‹ Sérums ThérapeutiquesChapitre 7 sur 58 · VACCINATION PAR LE SÉRUM D'UN ANIMAL IMMUNISÉ · texte numérisé non relu

VACCINATION PAR LE SÉRUM D'UN ANIMAL IMMUNISÉ

Le troisième procédé d’immunisation consiste à injecter aux animaux qu'on veut rendre réfractaires le sang ou plutôt le sérum d'individus déjà immunisés.

Les premières expériences dans cette voie sont dues à Maurice Reynaud (33) sur le sang de génisses inoculées de cowpox, et à Richet et Héricourt (35) sur le sérum de chiens et de lapins vaccinés contre le Streptococcus pyocepticus : mais c’est à Behring et Kitasato que revient le mérite d’avoir mis en lumière les propriétés antitoxiques du sérum des animaux vaccinés.

Cette découverte, dont la portée est incalculable, est la base même de la sérothérapie, et l’on à pu dire que son importance n’a d'égale que celle de la découverte même de l’atténuation des virus par Pasteur.

C'est en étudiant le tétanos et la diphtérie que Behring et Kitasato observèrent que le sang d’un animal immunisé injecté à un animal neuf le protégeait non seulement contre le virus vivant, mais encore contre la toxine. Bien, plus, mélangé 2 vitro à cette toxine, il semblait la détruire et en annihilait les effets.

Il existait donc dans ce sérum une substance particulière, douée d'une action énergique sur la toxine ; on lui donna le nom d'antitoxine sans rien préjuger de sa nature.

Behring avait cru, d’abord, pouvoir attribuer à cette antitoxine la résistance naturelle de certains animaux au tétanos et à la diphtérie, mais on reconnut bientôt que le sang des animaux naturellement réfractaires n’est pas antitoxique, et qu’il ne le devient qu’à là suite d’une injection de toxine. L’antitoxine dérivait donc de la toxine; c'était un produit artificiel créé par l'organisme sous l’action de cette dernière.

L'expérience de Behring étendue à un grand nombre d’espèces pathogènes montra que la propriété préventive du sérum était d'ordre général, mais qu’elle était distincte de la propriété antitoxique. Celle-ci ne se rencontre que dans le sérum des animaux vaccinés à l’aide de toxines très actives et très diffusibles comme celles du tétanos et de la diphtérie. Le sérum des animaux immunisés contre le hog-choléra, le vibrion avicide, le pneumocoque, etc., protège bien un animal neuf contre le microbe de ces affections, mais non contre ses produits solubles. Il est préventif, mais non antitoxique.

Metchnikoff, Roux et Salimbeni (35) ont montré qu'on pouvait, avec une même espèce microbienne, obtenir à volonté un sérum préventif ou un sérum antitoxique. Ils immunisent des cobayes contre le choléra en leur inoculant des cultures de vibrion cholérique tuées par la chaleur. Ils recueillent ainsi un sérum uniquement préventif, impuissant à protéger les animaux neufs contre le poison cholérique. D’autre part, ayant réussi, par des artifices de culture, à obtenir une véritable toxine cholérique, très active, ils s’en servent pour vacciner des cobayes, dont le sang devient cette fois nettement antitoxique.

Deux produits nouveaux apparaissent sone dans le sang des animaux vaccinés :

L’antitoxine agissant sur les toxines, et la substance préventive exerçant son action sur les fonctions cellulaires.

Cette dernière, qui résulte vraisemblablement d’une modification des produits microbiens par l'organisme, offre cette parti cularité d’exalter considérablement le pouvoir bactéricide des leucocytes, comme nous l'avons vu, à propos du phénomène de Pfeiffer (p.13) : c'est donc un auxiliaire précieux de la pha-

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gocytose dont elle active le fonctionnement. Metchnikoff lui donne le nom de Stimuline pour la différencier de l’antitoxine.

Quant à l’antitoxine, produit artificiel, elle semble dériver de la toxine, sans qu'on ait pu jusqu'ici saisir le mécanisme de cette transformation.

Nous exposerons plus loin, à propos du tétanos et de la diphtérie, les théories émises sur l’origine et la formation de l’antitoxine et les travaux intéressants qui en découlent.

