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CHAPITRE Il

L'ANTITOXINE TÉTANIQUE

IMMUNISATION

Dès que la nature microbienne du tétanos fut établie, on chercha naturellement les moyens de prévenir la maladie en conférant l’immunité aux animaux. Les moyens connus jusqu’alors étaient rendus insuffisants par la présence dans les cultures de la toxine dont nous venons de parler. Il fallait trouver autre chose; il fallait avant tout agir sur la toxine.

En décembre 1890, Behring et Kitosato (21 et 22) annoncaient qu'ils étaient parvenus à conférer l’immunité au lapin, contre le tétanos, par inoculation de cultures en bouillon, suivies d’injections de trichlorure d’iode. « La méthode de ces auteurs ne donnait l’immunité qu'à 40 % des animaux, et la grande mortalité qu’elle entraînait exigeait la recherche de méthodes plus parfaites, reposant sur des bases pratiques. »

En juin 1891, Vaillard (23) se servit de la toxine elle-même chauffée vers 60°. « A trois jours d'intervalle, on injecte dans une veine de l'oreille d’un lapin deux doses de 10° d’une culture filtrée et chauffée pendant une heure à 60°. Cinq jours après, on injecte 10° de la même culture, mais chauffée pendant une heure à 55°, enfin, après un nouveau délaidecinq jours, 10“dela culture chauffée une heure à 50°. » Puis on renforce l’état réfractaire en injectant dans les veines de l’animal, tous les huit ou dix jours, des quantités croissantes de cultures filtrées et non chauffées, c’est-à-dire douées de toute leur toxicité. On obtenait ainsi une immunité durable.

Brieger, Kitasato et Wassermann (24) utilisèrent la curieuse propriété que possède l’extrait de thymus de modifier la toxine

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pour la rendre vaccinante, et ils réussirent à immuniser des lapins et des souris en leur injectant des cultures tétaniques filtrées, préalablement mélangées à de la macération de thymus.

Mais le procédé le plus simple et le plus pratique consiste à employer la toxine modifiée par l’iode, procédé indiqué par E. Roux (25) dans son discours sur l’Immunité au Congrès de Londres. « L’iode, à faible dose, neutralise ou modifie instantanément le poison tétanique. Si, à 0,5 d’une culture filtrée dont 1/6000 de centimètres cubes suffit pour tuer un cobaye adulte, on ajoute un égal volume d’eau iodée à 1/500, on peut, immédiatement après, injecter latotalité du mélange sous la peau d’un jeune cobaye sans déterminer le moindre symptôme tétanique. De même, aucun accident ne succède à l'injection dans les veines du lapin de quantités relativement grandes de cultures filtrées, additionnées d’eau iodée. Après quelques injections de ce genre, comportant des doses croissantes de culture, les animaux acquièrent l’immunité ‘. »

Enfin, signalons, pour terminer,une méthoded’immunisation due à Vaillard (26) et qu’on pourrait appeler vaccination microbienne. Elle consiste à inoculer dans le tissu conjonctif de la queue ou du tronc du lapin des quantités très faibles de cultures non atténuées de bacille tétanique, additionnées d'acide lactique. Cette méthode ne peut être employée que chez des animaux relativement peu sensibles au virus tétanique, tels que le lapin; elle devient dangereuse et plus difficile chez le rat et chez le cobaye.

Propriétés antitoxiques du Sérum.

Mais tous ces procédés d’immunisation n'auraient vraisemblablement pas trouvé d'application dans la pratique sans l'importante découverte de Behring et Kitasato.

En même temps qu’à l’aide du trichlorure d’ iode, Behring et Kitasato (27) rendaient les lapins réfractaires au tétanos, ils constataient que le sang des animaux, ainsi immunisés, jouissaient de la propriété de détruire la toxine tétanique.

4 VazcarD. Sur quelques points concernant l’immunité contre le Hrons (Annales de l’Institut Pasteur 1892, p. 226).

Pi

IMMUNISATION 4

Cette découverte, d’une importance capitale, est l'origine de la Sérothérapie.

