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Fowne grave.
Fig. 7. — Courbes des index opsoniques, au cours de la fièvre typhoïde traitée par la sérothérapie.
Pour donner la preuve de ce mécanisme défensif, il suffit de dresser chaque jour chez les malades soumis à la sérothérapie la courbe des index opsoniques prélevés dans les diverses formes cliniques de la fièvre typhoïde.
Avec la collaboration de mon interne M. Milhit, j'ai suivi chez
un grand nombre de malades la marche du développement des opsonines et nos observations se résument dans les deux schémas ci-dessus de courbes d'index opsoniques. L'index opsonique mesuré par la méthode de Wright est le rapport entre le pouvoir (d'englober les bacilles typhiques) dont jouissent les globules blancs humains actionnés par un sérum normal humain et le pouvoir dont ces mêmes globules blancs humains sont revêtus -quand ils reçoivent l'impulsion d'un sang de typhique, soit avant, soit après l'injection de sérum.
0)i voit sur ces figures que la courbe des index opsoniques ^st un peu variable suivant qu'il s'agit de forme légère ou de forme grave de la maladie. La courbe de la forme bénigne montre que, déjà avant l'intervention du sérum thérapeutique, l'index opsonique est assez élevé, 2,10 (la normale étant aux environs de l'unité). Dès le lendemain de l'injection l'index opsonique augmente; il atteint un point élevé le quatrième jour; la phagocytose se fait alors assez énergiquement, puis l'index baisse un peu, à mesure que le sérum injecté est éliminé, et bientôt la défervescence se dessine, tandis que le sérum du malade contient de plus en plus des opsonines. Quand la convalescence est bien franche, l'index opsonique reste encore élevé pendant le premier mois après laguérison. Quand la convalescence est traînante pour une raison quelconque (troubles digestifs, tuberculose latente, etc.), l'index opsonique marque un chiffre plus faible.
La courbe des index opsoniques dans les formes graves montre d'abord un index faible avant l'injection; l'individu se défend médiocrement; puis, après le sérum, dans les trois à quatre jours suivants, une élévation brusque et intense du chiffre de ces index. 11 doit se faire à ce moment une destruction intense de bacilles, destruction qui jette dans la circulation d'un malade déjà intoxiqué par la fièvre typhoïde de nouveaux produits toxiques de bacilles. Devant cette surcharge de toxicité, le malade réagit par la période fébrile dite de réaction; d'où se conçoit la nécessité de modérer, dans les formes graves, celte rapide destruction bacillaire, et n'injecter que de faibles doses de sérum à ces derniers malades.
Du quatrième au douzième jour après l'injection, à mesure que l'action du sérum s'élimine, on voit la courbe des index s'abaisser tout en restant cependant très supérieure au chiffre des opsonines constaté avant l'injection. Puis, dans ces formes graves où la
maladie se prolonge un peu, on voit cette courbe des index osciller jusqu'à la convalescence autour d'une ligne à peu près horizontale; mais, phénomène capital et qui explique que les malades, tout en conservant de la fièvre, se défendent bien, ne sont nullement en danger et conservent une mine relativement florissante, les index opsoniques restent toujours assez élevés; la phagocytose se fait bien, la résistance est organisée; enfin arrive l'ascension linale de la courbe opsonique à l'aurore de la guérison.
