne*t-il être dans l'Eglise ? Voilà encore ce qui rend le Tribunal de r& glise toujours subsistant ; il est difficile d'assembler des Conciles y et d'ailleurs ils ne deviennent , à proprement parler^ des Conciles généraux, et aa<dessus de toute exception , que lorsqu'ils sont ac« ceptés par toute l'Eglise dispersée ; comme on l'a vu à l'égard du Concile d'Ephèse ou de Dioscore , rejeté après sa tenue »
quelque nombreux qu'il eàt été; mais lu voix des Pasteurs unis à leur chef, lorsqu'il parle non pas comme Docteur particulier , mais comme successeur de Saint Pierre, se fait toujours entendre^ et de même que dans tous les Tribunaux, il est aisé de prononcer un jugement^ en considérant la pluralité des voix, de même, aussi ^ dans l^Iise il est aisé de savoir à quoi s'en tenir , en regardant
)2 Sermon
le quel côté est runanîmité morale , c'est^ à*dire , la pluralité visible des suffrages.
J. C. a donc tout disposé conformément à nos besoins ? Ses promesses renferment tout ce que nous pouvons dé-* sirer de plus propre à nous tranquilliser ^et à nous fixer, et si nous en con^idé^ rons en peu de mots Taccom plissement y soit a regard de la catholicité de l!Eglise ^ soit à regard de son indéfectibilité y que nous manquera t-il pour affermir notrefoi , et pour assurer notre soumission à Fautorité qu'il a établie pour nous conduire ?
Xi'Eslise ne faisoit que de naître , et déjà eue s'étendoit jusqu'aux contrées les plus éloignées, les Apôtres, envoyés par J. C. , remplis de son Esprit , s'éloient comme ^partagés entr'enx tout l^inivers, et Péclat des prodiges qui accompagnoîent leur prédication en avoit tellement favorisé le succès, que Saint Paul disoit ^ux Romains, que leur foi étoit annoncée dans tout le monde. Il disoit aux Colossiens que l'Evangile étoit prêché , qu'il fructifioit, qu'il croissoit par toute la terre. Sous les disciples des / Apôtres, il n'y avoit presque plus, en effet, de pays si reculé et si inconnu,' où l'Evangile n'eût pénétré ; les successeurs de ces premiers Disciples faisoient ^encore tous les jours de nouveaux pro-r
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grès, et, comme Saint Irénée l'a fait observer vers le môme temps, ce c^u^oa croyoit dans les Gaules , dans les Êspagnes , dans la «Germanie , on le croyoit dans l'Egypte , dans l'Orient ; de maniera que comme il n'y avoit qu'un même soleil daUiS tout l'univers , on voyoit dan$ toute l'Eglise , depuis une extrémité du moûde jusqu'à l'autre , la même luAiière de la vérité. Cependant cette Eglise^ établie sur le fondement des A^piôtres^ étoit en bi^tte à toutes les contradictions.
Toutes les puissances de la terre étoienjt armées contr'elle. Trois siècles entiers ont à peine su£Q à la fureur et aux cruautés barbares de ceux qui l'ont persécutée. Mais comme ces tourmens^ qu'on faisoit éprouver aux Fidèles , avoient un caractère d'inhumanité tout propre à faire éclater la force et la constance dq ses martyrs , leur soumission , leur respect , leur fidélité envers les princes qui prononçoient contre eux les édits les plus sanglans , la distinguoint également de toutes les sectes qui dévoient s'élever par la suite y et qui > dans les états où elles ont pris naissance , ont toujours fait paroître contre toute autorité la plus lé-, gitime un esprit d'indépendance , d'or-* gueil , de sédition et dô révolte , si opposé à celui dé l'Eglise.