Le sang d'un lapin vacciné contre le tétanos injecté à des souris à la dose de 0,2 à 0,5, dans la cavité péritonéale, les protégeait contre une dose sûrement mortelle de culture virulente.

Au lieu de se servir du sang lui-même, ils le laissèrent se coaguler spontanément et se servirent du sérum, qui leur donna les mêmes résultats.

Bien mieux, en ajoutant ce sérum à une culture filtrée de bacille tétanique, ils constatèrent que le mélange était devenu inoffensif pour les souris; la toxine avait été comme détruite par le sérum du lapin vacciné.

De l’ensemble de leurs expériences, Behring et Kitasato tirèrent les conclusions suivantes :

« Le sang d’un animal réfractaire au tétanos est capable de détruire les toxines du tétanos.

« Il possède cette propriété, même en dehors des vaisseaux ; c'est dans le sérum qu’elle réside et non dans les éléments figurés du sang.

« Cette propriété est si durable qu’elle persiste même après la transfusion dans l’organisme d’autres animaux; de sorte que l’on peut obtenir des effets thérapeutiques remarquables en injectant le sérum en question.

« Cette propriété manque dans le sang d'animaux non réfractaires. »

Une nouvelle méthode d’immunisation était créée. L'animal qui avait reçu le sérum d’un autre sujet vacciné devenait luimême réfractaire, non seulement au virus vivant, mais aussi à sa toxine. On reconnut bientôt que cette immunité acquise, pour ainsi dire instantanément, sans réaction de l'organisme, était passagère. Au bout d’un temps assez court, elle disparaissait. On ne pouvait donc la comparer à celle qui étaitobtenue par Yinoculation de virus vivant ou atténué, immunité plus longue à acquérir, mais aussi plus solide et qu'on désigne sous le nom d’immunité active. |

L'expérience démontre aussi que la propriété que possède le

sérum d’un animal immunisé, de détruire la toxine tétanique, est une propriété pour ainsi dire artificielle. Le sérum d’un

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animal naturellement réfractaire n’est pas antitoxique, il ne le devient qu'après injection de toxine tétanique. Tel est le cas de la poule. La poule est naturellement réfractaire au tétanos, et son sang n’exerce aucune action sur la toxine tétanique. Mais, si on lui injecte dans le péritoine 30 à 40 centigrammes de toxine tétanique, celle-ci, après avoir circulé dans les vaisseaux pendant plusieurs jours, disparaît peu à peu, et au bout de quatorze jours, le sérum de la poule manifeste un énergique pouvoir antitoxique.

Bien plus, le sérum d’un animal vacciné peut servir de culture au bacille spécifique ou à ses spores sans que eur virulence en soit atténuée.

On est donc arrivé ainsi à la conception d’une substance chimique antitoxique, créée sous l’influence de la toxine et à laquelle on à donné par opposition le nom d’antitoxine, quoique l’on ne sache presquerien sur sanature. Cette antitoxine s’accumule dans le sang des animaux vaccinés en raison de la quantité de toxine qu'ils reçoivent et, comme, au moment de la découverte de Behring, on était déjà arrivé à obtenir des toxines d’une activité considérable, on parvint rapidement à créer des sérüms d’un pouvoir antitoxique très puissant.

On s'adressa d’abord aux animaux de laboratoire, lapins et chiens; mais la quantité de sérum qu’ils peuvent fournir est toujours faible, et on ne peut, sans danger, les soumettre à des saignées fréquentes; aussi eut-on recours bientôt au cheval qui peut donner des quantités relativement considérables de sérum sans en être incommodé.

Nous avons énuméré plus haut les divers procédés employés pour conférer l’immunité; tous sont applicables au cheval, mais c’est surtout aux toxines iodées qu’on s’adresse de préférence. En Allemagne, Behring emploie la toxine mélangée au trichlorure d’iode; en France, Roux et Vaillard remplacent le trichlorure d’iode par la solution iodo-iodurée de Gram.

Sans entrer, pour l’instant, dans des détails de technique que l’on trouvera exposés plus loin, nous dirons que le procédé général consiste à inoculer d’abord à l’animal une dose de toxine mélangée d’une quantité de solution iodée suffisante pour la rendre inoffensive.

