CHAPITRE III
PRÉPARATION DU SÉRUM ANTITÉTANIQUE
1“ Préparation de la toxine
Le milieu de culture employé est du bouillon de bœuf peptonisé additionné de 1/2 % de gélatine ; on l’ensemence avec un bacille récemment isolé et on fait le vide dans les ballons. Au bout de deux ou trois semaines de séjour à l’étuve à 37”, on le filtre sur une bougie de porcelaine.
C’est cette culture débarrassée des microbes qui constitue la toxine d’épreuve. Elle est extrêmement active puisque 1/4000" de centimètre cube suffit la plupart du temps à tuer une souris.
2° Choix de l’animal
L’animal de choix est le cheval, parce qu’il supporte la toxine beaucoup mieux que les autres espèces et qu’on peut lui soustraire des quantités de sang considérables sans inconvénient, enfin parce qu’il a été reconnu que son sérum est inoffensif pour l’homme, même à forte dose.
Les chevaux qui servent aux expériences, à l’Institut Pasteur de Paris, sont des chevaux de fiacre de 6 à 9 ans n’ayant aucune tare organique, mais rendus impropres à un service actif par des tares aux membres.
On commence par les soumettre à l’épreuve de la malléine pour s’assurer qu’ils n’ont aucune lésion morveuse; puis, quelques jours après, on procède à la première inoculation de toxine iodée.
3“ Immunisation du cheval
Le premier jour on injecte sous la peau de l’encolure, à l’aide d une seringue, stérilisée, un demi-centimètre cube d’un mé-
SÉRUMS ANTITOXIQUES
lange à parties égales de toxine tétanique et de solution de Gram.
La solution de Gram qu’on appelle aussi solution de Lugol a pour formule :
Iode. I gramme,
lodure de potassium. 2 —
Eau distillée. 300 —
Quatre jours après, on injecte 2“'=,5 du même mélange et l’on augmente ainsi progressivement la dose jusqu’au 12° jour où l'animal reçoit
Le 17* jour, la toxine est mélangée avec la moitié seulement de son volume de solution indurée et on en injecte 10°', Puis on diminue peu à peu la quantité de solution de Gram jusqu’au jour où l’animal reçoit 10" de toxine pure (le 33“ jour),
A partir de ce moment on procède à des injections espacées de deux ou trois jours, en augmentant graduellement la dose de toxine pure. Ces injections sont faites alternativement dans la veine jugulaire et sous la peau. On arrive ainsi à lui inoculer d’un coup 150" de toxine pure (72° jour). L’animal présente alors une réaction intense ; sudation rapide et abondante, coliques, diarrhée, élévation de température (39“) ; mais le soir tout a disparu.
Le sérum recueilli cinq jours après cette épreuve possède déjà un pouvoir immunisant égal à 1 million. Nous verrons tout à l’heure la signification de ce terme.
On peut, en continuant ainsi les injections de toxine, exalter à l’infini le pouvoir antitoxique et immunisant du sérum. L’Institut Pasteur délivre couramment un sérum antitétanique dont le pouvoir antitoxique est de 1.000.000,000 (1 milliard).
Mais, pour qu’un animal fournisse du sérum d’une activité constante, il est nécessaire d’entretenir la production de l’antitoxine par des injections répétées et périodiques de toxine, sinon le pouvoir antitoxique baisse rapidement.
Il est important aussi de ne pas saigner l’animal aussitôt après l’injection de la toxine, car il faut un certain temps à celle-ci pour disparaître de l’organisme et l’on risquerait fort d’avoir un sérum qui contiendrait un excès de toxine.
On laisse donc le cheval se reposer pendant vingt jours avant de procéder à la saignée.
PRÉPARATION DU SÉRUM ANTITÉTANIQUE
4° Prise du sang
Les instruments nécessaires à cette opération sont :
1° Un tord-nez destiné à maintenir le cheval en repos;
2" Une lancette stérilisée;
3° Un tube de caoutchouc, d’un mètre de long, muni à l’une de ses extrémités d’un ajutage métallique s’enfonçant exactement dans la canule d’un trocart, et à l’autre d’un tube de verre de 20 centimètres de long et taillé en biseau. Le tout stérilisé.
