‹ Sermons prêchés à StrasbourgChapitre 18 sur 24 · LA TOLÉRANCE ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

LA TOLÉRANCE ÉVANGÉLIQUE

Ce respect que Jésus porte à l'humanité entière, se montre dans sa conduite envers les individus comme une charité douce , aimable , patiente. Regardez avec quelle grâce il cherche à vaincre la répugnance insolente d'un Nathanaël, qui prétend que rien de bon ne saurait venir de Nazareth, et d'une Samaritaine, qui, à sa demande d'un verre d'eau , lui rappelle durementqa'il est un juif. Sachant combien l'homme est peu responsable de ces préjugés de race, il n'en veut ni à l'un ni à l'autre, mais leur révèle, par un seul mot, qu'il est plus qu'un habitant de Nazareth ou qu'un pauvre pèlerin revenant de Jérusalem. Voyez-le aux prises avec le docteur juif, avec ce Nicodème , tout plongé dans sa théologie rabbinique, et incapable, semble-t-il, de rien comprendre aux réalités du cœur. Quelle condescendance quand le Seigneur le reçoit de nuit, quelle bienveillance quand il écoute des objections ineptes , quelle habileté louchante quand il a recours à une image bien matérielle, bien paradoxale, la «nouvelle naissance», afin d'exciter les réflexions de ce pharisien et de lui faire saisir le caractère spirituel de l'Évangile. Mais venez surtout assister aux efforts répétés qu'il tente pour retenir un Judas sur la pente fatale. Nous sommes au dernier souper. Le Seigneur lave les pieds des apôtres , il lave ceux

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du traître, et cet acte d'humilité est un premier avertissement ; on conçoit à peine que Judas ne se soit point précipité ^ g'enoux devant son Maître, lui confessant ses projets abominables. Jésus ajoute bientôt un second avertissement : « Vous êtes purs, mais non pas tous ;> , et un troisième beaucoup plus précis : «Un de ceux qui vivent dans mon intimité a levé le talon contre moi. » Judas reste immobile. Effrayé de cet endurcissement , Jésus déclare maintenant d'une manière solennelle : € En vérité , je vous le dis : un de vous me trahira. » Quoique direct et pressant, cet appel à la conscience de Judas demeure encore sans réponse. Alors le Seigneur comprend qu'un abime infranchissable sépare de lui son disciple. Tout est fini. Mais avec quelle douceur il va l'éloigner de sa présence! Au milieu de l'agitation des Douze, il trempe un morceau, et ne le donnant à personne d'autre qu'à Iscariote : «Ce que tu as à faire, dit-il, fais-le au plus tôt. » Celte parole désespérée est un effort convulsif de sa miséricorde: pour lui faire mieux sentir l'horreur du crime, il semble l'y encourager lui-même !

Si vous demandez comment le Seigneur a pu traiter avec une telle sollicitude un Nicodème , avec un amour si persévérant un Judas , je vous répondrai qu'il sentait entre eux et lui une cer-

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taine union. Tant que les hommes n'avaient pas rompu définitivement avec le bien en éloufTant leur conscience , Jésus trouvait en leur âme un allié, sur lequel il osait compter. Dans ses rapports avec eux , il partait d'un principe commun : le respect de la vertu et de la vérité, ce respect fùt-il chez un Pilate réduit à une simple hésitation, qu'il cachait même par fausse honte sous le masque d'une incrédulité dédaigneuse; ce respect ne se monlrât-il chez Judas que dans la stupéfaction sombre et morne avec laquelle il marchait au crime. La tolérance de Christ est de la patience , de l'espoir. Sa longanimité a pour source la foi en la puissance du bien.

Toutefois cette longanimité a des bornes. Quand ' le sens moral n'est pas seulement aiïaibU, mais faussé de propos délibéré ; quand l'homme pousse la dégradation jusqu'à revêtir son égoïsme du nom de conscience , jusqu'à traiter ses mauvais penchants de devoirs sacrés , jusqu'à couvrir sa jalousie, sa haine, son ambition, sa rapacité, de l'apparence du scrupule; en un mot, quand l'homme appelle le mal bien , il n'y a plus rien à espérer pour lui dans ce monde; Christ l'abandonne à son sort, et ne s'occupe plus de lui que pour nous mettre en garde contre cet être perverti. Il hésite d'autant moins que cette hypocrisie jouit généralement d'une haute consi-