Quelques jours après, on répète cette injection en diminuant

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la quantité d’iode, et on continue ainsi de manière à arriver graduellement à inoculer de la toxine pure. À partir de ce moment, l'animal peut supporter des doses croissantes de toxine, et son sang acquiert un pouvoir antitoxique qui va en augmentant et peut atteindre un degré qui dépasse l’imagination. C’est ainsi que le sérum livré par l’Institut Pasteur est actif au milliardième, c’est-à-dire qu'il suffit d’injecter à une souris une quantité de ce sérum égale à 1/1,000,000,000 de son poids pour la préserver contre la dose mortelle de toxine.

Un cheval ainsi traité conserve son immunité pendant longtemps (plus de deux ans); mais le pouvoir antitoxique de son sang baisse dès qu’on interrompt les injections de toxine. Il faut donc renouveler celles-ci de temps en temps pour maintenir le sérum actif.

Action du sérum antitétanique.

Le sérum antitétanique, ainsi que l’avaient vu Behring et Kitasalo, exerce son action aussi bien 2x wtro que dans l’organisme. Mélangé à la toxine, il la rend inoffensive; inoculé à un animal, il le protège contre le virus vivant et contre la toxine. Ces deux actions sont cependant distinctes. Le mème volume de sérum qui neutralise une dose mortelle de toxine in vitro est généralement impuissant à protéger un animal contre la même

“quantité de poison inoculée sous la peau.

I y a donc lieu de distinguer entre le pouvoir antitoxique et le pouvoir préventif d’un sérum.

Dans la pratique, c'est surtout ce de -qu'il importe de connaître.

L’immunité conférée aux animaux par le sérum est acquise

immédiatement, elle est proportionnelle à la dose injectée; mais elle ne dure pas, elle disparaît au bout de deux à six semaines.

Dans leurs premières communications, Behring et Kilasato

avaient attribué au sérum RUES des propriétés curatives.…

T1 fallut bientôt reconnaître que, si le sérum était Duissamment préventif, il ne pouvait rien contre le tétanos déclaré.

Les quelques succès qu’on obtint, aussi bien chez l’homme

SÉRUMS ANTITOXIQUES

que chez les animaux, n'étaient dus qu’au peu de gravité de la maladie, qui aurait sans doute guéri sans le secours du sérum;

car, dans tous les cas graves, alors mème qu’on intervenait au début des premiers symptômes, la mort survenait toujours.

Encore aujourd’hui que le sérum atteint un pouvoir préventif et antitoxique considérable, il n’en reste pas moins purement préventif et seulement préventif. Nous verrons bientôt pourquoi.

L'ANTITOXINE TÉTANIQUE

Tout ce que l’on sait sur la nature intime de l’antitoxine, c'est que, comme la toxine, elle semble appartenir au groupe des diastases.

Elle en a les propriétés générales : elle est altérée par la chaleur, précipitée par l'alcool et par le sulfate d’ammoniaque ; enfin elle agit à des doses impondérables.

L'expérience a montré en outre qu’elle existe surtout dans le sang, ou pour mieux dire dans le sérum, le caillot n’en renfermant pas; on l’a retrouvée aussi en abondance dans la sérosité d’œdèmes provoqués et dans le lait. Par contre, l'humeur aqueuse, l'urine et la salive des animaux, même hypervaccinés, n'en contiennent que très peu.

L'antitoxine est-elle un dérivé de la toxine, est-elle due à une transformation de celle-ci ? |

Ce n’est pas l'opinion de Roux. « Car, dit-il, on peut retirer en peu de temps à un lapin vacciné contre le tétanos un volume de sang égal au volume total de celui qui circule dans son corps, sans que le pouvoir antitoxique du sérum baisse sensiblement. L'antitoxine se reproduit donc au fur et à mesure qu’on la puise. » |

D'autre part, Hi manière de donner la toxine a une influence sur la quantité d’antitoxine produite. Un même volume de toxine injectée par. petites doses répétées produira un sérum beaucoup Pie actif que si on avait procédé par doses massives espacées. Il n’y a donc pas proportionnalité entre la quantité de toxine

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introduite dans un animal et la quantité d’antitoxine qu'il produit.

