COUP D'ŒIL GENEEAL SUR L'HISTOIRE DE LA SERRURERIE
L'art de travailler le fer remonte à la plus haute antiquité. La Genèse nous apprend que sept siècles avant le déluge, Tubalcain connaissait déjà l'art du forgeron^. Un autre texte inspiré nous parle des serrures : " Quoniam confortavit seras portarum tuarum/' s'écriait David dans le Psaume 147. Il est question de clefs dans divers passages de l'Odyssée d'Homère. Mais ces origines antiques ne sont pas l'objet de ce travail, consacré plus particulièrement à l'époque du moyen-âge. Nous constaterons seulement que la serrurerie romaine parait avoir été limitée, comme celle de nos jours, à la satisfaction pure et simple des besoins matériels ; les ouvriers de l'antiquité fabriquaient les diverses pièces mécaniques utiles pour la fermeture et la sûreté des habitations, sans trop s'inquiéter de la beauté idéale de la forme et de la combinaison pittoresque des lignes. C'est qu'en effet toutes les branches de l'art sont solidaires, et l'architecture antique, avec ses lignes droites et sa symétrie un peu sèche, ne pouvait donner aux accessoires en fer l'importance qu'ils ont eue dans l'architecture plus fleurie du moyen-âge. Lorsque les Romains voulaient déployer quelque richesse dans ces détails, c'était au choix du métal plutôt qu'à sa configuration qu'ils s'adressaient, et le bronze remplaçait alors le fer. Cependant ils furent bien loin de la nudité affectée de la serrurerie du siècle présent, où l'application de quelques pièces en laiton forme d'ordinaire le seul enjolivement que se permettent nos ouvriers à la mode. On peut consulter au reste L'' Aperçu historique de la Serrurerie chez les Anciens^ que M. Charles Emy a publié en 1851, dans les "Mémoires de l'Académie de Metz."
Jusqu'au réveil de l'architecture et la rénovation de l'art, qui s'opérèrent après l'an mil, la serrurerie parait être restée dans la voie oii elle était à l'époque romaine. Mais sous la main des artistes créateurs des XP. et XI P. siècles elle entra dans une phase toute différente. En
a " Tubalcain, qui fuit malleator et faber in cuncta opéra aeris et ferri." — Genèse, ch. iv. vs. 23.
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même temps que les architectes romans trouvaient des formules nouvelles pour la construction, en même temps que les nationalités de l'Europe moderne se constituaient et que les langues néo-latines commençaient à se former, toutes les branches des arts subirent des transformations inconnues, et la serrurerie obéit à ce mouvement universel. L'imagination pleine de jeunesse et d'enthousiasme des générations d'alors ne laissa aucun objet sans chercher à Porner, à Pembellir, à le poétiser, et la ferveur religieuse de ces temps semble avoir voulu en quelque sorte spiritualiser la matière elle-même, en la divisant, en l'assouplissant, en la transformant sous l'outil de l'ouvrier, en la rendant parlante pour ainsi dire à l'aide du symbolisme, en la revêtant des formes variées que savaient imaginer des esprits à la fois pleins de force et d'ardeur. Alors, dans les grands édifices religieux qui s'élevaient de toutes parts, les pièces de fer, hardiment travaillées au marteau, non-seulement accusèrent franchement leur nature ou leur emploi au lieu de se dissimuler sous des enduits ou des revêtements mensongers, mais encore reployées en lignes harmonieuses, enrichies de fleurons et d'élégants feuillages, elles ofîrirent souvent une signification allégorique. A St. -Germer, à Conques, à St. -Quentin, à la cathédrale de Strasbourg et dans maints autres endroits, les entrecolonnements du chœur furent garnis de grilles à jour, tandis que sur les vantaux ou battants des portes des églises d'Angers, du Puy, de Pontigny, de Willincale, de Radford Abbey, de Notre-Dame de Châlons-sur-Marne, etc., s'épanouirent en enroulements variés des pentures et des armatures vigoureuses.
