RUE CASSETTE
Depuis six ans passés (avril 1901-juillet 1907), le nombre des malades soignés dans les hôpitaux de Paris pour la fièvre typhoïde a été de 5.621, sur lesquels 960 ont succombé ; soit une mortalité de 17 p. 100.
Depuis ce temps, 1.000 malades ont été traités pour cette fièvre dans mon service de typhiques du Bastion 29; 43 sont morts, soit une mortalité de 4,3 p. 100.
J'utilise la même thérapeutique que la plupart de mes collègues — bains de 24 à 30 degrés — avec toutefois une exception capitale : j'ajoute à la balnéothérapie une injection de sérum antityphoïde. D'un côté, nous trouvons 17 p. 100 de mortalité, et, de l'autre, 4,3 p. 100 ; le bénéfice des vies humaines ainsi réalisé au Bastion 29 me paraît être dû, pour la plus grande part, à l'emploi du sérum antityphoïde. C'est pourquoi je vous demande la permission de vous parler de ce sérum.
Et tout d'abord, je dois vous soumettre les preuves de ce que je viens d'avancer.
La mortalité typhoïde dans les hôpitaux civils.
Cette mortalité ne peut être jugée que par la statistique. Mais pour être digne de créance et avoir une signification précise, la statistique — en matière de lièvre typhoïde — doit être soumise à des lois très rigoureuses.
Tous les médecins savent que les épidémies de dothiénentérie sont variables dans leur violence; que certaines d'entre elles enlèvent le tiers ou la moitié des malades, et d'autres à peine 3 à 4 p. 100 : il faut donc, pour mériter créance, qu'une statistique de fièvre typhoïde porte sur un grand nombre de cas et s'étende sur plusieurs mois ou mieux sur plusieurs années. Du bien fondé de cette affirmation, je ne donnerai que deux preuves, parce qu'elles sont contrôlables et suffisantes. En 1901, l'hôpital Laënnec, à Paris (1 er avril au 31 décembre), a eu 44 cas de fièvre typhoïde et une mortalité nulle; l'année suivante, le même hôpital a eu 42 cas et 11 morts. Dans mon service du Bastion 29, j'ai vu passer plusieurs fois dans les salles une série de 100 malades qui ont tous guéri. Quelle belle statistique on eût publiée en la faisant aussi partielle !
Cette première rigueur de nombre imposée à une statistique de fièvre typhoïde est donc indispensable. Il est une autre rigueur non moins nécessaire. Une statistique de cette nature doit être contrôlable, c'est-à-dire basée sur l'examen des registres officiels d'un hôpital.
Aujourd'hui, avec l'emploi des méthodes nouvelles d'examen et chez des malades qui séjournent des semaines dans un service, on ne se méprend pas sur le diagnostic de la fièvre typhoïde? d'une part, on connaît sans erreur le nombre des typhiques hospitaliséSj et, d'autre part, le registre officiel, témoin brûlai et véridique, indique le chiffre des décès. A une statistique de fièvre typhoïde, il faut ce nombre et il faut ce contrôle; libérée de l'un de ces tuteurs, la statistique de cette maladie pèche presque toujours par l'atténuation du pourcentage mortuaire.
Sous l'empire de ces deux conditions rigoureuses, étudions les
registres officiels des bureaux de chacun des hôpitaux d'adultes à Paris :
Mortalité pour Fièvre typhoïde dans les hôpitaux d'adultes du 1 er avril 1901 au 31 juillet 1907.
NOMBRE ÉTABLISSEMENTS des CSS
Hotel-Dieu ....... 371
Lariboisière 677
Saint-Antoine 447
Tenon 474
Broussais 124
Boucicaut 200
Bichat 204
Cochin 355
Maison de Santé 558
Necker 343
Beaujon 857
Laënnec 278
La Pitié 339
La Charité 394