Immunité active et immunité passive.

L’immunité conférée par les sérums préventifs et antitoxiques

est acquise instantanément, mais elle n’est pas durable. Elle

n’est accompagnée d'aucune réaction de l’organisme, qui reste purement passif, d’où le nom d’immunité passive qui lui a été donnée par Ehrlich.

Elle diffère essentiellement de l’immunité obtenue soit par les virus eux-mêmes, soit par leurs produits solubles, beaucoup plus longue à établir, mais dont les effets persistent pendant un temps très long. Ici, l’état réfractaire n’est obtenu qu’au prix d’une lutte entre les éléments cellulaires et les virus ou leurs poisons; 1l y à réaction plus ou moins énergique de la part de organisme qui élabore en même temps des contre-poisons, il en résulte une immunité solide qu’on désigne sous le nom d’imunité active.

Nous venons de dire que, dans l’immunité passive, l’action oes sérums préventifs ou antitoxiques est immédiate; on a donc cherché à les faire agir contre une infection déjà déclarée, dans le but de l’enrayer et de la guérir, et on a réussi quelquefois. Malheureusement, leur efficacité n’est pas constante.

Un sérum qui est seulement préventif, et c’est le cas le plus général, si énergique qu'il soit, s’opposera sans doute au développement du virus dans l’économie ; mais si ce virus a déjà eu le temps d’envahir les organes, il sera trop tard pour intervenir efficacement, et l’action thérapeutique du sérum sera à peu près nulle, parce qu'il ne pourra agir en même temps sur les poisons élaborés. Il en est de mème pour les sérums antitoxiques.

Si, dans le tétanos, on laisse à la toxine le temps d’agir, si on attend l’éclosion des premiers symptômes, on pourra injecter

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ensuite des centaines de centimètres cubes de sérum antitétanique sans résultat, alors qu’il aurait suffi d’une quantité infinitésimale pour prévenir tout accident. Dans la diphtérie, au contraire, où les premières atteintes du mal sont faciles à reconnaître avant l'infection généralisée, le sérum antidiphtérique interviendra efficacement et jouera un rôle thérapeutique important. L’effort des expérimentateurs doit donc tendre à conférer aux sérums des propriétés antitoxiques énergiques, car tous les microbes agissent par leurs produits solubles, Mais une difficulté se rencontre. À l’exception du tétanos et de la diphtérie, la plupart ne laissent pas leur toxine se répandre dans nos milieux artificiels de culture, ils n’en produisent que dans le corps des animaux, et encore cette toxine est-elle relativement peu active et peu diffusible, incapable de provoquer de la part de l’organisme la réaction nécessaire à la production d’antitoxine en quantité appréciable. Il faut donc chercher des procédés permettant d’exalter l’activité de ces poisons, si l’on veut arriver à produire des sérums vraiment thérapeutiques. Déjà la voie à suivre est indiquée par les belles expériences de Metchnikoff, Roux et Salimbeni (p.124) qui sont arrivés à obtenir une toxine cholérique énergique, en cultivant le vibrion de Koch dans dessacs de collodion remplis de bouillon et introduits dans la cavité péritonéale de lapins. Dans ces conditions, les vibrions sont à l’abri des phagocytes ; d’autre part, il s’établit à travers les parois du sac de collodion des échanges osmotiques. Les produits venus de l’organisme pénètrent à l’intérieur du liquide de culture, et modifient favorablement sa composition. C’est là un procédé général qui est appelé à rendre de grands services en nous permettant d'obtenir des sérums véritablement thérapeutiques.

Classification des Sérums thérapeutiques.

On peut envisager les sérums préventifs et antitoxiques

- comme des solutions de principes actifs tirés du protoplasma

vivant des animaux à l’aide de procédés spéciaux.

Ces principes actifs ne sont pas des produits naturels existant tout formés dans l’économie comme les alcaloïdes chez les végétaux, mais des substances fabriquées artificiellement et, au

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moment du besoin, par la cellule vivante sous l’action de certains produits microbiens.

Il ne faut pas les confondre avec les saccins, constitués soit par des virus atténués, soit par des toxines modifiées, agents de l’immunité active.