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dération et qu'elle est même compatible avec certaines vertus. Vous le voyez par l'exemple des pharisiens , personnages vénérables, dévoués aux intérêts de leur peuple , remplis de bonnes qualités dans la vie sociale, distingués par leur austère dévotion. Christ les juge avec une sévérité que rien ne tempère, avec une intolérance, dirait-on, qui nous effraie : «Malheur à vous, a scribes et pharisiens hypocrites, car, faisant de a longues prières, vous dévorez les maisons des « veuves; vous filtrez le moucheron et vous ava- 1 lez le chameau. Malheur à vous , scribes et « pharisiens hypocrites , parce que vous nettoyez 4 les dehors de la coupe, et au dedans vous êtes «pleins de souillures et de rapines. Malheur à «vous, scribeg et pharisiens hypocrites, parce «que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, « qui au dehors paraissent beaux, mais au de- « dans sont pleins d'ossements de morts et de H toute sorte de pourriture. Serpents , race de « vipères, comment fuirez-vous le jugement de < la géhenne^ » — Quelle virulence ! et combien n'est-elle point blâmable, si elle n'est sainte et divine! Ou bien Jésus n'est pas le Christ, ou bien îa tolérance a des limites que nul ne doit franchir.

La morale chrétienne consistant à reproduire

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dans notre vie la vie de Christ, il s'agit d'être tolérant comme il l'a été, ni plus ni moins, et de l'être par le même motif.

Nous serons donc tous des missionnaires , cherchant à répandre la portion de vérité qui nous a été confiée. Si l'on a pu dire avec raison que celui qui trouva la vaccine eût été un vrai criminel d'en garder une heure le secret, nous serions infmimenl plus coupables de renfermer au fond de notre cœur la vérité qui peut sauver le monde. La vie des chrétiens est une guerre contre l'erreur, une lutte acharnée, sans trêve possible, puisqu'elle ne saurait unir que par leur anéantissement ou par la destruction du péché sur la terre.

Soldats de Christ , quelles sont vos armes pour combattre dans cette sainte croisade? Vous souvenant que l'essentiel n'est pas d'avoir raison contre vos frères, mais de les gagner à la cause de votre Maître , et comprenant qu'ils seraient indignes de servir sous son glorieux drapeau, s'ils ne le faisaient librement, joyeusement, vous vous- garderez de les avilir pai' une contrainte quelconque. Une fois que vous auriez fait la moindre violence â leur conscience, ils seraient vos prosélytes, je le veux, pleins de soumission aveugle et d'obéissance entêtée , mais vous auriez brisé leur ressort moral, vous les auriez rendus

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à jamais incapables d'acquérir toute la stalure humaine, qui est celle de Ghrîsl. Veillons, de crainte que, sous le prétexte d'élendre le royaume de Dieu, nous ne couvrions le sol de ruines irréparables.

Vous qui êtes à la fois pieux et riches , répandez et les bienfaits de l'âme et les bienfaits du corps ; que votre charité vous attire la confiance du pauvre ; que vos services lui révèlent la force admirable de l'Évangile; que, touché de vos bontés, il vous demande oîivous puisez vos sentiments généreux : vous le gagnerez à Christ presque infailliblement. Mais si vous l'ameniez à penser qu'en échange de votre bienveillance et de votre or, vous exigez sa conversion , une conversion sincère lui serait désormais impossible : vous auriez perdu cette âme. — Et vous , hommes de science qui avez le bonheur de connaître le Sauve'ur, utilisez votre sagesse, votre érudition, votre éloquence pour le faire connaître à vos frères , en écartant les préjugés et en concentrant toutes les lumières de la raison sur sa divine personne. Mais n'allez point vous- servir de votie nom et de votre gloire pour dicter des convictions. Biaise Pascal, le grand géomètre et le grand chrétien, se laissa enti'aîner un jour dans cette voie fatale. Ayant fait une brillante découverte, il en publia les résultats comme un

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àéû jeté à toute intelligence humaine : si personne ne parvenait à résoudre ce problème, il fallait avouer que l'humble disciple de Christ dépassait les autres hommes en pénétration, et l'on devait en conclure qu'aucun d'eux n'avait le droit de repousser le joug de l'Évangile, puisqu'il était accepté par le premier génie de l'époque. Quelle foi qui naîtrait ainsi ! 11 suffirait donc de la présence d'un géomètre plus savant que Pascal, mais incrédule, mais athée, pour que l'athéisme fût justifié! Christ n'a point agi de la sorte. Si nous voulons être ses disciples, nous devons bâtir non sur te sable de notre autorité personnelle, mais sur le roc de la conscience et de l'esprit divin, e*nous ne devons employer d'autres arguments que ceux qui persuadent en améliorant , en sanctifiant.

