IMMUNITÉ ARTIFICIELLE
L’expérience avait montré depuis longtemps que la plupart des maladies infectieuses, à part de rares exceptions, ne récidi-
DE l’immunité 9
valent pas; une première atteinte rendait l’individu réfractaire.
C’est ce qui, autrefois, avait donné l’idée de provoquer artificiellement Une affection légère pour mettre l’organisme à l’abri d’une atteinte plus grave. De là la pratique de la variolisation et plus tard de la vaccination jennerienne.
La découverte de l’atténuation des virus, devait précéder de bien peu celle de l’immunisation à l’aide de ces virus atténués.
Le premier exemple de vaccination contre une maladie microbienne est dû à Pasteur.
En inoculant à des poules des cultures vieillies, et par conséquent, atténuées, de choléra des poules, il provoquait seulement une légère indisposition à la suite de laquelle l’animal pouvait, sans inconvénient, subir l’inoculation d’une dose plusieurs fois mortelle de culture virulente.
Ces premiers essais, suivis bientôt des célèbres expériences sur la vaccination charbonneuse, furent le point de départ d’un nombre immense de travaux sur l’immunité et sur les moyens de la conférer.
Le problème était des plus passionnants. Puisque l'on pouvait dorénavant conférer l’immunité à volonté, on pouvait espérer découvrir bientôt la cause première de cette immunité ; et de fait, toutes les recherches entreprises depuis cette époque ont été dirigées vers ce but. Mais, loin de l’atteindre, il semble que chaque pas que la science fait en avant fasse surgir de nouvelles difficultés, et que le problème, qui paraissait si simple au début, se complique de plus en plus.
Il nous paraît indispensable, cependant, de tenter d’esquisser en quelques pages, et en nous en tenant seulement aux grandes lignes, les états successifs de la question toujours ouverte de l’immunisation. En même temps que les procédés mis en œuvre, nous exposerons brièvement les théories qui les ont inspirés ou qu’on en a déduites.
Ces notions préliminaires nous 'permettront d’aborder avec plus de détails l’étude encore ardue de la Sérothérapie et des Sérums thérapeutiques.
IMMUNITÉ ET IMMUNISATION
PROCÉDÉS GÉNÉRAUX D’IMMUNISATION
Toutes les méthodes employées pour conférer Timmunité peuvent se diviser en trois groupes :
1“ Inoculation de cultures microbiennes virulentes ou atténuées ;
2° Inoculation des produits solubles élaborés par les microbes ;
3" Inoculation du sérum dun animal déjà immunisé.
1° Vaccination au moyen des cultures microbiennes
A. Far des cultures atténuées. — C’est la méthode classique instituée par Pasteur dès ses premières expériences. L’atténuation peut être durable ou passagère, et les moyens employés pour l’obtenir sont très variables : action de l’aÿ’ et de la lumière (choléra des poules) ; de la chaleur ou des antiseptiques (charbon bactéridien) ; dessiccation (rage) ; etc. En un mot, tout agent physique ou chimique capable de modifier la vitalité d’un microbe pathogène et virulent peut servir à le transformer en vaccin.
B. Far des cultures virulentes diluées. — Ce procédé, plus intéressant au point de vue théorique qu’au point de vue pratique, consiste à inoculer des quantités très faibles d’un microbe virulent, en augmentant graduellement la dose. Chauveau (17) réussit par ce moyen à vacciner des moutons contre le charbon bactéridien et le charbon symptomatique, etVaillard, des lapins contre le tétanos.
C. Far un mode particulier d'inoculation. — Tel microbe, très actif quand on Tinocule dans le sang, ne donne qu’une maladie passagère, si on l’introduit sous la peau.Tel autre au contraire, comme le charbon symptomatique, est moins nocif dans les veines que dans le tissu cellulaire (Chauveau). On pourra donc, en choisissant la voie d’inoculation, atténuer les effets d’une inoculation virulente et conférer ainsi l’immunité à un animal.
Théorie de l’épuisement.
