CHAP. V.— FERREMENTS SYMBOLIQUES
Nots sommes bientôt au terme de notre tâche. Il ne nous reste plus à parler que de quelques ferrements singuliers, mais sans usage direct, qui ont été parfois appliqués à la surface de certaines portes, soit dans un but de pure ornementation, soit dans une pensée allégorique. C'est ainsi que des fers à cheval cloués sur la face extérieure de la porte de certaines églises, sont des monuments du culte de Saint- Martin. Jadis un des battants de la porte de l'église S.-Séverin, à Paris, où S. Martin avait une chapelle, était couvert de fers à cheval. S. Martin était le patron des cavaliers et on invoquait son assistance lorsque Ton entreprenait un long voyage. Avant de se mettre en route, on allait clouer un fer à cheval à la porte de l'abbaye de S. -Martin ou à celle de l'église de S.-Séverin, et l'on partait plus rassuré contre les périls et les hasards qui menaçaient les voyageurs.
Cette pratique singulière a laissé des traces sur les portes de plusieurs églises de Normandie. La porte de l'église de Saint-Martin de Bros ville près d'Evreux a été recouverte ainsi de fers à cheval. M. l'abbé Cochet signale un usage analogue à S.-Martin-l'Ortier, près de Neufchâtel en Normandie ^. Les bons paysans de la vallée de Bray vont encore clouer des fers à cheval contre la porte de cette église dédiée au patron de la cavalerie ^.
On voit sur la porte de l'église d'Eturqueraie près de Pont-Audemer, des fers de ce genre qui ont été exécutés avec recherche et distribués d'une manière symétrique : ces fers, trop petits pour le pied d'un cheval, avaient évidemment été faits exprès pour décorer la porte de cette église, également dédiée à S. Martin.
M. A. Darcel a signalé de grandes croix de fer ancrées clouées sur la porte de l'église de Soulan, sur l'extrême frontière d'Espagne, et sur celle de l'église de Cabous. Il parait que ces croix étaient le
* Le même usage se trouve très fréquemment ^ L'abbé Cochet, Eglises de r arrondissement
en Angleterre, et Hans Andersen en fait mention d'Yvetot, tome ii. p. 186. comme d'un usage populaire en Danemarck.