‹ Sermons prêchés à StrasbourgChapitre 3 sur 24 · L'ÉVANGILE · texte numérisé non relu

L'ÉVANGILE

Jean XIV, 6.

Je suis le chemin, et la vérité, et l

Mes Frères ,

On peul affirmer que , malgré tous ses défauts, notre génération n'est point hostile au christianisme. Les plaisanteries de Voltaire, qui faisaient les délices du siècle dernier, ne trouvent nulle part un écho; la religion jouit du respect universel; ses ministres sont accueillis avec sympathie dans les palais comme dans les fabriques, dans les académies comme dans les camps. Sans doute , au fond de cette vénération il y a l'en-

tralnement de la mode et souvent le calcul de l'hypocrisie ; je tiens néanmoins pour positif que de bonne foi le monde reconnaît une certaine valeur à l'Évangile. Il ne demanderait pas mieux que d'être croyant.

Pourquoi ne l'est-il pas? D'où vient cette hésitation, ce désaccord enti'e ce qu'il désirerait être et ce qu'il est? — Ohl d'abord, son désir de se faire chrétien manque d'une véritable ardeur : que sa conversion pût s'opérer toute seule, par un miracle, jecrois qu'il en serait satisfait; mais il n'a pas assez d'énergie pour y mettre la main. D'ailleurs, si le christiaiiisme lui parait admirable comme fondement de la société ou comme calmant pour les cœurs endoloris, il le trouve trop austère pour les besoins de la vie quotidienne : il faudrait renoncer au plaisir et au luxe; il faudrait mettre un frein à la vanité, à l'ambition, à l'amour des richesses, à la sensualité ; il faudrait cesser d'être matérialiste , et notre siècle , quoiqu'il tourne de temps à autre en soupirant les regards vers le christianisme, notre siècle est plongé dans l'adoration de la matière. Esclave de Mammon, il ne saurait servir un autre maître.

Mais voici, je crois, la principale raison qui explique le peu de progrès du christianisme parmi nos contemporains : ils ne le connaissent

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pas. Au bout de dix-huit siècles et dans une société pour ainsi dire créée par lui , nous trouvons des hommes instruits, des savants même, des penseurs qui ignorent entièrement en quoi il consiste. Or, la faute en est à nous, mes Frères, aux chrétiens , qui cachent l'Évangile derrière les voiles les plus épais.

Voyez vous-mêmes s'il n'en est pas ainsi.

Un incrédule sincère , sérieux , comme il y en a tant, se sent attiré vers le christianisme, dont il soupçonne vaguement les splendeurs. Il s'adresse d'abord à un ministre du culte le plus répandu, à un prêtre, el il lui expose ses doutes et ses scrupules. Espérons que ce prêtre est animé d'une piété vivante. Savez-vous par quel point il commencera, en tout cas, son enseignement? Pour gagner cette âme à Christ, il lui démontrera préalablement que l'Église de Rome est infaillible ! On n'arrive à l'Évangile que par l'Église. Tant pis pour ceux qui trouveraient ce chemin ti-op long ou trop raboteux I Le prêtre ne saurait le leur épargner. Ils passeront par la soumission au pape, ou bien on ne les conduira point auprès de Ghrisl. Mais cette soumission paraissant singulièrement dure à l'intelligence humaine, je veux dire à la conscience, il est à craindre que notre incrédule sincère ne se laisse lebuter dès le premier pas.

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Sera-t-il plus heureux s'il consulte un protestant, un protestant convaincu, fidèle? Je ne sais. Celui-ci lui fera grâce de l'Église , mais peut-être , avant de lui parler de la bonne nouvelle , il croira utile de l'instruire touchant le livre qui la contient, et de le prévenir que la Bible est nécessairement dans toutes ses parties la parole de Dieu. Pour s'en convaincre , notre incrédule examinera si chaque verset porte réellement l'empreinte d'une perfection céleste ; et, comme il lira dans la Bible des choses qui ne sont pas divines , par exemple certains conseils des Proverbes , certaines réflexions de l'Ecclésiaste , je pense qu'en voulant lui faire tout admettre, on l'amènera à tout rejeter. Le chemin qu'on lui a tracé le détournera de l'Évangile.

11 continue cependant ses recherches, et il rencontre des prolestants plus laides, qui lui indiquent la personne de Christ commeie centre d'oii émane chaque rayon ; toutefois , il n'est pas impossible qu'avant de lui montrer le soleil, ils trouvent bon de le renseigner sur la nature de la lumière. L'Évangile, lui dira-t-on, reste une lettre close à quiconque ignore que le Sauveur est l'incarnation du Créateur, la seconde personne de la Trinité, et on lui déclarera que ce dogme est l'unique chemin pour arriver à la vie. Or, notre incrédule, étant incapable de com-

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prendre ce dogme avant d'être chrétien , étant incapable de se faire une idée de l'essence du Sauveur avant d'avoir éprouvé sa vertu , répondra avec douleur qu'il aimerait bien y croire, mais qu'il ne le peut. Effectivement, nous ne sommes pas maîtres de notre intelligence, et il ne dépend pas de nous d'accepter telle ou telle doctrine suivant notre bon plaisir.

Cet incrédule se perdra donc. Mais, au jour du jugement , le prêtre de Rome et le protestant strict, et le- protestant lai^e, qui lui ont caché l'Évangile derrière l'Église, derrière la Bible, derrière le dogme, répondront tous les trois de sa perte devant Dieu : ils ne lui ont pas montré le chemin qui mène directement à la vie. Ce cbemin, c'est Jésus, Jésus te! qu'il a vécu au milieu des siens , sans auréole , sans attestation d'une Église ou d'un Livre inspiré, mais avec la puissance de la vérité , avec l'autorité de l'esprit. Pendant son séjour sur la terre, les juifs n'avaient d'autre preuve de la divinité de ses actes et de ses discours que l'effet qu'ils en ressentaient ; plaçons donc l'incrédule en face de ces mêmes actes et de ces mêmes discours, sans explication, sans commentaire, et certainement ils suffiront pour le convaincre.

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