Dans tout ce quP précède, c’est à la bactérie elle-même qu’on s’adresse, et pour expliquer son action vaccinante, on supposa
DE l’immunité
(3’abord qu’en vivant dans l’organisme, elle lui enlevait certaines substances nécessaires à son entretien et qu’ainsi un virus nouveau ne pouvait y végéter, faute de matériaux indispensables à sa nutrition. Cette idée très simple avait été émise par Pasteur à propos delà vaccination contre le choléra des poules. Elle était inspirée par ce qui se passe dans la fermentation d’un liquide sucré; dès que le sucre est consommé, une nouvelle quantité de levure ne peut plus produire d’action.
Cette théorie de l’épuisement a été démentie par l’expérience.
Si elle était exacte, un animal qui a résisté à un virus, qui est par conséquent vacciné contre ses atteintes, devrait, à plus forte raison, résister à l’inoculation de doses massives du même virus qui ne pourraient trouver de quoi vivre dans l’organisme déjà épuisé. Il n’en est rien, comme l’ont montré les expériences de Chauveau (juin i880).
Comment admettre aussi que l’organisme momentanément épuisé mette si longtemps (tout le temps que dure l’état réfractaire, c’est-à-dire des semaines ou des mois) à réparer ses pertes ?
Théorie de la substance ajoutée.
Aussi, à la théorie de l’épuisement, Chauveau substitua-t-il celle de la substance ajoutée.
« Un microbe infectieux, dit-il, s’étant une première fois multiplié dans son milieu naturel de culture et l'ayant ainsi rendu rebelle à une culture ultérieure, exerce cette action, non pas en épuisant le terrain, en le privant de toutes les substances nécessaires au développement du microbe, mais en y laissant des substances nuisibles, qui imprègnent ce milieu de culture et lui font subir certaines modifications inconnues, d’où résulte sa stérilisation plus ou moins complète C »
Chauveau s’appuyait sur ce fait que des brebis en gestation, inoculées du charbon, donnaient naissance à des agneaux réfractaires, alors qu’il était reconnu que le placenta, agissant comme un véritable filtre, ne laissait passer aucune bactérie.
^ Annales de VInstitut Pasteur, 1888, p. 67.
IMMUNITÉ ET IMMUNISATION
2“ Vaccination par les produits bactériens
Ce fut le point de départ d’une nouvelle ihéthode d’immunisation, la vaccination parles produits bactériens, *ou vaccination chimique. Ce n’est plus la culture telle quelle qu’on inocule, mais la culture débarrassée des microbes, soit par filtration sur porcelaine, soit par la chaleur.
La vaccination chimique, entrevue dans les expériences de Toussaint (18), Wooldridge (19), Salmon (20) et Charrin (21), a été définitivement fondée par les recherches de Roux et Cbamberland (22) sur le vibrion septique et le charbon symptomatique, ainsi que par celles de Chantemesse et Widal (23) sur le bacille typhique et de Gamaleïa (24) sur le Vihrio MetchnikoU.
Cette méthode a été étendue à un grand nombre de microbes pathogènes, et nous verrons bientôt que c’est à elle qu’on s’adresse pour immuniser les animaux contre le tétanos et la diphtérie.
Seulement, dans ces derniers cas, au lieu d’employer la culture simplement filtrée qui serait beaucoup trop toxique, il faut faire intervenir, comme agent atténuant, soit la chaleur, soit un antiseptique (trichlorure d’iode ou iode).
Dans tous les procédés que nous venons d’énumérer, l’immunité n’est pas conférée d’emblée; elle est au contraire lente à s’établir; il faut toujours une sorte de période d’incubation qu’on peut évaluer en moyenne à une semaine, comme pour la vaccine jennérienne, mais une fois acquise, elle persiste en général pendant un temps assez long et qui varie avec le mode de vaccination et l’activité du virus employé. L’immunité acquise est d’autant plus solide que le virus est moins atténué et que l’organisme réagit davantage.
L’immunité acquise et les théories humorales et éellulaires.
