‹ Sérums thérapeutiques. Thèse présentée au concours d'agrégation (Section d'histoire naturelle et pharmacie)Chapitre 5 sur 35 · IMMUNITÉ NATURELLE · texte numérisé non relu

IMMUNITÉ NATURELLE

Les nombreuses théories émises pour expliquer la cause de l’Immunité naturelle peuvent se diviser en deux groupes : la théorie cellulaire et les théories humorales.

Théorie cellulaire. — Phagocytose.

Dans cette théorie, due à Metchnikoff (4), la défense de l’organisme est confiée à certaines cellules spéciales qui sont chargées d’englober les bactéries et de les détruire. Chez les Vertébrés supérieurs, ce rôle est dévolu aux leucocyctes mono et polynucléaires et à ,certaines cellules endothéliales fixes.

L’ensemble du phénomène porte le nom de 'phagocytose et les cellules actives celui de phagocytes ;

La destruction des bactéries par les phagocytes est une véri-

DE l’immunité

table digestion intra-cellulaire opérée dans le protoplasma de la cellule par quelque diastase énergique (Le Dantec (10)). '

Mais, pour remplir ce rôle, il faut que les leucocytes puissent se mettre en contact avec l’agent infectieux.

C’est alors qu’intervient une nouvelle et curieuse propriété des cellules : la sensibilité chimiotactique.

Sous le nom de chimiotaxie, Pfeffer (5) a désigné le premier la faculté que possèdent certains organismes inférieurs, doués de mobilité, d’ètre attirés vers certaines substances ayant sur eux une action chimique. Cette propriété observée d’abord chez les végétaux : Myxomycètes (Stahl (6) et de Bary (7)), anthérozoïdes des Fougères (Pfeffer) (5), fut étendue par Massart et Bordet (8) et par Gahritchevsky (9) aux cellules migratrices des animaux. Si, à l’exemple de ce dernier, on introduit sous la peau d’une grenouille ou d’un lapin des tubes de verre contenant divers liquides préalablement stérilisés, on verra au bout de quelque temps certains tubes envahis par les globules blancs, tandis que les autres n’en contiendront aucun.

On dira des substances qui ont attiré les leucocytes qu’elles sont douées de chimiotaxie positive et des autres qu’elles possèdent une chimiotaxie négative. Telles sont, parmi ces dernières, l’acide lactique, la méthylamine, certaines toxines microbiennes, etc.

Le mécanisme de l’infection et de l’imttiunité se résume dès lors en ceci ;

Dès qu’un microbe pénètre dans les tissus d’un animal, les leucocytes arrivent pour l’englober et le détruire, à moins que les produits sécrétés par le parasite n’exercent sur eux une action répulsive ; dans ce cas, la phagocytose ne peut avoir lieu et le parasite se développe en toute liberté.

L’intervention phagocytaire varie avec chaque individu pour chaque espèce microbienne. Presque nulle chez un sujet très sensible à une infection déterminé^, elle est, au contraire, très marquée chez un animal réfractaire à cette même maladie. Par exemple, la bactéridie charbonneuse se rencontre très rarement dans les phagocytes du cobaye ou du lapin, animaux très sensibles au charbon, tandis qu’elle abonde dans les phagocytes de la poule et du chien qui sont réfractaires.

Si, au lieu d’étudier le sort d’une espèce microbienne chez

IMMUNITÉ ET IMMUNISATION

plusieurs animaux, nous examinons comment se comportent les phagocytes d’un môme animal vis-à-vis de plusieurs bactéries plus ou moins virulentes, nous constatons des résultats analogues. C’est ainsi que les phagocytes du lapin qui ne sont point aptes, comme nous venons de le dire, à s’emparer de la bactéridie charbonneuse, englobent facilement le bacille pyocyanique qui ne tue le lapin qu’à doses élevées. De sorte qu’on peut, avec Mctchnikoff, émettre la règle suivante :

Plus un animal est réfractaire à une maladie, plus ses phagocytes sont capables d'englober le microbe de cette maladie.

L’Immunité naturelle serait donc liée intimement à cette propriété des phagocytes.

Théories humorales.

Propriété bactéricide des humeurs. — Cette théorie, basée sur des expériences de Fodor (11) de Buda-Pest, de Niessen et de Nuttal (12), a été reprise par Buchner (13), qui l’a faite sienne. Pour lui, l’immunité naturelle est due à la propriété que possèdent les humeurs, et en particulier le sérum sanguin, de s’opposer à l’infection microbienne, soit en détruisant les bactéries, soit en entravant leur développement au moyen de substances bactéricides mal définies et qu’il nomme aléxines. Les phagocytes n’interviendraient que pour débarrasser l’économie des cadavres des microbes tués par les aléxines, leur rôle se réduirait à celui de simples balayeurs arrivant après la lutte. Buchner expliquait cette intervention tardive par l’existence dans le corps des bactéries d’une substance protéique douée de chimiotaxie positive et qui ne diffuserait qu’après leur mort.

