‹ Sérothérapie de la fièvre typhoide: Opsonisation antityphoideChapitre 2 sur 7 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

des décès

Mortalité moyenne des six dernières années : 17 p. 100.

Les résultats de cette consultation des registres d'hôpitaux d'adultes à Paris peuvent s'exprimer ainsi :

1° La modalité a alteint 17 p. 100 sur plusieurs milliers de cas et plusieurs années consécutives;

2° Dans chaque hôpital elle a toujours dépassé 12 p. 100.

Voilà des chiffres contrôlables. Sont-ils extraordinaires et très différents de ceux que fournissent d'autres hôpitaux qui ne dépendent pas de l'Assislance publique, à Paris ou en province?

Aucunement. La statistique globale de la mortalité typhoïde dans toute la ville de Paris (les enfants compris) indique 18 p. 100.

La statistique de l'hôpital de l'Institut Pasteur, qui m'a été obligeamment fournie par le D r Louis Martin, fournit 20 p. 100 de mortalité.

La statistique des hôpitaux de Lyon, dans ces dernières années (D r Barjon), signale 14 1/2 p. 100. Encore l'auteur fait-il observer que sa statistique n'est pas rigoureusement exacte et n'est pas fondée sur l'examen de registres officiels. Il en fut de même à Paris, quand un médecin consciencieux, le D r Merklen, crut pouvoir fixer, sur les souvenirs de ses collègues, le chiffre de la

mortalité typhique hospitalière à 14 1/2 p. 100; des renseignements sûrs montrent que les pertes sont plus sévères.

En regard de ces chiffres plaçons ceux que nous fournit l'examen du registre officiel du Bastion 29, seul hôpital d'adultes ou tous les malades, atteints de fièvre typhoïde contrôlée par le sérodiagnostic, sont traités systématiquement par le sérum anliphoïde et par les bains demi-froids de 24 à 30 degrés.

De 1901 à 1907 : 1.000 premiers cas ont été traités, 43 ont succombé.

Mortalité moyenne des six dernières années : 4,3 p. 100.

Une question se pose tout d'abord : d'autres médecins ont-ils, dans des hôpitaux, utilisé ce sérum antityphoïde et quel en a été le résultat ? Je puis sur ce point donner trois renseignements : A l'Académie de Médecine (1906) le professenr Brunon (de Rouen) et le D T Josias (de Paris) ont fait connaître les résultats qu'ils avaient obtenus dans leurs services en utilisant pendant plusieurs années chez des enfants atteints de fièvre typhoïde le sérum que j'avais mis à leur disposition. Leurs communications mentionnent que dans la période qui avait précédé et dans celle qui a suivi l'application du sérum le même traitement a été donné aux malades. Aucune autre modification ne fut apportée que l'injection de sérum.

Avant la sérothérapie, la mortalité typhique était dans leurs services de 10 à 12 p. 100; elle tomba avec le sérum de 3 à 4 p. 100.

D r Brunon 100 cas, 3 morts.

D r Josias 200 cas, 8 morts.

Grâce à l'initiative du Directeur du Val-de-Grâce M. le médecininspecteur Delorme, à celle du Directeur du service de santé M. le médecin-inspecteur Catteau et avec l'autorisation du' ministre de la Guerre M. Berteaux, la méthode a été appliquée à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce par les médecins-majors Dopter et Sacquépée.

Le diagnostic de fièvre typhoïde fut contrôlé chaque [fois par la culture du sang des malades.

90 cas 5 morts.

Dans ce même hôpital du Val-de-Grâce le chiffre de la mortalité par fièvre typhoïde avait été dans les six années précédentes de 69 décès pour 648 cas, soit une mortalité moyenne de-^S^p. 100.

Le chiffre de la mortalité globale observée sur les malades du Bastion de 1901 à 1907 ne prend toute sa signification que lorsqu'on la compare aux statistiques annuelles observées dans le même hôpital pendant cette période. Chaque année le taux de la mortalité a oscillé autour de 4 p. 100. La première statistique que j'ai publiée (Congrès du Caire 1902) indiquait 3,7 p. 100; la seconde (Congrès de médecine de Paris 1904) donnait 4 p. 100 et la troisième (février 1906) 3,7 p. 100.