Comment agit l’antitoxine.

Son action sur la toxine semble instantanée. Qu'on mélange dans un verre à expérience le sang d’un animal immunisé avec une culture filtrée et très active de tétanos, aussitôt le mélange peut être injecté à un animal neuf sans danger d’inloxication. Il semble qu'il y a eu là une sorte de neutralisation analogue à l’action d'un acide sur une base ou réciproquement.

Il n’en est rien. Car un semblable mélange, inoffensif pour un animal donné, un cobaye par exemple, fera périr une souris, ou bien, sans action à la dose de 1°, donnera le tétanossi on en injecte une dose triple.

La toxine existe donc à côté de l’antitoxine. Une autre preuve est tirée de l’étude des sérums antivenimeux (page 97).

MM. Calmette, Phisalix et Bertrand ont montré que le sérum des animaux immunisés contre le venin des serpents est antivenimeux. Il neutralise le venin in vitro comme le sérum antitétanique neutralise la toxine tétanique; mais, tandis que le venin peut supporter une température de 70° sans s’altérer, l’antitoxine, au contraire, est détruite à cette température. Il en résulte que, si l’on chauffe à 70° un mélange de venin et de son antitoxine, on lui rend toute sa toxicité. « La chaleur agit donc sur le mélange des deux substances comme si chacune était seule. » |

Puisque l’antitoxine ne détruit pas la toxine et puisqu'elle existe à côté d’elle dans le mélange, en conservant son individualité, c’est donc qu’elle insensibilise la cellule nerveuse contre l’action de la toxine. Nous verrons tout à l’heure qu'il n’en est rien non plus. Contentons-nous de dire pour l'instant : l’antitoxine agit comme si elle neutralisait la toxiné.

L’antitoxine, avons-nous dit, n’apparaît que dans le sang des animaux qui ont reçu la toxine, et elle ne semble pas être une modification de cette dernière; peut-être est-elle sécrétée par certaines cellules de l’organisme sous l’action stimulante du poison? Ici encore nous ne pouvons que poser la question, et cependant ce ne sont pas les recherches qui ont manqué pour la résoudre. de

AG SÉRUMS ANTITOXIQUES

Metchnikoff (28) a étudié la formation de l’antitoxine dans la série animale.

Chez les Invertébrés tels que le scorpion, la toxine tétanique injectée dans le sang passe assez rapidement dans le foie sans que le sang MÉbseite la moindre trace de pouvoir antitoxique.

Chez er Vertébrés à sang froid tels que la carpe, la grenouille, l’axolotl, la toxine se conserve dans le sang pendant des mois sans perdre de son pouvoir, à condition de maintenir ces animaux à basse température. Il en est ainsi des tortues, même quand on les maintient à une température comprise entre 30° et 91?

Mais, chez les crocotfiles placés dans une enceinte dont la température est supérieure à 30°, le sang présente une réaction antitoxique manifeste, quoiqu’ils soient tout à fait insensibles à de fortes doses de toxine, et cette manifestation n'apparaît qu’au bout d’un certain temps après l’injection de la toxine.

C’est là d’ailleurs un fait constant. Le sang d'un animal réfractaire au tétanos, la poule, par exemple, conserve la toxine tétanique pendant un temps assez long, puis la toxicité de ce sang disparaît en même temps que se manifeste la propriété antitoxique. Metchnikoff arrive à cette conclusion que l’antitoxine n'existe que dans le sang, et qu’elle n’est produite que dans le sang, sans toutefois se prononcer sur le mécanisme de cette production, ni sur la nature des éléments cellulaires qui y participent.

Théorie d'Ehrlich.

Pour expliquer la formation d'antitoxine sous l’influence de la toxine, Ehrlich propose une théorie que nous allons essayer de résumer.