4° Un trocart muni de sa canule ;
5“ Un bocal cylindrique d’une contenance de deux litres environ, recouvert d’un double capuchon de papier fixé par une ficelle; et stérilisé à l’autoclave ;
6° Une pince à forcipressure ;
Une vanette remplie d’avoine.
L’animal, à jeun depuis le matin, est amené dans une salle spéciale et maintenu par un homme à l'aide du tord-nez.
La prise du sang se fait dans la veine jugulaire. Celle-ci se trouve située le long du cou et placée directement sous la peau dans une dépression musculaire appelée gouttière jugulaire.
On exerce avec la main une pression sur le tiers inférieur de cette gouttière, de manière à amener le gonflement de la veine qui fait bientôt saillie sous la peau et marque ainsi nettement sa place. On lave la peau avec une solution de lysol. L’opérateur, tenant alors la lancette de la main droite, s’il s’agit de la jugulaire droite, soulève un peu la peau avec la main gauche à la partie supérieure du tiers moyen de la veine, et il ponctionne la peau sans toucher à la veine.
S armant avec la môme main du trocart muni de sa canule, il enfonce l’extrémité de celui-ci dans la petite plaie qu’il vient
. ^^Ire en tenant vers le haut la poignée du trocart. Il ponc-
lonne ensuite la veine à un centimètre environ au-dessous de
ouverture, de façon que les deux orifices ne coïncident pas. L opérateur s’aperçoit qu’il est dans la veine quand il sent une légère résistance vaincue ; en retirant le trocart de la canule, le sang d’ailleurs doit jaillir.
Ceci fait, un aide tend à l’opérateur le tube de caoutchouc muni d’une pince à sa partie moyenne. La canule étant main-
SÉRUMS AMITOXIQUES
tenue dans la veine, un autre aide enlève la pointe du trocart, | le sang jaillit ; l’opérateur adapte sur la canule l’ajutage du | tube de caoutchouc, puis il plonge le tube de verre qui termine | l’autre portion dans le vase cylindrique, à travers le premier I capuchon de papier. La seconde feuille de papier sert alors à | recouvrir le tout, tube et verre. On enlève la pince et le sang j coule dans le bocal quelques instants après. Pendant ce temps, 'i on enlève au cheval son tord-nez et on le faît manger; les i? mouvements de déglutition activent l’arrivée du sang dans la | jugulaire. %
Quand le bocal est rempli, on place la pince sur le tube de ] caoutchouc, on enlève le tube de verre du bocal, puis i-apide- j ment la canule de la veine. On lave au lysol la petite plaie exté- ! rieure et on reconduit le cheval à l’écurie. j
Le bocal rempli de sang est recouvert de son deuxième capu- i chon de papier et placé dans un endroit sec.
Au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, après que le ; caillot fibrineux s’est formé, entraînant avec lui les globules rouges, on le transvase aseptiquement dans une allonge spé- ' ciale stérilisée, munie d’un système qui permet le remplissage \ des flacons destinés à la vente. Ceux-ci ont une contenance de J 10“. Ils sont stérilisés et munis d’un bouchon de caoutchouc | rouge. Quand ils sont remplis, on les recouvre d’une capsule j d’étain ficelée et plombée. 1
On les laisse ensuite pendant plusieurs jours à l’étuve à 37° i pour éliminer ceux qui se ü’oublent, c’est-à-dire ceux qui ont | été contaminés accidentellement par des germes étrangers. i
S° Conservation DU sérum
Le sérum antitétanique, comme tous les sérums antitoxiques, 1 doit être conservé à l’abri de l’air, c’est-à-dire dans des fia- j cons entièrement remplis et bien bouchés, et dans l’obscurité. 1 Pour empêcher le développement de micro-organismes ou J de moisissures qui pourraient s’y introduire, malgré les pré- | cautions prises, on l’additionne dans certains pays d'une petite i] quantité d’antiseptique. I
En Allemagne, on emploie l’acide phénique à la dose de ’ 0,5 %, ou encore le formol.
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A l’Institut Pasteur, on se contentait, autrefois, d’introduire dans chaque flacon un petit fragment de camphre fondu. Maintenant, on a supprimé tout antiseptique et remplacé cette manipulation par la pasteurisation des sérums.
