LA SÉROTHÉRAPIE DANS LA DIPHTÉRIE
Sérum antitétanique. Nous savons déjà que ce dernier qui agit préventivement à des doses infinitésimales est impuissant à enrayer un tétanos déclaré. C’est que dans le tétanos, quand les premières contractures se déclarent, l’imprégnation des cellules nerveuses a déjà eu lieu et il est trop tard pour intervenir efficacement. Dans la diphtérie, au contraire, le premier symptôme, c’est la fausse membrane dont l’apparition précède toujours la phase d’intoxication. Le sérum préventif aura donc le temps d’agir.
Aussi les premiers essais furent-ils très encourageants; non seulement Behring (18) et ses collaborateurs, Wernicke, Boer, Kossel et Knorr, parvinrent, à l’aide de sérum d’animal immunisé, à prévenir l’infection chez le lapin ou le cobaye, mais ils prouvèrent qu’on pouvait guérir ces mêmes ahimaux déjà intoxiqués par le poison diphtérique.
Le sérum se montrait à la fois préventif et thérapeutique.
En 1892 et 1893, Behring et Ehrlich (30), avec le concours de Boer, Kossel et Wassermann (31), publiaient les premiers résultats favorables de sérothérapie appliquée aux enfants. Pendant ce temps, en France, Roux et Martin, en collaboration àvec Chaillou (21), poursuivaient les mômes expériences, apportant dans leur travail cette précision scientifique qui lui donne tant de valeur et qu’on n’avait pas encore rencontrée dans les nombreux mémoires que la question avait suscités.
A l’aide d’un sérum de cheval immunisé, ils étudièrent le traitement sérothérapiqiie de la diphtérie sur 300 enfants de i’hôpital des Enfants malades, en ayant soin d’éclairer leur diagnostic par l’examen bactériologique préalable de la gorge de leurs malades. Cette précaution leur permit d’éliminer sur enfants présentés comme diphtériques, 128 dont l’angine n’était pas due au bacille de Lœffler.
Ils établirent, en outre, une distinction entre les angines diphtériques pures et les angines â associations microbiennes. Celles-ci toujours plus meurtrières. Ils appliquèrent le traitenient aux croups opérés ou non et ils obtinrent une mortalité globale de 26 % au lieu de 50 %, moyenne des années précédentes. Pour les angines à bacille de Lœffler pur, la mortalité était seulement do 7,5 %.
Ce qui avait manqué jusqu’ici aux travaux publiés en Aile-
72 SÉRUMS ANTITOXIQUES
magne pour mettre en lumière la valeur de la sérothérapie
antidiphtérique, c’est, il faut bien le dire, la méthode dans
l’expérimentation, et la précision dans le diagnostic des cas
traités.
Aussi, lorsque Roux présenta ses résultats au Congrès de Budapest en 1894, sa communication eut-elle un retentissement considérable. Elle confirmait l’admirable découverte de Behring et la faisait entrer définitivement dans le domaine de la pratique.
Depuis, ce traitement de la diphtérie a été institué partout, et partout il a fait ses preuves.