Les théories que nous avons exposées plus haut sur l’immunité naturelle ont été appliquées également à l’immunité acquise.
Les partisans de la propriété bactéricide des humeurs expliquent la vaccination chimique, en supposant que les microbes,
l’immunité
dans les milieux où ils vivent, sécrètent, à côté de toxines, des substances vaccinantes.
L’état bactéricide serait le résultat d’une modification permanente de la nutrition provoquée par le passage de ces matières vaccinantes à travers l’organisme.
Pour Bouchard (2S) et ses élèves, la matière toxique et la matière vaccinante sont distinctes. Charrin et Arnaud (26), par exemple, donnent l’immunité aux lapins contre le Bacille.pyocvaniqué avec des substances retirées des cultures et qui ne semblent plus toxiques. Roger (27) constate que des cultures de streptocoque chauffées à 100° sont toxiques et ne vaccinent pas tandis que chauffées à 110°, elles deviennent vaccinantes.
^ Mais les objections que nous avons reproduites précédemment subsistent toujours, et l’on peut dire que ni la propriété bactéricide des humeurs, ni la propriété atténuante qui en dérive ne suffisent à expliquer l’immunité acquise. « C’est seulement dans des cas exceptionnels que la propriété bactéricide des humeurs
est en corrélation avec l’immunité.»
Nous avons dit d’ailleurs, plus haut, comment Buchner, après avoir été partisan de la propriété bactéricide des humeürs, était arrivé peu à peu à accorder aux leucocytes une part considérable daiis le phénomène de l’immunité ; et comment, pour lui, ces cellules sécrètent les substances microbicides qui affaiblissent la vitalité du bacille et le rendent ainsi apte à être n lobé Le pouvoir bactéricide du sang serait donc dû à, une Sétion des leucocytes et son rôle se réduirait à celui d’auxiliaire de la phagocytose.
C’est ce qu’avait vu Denys de Louvain (28) xiui montra que du sang séparé de ses leucocytes perd tout pouvoir bactéricide et^qu’on lui restitue ce dernier en même temps que ses globules
^^I)e son côté, l’Ecole allemande s’appuie sur le phénomène de Pfeiffer pour soutenir que les bactéries peuvent être détruites dans l’organisme en dehors de tqute intervention des phagocytes.
Phénomènede Pfeiffer. 1894, Pfeiffer (29) observa queles vibrions cholériques, injectés dans la cavité péritonéale d’un animal hypervacciné, s’immobilisent et se transforment rapide-
IMMUNITÉ ET IMMUNISATION
ment en dehors des cellules en granulations arrondies libres dans l’exsudât ; au bout d’un temps très court ces granulations disparaissent, dissoutes par le liquide ambiant.
Ce fait, qui est exact, prenait une importance doctrinale considérable; il ne tendait à rien moins qu’à ruiner la théorie cellulaire de l’immunité.
Mais les expériences de Metchnikoff (3), de ,1. Bordet (30), de Cantacuzène (31) et de Salimbeni (32) donnèrent bientôt du phénomène une interprétation différente.
La substance préventive contenue dans l’organisme des animaux vaccinés a la propriété d’exalter le pouvoir bactéricide des leucocytes. Ceux-ci, rares dans la cavité péritonéale, se trouvent, au moment de l’injection, momentanément placés dans des conditions d’existence défavorables; ils éclatent et laissent échapper la substance bactéricide contenue dans leur protoplasma. Au contact de cette substance, les vibrions se transforment en granulations. Mais la destruction complète de ces vibrions ainsi modifiés ne se fait que par l’intermédiaire de nouveaux phagocytes qui arrivent ensuite.
« En résumé, dit Bordet, la transformation extra-cellulaire des vibrions dans la cavité péritonéale est due à cette circonstance assez fortuite qu’il y a dans cette cavité, au moment de l’injection, suffisamment de leucocytes pour qud le liquide ambiant devienne bactéricide et qu’il y en a trop peu pour que la phagocytose se fasse immédiatement sur une grande échelle ».