Cet art nouveau et si plein de sève se développa et se perpétua pendant tout le moyen-âge et fournit encore de superbes productions deux cents ans après l'époque on le retour aux idées artistiques de l'antiquité tarit la source de l'inspiration gothique. Au XIIP. siècle, les ferrures fameuses des portes de Notre-Dame de Paris, celles des vantaux de la cathédrale de Rouen, de la collégiale de Mantes et d'un grand nombre d'autres églises continuèrent la tradition du siècle précédent. Dans l'âge suivant, l'usage de couvrir de sculptures la face extérieure des battants des portes changea le système adopté, mais on vit apparaître des serrures, des heurtoirs et des grilles de la plus grande richesse. La ferronnerie ornée produisit également des grillages précieusement travaillés pour l'architecture domestique. Au XV^ siècle, l'art du serrurier distribua en compartiments flamboyants le fer forgé et la tôle découpée à l'emporte-pièce. On exécuta l'armature curieuse du
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trésor de la cathédrale d'Evreux, les appareils de luminaire funèbre que l'on remarque encore dans la cathédrale et dans l'église Ste.-Colombe de Cologne, le luminaire non moins singulier de Neuss, l'extraordinaire chapelle ardente de Nonnburg, près de Salzburg, les couronnes de lumière pédiculées de Tournay, d'Ypres et de Lierre, publiées par M. Gailhabaud, de nombreux lutrins mobiles en fer tordu et contourné, des armatures très ornées pour soulever le couvercle des fonts baptismaux, des croix pour les clochers et les calvaires, des heurtoirs, des poignées et des serrures vraiment magnifiques pour les églises, les maisons et les meubles. Le XVP. siècle produisit des objets de serrurerie non moins recherchés, notamment pour les châteaux d'Ecouen et d'Anet. Enfin, sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, l'art de travailler le fer, bien que modifié par des modes nouvelles, produisit encore des ouvrages fort vantés alors et qui seront toujours dignes d'être remarqués. Il y a de cette époque des marteaux de porte artistement composés et exécutés, et dans cette rapide revue historique, nous ne pouvions passer sous silence les belles grilles rehaussées de tôles embouties et souvent dorées qui furent placées comme clôtures dans les plus riches églises ou qui enrichirent l'abord des châteaux. Les rampes d'escalier en fer somptueusement contournées et les balcons du même goût furent aussi en grande vogue et devinrent une partie nécessaire de la décoration des habitations luxueuses. N'oublions pas non plus les armatures de puits en fer forgé, dont il existe des échantillons charmants depuis le XV^ siècle jusqu'au XVIIP., notamment à Troyes en Champagne, et à Chièvres en Belgique, ni les potences en fer travaillé et contourné avec recherche auxquelles on suspendit les enseignes des hôtelleries.
La plupart des corporations oii L'on travaillait les métaux avaient pour patron S. Eloi, le célèbre orfèvre des temps mérovingiens. Sous S. Louis, le "livre des Métiers" d'Etienne Boileau, pubUé par M. Depping, nous donne quelques détails sur l'état de ces corporations, détails que Ton pourrait compléter, pour les époques postérieures, à l'aide du Recueil des ordonnances des rois de France '^. Dans le titre xv du
^ Voyez aussi sur l'histoire et les statuts de la riers de Paris ont été révisés trois fois ; d'abord
corporation des serruriers le Dictionnaire uni- par un règlement du prévôt des marchands,
versel de Commerce de Savary, Paris, 1768, donné le 21 Mars 1392 ; ensuite en 1543, et en-
3 vol. in- fol. v". Serruriers et surtout le Traité de fin en 1650, par un long règlement, enregistré au
la Police de Lamare, t. iv., p. 96 et suiv. Parlement le 27 Janvier 1652.