Ebrlich part de ce principe qu’un organisme est impuissant à produire de toutes pièces une substance entièrement nouvelle pour lui, quelles que soient les conditions dans lesquelles il puisse se trouver; qu’il ne peut en somme, pour se défendre contre les produits nocifs venus de l’extérieur, que reproduire

d’une façon ‘plus ou moins abondante les substances faisant partie de la constitution normale de ses cellules.

L'antitoxine que l’on trouve dans le sang des animaux immu-

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nisés, ne serait donc qu'un produit normal de l'organisme. Pour Ehrlich, cette antitoxine existe toute formée dans le protoplasma de la celläle nerveuse où elle constitue un groupement moléculaire particulier qu'il nomme chaîne latérale (Seitenkette), parce qu'il peut, à certain moment, se détacher du groupement fondamental du protoplasma cellulaire. De même, en chimie organique, les corps de la série cyclique présentent des chaînes latérales qui peuvent prendre part à certaines réactions et être plus ou moins modifiées pendant que le noyau benzénique ou autre reste inattaqué. Ces chaînes latérales d’Ehrlich possèdent la propriété spécifique d'attirer les toxines et d’être détruites par elles.

Mais l’antitoxine partiellement détruite par une dose non mortelle — dose immunisante — de toxine se régénère bientôt, non seulement en quantité égale à celle qui a été détruite, mais en quantité plus grande, comme si la cellule, se souvenant du danger couru, voulait mieux s’armer contre un danger nouveau. De sorte que des injections répétées de toxine à dose immunisante auraient pour effet d’exciter cette reproduction des groupements antitoxiques qui, devenant trop abondants pour la vie normale de la cellule, seraient versés dans la circulation et constitueraient l’antitoxine qu'on rencontre dans le sang." T:

Cette théorie rencontra de suite des adeptes en Allemagne. Mais 1l est probable qu’elle aurait eu le sort de toutes les théories qui ne s'appuient sur aucun fait solide si elle n'avait servi de point de départ aux recherches de Wassermann et de Takaki (19) que nous allons exposer.

Expériences de Wassermann et Takaki.

Si, d’après Ehrlich, la cellule nerveuse est créatrice d’antitoxine, on devra obtenir une neutralisation de la toxine en ajoutant à celle-ci de la substance cérébrale ou médullaire; et ils firent l’expérience suivante :

- Une émulsion de moelle ou de cerveau de cobaye est mélangée à une dose mortelle de toxine tétanique, le tout est injecté à une souris qui reste en bonne santé. La substance nerveuse s’est donc comportée comme si elle eût été douée de pro-

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priétés antitoxiques. Ainsi se trouvait vérifiée l'hypothèse d’'Ehrlich.

Cette expérience, publiée au commencement de 1898, eut un grand retentissement ; mais elle ne fut pas acceptée sans contrôle en France, où Metchnikoff et Marie d’une part, Roux et Borel de l’autre, la réduisirent bientôt à sa Juste valeur.

Metchnikoff (30) constate d’abord que le cerveau des animaux très sensibles au tétanos agit rapidement sur la toxine, tandis que celui des animaux naturellement réfractaires, comme la poule, n’exerce qu’une action nulle ou à peine appréciable.

C’est le contraire de ce qui devrait avoir lieu si l’immunité naturelle était due à une propriété antitoxique des centres nerveux. De son côté, Marie (31) protège des lapins contre le tétanos en ajoutant à une dose mortelle de toxine une parcelle de leur propre cerveau.

Bien plus, le cerveau d’un nai mort du tétanos présente néanmoins des propriétés antitoxiques, tandis que celui d’animaux immunisés n’acquiert aucun accroissement de son pouvoir antitoxique.

Marie démontre que le contact immédiat entre la toxine et la substance cérébrale est indispensable pour qu'il y ait neutralisation. Si on injecte à un animal de la toxine tétanique en un point et une émulsion de cerveau en un autre, il prendra le tétanos quelle que soit la quantité de substance nerveuse injectée, même si l'injection est faite vingt-quatre heures d'avance.

