‹ Serrurerie du moyen-âgeChapitre 35 sur 52 · VERROUX ET SERRURES. PLANCHE XXVI, XXVII, ET XXVIII · texte numérisé non relu

VERROUX ET SERRURES. PLANCHE XXVI, XXVII, ET XXVIII

le réseau était produit par l'épaisseur différente de plaques percées et placées les unes sur les autres. — Les feuilles et les crochets n'étaient pas sculptés ou modelés et puis coulés^ mais taillés dans une même plaque de métal, et plies et tordus avec des tenailles : les lignes des tiges y étaient gravées ou soudées. Par ces simples procédés, on produisait toute la légèreté, la grâce, la finesse de la végétation réelle à des frais beaucoup moindres que le lourd et plat feuillage que Ton est dans l'usage de couler et de ciseler aujourd'hui. On doit également remarquer que tout ce qui servait à fermer on à unir les ouvrages en fer, était toujours mis en évidence et ornementée" On voit aux grilles de menuiserie des chapelles de la cathédrale d'Evreux plusieurs échantillons de serrurerie du même style.

La planche 28 représente une pièce de tôle découpée et une serrure de coffre, dont la fermeture n'est pas ordinaire. Ces deux ouvrages, tout en offrant les caractères bien accusés du gothique flamboyant, ont du moins une physionomie qui les distingue d'objets exécutés en bois ou en pierre : on sent, à l'aspect seul du dessin, qu'il s'agit d'une œuvre de l'art du serrurier, et que tous ces ornements doivent être en fer. Voyez une autre serrure figurée planche 39.

' Les vrais principes de l* architecture ogivale de W. Pugin, par Kîng, et traduits par Lebrocquy, ou chrétienne développés d'après le texte anglais p. 40.

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ABBAIE DE WESTMINSTER,

CHAP. IV.— HEURTOIRS, POIGNEES, ANNEAUX, &c.

Nous voici arrivés à traiter des divers accessoires qui trouvent leur place sur la face extérieur du vantail. On trouvera sur les planches suivantes un bon nombre d'entrées de serrures et de plaques décorées, et une série variée de heurtoirs % marteaux, anneaux, poignées, boucles et autres pièces servant soit à attirer la porte pour la fermer, soit à produire du bruit pour avertir les habitants de la maison et s'en faire ouvrir l'entrée.

Aucune partie de la serrurerie n'a fourni un plus large thème à l'imagination des ouvriers désireux d'inventer quelque chose de nouveau. M. de la Querière, dans ^d, Description historique des maisons de Bouen^, constatait déjà la recherche avec laquelle beaucoup de ces objets avaient été exécutés, et la bizarrerie de plusieurs : —

" Les uns offrent, dit-il une tige de fer droite, ou légèrement arquée, courbée à angle droit à l'extrémité destinée à frapper sur une grosse tête de clou : cette tige .... est quelquefois recourbée en S, ou bien encore, elle est toute droite, en forme de poire très allongée. Les autres consistent dans une poignée faite d'une branche de fer carrée et tordue, dans laquelle un anneau est passé ; cet anneau étant glissé rapidement sur les carnes de la poignée, produit un bruit criard. D'autrefois le heurtoir sert en même temps de poignée pour amener à soi la porte. Il présente un anneau tout-à-fait circulaire ou d'une forme triangulaire, arrondie en cœur renversé, dans la partie qui sert à frapper.

" Sous Louis XIII, les heurtoirs sont de gros anneaux plus larges que hauts, fixés aux portes, dans leur partie supérieure, comme ceux que nous venons de décrire, ayant au centre de la partie inférieure comme un bouton qui vient s'appliquer sur une grosse tête de clou, quand cet instrument est mis en mouvement."

Tous ces systèmes de marteaux, de heurtoirs et d'anneaux sont encore en usage, soit pour les portes cochères, soit pour les simples portes bâtardes : le seul moyen d'annoncer la venue d'un visiteur, qui soit tout-à-fait tombé en désuétude, est cette " poignée faite d'une branche de fer carrée et tordue, dans laquelle un anneau est passé," dont vient

* Heurtoir, grec, Kopwi'Tj, (corneille ou couronne : llamador ; allemand, thurklopfer, klopfer ; anglais,

nous avons vu des heurtoirs en forme d'oiseau, knocker ; hollandais, klopper.

d'autres sont en anneau,) patcrTijp; latin, mar- ^ Tome ii., Introduction, -p. 93. culus; ital., battltojo, martello ; espagnol, aWaôa,

de parler M. de la Querière. Ce singulier instrument avait frappé aussi l'attention de Sir Walter Scott qui en fait mention ainsi dans ses Chroniques de. la Canongate : "La porte, en chêne noir, était garnie de gros clous à tête ronde, et un morceau de fer nommé rasp, y était attaché, au lieu de marteau''/'

L'ingénieux ouvrage de M. R. Charabers sur les traditions d'Edimbourg, donne les détails suivants sur le rasp ou risp maintenant oublié :

" Cette maison a un pin ou rasp qui remplace l'invention plus moderne du marteau. Le pin, rendu intéressant par le rôle qu'il joue dans les ballades écossaises, est formé d'une petite baguette de fer tortillée, placée perpendiculairement un peu en saillie de la porte, et soutenant un anneau de même métal, que celui qui veut entrer fait mouvoir avec rapidité du haut en bas de la nicks ou baguette, de manière à produire du bruit. Quelquefois ce fer était simplement mis en travers de l'espèce de vasistas appelé vizzying qui sert au portier pour reconnaître l'individu qui se présente ; dans ce cas, il remplissait aussi l'office de barres de sûreté. Ces rasps sont tombés en désuétude depuis environ soixante-dix ans, époque oii les marteaux furent généralement adoptés comme plus commodes. Mais ceux-ci ne restèrent pas longtemps en vogue, quoiqu'ils n'aient jamais été tout-à-fait détrônés, même par les sonnettes, dans la vieille ville. Le mérite comparatif des marteaux et des pins fut longtemps un sujet de discussions."

Ces râpes n'ont pas été en vogue seulement en Ecosse. Avant l'adoption des sonnettes, elles étaient aussi usitées en France, concurrement avec les heurtoirs : on les appelait racles ou rdcloirs. Au siècle dernier, les auteurs du Dictionnaire de Trévoux, disaient : "on mettoit autrefois des râcloirs aux portes, au lieu de marteaux, pour heurter'^." Aujourd'hui il y en a encore à plusieurs maisons du midi de la France, oi^i on les nomme rassaires. J'en ai vu un à Caen, à la grand porte d'un manoir de la renaissance, bien connu des curieux sous le nom de manoir des gendarmes, et il y en a également à l'entrée de deux ou trois autres vieilles maisons. Ces débris d'un autre âge sont plus communs au Mans et à Rouen, oii nous en avons souvent remarqué à rimis de maisons des Xy^ et XVP. siècle, mais ils disparaîtront bientôt tous. En Normandie, ce procédé d'appel ne parait pas être resté en vogue au de là fin du XVP. siècle. A Rouen, on peut encore remarquer quelque variété dans l'arrangement de ces poignées-râcloirs. En général

•= Chroniques de la Canongate, ch. vi. ^ Dictionn. de Trévoux, v°. Râcloir.

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Serrurerie.Pl. XXVJII .

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