Depuis le XIII'. siècle les statuts des serru-
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livre d'Estienne Boileau, il est question à la fois '* des fèvres, marissaux, veilliers, greifiers et haumiers," que Ton distingue des " grossiers" ou taillandiers. Les greifiers forgeaient des " greffes" ou fermetures en fer. Au sujet de cette corporation, Etienne Boileau disait : " Li Rois a doné à son mestre marischal ce mestier et la justice du mestier, tant corne il li plera."
Les " fèvres couteliers" et les " feiseurs de claus pour attachier boucles, mordans et membres sur corroie" formaient une corporation distincte. Au titre xviii, intitulé " des serreuriers de Paris et de l'ordenance de leur mestier," on trouve les noms de deux des gardes de la corporation : '' Pour ce mestier garder sont establi par les preudes homes du mestier Hanri de Saint-Michel et Thomas de Clarevax pour garder la droiture lou Roy et la droitm^e du mestier." Quant aux petites serrures de meubles, elles étaient Toeuvre d'une corporation à part, celle des " boîtiers, faiseurs de serrures à boites. — Il puet estre serreuriers de laiton a boites, a escrins et a henapiers, a tables et a cofres qui veut, pour (tant) qu'il sache fére le mestier, et il ait de coy." {Livre des mestier s, titre xix.)
Ces ouvriers habitaient souvent dans une même rue, et avaient ainsi un quartier à part, suivant l'usage ordinaire des corps de métiers du moyen-âge. Dans beaucoup de nos anciennes villes, à Lisieux, à Evreux, etc., on trouve encore une rue qui garde le nom de " rue aux fèvres." A Paris, il y a la rue de la Ferronnerie.
Vers 1697, Louis XIV ayant fait délivrer par le généalogiste d'Hozier des armoiries aux corporations, les corps de métiers qui travaillaient le fer reçurent, dans la plupart des villes de France, un blason en règle. Voici comme exemple les trois blasons des ferronniers, des maréchaux et des serruriers dans la ville de Pont-Audemer en Normandie : les ferronniers de cette ville portèrent comme armes, d'argent, à une autruche de gueules^, tenant en son bec wi fer de cheval, de même ; les maréchaux, d'' argent^ à une butte de sable posée en pal, ascostée de deux fers de cheval, de gueules ; et les serruriers reçurent comme blason, de sable à une clef d^ argent, p)Osée en pal, A Laval, dans le Maine, les maréchaux avaient pour armes, de gueules à une enclume d'' argent, accompagnée de 3 boulons de même.
La manière dont les ouvriers des diverses professions oii l'on travaille le fer se groupaient pour formef des corporations ou des confréries,
* L'autruche passait pour digérer le fer, même chauffé au rouge.
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variait suivant Timportance des villes et les usages des localités. Les attributions de chaque métier, bien que fixées par un règlement, n'étaient pas les mêmes partout, et l'armoriai manuscrit de d'Hozier, conservé à Paris dans la bibliothèque de la rue Richelieu, fournit à ce sujet de curieuses indications. Ainsi à Bayeux, à Lisieux et à Bernay, les serruriers et les arquebusiers ne formaient qu'une seule corporation, tandis qu'à Argentan, les serruriers étaient unis aux maréchaux. A Bayeux et à Lisieux, les maréchaux faisaient corps de métier à part ; mais à Séez, où les serruriers constituaient une corporation indépendante, les maréchaux étaient groupés avec les chandeliers et quincailKers. A Saint-Lô, au contraire, les serruriers se confondaient avec les selliers et les vitriers. Voici du reste les armoiries de ces corps de métiers délivrées par d'Hozier dans les généralités de Caen et d'Alençon.
La communauté des serruriers de la ville de Caen : d? argent à une clef de sable posée en pal, Vanneau en haut lié de gueules. La communauté des maréchaux de la même ville : de gueules à une bute d'' argent posée en pal, accostée de deux fers de cheval de même.
