‹ Sermons sur l'impureté, sur la conversion de Madeleine et sur le retardement de la pénitenceChapitre 2 sur 10 · SERMON SUR L'IMPURETÉ · texte numérisé non relu

SERMON SUR L'IMPURETÉ

Cum immundus spiritus exierit ab homine, ambulat per loca arida, quœrens requiem, et non invenit. Tune dicit : Revertar in domum mean undè exivi. Et veniens invenit eam vacantem, scopis mundatam, et omatam. Tune vadit, et assumit septem alios spiritus secum nequiores se, et intrantes habitent ibi.

Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti, et à son tour, il la trouve vide, balayée, et ornée ; il part aussitôt, et il va prendre avec soi sept autres esprits encore plus méchants que lui ; et ils rentrent dans cette maison, et ils y habitent.

S. Matth. (2),

SIRE, c'est une doctrine communément reçue et fondée sur l'Écriture même, qu'il y a des démons de plusieurs espèces ; et cette différence, remarque saint Grégoire pape, vient des différentes espèces de péché où ces esprits de ténèbres ont coutume de nous porter. Il y a des démons d'orgueil, il y a des démons de vengeance, il y a des démons de jalousie et d'envie, il y a des démons de mensonge, d'illusion et d'erreur, et tous ont leur caractère particulier, aussi bien que leurs fonctions propres. Celui qui nous est aujourd'hui représenté dans l'Évangile, est le démon d'impureté : cet esprit immonde

dont l'exercice est de souiller les âmes purifiées par la grâce de Jésus- Christ, et, toutes spirituelles qu'elles sont, dejes rendre toutes charnelles, en les infectant de la contagion de leurs corps : Ciim immundus spiritiis exierit ad homine. Or le Fils de Dieu veut qu'entre tous les autres démons, nous ayons particulièrement horreur de celui-ci, et c'est pour cela qu'il entreprend lui-même de nous le faire connaître. C'est donc, mes chers Auditeurs, de cet esprit impur que je dois aujourd'hui vous parler ; et il est important de vous en découvrir la malignité, puisque le même saint Grégoire nous assure que ce démon, ou plutôt que le vice qu'il entretient dans nos cœurs, est la cause la plus générale de la damnation des hommes et que c'est lui qui fait tous les jours périr tant de pécheurs : Hoc maxime vitio periclitatur genus hiimamim. Je vous en donnerai une idée dont vous ne pouvez tirer d'autre conséquence que de le détester et de vous en préserver. Car er traitant cette matière, je me souviendrai toujours que la parole du Seigneur, dont je suis le ministre, quoique indigne, doit être une parole chaste, plus épurée que l'argent qui passe par le feu, et qu'on éprouve jusques à sept fois : Eloquia Domim\ eloqida casta, argent iim igné examinatum , prohatum terra y purgatum septuplum (^). Plaise à Dieu que vos ciuurs, aussi purs que cette divine parole,

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soient disposés à en profiter ! C'est la grâce que je vais demander d'abord au Saint-Esprit, par l'intercession de la Reine des vierges ; Ave, Maria.

Saint Thomas, parlant du caractère que nous impriment certains sacrements de la loi de grâce, lui donne deux qualités, en quoi il fait consister toute son essence. C'est, dit-il, et un signe spirituel, et une puissance spirituelle : Signaculum et potestas Q). Un signe spirituel, pour représenter dans nous les effets invisibles du sacrement ; et une puissance spirituelle, pour nous rendre capables d'opérer les actions propres du sacrement. Telle est la doctrine de cet Ange de l'école. Or, je dis. Chrétiens, permettez-moi de faire cette comparaison, que l'impureté a pareillement son caractère, mais un caractère de réprobation, et qu'en cela cet abominable péché est une parfaite image de l'enfer. C'est ce que j'entreprends de vous montrer dans ce discours ; et pour en faire d'abord le partage, je trouve que ce caractère de réprobation que nous découvrons dans l'impureté, quoique infiniment opposé au caractère des sacrements institués par Jésus-Christ, ne laisse pas de lui ressembler en deux manières : je veux dire en ce qu'il a tout à la fois et la vertu de représenter, et la vertu d'opérer ce qu'il représente. Car je prétends qu'il représente dans

l'homme l'état de la réprobation future ; voilà sa première propriété : et j'ajoute, si je puis m'exprimer de la sorte, qu'il opère dans l'homme cette même réprobation en le conduisant à l'impénitence finale ; c'en est la seconde propriété. En deux mots, impureté, signe de la réprobation, et principe de la réprobation. Signe visible de la réprobation parce que rien ne nous représente mieux dès cette vie l'état des réprouvés après la mort : vous le verrez dans la première partie. Principe efficace de la réprobation, parce que rien ne nous expose à un danger plus certain de tomber dans l'état des réprouvés après la mort : je vous le ferai voir dans la seconde partie. Ce sujet est d'une grande étendue, mais d'une extrême conséquence. Je ne dirai rien qui ne soit pour vous une leçon salutaire, et qui ne mérite toutes vos réflexions.

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