C’est alors que Roux et Borel eurent l’idée de porter la toxine dans le cerveau même des animaux et ils déterminèrent chaque fois ce tétanos cérébral psycho-moteur dont nous avons parlé plus haut. (Voir page 38.) « Ce fait suffirait à renverser l’opinion de Wassermann sur l'existence d’une antitoxine tétanique dans le cerveau normal. Comment admettre cette antitoxine qui n’agit pas même dans le lieu où elle se produirait? »

En réalité, dans l’expérience de Wassermann, la toxine n’est pas détruite par la substance nerveuse, mais fixée par elle par suite de la grande affinité que ces deux corps possèdent l’un pour l’autre. 3

: Introduite en cet état sous la peau des animaux, elle devient la proie des phagocytes qui la détruisent en même temps que a

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débris nerveux qui lui servent de support, ainsi que le démontre l'expérience qui suit :

Metchnikoff injecte dans la chambre antérieure de l'œil d’un lapin quelques gouttes de toxine tétanique; l'œil conserve son état normal ou à peu près et l’animal meurt du tétanos. Puis il injecte dans l’œil d’un autre lapin la même dose de toxine préalablement mélangée avec une émulsion de substance cérébrale. Il se produit une inflammation considérable et un afflux de leucocytes qui s'emparent des particules de substance nerveuse chargées de toxine et le lapin ne meurt pas.

La toxine n’est pas détruite, avons-nous dit, par son mélange avec la matière nerveuse. En effet, si on abandonne sous l’eau cette matière nerveuse imprégnée de toxine, l’eau se charge peu à peu de toxine à mesure que celle-ci abandonne les cellules nerveuses, ainsi que l’a montré Danysz (34).

Les inoculations intra-cérébrales de Roux et Borelles mirent bientôt sur la voie de nouveaux faits très intéressants au point de vue de la question de l’immunité.

Un animal qui areçu du sérum antitétanique et qui résiste à des doses plusieurs fois mortelles de toxine tétanique injectée soit sous la peau, soit dans les muscles, soit dans les veines, périt si on lui injecte directement dans le cerveau une dose de - toxine bien inférieure à la dose mortelle : à la condition toutefois qu'il ne se produise aucune hémorragie pendant l'opération ; sinon, le sang très anlitoxique de l’animal, venant au contact de la toxine, en annulerait les effets.

Voici donc un animal dont le sang charrie une quantité considérable d’antitoxine et dont cependant le cerveau et la moelle restent sensibles à la toxine.

Il faut donc admettre que Me demeure dans le sang sans pouvoir parvenir aux cellules nerveuses. Car, si elle les atteignait, celles-ci à leur tour seraient protégées contre le poison tétanique et nous venons de voir qu'il n’en est rien. Peutêtre l'obstacle qui s’oppose à cette pénétration de l’antitoxine dans les centres nerveux est-il constitué par l’endothélium des vaisseaux qui les parcourent, imperméable à l’antitoxine, ou bien celle-ci est-elle maintenue dans les vaisseaux par une affinité spéciale pour certains groupes cellulaires à l’opposé de la toxine dont on connaît la préférence pour les cellules nerveuses.

50 SÉRUMS ANTITOXIQUES

Ainsi s'explique pourquoi le sérum antitétanique est impuissant à arrêter un tétanos déclaré. La toxine qui a pénétré dans les centres nerveux et qui s’est fixée sur certaines cellules ne peut ètre atteinte par l’antitoxine qui reste dans le sang. Au contraire, si la toxine est injectée après l’antitoxine ou en même temps qu’elle, ces deux substances se rencontrent dans les vaisseaux et se neutralisent.

Dans l’expérience que nous venons d'exposer, l'animal avait été immunisé par un sérum anlitoxique, immunisation rapide mais passagère. Les choses se passeront-elles de la même manière chez un animal immunisé par des inoculations répétées et graduellement croissantes de toxine et dont le sang est puissamment antitoxique? Si l'antitoxine toute formée qu’on introduit dans la circulation par injection de sérum antitétanique ne pénètre pas Jusqu'au cerveau, peut-être la toxine: introduite à faible dose et qui provoque la formation d'antitoxine donnera-t-elle naissance à cette antitoxine dans la matière nerveuse centrale même qu'elle peut atteindre ?

