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Si , dans cette enceinte, il est qnelqu'un qui hésite entre la foi et l'incrédulité , je le conjure d'oublier tous les raisonnements dont on a fatigué son intelligence, tous les préjugés dont les chrétiens eux-mêmes ont peut-èlre chargé son imagination. Qu'il suspende son jugement jusqu'à ce qu'il ait vu l'Évangile; car il ne le connaît pas encore. Qu'il lise attentivement la vie du Seigneur (c'est le plus court) , et que , après une étude sincère, il se demande si cet enseignement n'est pas, d'un bout à l'autre, conforme à la voix de sa conscience. Ou bien qu'il écoute maintenant quelques-unes des paroles de Jésus sur les trois grands problèmes qui de tout temps ont agité les jienseurs ; Dieu, le monde j la de s tinée de i'homme. Il verra que, selon l'expression de notre texte, Christ est bien réellement la vérité.
Vous croyez en Dieu , mou Frère , et il vous semble , dites-vous avec une certaine amertume dédaigneuse, que cette foi devrait suffire. Eh / bien .' oui , cette foi suffit , d'après Christ. 11 n'y ajoute pas des dogmes bizarres et arbitraires , ainsi que vous paraissez vous le figurer ; mais il donne à cette foi une ampleur, une réalité, une vigueur toutes nouvelles. Quand vous l'aurez entendu , vous conviendrez qu'entre la religion naturelle , comme vous l'appelez, et la religion
de Christ, il n'y a pas du tout une opposition, il y a la même différence qu'entre les ombres qui du dehors viennent se mouvoir sur la voûte d'un appartement ma! éclairé, et les joyeuses couleurs dont un soleil d'été illumine nos campagnes. — Qu'est-ce que Dieu? — L'Absolu, dit la raison, l'Être suprême. — Notre Père, dit Christ , « mon Père et votre Père. » Tandis que l'intelligence travaille lentement et péniblement à tout réunir en une vaste synthèse, le cœur la devance; il sait désormais que les difficultés de la spéculation ne doivent point le troubler, et que le dernier mot de la science sera nécessairement une confiance filiale dans l'Être dcrêtreST^SeioTt "Christ, il n'est pas jusqu'aux fleurs des champs, jusqu'aux oiseaux du ciel, qui ne fassent partie de la famille de Dieu : s Ils « ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent «dans des greniers, mais le Père céleste les «nourrit. Quoiqu'un passereau vaille à peine «une demi -obole, il n'en tombe pas un sans «que votre Père le permette. Ne craignez donc g point ; vous êtes de plus de prix que plusieurs «passereaux. Les cheveux mêmes de voire tète a sont comptés.» Quoi de plus simple que ces paroles? Chacun de nous n'aurait-il pu les dire? Et cependant elles nous émeuvent et nous remplissent de courage comme ne l'a jamais fait
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le plus élo(iuenl discours ou le poërae le plus pathélique sur la Providence. Mais écoulons : * Quel est celui d'entre vous, si son fils lui de- « mande du pain , qui lui donne une pierre? Si «donc vous, qui êtes mauvais, vous savez don- «ner à vos enfants des choses bonnes, combien «plus votre Père céleste vous donnera-t-il ce «qui est bon, quand vous le lui demanderez!»
Ce raisonnement est d'une rigueur mathématique : il est impossible que Dieu ne soit pas meilleur que le meilleur d'entre nous; donc, tout ce que nous pouvons imaginer de miséricorde, nous sommes sûrs de le trouver en lui. Voulez-vous savoir, par exemple, si Dieu pardonne au repentir? Christ ne vous répondra point pai' une dissertation ni pai- un dog'me , il vous dira de voir ce que fait un père lorsqu'un enfant prodigue est rentré en lui-même. Touché de compassion, il accourt au devant, se jette à son cou, le baise, avant même que le fils ait prononcé son humble confession: «J'ai péché «contre le ciel et contre toi; je ne suis plus «digne d'être appelé ton fils.» Et, pour toute réponse, le père fait alors apporter la plus belle robe et l'anneau , et il commande un festin , «car mon fils était mort, et il revit; il était « perdu , et il est retrouvé. » Quand le pécheur se repent, il semble que sa chute ait rehaussé sa
D,mi,.=db,Gooylc
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valeur: il y a dans le ciel plus de joie pour sa conversion que pour la persévérance de quatrevingt-dix-neuf justes. — Un philosophe n'aurait-il pas reculé devant cette pensée? Christ ne recule point : il ne saurait attribuer trop d'amour à son Père.
