‹ Sérothérapie de la fièvre typhoide: Opsonisation antityphoideChapitre 4 sur 7 · IZ0 I0D · texte numérisé non relu

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Fig. 4. — Arrêt rapide de la maladie.

la tempéralure; rarement, sauf dans les cas de réaction intense, elle s'élève passagèrement, mais cette élévation ne comporte en soi aucun pronostic mauvais, probablement à cause de l'augmentalion de la pression sanguine. J'ai vu guérir beaucoup de

malades qui avaient eu 150 pulsations à la minute, chiffre considéré comme fatal par Liebermeister.

La quantité d'urine augmente beaucoup; tandis que dans la fièvre typhoïde ordinaire on ne voit la polyurie apparaître qu'au moment de la convalescence, chez les malades injectés elle se montre au bout de quelques jours, et elle atteint parfois quatre à cinq litres. Quand l'albumine existe dans l'urine avant l'injection, elle ne tarde pas à disparaître et il est rare que les malades qui n'avaient pas d'albuminurie avant la prise du sérum en aient plus tard au cours de la maladie.

Les modifications les plus importantes provoquées dans l'orga-

Fig. 5. — Température, pouls, urine.

nisme des typhiques par le sérum apparaissent dans les tissus où se fait la lutte contre les maladies infectieuses, c'est-àdire dans le sang et dans les organes hématopoiétiques, tissu lymphoïde et tissu myéloïde. Dans les jours qui suivent l'injection, le nombre des leucocytes sanguins augmente dans la proportion d'un quart à un tiers, puis au bout de quelques jours revient à son chiffre normal; le nombre relatif des polynucléaires qui s'était accru très passagèrement décroît jusqu'à la convalescence, tandis que le chiffre des mononucléaires augmente dès le lendemain de l'injection, suivant une marche inverse de celle des polynucléaires neutrophiles. Les myélocytes neutrophiles dont 1 :■ présence est constante chez les typhiques à la période d'étal deviennent plus rares après l'injection et reprennent vite leur taux

normal qui est de un demi p. 100 environ. Par contre, le nombre des grands mononucléaires s'accroît et suit sensiblement une marche parallèle à celle des mononucléaires ordinaires. Enfin les éosinophiles qui sont toujours absents du sang des typhiques à la période d'état reparaissent rapidement, quelquefois dès le lendemain de Tinjection. A ne s'en tenir qu'à l'examen des cellules sanguines, on peut conclure que les modifications survenues dans le sang des typhiques traités par. la sérothérapie reproduisent avec

Avant le sérum.

Fig. 6. -

48 heures après le sérum.

Surface externe de la rate mesurée au phonendoscope.

un degré d'anticipation celles que l'on observe au moment où se dessine la guérison normale. Mais si l'on poursuit plus loin l'analyse et qu'on cherche si les propriétés du sang du malade n'ont pas été modifiées dans le sens d'un accroissement de force dans leur pouvoir bactéricide, on constate de la façon la plus évidente l'exaltation sous l'influence de Tinjection antityphoïde de cette propriété antimicrobienne. Le malade est devenu plus apte à détruire les bacilles qui l'avaient envahi; il s'est fait dans son sang une opsonisation antityphoïde.

Je reviendrai plus loin et avec les détails nécessaires sur ce

phénomène si important, dans lequel réside, à mon avis, le caractère essentiel de l'action du sérum antityphoïde utilisé chez mes malades. Je dois parler maintenant d'une autre constatation, élroir tement reliée à celles que je viens de mentionner et qui est visible aussi dans le domaine hématopoiétique : l'hypertrophie de la rate développée en quelques heures après la pénétration du sérum antityphoïde.