Il n’en est rien. Roux et Borel ont donné le tétanos cérébral à des lapins ainsi immunisés (immunité active d'Ehrlich) en leur injectant de la toxine directement dans le cerveau.

Il en est de même si on s’adresse à des animaux naturellement réfractaires, comme la poule par exemple. Du reste, Roux et Borel ne s’en sont pas tenus à la toxine tétanique; ils ont répété les mêmes expériences, suivies des mêmes résultats, avec la toxine diphtérique. Le rat, insensible à l’action de cette dernière quand on l’introduit sous la peau, périt avec une dose très faible quand on la porte directement dans le cerveau.

Deux faits importants découlent de ces expériences. Le premier, c’est qu'on ne peut considérer l’immunité naturelle dans le tétanos ou la diphtérie comme une insensibilité des cellules nerveuses à la toxine, ni l’immunité acquise comme leur accoutumance à cette même toxine ; le second, c’est que, contrairement à l'opinion d'Ehrlich, l’antitoxine ne saurait être élaborée par les centres nerveux, mais bien dans les vaisseaux qu’elle ne peut franchir.

L'ANTITOXINE TÉTANIQUE o1

Guérison du tétanos déclaré.

Le sérum antitétanique est impuissant à enrayer le tétanos déclaré, nous savons maintenant pour quelle raison : l’antitoxine ne peut neutraliser que le poison existant dans la circulation, elle ne peut atteindre celui qui imprègne déjà les cellules nerveuses et qui a commencé son œuvre.

Roux et Borel ont pensé qu’en faisant pénétrer l’antitoxine dans les centres nerveux mêmes, ils pourraient protéger ainsi les parties vitales de la moelle avant qu’elles soient atteintes.

Is ont donc institué l'expérience suivante :

« Vingt cobayes reçoivent, sous la peau d’une patte de derrière, la dose mortelle de toxine tétanique. Dix-huit heures après l’inoculation apparaît le premier symptôme, c’est-à-dire la raideur de la patte. Six heures plus tard, un premier lot d'animaux reçoit quatre gouttes de sérum antitétanique dans les deux hémisphères cérébraux, en même temps qu’un lot égal de témoins reçoit cinq centimètres cubes sous la peau. Après de nouveaux intervalles de huit et de douze heures, on fait encore de nouveaux lots d'animaux, injectés les uns sous la peau, les autres dans le cerveau. Soixante-douze heures après le début de l’expérience, tous les témoins, c’est-à-dire tous les animaux qui ont reçu du sérum sous la peau ou qui n’en ont pas reçu du tout, ont succombé, ceux-ci aussi vite que ceux-là, résultat conforme à ce qu’on savait déjà et qui prouve une fois de plus que le sérum antitétanique administré sous la peau n’exerce aucune action curative.

Au contraire, chez tous les cobayes qui ont reçu le même sérum dans le cerveau, la maladie a été enrayée au point précis où elle se trouvait au moment de l'injection : ces animaux ont tous survécu, mais en conservant leurs contractures qui persisteront encore quelques semaines, puis disparaîtront à leur tour par un phénomène de réparation, de cicatrisation, pour ainsi dire, indépendant de l’action de l’antitoxine#.

: C’est Le premier exemple de tétanos déclaré guéri par l'intervention du sérum antitoxique.

4 Rerin. Revue générale des Sciences, 1898, page 323.

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Mais, si l’antitoxine portée directement dans le cerveau protège la moelle supérieure alors que la moelle inférieure est déjà atteinte, il ne faut pas oublier qu’elle ne défait pas les lésions accomplies et que, si l’empoisonnement des parties supérieures de la moelle est fait, la mort ne sera pas évitée.

Ainsi s'expliquent les insuccès que cette nouvelle méthode a donnés quand on l’a appliquée à l’homme. Chez l’homme, en effet, le tétanos débute par des accidents bulbaires : ce sont donc les cellules du bulbe qui sont prises les premières; aussi l’injecton intra-cérébrale d’antitoxine intervient-elle généralement trop tard.

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