Puis, quand nous aurons fait briller l'évidence spirituelle du christianisme, nous n'exigerons pas que les ténèbres disparaissent soudain. Nous saurons que beaucoup de personnes sont lentes à comprendre, et qu'après avoir lui à leurs yeux, il faut à la lumière bien du temps pour se réfléchir au fond de leur être. Notre arme contre les faibles qui hésitent, sera donc la patience. Et notre arme contre les forts qui résistent, sera encore la pa-

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tience, mais en outre l'humilité. Nous nous dirons que, par noire faute, nos argumenls sont peut-être moins décisifs qu'il ne nous semble; qu'ayant raison pour le fond, nousavons tort pour la forme ; que c'est notre imperfection qui cache aux adversaires l'excellence de l'Évangile. Nous profiterons donc de leurs objections pour élaguer soigneusement ce qui dans notre discours est un hors-d'œuvre ou bien une subtilité. Us nous exciteront à une réforme constante. Surtout, de ce qu'ils repoussent nos idées, nous ne conclurons pas, sans preuve, à la perversité deieur cœur! Si néanmoins cette perversité devient évidente, nous la condamnerons sans doute avec fermeté , en rendant un témoignage énei^ique , mais jamais nous n'irons bâillonner nos adversaires. Étouffer la discussion par des menaces, poursuivre les contradicteurs de sa rancune et de ses médisances, les marquer d'un stigmate odieux, briser leur avenir, afin que personne ne soit tenté de les imiter, c'est insulter l'Église de Cbrist , puisque c'est la déclarer à la face du monde incapable de triompher par les armes spirituelles. Et si vous vous tiompiez dans votre appréciation , si les hommes que vous traitez de la sorte étaient sincères, si même, loin d'appartenir, comme vous vous l'imaginez , aux adversaires de l'Évangile, ils étaient des disciples de

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Christ, et des disciples aussi fidèles que vous, n'ayant d'autre tort que de ne pas admirer les commentaires dont vous enveloppez la Bible, oh ! alors , mes Frères , quelle serait votre responsabilité? Vous auriez blasphémé contre l'Esprit ! Voilà le danger que l'on court dès qu'on remplace la patience et la charité par les armes charnelles de la colère et de la haine.

Dans la guerre contre l'erreur et le péché , nous ne sommes pas seuls : après nous être rendu compte des moyens qui nous sont permis, nous nous demanderons où se trouvent nos alliés et à quel signe on les peut reconnaître.

Le signe le plus commode consisterait certainement dans une formule dogmatique, dont l'acceptation donnerait le titre de chrétien et dont le rejet placerait en dehors de la communion du Saint-Esprit. Malheureusement le Seigneur Jésus n'a pas jugé à propos de rédiger une pareille formule, et les théologiens qui se sont mis à l'œuvre à sa place semblent n'avoir pas encore réussi à condenser l'essence du christianisme en quelques phrases nettes et précises. La plupart du temps lorsqu'ils demandent : croyezvous ceci? croyez-vous cela? le simple fidèle aussi bien que le penseur se sent embarrassé ,

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sa conscience ne lui permettant de répondre ni par un oui ni par un non catégorique. Il y ctx)it dans un certain sens ; dans un autre sens il n'y croit pas. Mais il est une seconde difficulté : on peut être un chrétien très-vivant et n'avoir pM une doctrine bien arrêtée, ni même bien juste; on peut adhérer à la doctrine la plus autorisée et rester parfaitement impie. La foi et la croyance sont donc deux choses. Pour s'en convaincre , il suffit de jeter un coup d'œii sur l'histoire : les époques les plus fermes dans l'orthodoxie sont à peu près , sans exception , les plus pauvres en vie religieuse. Cela ne prouve rien contre la vérité de l'orthodoxie , mais cela prouve qu'on n'attache pas impunément une importance suprême à la pureté de la doctrine. D'autre part, la secte (car généralement on lui refuse même le titre d'Église) , la secte qui sans aucun doute a prodoit les plus grandes choses dans les temps modernes ; qui la première a compris à quel rôle immense le christianisme est appelé dans les questions sociales ; dont les membres ont sacrifié le plus de temps et d'argent à l'amélioration des prisons , à l'abolition de l'esclavage , à l'évangélisation des classes ouvrières ; la secte des Quakers enseigne une doctrine qui remplirait d'épouvante la plupart de nos théologiens , fussent-ils même très-peu stricts. Force nous

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est donc, pour reconnaître nos alliés, de chercher un sig:ne meilleur que la doctrine.