Ses révélations sur le monde sont tout aussi sublimes. II s'occupe peu de l'univers physique ; mais il nous le dépeint comme le théâtre de la lutte entre le bien et le mal, comme le champ où croissentpêle-mèle le bongrainetl'ivraie. L'obéissance libre ayant seule une valeur morale, Dieu, (lit-il, cherche à réaliser parmi ses créatures un r^ne de justice, de sainteté, d'amour; il demande qu'elles se placent volontairement sous ^ sa dépendance , qu'elles fondent une théocratie spirituelle, un royaume de Dieu. Ce royaume n'est point une institution visible, mais il existe au dedans de nous, dans nos cœurs, et on en devient membre par la «pauvreté d'esprit,»
c'est-à-dire par l'humilité, et puis par la e violence,» c'est-à-dire par l'énergie qui résulte de la véritable humilité. II embrasse d'ailleurs l'universalité du bien dans le monde : tous les peuples y sont conviés , les prophètes de l'ancienne Alliance ont versé leur sang pour en accélérer les progrès, les anges du ciel en font partie, et leur obéissance doit nous servir
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d'exemple. Prions que ce règne vienne. Il ne s'établira point par nn éclat de la toute-puissance, mais il avance lentement , par influence , par infiltration , comme le levain pénètre la pâte. Or, cette lente croissance est irrésistible, car (remarquez ce mot) « la volonté de mon Père est qu'aucun ne périsse.» Telle est la loi d'amour qui gouverne le monde , et cette volonté de Dieu fmira par s'accomplir sur la terre comme au ciel.
Cette parole nous révèle déjà notre destinée, la troisième vérité que Christ nous a découverte. Mais il le fait ailleurs d'une manière beaucoup plus frappante. Vous vous rappelez que le terme par lequel ii aime à se désigner est celui de Fils de l'homme, ce qui, d'après le génie de la langue hébraïque , signifie simplement l'Homme. Jésus se présente donc comme le type de notre race, l'idéal pour lequel nous avons été créés. Jusqu'ici je vous énumérais les vérités qu'il nous a transmises par son enseignement; maintenant vous comprenez sans doute pourquoi, dans mon texte, il s'écrie: «Je suis la vérité. 9 Oui , il est la solution du plus redoutable problème : nous sommés nés pour lui ressembler, pour devenir ses frères et ses sœurs. Or, savez-vous ce qu'est Christ, tel qu'il vit dans les évangiles? L'homme en qui il n'y a aucune
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U^ce de péché, qui n'hésite jamais enlre la volonté de Dieu et sa propre volonté, qui se domine, se possède, faisant continûment le bien, — l'image parfaite de la sainteté absolue. Voilà ce qu'est Christ, et voilà ce que nous deviendrons. ( Père , disait-il , tu es en moi et je suis en toi ; je te prie que de même ils soient en nous. La gloire que tu m'as donnée, je la leur ai donnée. » Vous l'entendez, noire destination est d'être un avec Dieu, de participer de tout bien, de toute vérité, de toute beauté.
L'enseignement du Seigneur se résume en ces trois mots : notre Père , le royaume de Dieu, le Fils de l'Homme. Ces trois mots contiennent le véritable Évangile , l'Évangile de Jésus, débarrassé de ce que les théologiens y ont misérablement ajouté. Notre raison ne soulève pas la moindre objection contre ces idées, et, quoique incapable de les découvrir, elle les accueille avec bonheur, comme un souffle ra- Traichissant venu de la patrie céleste. Or, remarquez d'une part que ces révélations évangéliques ne suspendent ni ne gênent en rien te travail de la pensée humaine, car dans un certain sens les problèmes sont restés , il s'agit de leur trouver des formules , et ces formules varieront éternellement avec les progrès de l'inlelligence; et remarquez d'autre part que ces
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révélations suffisent pour nous donner la vie, pour rajeunir et renouveler noire cœur, car elles nous remplissent de confiance en Dieu , d'un valeureux dévouement à la cause de son royaume, d'une affection humble et joyeuse pour notre frère, le Fils de l'Homme. 11 est des vérités abstraites, et il est des vérités vivantes; vous pouvez connaître un phénomène, une plante, un pays, soit pour en avoir lu une description, soit pour l'avoir vu. L'Évangile nous enseigne ce qu'est Dieu et ce que doit être l'homme, non au moyen de définitions, mais en nous montrant le Père céleste et en nous montrant le Christ. Ses révélations sont des personnes et non des idées. Par cela même que Christ est la vérité, il est donc aussi la vie. Il nous place dans le vrai à l'égard de Dieu, du monde, de nous-mêmes; il nous met en état d'agir ainsi que nous devons agir.
Toutefois, il est la vie, comme dit notre texte, dans un sens plus éminent encore.
La vie est une force, mais une force qui se communique, qui se reproduit dans d'autres êtres. Cela se voit dans la vie végétale, dans la vie animale, dans la vie intellectuelle; cela se voit tout spécialement aussi dans la vie morale
et religieuse. Quand donc Jésus se nomme la vie, il veut dire non-seulement qu'il a la force (l'être saint, mais qu'il peut nous rendre saints comme lui et nous transformer à son image.
Et, en effet, voyez tous ceux qui s'approchent de lui sans inimitié , comme ils sont subjugués et bientôt entraînés dans son orbite. Rappelezvous Zachéc , Lévi , les pécheurs galiléens devenant subitement pécheurs d'bommes, et la Cananéenne , et le centurion , et le brigand sur la croix ; qu'était-ce donc qui , s'emparant d'eux, les attachait à Jésus , de sorte qu'ils at- ' tendaient de lui toute leur félicité? C'était la confiance, la foi. Christ est la vie parce qu'il est l'amour. Il gagne les âmes parce qu'il se donne. 11 devient le maître de l'humanité parce qu'il meurt pour elle.