Mais Metchnikoff (4) a montré que les bactéries englobées par les phagocytes étaient bien vivantes, capables encore de se développer pendant quelque temps et de pulluler si on les ensemence dans du bouillon.

Quant à la propriété bactéricide des humeurs, un grand nombre d’expériences viennent l’infirmer.

Metchnikoff fait observer que le sang d’animaux très sensibles au charbon tue la bactéridie charbonneuse en dehors de l’organisme aussi bien que le ferait le sang d’animaux réfractaires. Le lapin, par exemple, qui prend facilement le charbon, a un

DE l’immunité

sérum très bactéricide, tandis que le sérum du chien, qui est très résistant, ne possède aucune action sur cette bactérie.

Le même auteur est parvenu à cultiver dans l’organisme des animaux réfractaires la même bactéridie charbonneuse en la protégeant contre l’envahissement des leucocytes. Il enfermait la culture dans de petites outres, faites avec des portions d’intestin de grenouille, qui se laissaient bien traverser par les liquides de l’économie, mais qui ai’rêtaient les phagocytes.

De même, si on introduit une culture charbonneuse dans la chambre antérieure de l’œil d’un chien, milieu presque privé de cellules, les bactéries se développent très bien, quoique dans le corps d’un animal doué de l’immunité.

La propriété bactéricide des humeurs, telle que nous venons de l’exposer, se trouvait trop souvent en contradiction avec les faits observés pour être acceptée comme base d’une théorie générale del’immunité. Aussi, voyons-nous Buchner lui-même modifier peu à peu ses idées sur la matière et se l'approcher insensiblement de la théorie cellulaire.

En 1894, peu de temps après les travaux d’Hankin (14) et Kanthack (18) sur ce sujet, Buchner admettait que les aléxines étaient fournies, non plus par les humeurs, mais par les leucocytes attirés par les bactéries en vertu de leur sensibilité propre. Ce n’était qu’après les avoir ainsi détruits par une sécrétion extra-cellulaire, que les leucocytes, devenus phagocytes, englobaient les microbes pour les faire disparaître.

Plus récemment, en 1897, « les leucocytes sécréteraient non plus des substances capables de détruire les microbes dans les humeurs, mais seulement des substances qui influenceraient, et ceci encore d’une façon passagère, le fonctionnement chimique des microbes. Après cet aflaiblissement momentané, les agents pathogènes seraient englobés par les phagocytes et subiraient aans leur intérieur l’action destructive des substances microbicides. »

Propriété atténuante des humeurs. — En France, Charrin et Roger substituèrent à la théorie bactéricide, qui ne s’adaptait pas assez aux faits, celle de la propriété atténuante des humeurs.

Les bactéries ne seraient pas détruites par les sécrétions

IMMUNITÉ ET IMMUNISATION

humorales, mais atténuées dans leur action pathogène, de sorte qu’elles deviendraient rapidement la proie des phagocytes.

A l’appui de cette thèse, Roger ( 16 ), cultivant le streptocoque de l’érysipèle sur le sérum de lapins sains ou immunisés, obtenait des cultures florissantes sur les deux milieux. Mais, tandis que les microbes, ayant poussé sur le sérum de l’animal sain, se montraient très virulents quand on les inoculait à un animal neuf, les cultures sur sérum d’animal immunisé ne causaient aucun accident. Il semblait donc qu’il y eût, dans ce dernier cas, une véritable atténuation.

Mais les propriétés préventives du sérum des animaux vaccinés, mises depuis en lumière par Behring, expliquent pourquoi la culture sur le sérum de l’animal immunisé n'était plus pathogène : c’est qu’on inoculait, en même temps que le microbe, le sérum sur lequel il avait poussé et qui était doué, lui, de propriétés préventives.

Propriété antitoxique des tumeurs. — A la suite de la découverte, par Behring et Kitasato, de la propriété antitoxique du sérum des animaux immunisés contre le tétanos et la diphtérie, Klemperer voulut faire delà propriété antitoxique des humeurs le point de départ d’une nouvelle théorie générale de l’immunité.

Nous verrons tout à l’heure que les animaux naturellement réfractaires aux toxines tétanique et diphtérique ont un sérum dénué de toute propriété antitoxique, et que leur immunité semble résider, non pas, comme on l’a cru longtemps, dans l’insensibilité de leur système nerveux envers la toxine, mais dans ce fait que cette toxine ne peut arriver jusqu’au système nerveux (Roux).

En somme, dans l’état actuel de la question, l’immunité naturelle peut être attribuée à la résistance naturelle des leucocytes aux poisons microbiens, résistance qui leur permet d’englober rapidement le virus qui pénètre dans l’organisme.

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