Si, en effet, comme l’a montré Metchnikoff, on injecte du vibrion cholérique dans la cavité péritonéale d’un cobaye vacciné et ayant reçu la veille une injection, de bouillon pour provoquer l’afflux des leucocytes, les microbes sont rapidement englobés et le phénomène de Pfeiffer ne se produit plus. Metchnikoff a pu reproduire le phénomène de Pfeiffer in vitro en mettant en contact les vibrions cholériques avec une trace de sérum préventif et une petite quantité de lymphe péritonéale contenant des globules blancs.
Deux facteurs entrent donc en jeu pour produire le phénomène de Pfeiffer : une substance bactéricide normalement contenue dans les leucocytes, et une substance préventive existant dans le sérum des animaux immunisés.
DE l’immunité
Ces deux substances sont parfaitement distinctes. Le sérum d’un animal vacciné, chauffé à SS°, perd ses propriétés bactéricides, mais conserve ses propriétés préventives qui ne disparaissent pas quand on soumet le liquide pendant une heure à une température de 70^ Isolément, chacune de ces substances n’agit que faiblement; réunies, elles déterminent une exaltation du pouvpir bactéricide; mais ce sur quoi insiste Metchnikoff, c’est que la diffusion de cette substance bactéricide dans la lymphe péritonéale est un phénomène pathologique lié à la souffrance des leucocytes; ceux-ci la retiennent énergiquement en l’état de santé.
Ainsi compris, le phénomène de Pfeiffer n’est plus qu’un épisode intéressant de la lutte de l’organisme contre les bactéries, et ne saurait servir de base à une théorie générale de
l’immunité. , „ , .
Une expérience très suggestive de Bordet va nous montrer une fois de plus, que les propriétés bactéricides d’un sérum sont sous la dépendance des sécrétions leucocytaires.
Bordet injecte du sang de lapin à des cobayes. Les globules rouges du lapin sont englobés par les leucocytes mononucléaires du cobaye qui les dissolvent.
En augmentant peu à peu la dose de sang injecté, il arrive à exalter le pouvoir globulicide des leucocytes à un tel point qu’ils laissent bientôt diffuser à l’extérieur leur diastase digestive; si bien que le sérum d’un cobaye ainsi traité a acquis
des propriétés nouvelles: mélangé in vitro à du sang frais de
lapin, il en dissout rapidement les globules rouges, ce qu il ne faisait pas auparavant; et, comme il jouit de la même propriété in vivoUl est devenu toxique pour le lapin auquel on 1 injecte.
La théorie cellulaire de l’immunité acquise rend compte bien
plus simplement des faits observés. j-4. .,
« Lorsqu’un virus est introduit dans le corps, dit Roux, il pullule au lieu d’inoculation et y forme les substances qui ■ attirent les leucocytes; mais plus le virus est actif, plus les poisons qu’il prépare sont énergiques ; il arrive que les cellules qui ont pénétré dans ce foyer toxique sont paralysées dans leur action et sont incapables d’englober les microbes qui se répandent sa^s obstacle. U y a même des virus très meurtriers, comme celui du choléra des poules, dont la toxine exerce sur
IMMUNITÉ ET IMMUNISATION
les leucocytes une chimiotaxie négative et les écarte du foyer de culture. Aussi, n’y a-t-il jamais de phagocytose dans cette affection.
(( Il n’en est pas de même chez l’animal vacciné ; l’immunité lui a été conférée soit paf l’inoculation d’un virus atténué, soit par l’injection de doses ménagées de produits microbiens. Dans les deux cas, il a été soumis à l’action de substances solubles que fabriquent les microbes, il a donc pour elles une certaine accoutumance. Quand nous lui donnerons un virus fort, ses phagocytes attirés au point d’inoculation et déjà accoutumés aux produits du microbe engloberont celui-ci avant qu’il ait eu le temps de préparer dçs doses notables de toxine. »
Si l’immunité naturelle [est due à la résistance des leucocytes aux poisons microbiens, noua pourrona enuaager l'immunité artificielle comme l'accoutumance dea phagocytea à cea mêmea poiaona.