Cette tendre compassion , ce dévouement , cette mort sur la croix fait la puissance du christianisme , l'élevant au - dessus de toute religion et de toute philosophie. Peut-être l'humanité aurait fini, même sans Christ, par re- , connaître dans la conscience la voix d'un Père ; peut-être un penseur serait arrivé à la notion du royaume des cieux; peut-être eùt-il entrevu l'image de l'Horame-Dieu comme le terme do notre destinée, — peut-être! — mais à coup sur jamais l'humanité n'aurait pu se savoir
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aimée d'un amour sans bornes. ïl y a là quelque chose d'absolument nouveau, une révélalion tout imprévue , qui divise l'histoire en deux périodes bien distinctes. Depuis la journée du Calvaire, Dieu nous est apparu avec un éclat dont les Grecs les plus sages et les Hébreux les plus pieux n'avaient aucune idée. Je dis que Dieu nous est apparu dans le sacrifice du Calvaire ; car, dès qu'une beauté nouvelle se manifeste, nous sommes bien obligés de l'attribuer à Dieu ; il ne saurait être inférieur à rien. C'est donc Dieu qui nous aime en Christ; c'est la volonté du Père céleste qui lui présente la coupe de l'angoisse, précisément pour nous montrer jusqu'où va l'amour. Jamais on ne dira quelle quantité de vie et de sainteté cette révélation a communiquée au genre humain. Il a pu aimer à son tour, car il a eu foi en l'affection du Père. Comparez la civilisation brillante, mais frivole, de l'antiquité avec la civilisation chrétienne; comparez un Sénèque avec un Calvin, un Épaminondas avec un Goligny, un Platon avec un saint Paul ; comparez le patriotisme ex- , clusif des plus nobles Romains avec la charité expansive d'un saint Vincent de Paul , d'un Francke, d'un Wilberforce, de tant d'humbles chrétiennes qui , membre s d'une corporation ou mères de familles , sont allées respirer l'air em-
poisoDiié des hôpitaux pour soigner des malades inconnus; et dites-vous que les ondes bienfaisantes de cette charité découlent de l'amour de ' Christ, et que sans lui nous serions des juifs fanatiques ou des païens corrompus.
Vous tous qui voulez vivre d'une vie divine, veuez donc à Christ.
Quand les fautes passées et les infirmités présentes remplissent votre esprit de dégoût ; quand des souvenirs poignants se soulèvent comme une vague immense, qui voile le soleil et menace en retombant de vous englouLir; quand la foi en un Dieu de miséricorde s'éclipse, s'évanouit, votre cœur ne paraissant avoir de choix qu'entre le désespoir et l'endurcissement; — allez vous placer en face de la croix. It est impossible de n'être pas ému, impossible de ne pas céder à tant d'amour, impossible de ne pas se jeter à genoux en confessant humblement ses péchés , et aussitôt vous trouverez la paix.
Quand les tentations vous entourent ; quand elles se sont glissées dans votre âme, et qu'à moitié séduits vous délibérez , hésitant s'il faut choisir la part de Dieu avec son abnégation , sa pauvreté , son mépris, ou la part du monde avec ses plaisirs, ses richesses, ses honneurs (et déjà l'on n'hésite plus une fois qu'on en est
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là) ; quand le péché s'insinue dans votre cœur doucement, mais en maître, et que votre résistance s'éteint comme le souffle d'un mourant, et que vous allez succomber; — oh! levez, levez les yeus vers Christ. Lui , qu'il est si facile d'aimer, il vous fera trouver la vertu moins rude; lui, qui a triomphé des plus terribles tentations , il vous prouvera qu'aucune n'est invincible ; lui , qui a tant souffert afin de détruire sur la terre l'empire du mal, il vous inspirera pour tout ce qui est mauvais une haine vigoureuse, et vous surmonterez les séductions de ce monde.
Quand vous traversez ta rég;ion brûlante des épreuves et que votre pauvre cœur , brisé par la torture, desséché par l'angoisse, abandonné à lui-même, semble ne conserver de sensibilité que juste ce qu'il en faut pour que la souffrance renaisse sans fin ; — r^aidez celui qui prie sous les oliviers, celui qui, ne s'étant jamais plaint, s'écrie maintenant: «Mon âme est triste jusqu'à la mort! a Quels que soient vos tourments , ils ne peuvent se comparer à ceux de Jésus. Partout où vous passez sur le chemin de la douleur, il vous y a précédés , et vous l'y trouverez pour vous soutenir par son exemple et par ses paroles les plus divines. Il pansera vos plaies toujours saignantes ; il vous
donnera l'énei^ie de continuer la marche lorsque vous aurez vu tomber à vos côtés l'être que vous chérissiez; il vous mènera par la main lorsque arrivera le moment suprême et qu'il faudra faire le pas mystérieux vers une éternité plus mystérieuse encore.