Ce taux de mortalité hospitalière extraordinairement faible, puisqu'il s'agit bien de fièvre typhoïde contrôlée par le séro-diagnostic, n'est pas nié, mais avant d'admettre que ce résultat soit dû au sérum antityphoïde, là critique a présenté cette objection capitale : l'abaissement de la mortalité n'est-il pas attribuable h l'emploi rigoureux de la rigide méthode de Brand et non au sérum? Voici ma réponse : je n'ai jamais employé les bains froids à 20 ou 22 degrés que Brand juge indispensables. Et quand la méthode de Brand avec sa rigueur implacable a été utilisée en France, dans les hôpitaux civils, par un de ses plus fervents adeptes le D r Bouveret (de Lyon) dont personne ne discutera la compétence en matière de traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids, elle a encore donné sur plusieurs centaines de cas traités à l'hôpital et sur plusieurs années 8 p. 100 de mortalité (fin de 1887 : 392 cas — 32 morts).

Modifications des symptômes.

Sous l'influence du sérum antityphoïde l'évolution de la fièvre typhoïde subit une modification qui se fait sentir dans tous les cas et qui se dessine toujours dans le même sens. D'une manière générale les courbes de température semblent calquées les unes sur les autres. L'évolution de la maladie est divisée très nettement en deux périodes : période de réaction qui suit l'injection de

sérum et ensuite période de défervescence. Dans le premier stade qui dure de quelques heures à cinq ou six jours, la fièvre ne baisse pas ou baisse peu, parfois même augmente légèrement pendant quelques heures sur la moyenne des jours précédents, puis assez brusquement la fièvre décroît, les bains deviennent moins nombreux et la défervescence commence pour se dérouler d'une manière plus ou moins rapide. Les modifications de l'état général suivent celles de la température. Pendant le stade de réaction, le malade n'a pas encore la sensation de bien-être qui se fera sentir dès le début de la seconde période, Une fois celle-ci commencée, le patient peut avoir de l'hyperlhermie qui nécessite la prise de

Fig. 1. — Période de réaction après le sérum.

plusieurs bains par jour, mais il se sent bien, l'appétit se réveille, il urine beaucoup. A ce moment, et souvent plus tôt, survient un phénomène très particulier qui constitue peut-être le caractère objectif le plus apparent de la fièvre typhoïde modifiée par le sérum. Je veux parler d'un changement évident dans la vaso-motricité.

Tous les médecins connaissent la physionomie si spéciale des typhiques où la pâleur et la stupeur du visage ont valu son nom à la maladie. Dans les formes graves, ce faciès est caractéristique. Malgré la température centrale très élevée l'extrémité du nez, les mains, les pieds sont presque froids et les ongles un peu violacés.

Chez les malades qui ont reçu du sérum et qui ont terminé ou qui terminent leur période de réaction, souvent quelques heures après la pénétration du remède, le visage s'est profondément modifié. À la place de la pâleur du début on dislingue une rougeur diffuse parfois très marquée qui donne une bonne mine inattendue ; la stupeur a disparu ou s'est très atténuée; les mains ont égale-

ment rougi, particulièrement sur la face palmaire, elles ne sont plus froides mais chaudes et les ongles ont pris une teinte rosée. Cette augmentation de la vascularisation périphérique persiste jusqu'à la convalescence et c'est pourquoi les typhiques traités par le sérum ont un aspect qui surprend tous ceux qui les visitent.

La modification imprimée à l'évolution est d'aulant plus favorable et frappante que le sérum est intervenu plus près du début, au moment où les appareils de défense ont encore conservé leur vigueur et peuvent réagir avec énergie sous l'influence du remède. Nous verrons plus loin dans les modifications apportées à l'appareil lymphoïde et au sang du malade la raison

de ce phénomène.

Je rappelle ici que depuis six ans, je n'ai jamais perdu au Bastion 29 un malade traité par le sérum dans les sept premiers jours de sa maladie.

Lorsque le sérum intervient tardivement, — : et ce qu'il faut entendre par tardivement, c'est bien plutôt la gravité des lésions déjà effectuées que la numération stricte du nombre de jours écoulés depuis l'apparition des premiers symptômes, — les résultats sont moins rapidement favorables. Le sérum ne peut faire disparaître vite ni les lésions des cellules nerveuses, ni les altérations nécrosantes des tuniques de l'intestin, quand elles sont déjà réalisées.

Quelques heures après l'injection, la pression sanguine

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augmente; elle s'élève jusqu'à 12 à 15 centimètres de mercure et cette accroissement est assez marqué et persistant pour qu'il ne soit pas utile de donner dans le cours de la maladie des

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