Le vrai signe, faut-il vous le dire, mes Frères? c'est l'attachement à la personne du Sauveur. Tout homme qui aime Jésus est chrétien , et il est chrétien juste dans la proportion où il aime Jésus. Le reste est entièrement secondaire, le dogme , les formes du culte , les principes de l'organisation ecclésiastique; tout cela a son importance, mais tout cela ne fait pas le chrétien. Dès que vous voyez un cœur battre d'amour pour Jésus-Christ, tendez la main sans hésiter; vous êtes en face d'un frère , quand même il professerait les plus grandes hérésies , quand même il se tromperait dans le nom qu'il donne à Jésus. Puisqu'il met en lui sa confiance, vous avez un seul et même Sauveur. Vous avez donc en commun les intérêts les plus chers et les plus graves, en comparaison desquels vos divergences disparaissent, ainsi que les aspérités de notre plaine contemplées du haut de nos montagnes.

Qui nous rendra la largeur de Jésus lui-raême?1 Jean , le bouillant fils de Zébédée , vient lui dire un jour: «Maître, nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton nom et qui nous ne suit pas, et nous l'en avons empêché, s Mais Jésus lui répond : « Ne l'en empêchez point ; car < personne ne peut faire une œuvre en mon nom,

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a et aussitôt parler ma! de moi. Oui n'est pas « contre nous est pour nous. » Vous l'entendez : puisque ce juif emploie le nom de Jésus dans ses conjurations , — et certes entre un pareil acte et la vraie foi , entre cet hommage à moitié superstitieux et l'imitation journalière de Christ, il y a fort loin, mais n'importe! — puisque ce juif n'est pas opposé au Seigneur, le Seig:neur trouve (ju'il lui est favorable. Et nous aussi, nous jugerons de même. Si nous réservons notre intimité et notre confiance parfaite pour ceux qui se sont déjà donnés entièrement à Christ, nous saurons reconnaître dans toutes les âmes sur qui l'Évangile exerce quelque attraction, dans tous les cœurs dévoués , dans toutes les consciences droites, dans tous les hommes de bonne volonté , non des ennemis , non pas même des neutres, mais des alliés pour l'avenir; et notre espoir dépassant le présent , nous remplira à leur égard d'une affection cordiale, qui ne lardera point à les gagner définitivement.

Nos ennemis, contre lesquels nous devons déployer une inflexible sévérité, sont ailleurs, mes Frères. C'est d'abord cet adversaire implacable que notre Maître rencontra sur son chemin , le pharisaïsme. Il a pénétré dans nos rangs , mais ne croyez pas qu'il y forme un parti oi^anisé comme à Jérusalem ; ne le cherchez exclusive-

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ment ni à droite , parmi les amis de la tradition, ni à gauche, parmi les défenseurs du progrès. Il est répandu comme le levain dans la pâte, et peut-être nous trouverons qu'il s'est glissé jusque dans notre propre cœur. Tous les hommes sont enclins au mal , mais tandis que la plupart avouent sans trop de difQcultés qu'ils ont tort de céder à leurs penchants, le pharisien veut justifier ses défauts et ses vices , en leur donnant l'apparence et l'autorité de la vertu. S'il est rapace , s'il ruine le prochain, c'est par conscience, pour mettre le prochain hors d'état de faire un mauvais usage de sa fortune. S'il est vindicatif, s'il persécute ceux qui ont eu le malheur de lui déplaire, c'est par devoir , devoir bien pénible à son cœur, c'est pour sauvegarder je ne sais quels intérêts sacrés; s'il est injuste, intrigant, violent, s'il abuse de son pouvoir, c'est par fidélité aux principes , pour empêcher le triomphe des ennemis de Dieu. Le pharisien professe un vif attachement pour l'Eghse, il a constamment en vue le bien de l'Église , il ne parle que des dangers que court l'Église. Mais pressez -le, et vous verrez qu'il emploie le mot d'Église uniquement pour désigner son parti. Et ce parti, qui lui tient tant au cœur, n'est point à ses yeux le représentant d'une idée, — le pharisien s'inquiète peu des idées, — son parti n'est pas