Il suffit de mesurer exactement, — mensuration facile et précise avec le phonendoscope — les limites de la surface externe de la rate au niveau du flanc gauche pour constater une différence très marquée du volume de cet organe entre la période qui précède Tinjeclion et celle qui la suit, trente-six heures à trois jours plus tard. La limite dessinée à l'aide de l'instrument permet de constater l'augmentation de un à deux centimètres dans l'étendue du diamètre transversal de l'organe et de un centimètre dans celle du diamètre vertical. Cette hypertrophie splénique ne manque jamais et elle est très manifeste. Elle est inséparable des modifications constatées dans les cellules et dans la partie liquide du sang. Je reviendrai plus loin sur son rôle en parlant de la physiologie pathologique de la sérothérapie antityphoïde.

L'action du sérum sur la courbe de la température se reconnaît pendant environ dix à douze jours; après ce laps de temps, ou bien, la convalescence se dessinant très nettement, la courbe continue à baisser jusqu'à la guérison et la durée de la maladie est courte ; ou bien, dans les formes plus graves ou plus prolongées, après le dixième ou douzième jour, la défervescence reste stationnaire pendant quelques jours, la température se maintenant au-dessus de la normale, comme si le malade ne jouissait plus de l'action du remède qui avait enrayé la fièvre; puis la convalescence s'affirme complètement, à moins que se dessine une rechute. Cette rechute d'ordinaire ne dure que quelques jours, surtout quand la première atteinte a été sérieuse.

La convalescence est le plus souvent rapide, surtout chez les malades traités de bonne heure; toutefois, ceux dont la maladie a été arrêtée très vite par l'injection de sérum doivent prendre, pendant plusieurs semaines, des précautions réelles pour leur santé; car j'ai vu — d'une manière exceptionnelle — la maladie récidiver au bout de deux à trois mois, probablement par la reviviscence dans l'organisme de bacilles typhiques qui n'avaient pas été complètement détruits. Cette persistance possible des microbes

d'Eberth dans le corps des typhiques parvenus à la guérison est d'ailleurs connue; on la constate principalement dans certaines formes d'ostéites ou de périoslites post-typhiques. A ce propos, je dois signaler l'extraordinaire action d'une minime injection de sérum loco dolenti. On sait que ces lésions d'ostéites et de périostites typhiques jouissent d'ordinaire d'une persistance très longue et se terminent souvent par des suppurations qui exigent une intervention chirurgicale. Elles se manifestent par du gonflement et des douleurs vives, surtout nocturnes. Lorsque de telles altérations apparaissent, il suffît d'injecter au centre de la lésion, en plein dans le périoste ou l'os, une goutte de sérum antityphoïde; en quelques heures, à la condition d'intervenir dès le début, la douleur disparaît, la tuméfaction s'affaisse et la guérison est si rapide, en deux ou trois jours, qu'on est surpris du résultat. La même thérapeutique locale agit avec autant de rapidité et d'efficacité lorsqu'il s'agit de faire dissiper une poussée d'orchite ou de mammite typhoïdique.

La faible mortalité constatée chez nos mille malades indique déjà que les complications doivent être peu fréquentes. Cependant, deux méritent d'être retenues. Sur 47 cas de mort, l'hémorragie intestinale n'est inscrite que pour le chiffre 4, et cela vraisemblablement grâce à l'emploi de l'ergotine et du chlorure de calcium, qui favorise si puissamment la coagulation du sang; en revanche, la perforation de l'intestin compte pour 19. La question se pose de savoir dans quelle mesure la sérothérapie protège les malades d'hôpital — venus assez tardivement — contre cet accident. Pour résoudre ce problème, il faut pouvoir s'appuyer sur une statistique longue et rigoureuse qui envisage la fréquence de cette terrible complication chez les malades non traités par le sérum.

Je n'ai pu trouver dans les registres officiels des hôpitaux de Paris le nombre des perforations de l'intestin à incriminer dans les 17 p. 100 de mortalité signalés. J'ai cherché des renseignements dans la littérature étrangère, en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis.

Voici une statistique signalant la fréquence de la perforation intestinale dans plusieurs milliers de cas :

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