‹ Sermons prêchés à StrasbourgChapitre 17 sur 24 · LES PH0GBÈ3 DD BOVIDXE DE DIED. SS · texte numérisé non relu

LES PH0GBÈ3 DD BOVIDXE DE DIED. SS

de désespérer ! s Et pourtant Dieu est très-doux. » Et pourtant l'Évangile l'emportera sur le pharisaïsme. Christ l'a affirmé. S'il a prédit aux siens des luttes et des revers, la haine et le martyre, il a promis au culte en esprit et en vérité la conquête de l'univers, — à ses disciples l'opprobre, à son Évangile le triomphe.

u TOLÉRANCE ÉVANGÉLIQUE.

LA TOLÉRANCE ÉVANGÉLiaUE.

1 Thessalo«iciens V, 14.

Nous vous prions, mes Frères, d'être patients envers tous.

Mes Frères,

En ces jours de crise religieuse , lorsque des voix discordantes retentissent de toutes paris , les unes attribuant une autorité absolue à des systèmes vieillis qui semblaient définitivement condamnés, les autres prétendant que, pour subsister, l'Évangile doit se dépouiller de toute énergie divine; lorsque le trouble pénètre ainsi dans l'Église et que les plus sages ne savent trop en verlu de quel principe on doit y faire r^ner

.,Goo>ilc

S58 LA TOLÉHINCE ÉVANGÉLIQDE.

l'ordre , en vertu de quel droit on peut y réclamer la liberté; au milieu de cette crise, dont nous n'avons encore vu que le commencement, ilimporte de mesurer exactement jusqu'où s'étend la largeur évaugélique , il importe de se rendre compte de la position du chrétien en face des hommes dont il repousse les doctrines. Faut-il prendre à la lettre cette défense : « Ne jugez point, ne condamnez point»? Certes, l'intolérance est quelque chose de hideux ; je ne parle pas seulement du fanatisme qui autrefois noyait les hérésies dans le sang , mais je parle de l'âpreté avec laquelle on poursuit de ses soupçons et de ses attaques quiconque ne porte pas nos couleurs. Et pourtant , d'un autre côté , le laisser-faire, le laisser -passer dans les choses religieuses, n'est-ce pas de l'indifférence , c'està dire ce qu'il y a de plus opposé à l'Evangile? — Je ne pense pas nae tromper en affirmant que chacun de nous a maintes fois hésité touchant les hornes qu'il doit poser à ses sympathies. Dans bien des cas, il est vrai , la conscience se prononce clairement : «Fuis cet homme, combats ses opinions , travaille à réduire son influence ; » ou bien aussi : « Tends à cet autre la main d'association, malgré vos divergences, et facilite le développement de son activité , quoiqu'elle ne te plaise pas entièrement. » Mais sou-

L* TOLÉRANCE ÉVANGÉLIQDE, 8S9

vent la conscience est trop peu éclairée pour trancher ainsi la question ; nous craignons également de tomber dans la raideur el dans une indulgence outrée ; nous balançons si bien qu'à la fin le hasard seul décide de nos relations. En attendant, l'esprit de parti croit avec une rapidité effrayante , et si dès maintenant nous ne savons pas nous tracer une ligne de conduite parfaitement droite, je ne vois guère comrAent nous y parviendrons plus lard; car plus tard, dans peu de temps , nous pourrions bien assister à un déchaînement universel de ce qu'on nomme, par un singulier abus, les passions religieuses, à une de ces tempêtes pendant lesquelles le plus calme est exposé à perdre l'équilibre moral.

Je crois donc remplir un devoir pressant en examinant avec vous, mes Frères, la nature et les limites de la tolérance évangélique.

Mais où trouver des renseignements sur ce grave sujet, où puiser des idées et des conseils, où prendre la matière de mon discours, si ce n'est dans la vie de notre divin Maître? Le prédicateur n'a d'autre office que de faire connaître Jésus-Christ, et il ne le fait jamais mieux connaître qu'en exposant quelque devoir, en recommandant quelque vertu , tous les devoirs el toutes les vertus émanant pour nous de la personne du Sauveur.