Le môme écusson, sauf la différence des couleurs, est attribué aux maréchaux d'Avranches, qui portent d^ argent à une bute de sable en pal, accostée de deux fers de cheval de même, et à ceux de Vire, dont les armoiries sont d''or à une bute de sable en pal, accostée de deux fers de cheval du même. A Orbec, Técusson des maréchaux était identique à celui de leurs confrères d'Avranches, et à Lisieux, leur blason était encore le même, si ce n'est que les deux fers de cheval étaient de gueules.
Les maréchaux de Bayeux avaient des armoiries plus distinctes : ils portaient de sinople à un marc d'^argent. Ceux de St.-Lô avaient l'écusson d^azur à deux fers de cheval d^ argent posés enfasce, et ceux de Cherbourg de gueules à un boutoir de maréchal d^or,
La communauté des maîtres serruriers et arquebusiers de Bayeux s'armait de gueules à un ciboire d^or, probablement parce qu'elle se livrait aussi au travail des métaux précieux. Les serruriers et arquebusiers de Bernay portaient de sable à un maillet d'' argent, emmanché d''or, adextré d^uîie clef d'argent et senestré d'^un canon d'' arquebuse de même, le tout en pal. C'était probablement une imitation du blason de la communauté des serruriers et arquebusiers de la ville de Lisieux, qui se composait des mêmes pièces, disposées de la même façon, avec cette seule différence que la clef était dhr et que le maillet d'argent emmanché d'or était remplacé par un marteau d'or.
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Les serruriers de Séez portaient â? argent à une clef de sable posée en pal. La communauté des maréchaux, chandeliers et quincaiUiers de la même ville avait un écusson plus compliqué : de sable à un flambeau d'' argent allumé de gueules adextré d'un fer de cheval d'or et senestré d^une boëte couverte de même.
A Argentan, les maréchaux et serruriers jouissaient d'un écusson d'or à un marteau de gueules adextré d^un fer de cheval de sable et senestré d'une clef d'argent.
A St-Lô, le blason de la communauté des maréchaux était d'^azur à deux fers de cheval d^ argent posés enfasce, tandis que celui de la communauté des maîtres selliers, serruriers et vitriers était d'or à une clef de sable posée en bande, le panneton en bas.
Quant à Valognes, nous ne trouvons pour cette ville qu'une seule confrérie de St-Eloi, qui portait d'azur au marteau d'or.
Nous ne pousserons pas plus loin ces indications héraldiques, dont le tableau complet pour les diverses provinces nous entraînerait au delà des limites et de l'objet de cet ouvrage, car ce n'est pas en France seulement que les corporations étaient en possession d'un blason. A Cologne, l'écusson des Bchnid, forgerons, meublé d'un marteau et de tenailles en sautoir avec une couleuvre en pal, figurait au rang des blasons des plus puissantes corporations de cette ville célèbre.
Les Ironmongers de Londres furent la première corporation qui ait reçu des armoiries, en 1435. La première aussi elle reçut des supports en 1560; car les corporations anglaises ont des supports, quoique en Angleterre leur usage soit très restreint. Ils ont même des cimiers sur leurs armoiries qui étaient trois porte-mousquetons {swivels) sur un chevron : le central en fasce, celui de droite en barre et celui de -gauche en bande: {Glossaire héraldique de M. Parker).