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autre chose pour lui qu'une coterie , et dans la coterie il n'attache d'importance réelle qu'à sa propre personne. mes Frères , ne tombez jamais daus cette chose détestable qui se nomme l'esprit de parti et qui constitue de nos jours la forme la plus habituelle du pharisaïsrae. Je vous dirai presque : si vous voulez être égoïstes, soyez -le pour vous tout seuls. Car l'esprit de parti peut se définir de l'égoïsme raffiné , concentré. C'est de lui que provient la gangi'ène qui nous mine , la petitesse , le dénigrement , le soupçon ; c'est lui qui remplace la raison et la justice par le hon plaisir ; c'est lui qui envenime ainsi les questions ; c'est lui qui empêche le protestantisme d'être ce qu'il doit être, une Église de libre discussion, dans l'union de chacun avec Christ, notre Sauveur. — Déclaronslui donc une guerre à mort, le combattant dans nos frères et en nous-mêmes.

Mais il faut vous signaler un autre ennemi encore, la frivolité de ces sadducéens qui croyaient embarrasser le Seigneur en lui posant une inconvenante question sur le sort d'une femme qui aurait été l'épouse de sept frères; et Jésus les reprit vertement : n Vous êtes dans l'erreur, i ne comprenant ni les Écritures ni la puissance «de Dieu.» Or, depuis le premier siècle, cet esprit profane a fait de tristes progrès. Vous l'aper-

cevez partout, raillant des choses religieuses, tournant en plaisanteries ce qu'it y a de plus vénérable , la piété des simples , se montrant incapable dans sa grossièreté de croire au dévouement, couvrant de ses calomnies impures tout ce qui est grand et noble. Brisons avec les malheureux que possède cet esprit. Il ne saurait y avoir rien de commun entre eus et le disciple de Jésus. S'il se présente un cas où nous aussi nous devons prononcer un blâme sur les personnes ou les choses objets de leurs railleries , sachons mettre dans notre blâme tant de sérieux et tant de charité qu'on ne puisse jamais nous confondre avec ces moqueurs impies. Gardons pour eux seuls toute notre indignation, et qu'elle soit brûlante !

Je résume, mes Frères, les enseignements que ta vie de Christ nous a fournis. Nous n'avons d'autres adversaires que l'hypocrisie subtile et la frivolité profane ; tous ceux qui placent leur confiance en Jésus, sont nos alliés effectifs, et tous les esprits sincères le sont en espérance ; les seules armes que nous devions employer c'est le respect, la patience, la fermeté. Voyez vousmêmes si ces principes sontbien observés autour de vous ; voyez surtout si , étant convaincus de leur vérité , vous comptez les observer à partir

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d'aujourd'hui. La paix et la prospérité de notre Église dépendent de chacun de vous. On parle beaucoup , je le sais, du besoin d'y établir l'union par des moyens matériels , comme si l'union se laissait décréter , comme si l'Église romaine , qui possède la plus forte organisation possible , jouissait d'un calme parfait, comme si les querelles entre ses enfants n'étaient pas conduites avec une âpreté extrême. Il est une puissance plus grande que les meilleurs règlements et sans laquelle ceux-ci restent une lettre mortec je veux dire les habitudes. Cherchons donc â prendre des habitudes d'équité , de support , de douceur, et les discussions les plus chaudes pourront se livrer sans que le lien de la charité soit rompu. On n'y arrive pas facilement y sans doute , car les passions sont là , toujours prêtes à déborder. Mais pourquoi Christ est-il venu dans le monde, si ce n'est pour nous donner la force de les vaincre en les remplaçant par la passion de la justice et de la sainteté incarnées en lui ? Vivons de la vie de Christ, et à mesure que nous nous unirons à lui, nous apprendrons à pratiquer la véritable tolérance évangélique. C'est ici le commandement qu'il nous a laissé, que nous nous aimions les uns les autres, comme lui-même nous en a donné l'exemple.

YERITABLE GRANDEUR.

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