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PRÉPARATION DE LA TOXINE DIPHTÉRIQUE

Un sérum sera d'autant plus antitoxique que l’animal qui le fournit aura reçu une toxine plus active. C’est donc vers la production de cette toxine dE doivent tendre tous les efforts des expérimentateurs.

Dans ce but, deux conditions sont à remplir : 1° Faire usage d’un bacille très virulent; 2° L’ensemencer dans un milieu D rannt favorable à à :

la production de sa toxine.

Examinons d’abord cette dernière condition :

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A. — Choix du milieu de culture.

Dans leur premier mémoire, publié en 4880, Roux et Yersin remarquèrent que le bouillon de veau peptonisé et alcalinisé, dans lequel ils cultivaient le bacille diphtérique, s’acidifiait dans les premiers jours pour redevenir alcalin par la suite. Ils montrèrent que la toxine ne se produit qu’en milieu alcalin; aussi cherchèrent-ils à diminuer, sinon à supprimer la période d’acidité en faisant passer un courant d’air sur la culture.

A cet effet, le bouillon ensemencé était réparti dans des vases spéciaux ou ballons de Fernbach, permettant d'y faire circuler un lent courant d’air, au moyen d’une trompe aspirante. Ils obtenaient ainsi facilement en quinze jours des toxines actives au dixième, au vingtième et même au trentième de centimètre cube pour un cobaye de 400 à 500%, tandis qu'il fallait un mois et plus pour obtenir sans courant d’air, avec le même milieu et le même microbe, des toxines aussi actives.

En Allemagne, Aronson (22) et un certain nombre d’autres auteurs nièrent l'utilité de l’aération; c’est qu'ils se servaient de solutions d'extrait de viande peptonisé au lieu de bouillon et que, dans ce milieu, le bacille de Lœffler pousse sans donner de réaction acide.

Il ÿ a donc intérêt à rechercher des milieux qui restent toujours alcalins.

D’après les observations de Behring (23), de Theobald Smith (24) et surtout de Spronck (25), l'acidité produite dans les bouillons est due à la présence du glucose dans la viande employée; aussi ce dernier conseille-t-il dé laisser vieillir la viande, jusqu’à un commencement de putréfaction, avant d’en faire usage. Le glucose qu’elle contient est ainsi détruit par l’action fermentative des saprophytes. di

Park et M" Williams (26) se contentent d’alcaliniser fortement le milieu de culture. « Les meilleurs résultats, disent-ils, sont obtenus avec du bouillon qui, après avoir été néutralisé, est additionné d'environ 7° de soude normale par litre. »

Et de fait, par ce procédé, ils ont obtenu une toxine active au 1/100 et mème au 1/200 de centimètre cube.

Ces résultats ont été confirmés par Kossel (27).

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Nicolle (28), au contraire, conseille de se servir de viande très fraîche ; d’après Martin, la viande fraîche ne renferme que du glycogène et non du glucose.

Martin (29), qui a fait une étude approfondie de la question, donne la préférence à un bouillon de viande peptonisé qu'il prépare d’une manière toute spéciale,

500% de viande de veau préalablement hachée sont délayés dans un litre d’eau et mis à l’étuve à 35° pendant vingt heures. Au bout de ce temps, le glucose a disparu et le bouillon ne donne plus d’acide quand on l’ensemence avec le bacille diphtérique.

Comme les peptones du commerce ont une composition des plus variables, Martin préfère préparer lui-même sa peptone.

Il prend des estomacs de porc dont il broye les tuniques muqueuses et musculaires. Il fait digérer 200# de ce hachis dans un litre d’eau à 50°, additionné de 10 d’acide chlorhydrique pur. Après douze heures, en maintenant la température à 50°, l'opération est généralement terminée. On chauffe le liquide à 100° pour détruire la pepsine en excès, puis on le passe sur un tampon de coton hydrophile. On chauffe la liqueur à 80° et on l’alcalinise. De gros flocons se séparent, on filtre sur papier, on chauffe à 120° et on filtre de nouveau.

C’est cette solution de peptone qu’il ajoute ensuite à un volume égal de macération de viande fermentée à 35° et additionnée de 5#' de sel marin par litre. Le mélange est porté à 70° ‘pour coaguler les matières albuminoïdes du bouillon; on filtre, on alcalinise et on filtre à la bougie Chamberland.

C'est, ajoute l’auteur, le milieu qui lui a Jap le plus satisfaisant.

La stérilisation à la bougie donne un ne Es résultat que la stérilisation à 120°. Si on ne peut y recourir, on se contentera de la stérilisation à 100° plusieurs fois répétée.

Tout récemment, Spronck (30) annonçait qu'il avait obtenu un rendement en toxine supérieur à celui que lui fournissait la macération de viande faisandée en remplaçant celle-ci par de l’eau de levure. Seulement, commeil est obligé d’ajouter de la peptone commerciale à cette eau de levure, son procédé devient passif des mêmes reproches adressés aux bouillons peptonisés.

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B. — Choix du bacille.

Une fois en possession d’un milieu particulièrement favorable à la production de la toxine, il faut donner un soin spécial au choix de la semence.

On s’'adressera de préférence aux échantillons qui sont les plus virulents. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'il n’y a pas une relation directe entre la virulence d’un bacille diphtérique et son pouvoir toxigène. Martin a démontré que des bacilles non virulents, c’est-à-dire dont la culture ne tue pas ies cobayes, par exemple, sécrètent néanmoins de la toxine quand on les cultive dans le milieu que nous avons décrit plus haut.

Ce milieu a de plus l’avantage de conserver au bacille son pouvoir toxigène, tandis que les bouillons que le bacille peut acidifier, même pendant un temps très court, modifient profondément sa toxicité. De là, bien des fluctuations dans la production de toxine par un même microbe. Il peut mème arriver qu’un bacille très actif perde tout pouvoir toxigène, si la période d’acidité du milieu où il a vécu s’est prolongée suffisamment.

Est-il possible alors de lui rendre la propriété qu'il a perdue? Martin est parvenu à exalter le pouvoir toxigène de bacilles très atténués en les ensemencant dans son milieu renfermé dans de petits sacs de collodion et qu'il introduisait dans le péritoine de lapins. Après plusieurs passages, le bacille sécrétait une toxine très aclive.

En général, on doit choisir pour la production de la toxine un bacille qui, dans le milieu de Martin, donne rapidement un voile à la surface, et rejeter tous ceux qui ne le donnent pas après 36 heures.

S'il ya intérêt à fabriquer des toxines très actives, il faut bien reconnaitre que les propriétés préventives et antitoxiques du sérum qui résultent de leur inoculation n’augmentent pas en proportion de leur activité. Des toxines dix fois plus actives n'ont donné que des sérums deux fois seulement plus actifs. Néanmoins tous les efforts doivent tendre vers la production de toxines exallées, puisque c'est le seul moyen que nous ayons jusqu’ici d'accroître les propriétés antitoxiques du sérum. |

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