PLANCHE XXXVIII. YARMOUTH. NEWBOLD. WESTMINSTER. — EXETER
f PLANCHE XXXIX. — NORWICH ...,., 121
CHAP. Y.— EEEEEMENTS SYMBOLIQUES . . .123
PLANCHE XL. STILLINGFLEET ..... 127
PREFACE
La première idée de l'ouvrage dont nous écrivons ici le texte appartient à un artiste dont une mort prématurée brisa la carrière, à Henri Gérente, qui fut l'un des rénovateurs de la peinture sur verre en France. Aux dessins qu'il avait déjà réunis, et que l'on trouvera ici, vint se joindre l'abondante récolte de monuments du même genre que M. G. Bou t eut depuis l'occasion de dessiner dans ses voyages avec M. Parker. Enfin cette double moisson s'est encore accrue des communications faites par deux savants architectes anglais, MM. John Chessel Buckler et Charles Alban Buckler, son fils. En possession d'un si grand nombre de dessins de monuments de la serrurerie ornée du moyen-âge en France, en Allemagne et en Angleterre, M. Parker a voulu mener à fin l'œuvre interrompue de Henri Gérente ; et, limitant quant à présent cette publication à l'une des branches les plus intéressantes de la ferronnerie monumentale, c'est-à-dire aux ouvrages de fer qui décorent les vantaux de bois des portes au moyen-âge, il a chargé M. Bouet de lithographier la série de quarante planches à l'occasion desquelles nous traçons, ces lignes.
C'est le premier ouvrage où ce sujet soit traité d'une manière spéciale. La ferronnerie et la serrurerie du moyen-âge n'ont même point été encore l'objet d'une publication à part, soit en France, soit en Angleterre. Malgré le nombre considérable d'ouvrages d'archéologie mis au jour depuis quelques années, les travaux consacrés aux objets d'ornement exécutés en fer n'ont pas dépassé l'étendue de simples articles de journaux ou de chapitres accessoires dans les traités généraux d'architecture. La ferronnerie considérée seulement comme une dépendance de l'art de bâtir, n'a point encore eu l'honneur de monographies comme celles qui ont été consacrées à la peinture sur verre, aux carrelages émaillés, aux tapisseries, etc. Welby Pugin a bien publié des modèles précieux de serrurerie ornée, dans les styles du X^^ au XYll\ siècle,
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niais son ouvrage, ainsi que l'extrait qui en a été donné en France % contient des imitations librement composées par cet habile architecte, plutôt que des reproductions rigoureusement exactes de monuments authent ques.
Cependant de nombreux matériaux ont été amassés depuis quinze ans sur cette intéressante braiiche de l'art. En Angleterre, des gravures d'objets en fer ont été données dans le Glossaire â? Architecture, et de grandes planches sur le même sujet se trouvent dans le splendide ouvrage de Digby Wyatt, intitulé '' Metal-Worh!' En France, des spécimens fort curieux ont été figurés dans les recueils consacrés à l'art du moyen-âge par MM. Gailhabaud, Victor Caillât, César Daly, Didron, De Caumont, Aymar Verdier, Ferdinand Séré, Viollet-le-Duc, etc. Tout récemment encore, le Magasin pittoresque a publié un excellent travail de M. Guénébault sur les heurtoirs ornés qui décorent les portes de plusieurs édifices, et des gravures parfaitement exécutées rehaussent l'intérêt du texte. Divers grands ouvrages, consacrés à la description de nos plus célèbres cathédrales, contiennent également d'importants renseignements, et il nous suffira de citer la Monographie de la Cathédrale de Nogon et la Statistique Monumentale de Paris. Partout l'esprit de recherche s'est porté de ce côté, et les archéologues signaient les objets de ferronnerie ornée qui dépendent des monuments par eux décrits. Dans la seule ville de Lyon, M. Martin a pu trouver les éléments d'une publication importante avec les débris d'ancienne menuiserie et de ferronnerie décorative qu'il a recueillis et dessinés dans les maisons, et ses dessins font voir quelles choses charmantes les serruriers savaient encore exécuter au XVIP. et même au XVIIP. siècle. L'impulsion est générale : les touristes anglais et français rivalisent ; armés du crayon, de la chambre noire, du tampon de mine de plomb ou du pain de cire à giberne, ils enrichissent leurs cartons des créations ingénieuses des vieux serruriers, et dessinent avec empressement, photographient ou estampent les pièces de fer ouvragées du moyen-âge et de la renaissance, encore attachées aux édifices de ces époques. La passion des amateurs, éveillée par la découverte des très curieux échantillons d'un art dont naguère on ne soupçonnait ni la richesse ni la fécondité, s'est portée de ce côté, et il n'est pas de collection publique ou particulière qui ne recèle quelque petit chef-d'œuvre en ce genre. Il nous suffira de citer, à Paris seulement, les collections justement fameuses du musée de
'^ Dessins pour le fer et le bronze dessinés jmr Auguste Pugin. Paris, Varin, 1844.
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l'hôtel de Cluny, du prince Soltycoff, de M. Carrand, de M. Sauvageot, et même celle du Conservatoire des arts et métiers, oii l'on voit notamment, avec diverses serrures intéressantes par leur mécanisme, une précieuse machine d'outillage exécutée pour l'infortuné roi Louis XVI, amateur très habile de l'art de travailler le fer.
L'industrie moderne commence également à s'inspirer de ces vieux modèles : les architectes sentent que notre quincaillerie actuelle dépare les menuiseries imitées du moyen-âge, et comprennent quelles ressources offrent à l'imagination d'un artiste le fer enroulé ou tordu, la tôle découpée ou emboutie, quelles mâles compositions peuvent être exécutées sous le marteau du forgeron, et quel caractère monumental il serait aisé d'obtenir à l'aide d'un métal si durable. L'imitation de la serrurerie gothique s'est produite avec succès à Paris à la porte extérieure de l'hôtel de Cluny, et dans la nouvelle sacristie de Notre-Dame, bâtie par MM. Lassus et Viollet-le-Duc. A l'exposition universelle de 1855 nous avons remarqué le modèle réduit des pentures destinées à la porte centrale de Notre-Dame de Paris, modèle exécuté à l'imitation des ferrures célèbres des portes latérales de la même église, par M. Boulanger, serrurier à la Chapelle-St. -Denis, sous la direction et d'après les dessins de M. Viollet-le-Duc. Dès 1844, M. Boulanger a exécuté de magnifiques pentures dans le même style pour l'église Sainte-Madeleine de Vezelai. D'autres essais de serrurerie ornée, tels que des grilles en style du XIIP. siècle pour les cathédrales de Bourges et de Troyes, des clefs et des ferrements de meubles dans le genre de la renaissance, attestent également que l'engouement pour la serrurerie plate et monotone en vogue depuis un demi-siècle, tend à se passer, et que le goût pubhc s'ennuie enfin de notre mesquine quincaillerie, sans saillie, sans reliefs, effacée ou perdue dans l'épaisseur du bois.
L'opportunité du volume dont nous terminons ici la préface n'est donc pas douteuse : il profitera à l'archéologie pure en faisant connaître une nombreuse série de monuments la plupart inédits et en conservant le souvenir de ceux dont l'existence serait menacée : il sera utile à l'industrie, à une époque oii l'emploi du fer devient plus grand que jamais, et où l'on commence à sentir la nécessité d'embellir par le dessin et de poétiser par la recherche de la forme, des objets qui jusqu'ici ne se recommandent que par leur utilité vulgaire et absolument matérielle.
Evreux, le 15 Mars 1856.