Ce sont, en réalité, de véritables médicaments introduits par Behring dans la matière médicale, et comme tels ils ne peuvent ètre délivrés au public que par les pharmaciens. Mais, si ces derniers ont pour devoir de s’assurer de l'identilé et de la pureté des médicaments qu’ils ne peuvent préparer eux-mêmes, 1l faut bien reconnaître que les sérums, par leur nature, échappent à leur contrôle. Il n’existe aucune réaction chimique permettant d'établir l'identité d'un sérum ou de mesurer son activité. Seule l’expérimentation sur les animaux peut fournir ces renseignements.

Aussi la préparation des sérums thérapeutiques n’est-elle pas laissée aux mains des premiers venus. Elle n’est autorisée que par un décret rendu après avis du Comité consultatif d'hygiène et de l’Académie de médecine (loi du 25 avril 1895, voir Appendice, page 149). De plus, chaque flacon doit porter la marque du lieu d’origine et la date de la fabrication.

Ainsi se trouve atténuée la responsabilité du dépositaire qui n’a aucun moyen à sa disposition pour déceler une falsification possible.

Nous aurions pu, dans ce chapitre consacré aux généralités, décrire une fois pour toutes les procédés de préparation des sérums thérapeutiques, immunisation des animaux d’épreuve, prise du sérum, etc.; mais nous avons pensé que cette technique avait sa place toute marquée après l’histoire détaillée de la toxine et de lantitoxine télaniques. Il en est de même de l'exposé des travaux et des théories que la question des antitoxines a fait surgir de tous côtés, car c’est surtout le tétanos qui a servi de base à ces expériences.

Nous établirons d’abord parmi les sérums thérapeutiques deux grandes divisions comprenant: la première les Sérums antitoxiques ; la seconde, les Sérums anti-infectieux.

Les sérums anti toxiques renferment une antitoxine puissante capable de neutraliser même x sitro des doses considérables de toxine. Ils sont actuellement au nombre de trois :

Le sérum antitétanique ; — antidiphtérique ; — antivenimeux.

Les sérums antiinfectieux sont peu antitoxiques. Ils agissent surtout en s’opposant au développement du virus vivant. Ce sont les plus nombreux. Nous étudierons spécialement :

Le sérum antistreptococcique ; — antipesteux; — anticholérique; — antityphique; — antipneumonique ; — contre le rouget des porcs.

Toutefois, les travaux de Metchnikoff, Roux et Salimbeni (page 123) sur la toxine cholérique nous font espérer qu’un certain nombre de sérums classés dans le second groupe, tels que les sérums antstreptocéceique, antipesteux, anticholérique, ne Frderoni pas à prendre place à côté des sérums anti-toxiques.

(4) Duczaux. Traité de microbiologie, t. II, page 18.

(2) Pasteur. De l’atténuation des virus et de leur retour à la virulence, en collaboration avec CHAmBERrLAND et Roux. C. R. de l’Académie des sciences, t. XCIT, p. 429, 1881.

(3) H. Vincent. Sur les aptitudes pathogènes des microbes saprophytes. Annales de l’Inst. Pasteur, t. XII, p. 784, 1898.

(4) MErcanixorr. Études sur l’immunité. Annales de l’Institut Pasteur, t. III, p. 289; t. IV, p. 65 et 193; t. V, p. 465.

(5) Prerrer !. La chimiotaxie chez les végétaux inférieurs. Untersuchungen aus d. botan. Instit Tubingen, t. I, p. 363, et t. II, p. 627.

(6) Sragz 1. La biologie des myxomycètes. Botan. Zeitung., 1884, n°° 10

. et 42.

(7) DE Bary !. Vergleichende Morphologie und Biologie der Pilze : Mycetozoen und Bakterien. Leipzig, 1884.

(8) J. Massarr et Cu. Borper. Irritabilité des A AE son rôle dans linflammation et la nutrition cellulaire. Journal de la Société royale des sciences méd. et nat., Bruxelles, 1890, n° 5.

Le chimiotoxisme des leucocytes et l'infection microbienne. Annales de lInst. Pasteur, t. V, p. 417, 1891.

1 D’après Achalme : Immunité dans les maladies infectieuses. Paris, 1894.

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