3° Vaccination par le sérum d’un animal immunisé
Le troisième procédé d’immunisation consiste à injecter aux animaux qu’on veut rendre réfractaires le sang ou plutôt le sérum d’individus déjà ijnmunisés.
Les premières expériences dans cette voie sont dues à Maurice Reynaud (33) sur le sang de génisses inoculées de cowpox, et à Richet, et Héricourt (35) sur le sérum de chiens et de lapins vaccinés contre le Streptococcus pyocepticua : mais c’est à Behring et Kitasato que revient le mérite d’avoir mis en lumière les propriétés antitoxiques du sérum des animaux vaccinés.
Cette découverte, dont la portée est incalculable, est la base même de la sérothérapie, et l’on a pu dire que son importance n’a d’égale que celle de la découverte môme de l’atténuation des virus par Pasteur,
C’est en étudiant le tétanos et la diphtérie que Behring et Kitasato observèrent que le sang d’un animal immunisé injecté à un animal neuf le protégeait non seulement contre le virus vivant, mais encore contre la toxine. Bien plus, mélangé in vitro à cette toxine, il semblait la détruire et en annihilait les effets.
DE l’immunité
Il existait donc dans ce sérum une substance particulière, douée d’une action énergique sur la toxine ; on lui donna le nom à!antitoxine sans rien préjuger de sa nature.
Behring avait cru, d’abord, pouvoir attribuer à cette antitoxine la résistance naturelle de certains animaux au tétanos et à la diphtérie, mais on reconnut bientôt que le sang des animaux naturellement réfractaires n’est pas antitoxique, et qu’il ne le devient qu’à la suite d’une injection de toxine. L’antitoxine dérivait donc de la toxine ; c’était un produit artificiel créé par l’organisme sous l’action de cette dernière.
L’expérience de Behring étendue à un grand nombre d'espèces pathogènes montra que la propriété préventive du sérum, était d’ordre général, mais qu’elle était distincte de la propriété antitoxique. Celle-ci ne se rencontre que dans le sérum des animaux vaccinés à l’aide de toxines très actives et très diffusibles comme celles du tétanos et de la diphtérie. Le sérum des animaux immunisés contre le hog-choléra, le vibrion avicide, le pneumocoque, etc., protège bien un animal neuf contre le microbe de ces affections, mais non contre ses produits solubles. Il est préventif, mais non antitoxique.
Metchnikoff, Roux et Salimbeni (3S) ont montré qu’on pouvait, avec une môme espèce microbienne, obtenir à volonté un sérum préventif ou un sérum antitoxique. Ils immunisent des cobayes contre le choléra en leur inoculant des cultures de vibrion cholérique tuées par la chaleur. Ils recueillent ainsi un sérum uniquement préventif, impuissant à protéger les anirnaux neufs contre le poison cholérique. D’autre part, ayant réussi, par des artifices de culture, à obtenir une véritable toxine cholérique, très active, ils s’en servent pour vacciner des cobayes, dont le sang devient cette fois nettement antitoxique.
Deux produits nouveaux apparaissent donc dans le sang des animaux vaccinés :
L’antitoxine agissant sur les toxines, et la substance préventive exerçant son action sur les fonctions cellulaires.
Cette dernière, qui résulte vraisemblablement d’une modification des produits microbiens par l’organisme, offre cette particularité d’exalter considérablement le pouvoir bactéricide des leucocytes, comme nous l’avons vu, à propos du phénomène de Pfeiffer (p. 13) : c'est donc un auxiliaire précieux de la pha-
IMMUNITÉ ET IMMUNISATION
gocytose dont elle active le fonctionnement. Metchnikoff lui donne le nom de StimuUne pour la différencier de l’antitoxine.
Quant à l’antitoxine, produit artificiel, elle semble dériver de la toxine, sans qu’on ait pu jusqu’ici saisir le mécanisme de cette transformation.
Nous exposerons plus loin, à propos du tétanos et de la diphtérie, les théories émises sur l’origine et la formation de l’antitoxine et les travaux intéressants qui en découlent.