En Normandie, la fabrication du fer avait donné naissance à une corporation puissante, celle des ferons, à la tête desquels étaient six barons des plus notables de la province, que l'on appelait "barons fossiers" à cause des fosses à minerai qu'ils avaient le droit d'ouvrir sur leurs terres. Trois de ces barons étaient ecclésiastiques : savoir les abbés de Lyre, de St.-Evroult et de St.-Wandrille ; et trois laïcs, les barons de Eerrières, de la Eerté-Eresnel, et de Chaumont, dans le comté de Gacé. Le siège de la corporation, qui contenait un nombre considérables d'ouvriers, était à Glos-la-Eerrière, bourg du pays d'Ouche entre Lyre et la Eerté-Fresnel, et voisin des villes de Laigle et de Rugles, où
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le travail des métaux florit encore de nos jours. Les ferrons choisissaient chaque année, en se réunissant dans la chapelle de la maladrerie de Glos, un juge électif, qui connaissait du fait de la ferronnerie, et des poids et naesures employés à peser le travail du fer et à mesurer le minerai et le charbon. Cette juridiction spéciale a subsisté jusqu'en 1789. Comme les forges sont très répandues dans la portion de l'évêché d'Evreux que l'on appelle le pays d'Ouche,. plusieurs seigneurs de cette contrée s'étaient attribué le titre de barons fessiers, en outre des six barons de l'institution primitive.
On trouve dans les " Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie" (tome xix), un travail où M. de For me ville fait connaître cette curieuse corporation des ferrons, sur laquelle nous n'insistons pas parce que, bien qu'elle comprît non seulement les maîtres et les ouvriers des grosses forges, fonderies et martinets, mais encore les serruriers, maréchaux, taillandiers ou blanchœuvres, arquebusiers, horlogers en grosse œuvre, cloutiers, etc., le travail principal de la majorité des ferrons était la fabrication du fer et de la quincaillerie plutôt que l'exécution d'ouvrages ornés. Or, notre travail a pour but de faire connaître le parti que les artistes du moyen-âge ont tiré de l'emploi du fer, comme ornementation et comme dépendance de l'architecture : nous devons donc laisser de côté ce qui concerne seulement l'histoire du fer et des industries métallurgiques, histoire sur laquelle M. Gailhabaud a publié un mémoire fort étendu, à l'occasion des vantaux de portes à ferrures ornées des églises de Willincale, du Puy, etc.
On ignore quels furent les auteurs de la plupart des beaux ouvrages de serrurerie du moyen-âge. M. de la Borderie, en classant les archives ducales de Bretagne, à Nantes, a récemment retrouvé le nom de Pierre le Bordiec, fèvre ou faivre, c'est-à-dire forgeron, qui fit la grille du tombeau de Jean 11 ou Arthur II, à PloërmeF.
On attribue à Quentin Matsys le grillage en fer du tombeau du roi Edouard IV, dans la chapelle de Saint-George à Windsor, qui est un magnifique exemple des anciens ouvrages forgés^. Cette superbe grille a été figurée par Digby Wyatt dans sa publication intitulée Metal-Work.
Certains ouvrages de serrurerie atteignaient souvent une valeur considérable et s'ofiraient en présent. Voici à ce sujet un document tiré des
' Annuaire, de V Institut des Provinces de France, au tewps actuel d'après le texte anglais de
t. viii. (1856), page 274. A.W. Pugin, par T. H. King, et traduit en FraTiçais
s Les vrais principes de V architecture ogivale ou par P. Lebrocqny, (Bruges, 1850,) p. 42. chré'ienne avec des remarques sur leur renaissance
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archives de l'hôtel de ville d'Evreux, qui fait connaître en même temps le nom d'un serrurier habile du commencement du XVP. siècle, Jehan de Senlis. En 1519, la commune d'Evreux fit payer "à la veufve de defiPunct Jehan de Senlis la somme de vingt livres pour une serrure belle et magnifique, d'elle achaté et, par la délibération de noble et puissant S^ Mons'". notre baillj (Adrien de Hangest) et cappitaine et des officiers de lad. ville, bourgois, manans et habitans, donnée et présentée à noble et puissant S''. Mons^ Bosthier, général de Normandie, ainsi qu'il passait par ceste d. ville à son retour des estatz derreinement tenuz à Rouen^."
Ce Jean de Senlis est encore mentionné dans les comptes de la maison de Tancarville pour plusieurs travaux de son métier'.