Celle-ci étendoitson em^^ire ^ ellô^lÇfât*
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missoît sa domination en apprenant à $6S enfans à obéir, à souffrir et à se taire ; heureuse encore si elle n'eut eu à combattre que les puissances du monde , mais celles ae Penfar s^élevoient également contre elle. Les héfésies , qui se formèrent dès sa naissance y lui faisoient chaque jour de nouvelles plaies ; on en vit dans les premiers sièles qui sembloient vouloir lui disputer sa catholicité ; mais elles ne faisoient, malgré tous leurs efforts , qu^en relever Féclat. Celse, qui reprochoit aux Chrétiens leurs divisions , parmi tant d'églises schismatiques qu'il voyoit s'élever > remarquoit, dit M. de Meaux , une Eglise distinguée de toutes les autres , et toujours plus forte , qu'il ^ppeloit aussi , par cette raison , la grande Eglise. Dans le trouble qu'excita Paul , au sujet de sa morale , l'empereur Aurélien n'eut pas de peine à connottre la vraie Eglise Chrétienne dans ceux qui étoient en communion avec les Evêqnes d'Italie et celui de Rome , parce qu'il voyoit de tout temps le gïos des Chrétiens dans cette Communion. Constance qui , devenu le protecteurs des Ariens,
{)ei^écutoit Saint Athanase, défenseur de 'ancienne foi ^ souhaitoit avec ardeur , dit un Auteur païen , de le faire condamner par l'autorité qu'avoit l'Evêque de Rome au-dessus des autres. C^est ainsi
Pour le jour des Rois. $3'
que la yéritable Église se rendoit sensible à tous les hommes , et c'est ainsi au^elle se rend encore sensible aujour- 'hui. Les Gentils sa voient la discerner.
Les hérétiques étoîent forcés de lui donner le caractère qui lui est propre, et ils ne sont pas moins contrains de le faire de nos jours ; quoique tous les hérétî-
3ues cherchent à passer pour catholiques i isoit Saint Augustin , et nous le disons comme lui ^ si cependant im étranget leur demande où est rassemblée des Catholiques , il n'y a point d'hérétique qui ose montrer son temple ou sa maison.
Quand ils parlent non entr'eux ^ mais avec les étrangers ^ dit ailleurs le mémo Père , soit qu ils le veuillent , soit qu'ils ne le veuillent pas ^ ils se trouvent dans la nécessité de désigner l'Eglise Catho* lique par son nom , s'ils veulent qu'on les entende , parce que c^est là celui qu'on lui donne dans tout l'univers. Et comment n'auroit-elle pas toujours conservé ce même titre, puisqu'elle n'a cessé dé s'accroître , et qu'on la toujours vu ré-, parer d'un côté les pertes qu'elle faisoît de l'autre.
Mais si ses ennemis n'ont pas réussi à empêcher l'effet de la promesse par rapport à la catholicité de l'Eglise , ou sa visibilité dans tous les lieux , de manière qu'elle ait toujours dominé aux Xo\i\i^\iià
•içS Sermon
sectes oui se sépafoient d'elles, qu'elle ait toujours été facile à reconnoître par son étendue et sa splendeur, ils n'ont pas mieux réussi à lui faire perdre son indéfectibilité ou sa visibilité dans tous les temps.
Qti ne p€ut, en effet, en uommer aucun où la succession des Pasteurs légitimes ait été interrompue, et où elle ^e soit devenu un témoignage visible et constant de la perpétuité de l'Eglise fondée par J. G. C'est lui qui a donné leur mission aux Apôtres , comme \ il avoit lui-même reçue la sienne de son Père; les Apôtres ont instruit et ordonné des Evèques auxquels ils ont communiqué le caractère, l'autorité et la mission qu'ils avoient de J. C. Ceiixci ont fait passer le même caractère , la même autorité , la même mission à leurs successeurs ; ainsi d'âge en âge l'Eglise se perpétue.
Elle subsiste depuis 1800 ans, cest-àdire , plus qu'aucun Empire , quelque célèbre qu'il ait été , et elle porte toujours avec elle les mêmes marques de vérité qu'elle portoit dans son origine , et que ses premiers IDocteurs y ont tant de fois admiré. Que les hérétiques produisent l'origine de leurs églises , disoit Tertullien , qu'ils fassent voir Tordre suivi de leurs Evêques , qui, par une succession continuelle , remonte jusqu'aux:
Apôtres.