360 L« TOLÉRIKCE ÉVAHGdLIQOE.

Si VOUS cherchez dans les actes de Jésus cette tolérance banale qui consiste, suivant une espression célèbre , à laisser chacun faire son salut à sa façon , vous ne la trouverez pas ; elle est en opposition directe avec sa mission , puisqu'il est venu dans le monde exprès pour engager les hommes à croire en lui. Sa vie, sa mort, ses discours, ses voyages, ses miracles, tout se résume dans un prosélytisme de chaque instant, un prosélytisme qui ne recule devant aucun sacrifice, un prosélytisme brûlant et persévérant comme l'amour. La tolérance même de Jésus ne saurait être qu'une conséquence de son zèle. En effet, quand il veut s'emparer des âmes, c'est afin de les gagner à la vérité ; il est donc nécessairement plein de respect pour la vérité , et ne peut vouloir triompher par des moyens indignes d'elle. Ce serait, par exemple, l'outrager que de recourir à la force physique , comme le fit plus tard le prophète des Arabes. Il est toutefois d'autres violences que celles du corps, et Christ les dédaigne également. Nous ne remarquons pas assez peut-être que jamais on n'a poussé plus loin la réserve , la retenue, la discrétion: il y a là plus que de la tolérance , mais de l'estime, une sorte de vénération pour la nature humaine. Qu'il eût été facile a Jésus de foudroyer tous les doutes par un prodige éclatant! A sa

LA lOLÉBthCE i\kHOÉUQVe. 36t

place nous l'aurions sûrement fait, dans l'intérêt des douleurs, cela va sans dire, pour les débarrasser malgré eux de leurs erreurs et de leurs préjugés. Christ, au contraire, refuse obstinément de fournir un signe , une preuve surnaturelle de sa dignité messianique. Ses miracles sont toujours des actes d'amour nés d'un mouvement de compassion à la vue d'une infortune, et ils n'ont jamais pour but de commander la foi. Il va même jusqu'à défendre avec menaces à ceux qu'il soulage ainsi , de raconter leur guérison miraculeuse , tant il craint d'usurper sur les âmes un empire illégitime.

11 aurait encore pu employer cette puissance mystérieuse par laquelle l'homme s'insinue dans le cœur de ses semblables en charmant leurs oreilles et leur esprit. Mais Christ semble traiter l'éloquence comme un fard qui ne sied point à la vérité. Parcourez ses discours, et pas une seule fois vous n'éprouverez cet ébranlement nerveux que vous ressentez en face d'un grand orateur ou à la lecture de certaines pages de Paul. Les discours du Seigneur sont plus que beaux, ils sont vrais, vrais pour la forme comme pour la pensée , sans rien de brillant , mais transparents comme le cristal le plus pur, et nous laissant voir au fond Dieu lui-même.

J'ouvre au premier chapitre du sermon sur la

162 LA TOLÉBANCE éVANGELIQUE.

montagne : «Bienheureux ceux qui pleurent, f car ils seront consolés. — Que votre parole s soit : oui, oui, non, non, car ce qui est de € plus esl mauvais. — Soyez parfaits comme « votre Père céleste est parfait. » Est-il possible de trouver dans une littérature quelconque trois lignes plus simples que celles-là, et ne reconnaissez-vous pas dans la sublime sobriété de son style un profond respect pour ses auditeurs ? Il les traite en créatures faites à l'image de Dieu, capables, par conséquent, de percevoir la vérité pure et nue.

Mais , si Christ trouve le miracle trop matériel, l'éloquence trop passionnée, ne faciliterat-il pas du moins la foi en sa personne par une affirmation bien nette de son autorité? Non; il ne se présente point à la foule en lui disant ; « Je suis votre Messie. » 11 le donne à entendre , mais sans y insister; il parle de son union intime avec le Père, mais cette union tout invisible ne lui confère aucune grandeur appréciable aux yeux de la chair. En un mot, il est apparu sous forme de serviteur, de peur que l'éclat d'un avènement majestueux n'enlevât aux hommes la liberté de leur jugement et ne produisît une adhésion forcée, une adhésion sans valeur. Christ est plus jaloux de notre indépendance qu'aucun philosophe ne l'a jamais été. ^

Page 1