Le nombre des livres sur la serrurerie est assez peu considérable, et le côté historique et surtout artistique et pittoresque y a été fort négligé.
L'ouvrage le plus ancien et le plus précieux en cette matière est assurément celui de Mathurin Jousse, publié en 1627, à la Elèche en Anjou, sous le titre de " la Eidelle ouverture de l'art de serrurier, où l'on void les principaux préceptes, desseings et figures touchant les expériences et opérations manuelles du dict art, ensemble un petit traicté des diverses trempes." Ce volume in-folio mince, devenu rare et recherché, contient soixante-cinq planches en taille-douce, et l'auteur a eu le bon goût de ne pas se borner à y représenter les outils et les procédés du métier ; il a au contraire figuré en grand nombre des pièces ornementées encore à la mode de son temps, telles que clefs ornées, entrées de serrure, heurtoirs, etc. Malheureusement cet exemple n'a point été suivi par ceux qui ont écrit après lui sur l'art de la serrurerie ; car les auteurs plus modernes, dans leur sec dédain pour les ornements, n'ont en général abordé dans leurs écrits que les opérations purement techniques et matérielles du métier.
L'm-folio de Duhamel du Monceau sur l'art du serrurier, traité considérable publié en 1767, n'ofî"re en effet que peu d'intérêt pour l'artiste et l'antiquaire, ainsi que l'ouvrage publié par Bottermann en 1781.
Au seizième siècle, Androuet du Cerceau grava 20 planches de dessins de menue serrurerie, clefs, poignées, cachets et ornements divers.
' Alph. Chassant, Des joyeuses coutumes obser- etc., dans la ville d'Evreux, p. 14. vées aux entrées et réceptions des baillis, gouverneurs, ' Deville, Histoire du château de Tancarville.
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Les cadenas à combinaisons fixèrent la curiosité à la même époque. Il en est question pour la première fois dans un livre intitulé Logistica, publié à Lyon en 1559 par un chanoine régulier appelé Jean Butéa. Jérôme Cardan s'en occupa à son tour dans son traité de Subtilitate, qui parut à Baie en 1607. — Laurent Molin, archidiacre d'Upsal, écrivit en 1684 une dissertation de Clavibus veterum.
N'oublions pas non plus d'indiquer, pour une époque plus moderne que celles auquelles notre travail est particuhèrement consacré, un recueil de 19 gravures in-foL, intitulé " Nouveau Livre de serrurerie, contenant toutes sortes de grilles d'un goût nouveau, propres pour les chœurs d'église, portes de vestibules, de péristiles et de jardins, tant pour les maisons royales que pour celles des seigneurs et particuliers . . . par Louis Fordrin." — Paris, G. Duchange, vers 1723.
Dans le même temps, Jean Lamour, serrurier ordinaire de Stanislas, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, exécuta des grilles magnifiques dans la ville de Nancy. Les balcons, les rampes d'escalier, les rinceaux, pilastres, etc., imaginés par cet habile ouvrier que le Roi Stanislas honora d'une estime toute particulière, sont encore comptés au nombre des monuments qui ornent l'ancienne capitale de la Lorraine. Les graveurs Colin et Nicole reproduisirent ces chefs-d'œuvre en 1767, et l'on publie en ce moment à Nancy une nouvelle édition de ce recueil que sa rareté rendait inabordable pour les artistes.
Lorsqu'on considère en eff'et la serrurerie au point de vue de la forme et de l'ornementation, les ouvrages à figures présentent un intérêt particulier, et les dessins seulement peuvent donner une idée exacte, que des descriptions, quelques précises qu'elles soient, ne pourraient fournir. Aussi notre volume, purement archéologique, consiste-t-il surtout en figures, accompagnées de brèves explications pour indiquer la provenance des objets représentés, et pour mettre en lumière les caractères d'époque et les faits que l'inspection seule des dessins ne suggérerait pas au lecteur.