Les phénomènes opsoniques apparus dans le sang des malades traités par le sérum ne prennent toute leur signification que lorsqu'on compare entre elles, que l'on superpose pour ainsi dire, les modifications survenues dans le sang, dans les organes hématopoiétiques, et dans les courbes thermiques. Alors les effets produits par la sérothérapie antityphoïde et les réactions constatées dans la physiologie pathologique de la maladie modifiée se dessinent avec une netteté suffisante pour qu'on puisse émettre, sur leurs rapports réciproques, une hypothèse fondée sur des observationsexpérimenlales et cliniques; la voici : sous l'influence du sérum antityphoïde — sérum qui, môme chauffé, contient des opsonines- — il se fait dans l'organisme du malade — peut-être par un phénomène d'opothérapie — une excitation des appareils lymphoïdes, myéloïdes et sanguins, appareils qui ont déjà ressenti eux-mêmes les effets de l'intoxication. L'hyperactivité provoquée dans ces organes fait naître des opsonines qui arrivent en grand nombre dans le sang; les bacilles sont happés et détruits. Dans les formes bénignes la secousse donnée aux appareils fabricants d'opsonines n'est pas très considérable et le sérum amène une perturbation utile, mais modérée. Dans les formes graves, la secousse produite par le sérum est plus violente, plus utile aussi, mais à condition d'être ménagée. La conduite à tenir par le clinicien s'éclaire à la lecture de ces courbes des inJex opsoniques.
Il faut craindre, en effet, de donner une secousse trop forte aux malades; on risquerait d'inhiber la production des opsonines. Lorsque l'état s'aggrave, par exemple à la suite d'une perforation intestinale, la courbe des index opsoniques descend chaque jour jusqu'à l'agonie.
Les observations que je viens de faire connaître me permettent de donner aujourd'hui l'explication de faits que j'avais signalés dans des communications précédentes à propos de la sérothérapie
et dont la nature n'avait pas été bien comprise. En 1901, j'avais émis cette hypothèse (Presse médicale) : « Il se fait sous l'influence du médicament une destruction rapide d'un très grand nombre de microbes et leur multitude jette dans la circulation des substances pyrétogènes plus ou moins abondantes. »
Il suffit de comparer la courbe des opsoninçs à celle des températures pour voir qu'après le sérum la période de réaction fébrile suit la période d'opsonisation maxima et qu'elle en est la traduction légitime. Si, dans les derniers jours de la maladie et au moment de la convalescence, l'augmentation du chiffre des opsonines ne fait pas apparaître la fièvre, c'est qu'à ce moment il n'y a plus ou peu de bacilles à détruire.
En 1902 (Congrès du Caire), je disais : « plus le malade est malade et plus faible doit être la dose de sérum injecté ». Cette observation avait à cette époque paru étrange, étant donné les notions classiques au sujet de la sérothérapie antidiphtérique et au sujet de l'utilité des doses massives dans les états diphtériques graves. Aujourd'hui l'étude de la courbe des opsonines explique et justifie cette prudence en matière de sérothérapie antityphoïde.
Enfin, on a émis cette critique : « Si le sérum est vraiment un médicament actif dans la fièvre typhoïde, pourquoi continuer à employer les bains froids qui sont si douloureux à supporter ? »
A celte objection, on peut répondre : pour faire supporter dans les formes graves la réaction produite par la destruction microbienne rapide, les bains froids ou frais sont éminemment utiles ; et ces bains, collaborateurs de la sérothérapie, ne pourront être supprimés que lorsqu'on possédera un sérum d'une puissance antitoxique très considérable.
Le sérum antityphoïde n'est donc pas un médicament qui suffit à tout, mais c'est un médicament d'une grande puissance et dont il faut savoir se servir. Un regard jeté sur la courbe des opsonines suffit à en donner la conviction. Ce remède a un avantage exceptionnel sur tous les autres; il aide sûrement et énergiquement les cellules du corps à détruire les microbes de la fièvre typhoïde. Quel est l'autre matière pharmacodynamique en qui on puisse de bonne foi reconnaître un tel privilège? Grâce à ce sérum, dans divers services hospitaliers, on a obtenu une mortalité typhoïde extraordinairement basse.
Dans ma communication au Congrès du Caire en 1902, j'avais écrit cette phrase :
« Par l'addition de sérum antityphoïde à l'hydrothérapie, j'estime que la mortalité par fièvre typhoïde doit tomber à 4 ou 5 p. 100. »
Cinq ans se sont écoulés; le nombre des cas traités à l'hôpital est devenu beaucoup plus considérable, et je n'ai rien à changer à cette proposition.
Paris. — L. Maretheux, imprimeur, 1, rue Cassette. — 17590.
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