Les flacons remplis et bouchés sont maintenus trois fois de suite à deux jours d’intervalle à une température de 36“ pendant une heui’e.
On avait conseillé aussi de filtrer le sérum sur des bougies de porcelaine, mais c’est là un mauvais moyen qui lui enlève une partie de son activité.
Le sérum, préparé comme nous venons de le dire, peut se conserver pendant un temps très long sans présenter d’autres changements qu’un léger dépôt dû à de minces flocons fibrineux. Il ne faut pas confondre ce léger précipité au louche persistant que donnerait un sérum envahi par les bactéries. En général, si le liquide qui surnage le dépôt est clair, le sérum est pur.
Si le sérum doit voyager au loin, il est plus avantageux de le dessécher dans, le vide à basse température. La poudre qui résulte de cette opération conserve toute l’activité du sérum et est beaucoup moins sensible que lui à l’action de l’air et de la lumière.
Il suffit pour s’en servir de la faire dissoudre dans 8 à tO fois son poids d’eau stérile.
6“ Mesure de l’activité d’un sérum
Il faut distinguer le pou voir immunisant d’un sérum de son pouvoir antitoxique. En France, Roux mesure l’activité du sérum antitoxique d’après la quantité nécessaire pour immuniser un gramme de souris. « Quand nous disons d’un sérum qu’il ®st actif au millionième, cela signifie qu’un centimètre cube 0 ce sérum suffit à immuniser mille kilogrammes de souris ; ou encore, qu’une souris de 20 grammes sera rendue réfractaire pei* l’injection de 200 millièmes de centimètre cube du même sérum. Les souris doivent toujours être éprouvées avec la même dose de toxine qui leur sera injectée, non pas immédiatement, wais seulement dix à douze heures après le sérum, afin que celui-ci ait eu le temps d’agir. En effet, la quantité de sérum
SÉRUMS ANTITOXIQUES
qui immunise pour une dose fixée de poison est impuissante contre une dose plus forte; il faut donc bien connaître l’énergie de la toxine d’épreuve, et, comme la résistance individuelle des souris est variable, il est préférable d’employer une dose de toxine supérieure à la dose mortelle minima et d’opérer chaque fois sur plusieurs sujets *.
Cette méthode est due à Behring, qui l’a depuis abandonnée pour une autre, déterminant non plus le pouvoir immunisant, mais X^pmvoir antitoxique d’un sérum.
A cet effet, on mesure in vitro la quantité de sérum nécessaire pour rendre inoffensif un volume donné de toxine d’une activité connue.
Cette méthode est usitée surtout dans les laboratoires d’iUlemagne pour le sérum antidiphtérique ; nous l’exposerons en détail à propos de ce dernier ^
Accidents post-sérothéraplques.
Nous avons déjà dit que les sérums thérapeutiques ayant pour base le sérum de cheval étaient inoffensifs pour l’homme, même à doses élevées.
Toutefois, il n’est pas rare de voir survenir à la suite de leur injection divers accidents qui disparaissent au bout dé quelques jours : érythèmes, arthralgies, myalgies, quelquefois même albuminurie.
Ces accidents post-sérothérapiques, comme on les appelle, ont attiré l’attention des cliniciens. Ils sont imputables au sérum de cheval et non aux principes atténuants ou antitoxiques qu’il renferme. Les expériences de A. Beclàre, Chambon et Ménard (32), d’une part, et de C.-H.-H. Spronck(33), de l’autre, ont montré qu’on pouvait les atténuer dans une large mesure, sinon les éviter entièrement, en chauffant le sérum à une température voisine de 88°.
Nous ferons suivre cette étude du sérum antitétanique de \Instruction pour l'emploi du sérum, telle qu’elle est donnée par l’Institut Pasteur.
* Roux. loc. ci(.
* Voir page 79.
PRÉPARATION DU SÉRUM ANTITÉTANIQUE
INSTRUCTION
Pour l’emploi du sérum antitétanique.