Pour le joui: des Rois*. gy
Apôtres. Saint Irénée avoit tenu avant lui le même langage. Mous confondons les hérétiques et schismatiques en leur remettant devant les yeux la tradition et la foi apostolique , transmise par une succession continuelle d^Evèques jusqu'à nous , dans la plus grande , la plus ancienne , la plus connue de toutes les Eglises fondées à Rome. Vous qui voulez faire passer votre église pour sainte, disoit oaint Oplâte aux Donatistes , faites nous voir Tori^ne de votre chaire épis- 'copale ? Ce qui me retient dans FEglise, disoit encore Saint Augustin y c'est la successioil continuelle des Evéques^ qui ont tenu jusqu'à ce jour le siège de Saint Pierre. Ainsi parloient ces' Saints Docteurs , et nous avons la douce consolation et l'avantage précieux de pouvoir parler comme eux. -
C'est à la faveur de cette succession non interrompue que l'Eglise a conservé si facilement la même loi , sans qu'on puisse prouver contre elle qu'il se soit glissé aucun changement , aucune altération dans sa doctrine , tandis qu'elle , an contraire, a convaincu de nouveauté tons ceux qui se séparoient de sa Communion.
Car je vous prie de faire attention , M. F. ^ aux deux caractères qui ont tou« jours servi à les distinguer , et qui ser« Mystères. S
j)8 Sermon
virent toujours également à les faire connoitre , en les ramenant au point précis de leur origine. Dans ce temps où ils ont paru , où ils se sont fait un nom particulier , qu'ètoient-ils pour le nombre ? qu'étoient-ils par leur ancienneté ? L'Eglise étoit visible dans tout l'univers; elle étoit -catholique, et méritoit ce nom , tandis que leur chef se formoit à peine quelques Disciples qui composoient tout son parti. C'est ainsi ^ dit le célèbre Bossuet , qu'on ramène l'Arianisme avec tous ses progrès au temps du Prêtre Arius où l'on comptoit par leur nom le petit nombre de ses sectateurs ; c'est à huit ou neuf Dia* cres , trois ou quatre Evoques , en tout treize ou quatorze personnes à qui leur Evêque , et avec lui cent Evêques de Lybie dénonçoient un anathême étemel, qu'ils adressoient à tous lés Evêques du monde , et de qui il étoit reçu ; c'est à ce temps précis et marqué où Ton ramenoit les Ariens : on les ramenoit au temps où l'on reprochoit à Eusèbe de Ni comédie qu'il croyoit avoir tonte l'Eglise en sa personne, et en quatre Evêques de sa faction. On a rappelé également Nestorius et tous les autres au fif\\n^ 4e sa division , au moment où la disputoit contre le tout , où une rompue combattoit contre Tar-
Pour le jour des Rois. g^
bre et contre le tronc , dont elle s'étoit arrachée. Premier caractère du schisme et de l'hérésie, leur peu d'étendue dans leur naissance opposé à la - catholicité et à la visibilité de l'Eglise. Mais ce qui ne les distingue pas moins , c'est leur nouveauté. Depuis quand êtes-vous, leur dit-on ? Est-ce de vous , leur dit Saint Paul, qu'est partie la parole de Dieu , ou bien êtes vous les seuls à qui elle est parvenue ? Où est votre mission ? Où sont les fondemens de votre autorité , et qui vous la donnée ? On sait le nom de vos auteurs^ on connoit la date de votre origine ; vous êtes nouveau , disoit Tertuliien , novellus , et vous vous élevez contre TEglise qui est de tous les temps; vous êtes venu d'hier, hesternus , et avanthier on ne vous connoissoit pas ; en un . mot , vous êtes des gens sortis hors de la ligne , hors de la chaîne de la suc* cession , hors de la tige de l'unité. Second caractère du schisme et de l'hérésie ; leur nouveauté opposée à la perpétuité de l'Eglise , à son indéfectibilité ^ à son étendue ou sa visibilité dans tous les temps.
Ainsi se sont accomplies les promesses de J. G. en faveur de son Eglise ; ainsi la voyons-nous toujours la même , toujours une , toujours inébranlable parmi les contradictions qu'elle éprouve ^ ^\. \xw
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noissance par une soumission entière et sans réserve , el de marcher constamment à la lumière des flambeaux précieux .qu^il nous a donnés, afin de parvenir sûrement à la vie éternelle que je TOUS souhaite.
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POUR
LA FÊTE DE LA eONCEPTION