Lft Sérum antitétanique est du Sérum de sang de cheval immunisé contre le tétanos. Il conserve ses propriétés si on le maintient dans un endroit dont la température est peu élevée et à l’abri de la lumière, sans sortir le flacon de l’étui qui le renferme,
Action préventive. — Injecté sous la peau, ce Sérum confère une immunité temporaire contre le tétanos. Suivant la dose employée, cette immunité persiste de deux à six semaines ; elle peut être entretenue par des injections successives. 11 est donc indiqué de faire des injections préventives de Sérum ;
Aux sujets atteints des divers traumatismes qui, par leur leur nature et les circonstances dans lesquelles ils se produisent, exposent particulièrement au développement du tétanos (plaies par .écrasement des extrémités ou de la continuité des membres ; plaies coutuses souillées de terre, de poussières provenant du sol, de débris de fumiers, de la vase des eaux; plaies avec pénétration de corps étrangers provenant du sol ou ayant eu contact avec lui) *.
Le pouvoir antitoxique du Sérum livré par l’Institut Pasteur est environ de 1,000.000.000, c’est-à-dire qu’il suffit d’injecter à une souris une quantité de ce Sérum égale à 1/1.000.000.000 de son poids pour la préserver contre la dose mortelle de toxine.
10 centimètres cubes suffiront généralement à la prévention chez l’homme et les grands animaux. Cependant, lorsqu’il s’agit de plaies particîilièrement souillées et difficiles à nettoyer, il sera prudent de recourir à l’injection d’une nouvelle dose de
drum à huit jours d’intervalle.
L emploi préventif du Sérum ne dispense pas du traitement
* Le Sérum antitétanique peut aussi être einployé préventivement chez es animaux, notamment chez les chevaux qui prennent assez fréquemment le tétanos, soit à la suite de plaies accidentelles souillées par la terre ou le fumier, soit à la suite de certaines opérations comme la casl’amputation de la qufeue, les opérations sur le pied,.., etc. M.Nocardrecommande, pour un cheval,de faire deux injections de 10 cen» “mètres cubes, à huit jours d’intervalle.
des plaies. Les plaies souillées, ou supposées telles, seront | l’objet d’un nettoyage antiseptique rigoureux. Les corps étran- | gers doivent toujours être enlevés ; leur persistance dans les | tissus pourrait provoquer une infection tardive, après la dispa- | rition de l’immunité passagère conférée par le Sérum. I
Action thérapeutique. — Jusqu’à présent, le Sérum antitéta- 1 nique a été impuissant contre le tétanos à marche rapide ; mais | il est très utile dans les cas à marche lente et dont le début a été j tardif après le traumatisme. Pour ces derniers, l’injection du j Sérum, combinée avec l'ablation du foyer où végète le bacille j spécifique et d’où part l’empoisonnement, facilite la guérison, ^ La quantité de Sérum à injecter pourra varier entre 50 et j tOO centimètres cubes en une ou deux doses. ^
Injections. — On doit faire les injections dans le tissu cellu- j laire sous-cutané, au niveau du flanc, en prenant toutes les pré- j cautions aseptiques nécessaires. On lave d’abord la région avec ] de l’eau phéniquée à 2 % ou une solution de sublimé au mil- j lième; on doit, au moment môme de pratiquer l’injection, sté- j riliser la seringue et la canule, en les plongeant dans l’eau froide j que l’on porte à l’ébullition pendant un quart d’heure. On recou ] vrira avec du coton stérilisé l’endroit où la piqûre a été faite, l L’introduction du Sérum sous la peau est très peu douloureuse, j et le liquide est résorbé en quelques instants. \
Avant d’injecter le Sérum, il est nécessaire de s’assurer qu’il est resté limpide ; un très léger précipité rassemblé au fond du ; flacon n’indique pas une altération.
Observation très importante. — La date inscrite sur l'étiquette est celle de la préparation du Sérum. i
Ce Sérum conservant toute son efficacité pendant plus d’une année, il n’y a aucune utilité à renouveler le flacon avant ce ] laps de temps. Le Sérum préparé à l’Institut Pasteur de Paris se * conserve indéfiniment limpide. Dans le cas où, par suite du sou- ; lèvement du bouchon, le contenu d’un flacon viendrait à se j troubler, ce flacon serait immédiatement échangé. 1
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SÉRUM ANTIDIPHTÉRIQUE