Immunité active et immunité passive.
L’immunité conférée par les sérums préventifs et antitoxiques est acquise instantanément, mais élle n’est pas durable. Elle n’est accompagnée d’aucune réaction de l’organisme, qui reste purement passif, d’où le nom A’immunité passive qui lui a été donnée par Ehrlich,
Elle diffère essentiellement de l’immunité obtenue soit par les virus eux-mêmes, soit par leurs produits solubles, beaucoup plus longue à établir, mais dont les effets persistent pendant un temps très long. Ici, l’état réfractaire n’est obtenu qu’au prix d’une lutte entre les éléments cellulaires et les virus ou leurs poisons; il y a réaction plus ou moins énergique de la part de l’organisme qui élabore en même temps des contre-poisons, il en résulte une immunité solide qu’on désigne sous le nom d’mmuniU active.
Nous venons de dire que, dans l’immunité passive, l’action nés sérums préventifs ou antitoxiques est immédiate; on a donc cherché à les faire agir contre une infection déjà déclarée, dans le but de l’enrayer et de la guérir, et on a réussi quelquefois. Malheureusement, leur efficacité n’est pas constaqte.
Un sérum qui est seulement préventif, et c’est le cas le plus général, si énergique qu’il soit, s’opposera sans doute au développement du virus dans l’économie; mais si ce virus a déjà eu le temps d’envahir les organes, il sera trop tard pour intervenir efficacement, et l’action thérapeutique du sérum sera à peu près nulle, parce qu’il ne pourra agir en môme temps sur les poisons élaborés. Il en est de môme pour les sérums antitoxiques.
Si, dans le tétanos, on laisse à la toxine le temps d’agir, si on attend l’éclosion des premiers symptômes, on pourra injecter
DE l’tmmunité 19
ensuite des centaines de centimètres cubes de sérum antitétanique sans résultat, alors qu’il aurait suffi d’une quantité infinitésimale pour prévenir tout accident. Dans la diphtérie, au contraire, où les premières atteintes du mal sont faciles à reconnaître avant l’infection généralisée, le sérum antidiphtérique interviendra efficacement et jouera un rôle thérapeutique important. L’effort des expérimentateurs doit donc tendre à conférer aux sérums des propriétés antitoxiques énergiques, car tous les microbes agissent par leurs produits solubles. Mais une difficulté se rencontre. A l’exception du tétanos et de la diphtérie, la plupart ne laissent pas leur toxine se répandre dans nos milieux artificiels de culture, ils n’en produisent que dans le corps des animaux, et encore cette toxine est-elle relativement peu active et peu diffusible, incapable de provoquer de la part de l’organisme la réaction nécessaire à la production d’antitoxine en quantité appréciable. Il faut donc chercher des procédés permettant d’exalter l’activité de ces poisons, si l’on veut arriver à produire des sérums vraiment thérapeutiques. Déjà la voie à suivre est indiquée par les belles expériences de Metch- “ikoff, Roux et Salimbeni (p. 124) qui sont arrivés à obtenir une toxine cholérique énergique, en cultivant le vibrion de Koch dans des sacs de collodion remplis de bouillon et introduits dans ta cavité péritonéale de lapins. Dans ces conditions, les vibrions sont à l’abri des phagocytes ; d’autre part, il s’établit à travers tes parois du sac de collodion des échanges osmotiques. Les produits venus de l’organisme pénètrent à l’intérieur du liquide de culture, et modifient favorablement sa composition. C’est là un procédé général qui est appelé à rendre de grands services en nous permettant d’obtenir des sérums véritablement thérapeutiques.
Classlflcation des Sérums thérapeutiques.
On peut envisager les sérums préventifs et antitoxiques comme des solutions de principes acüfs tirés du protoplasma vivant des animaux à l’aide de procédés spéciaux.
Ces principes actifs ne sont pas des produits naturels existant / tout formés, dans l’économie comme les alcaloïdes chez les végétaux, mais des substances fabriquées artificiellement et, au
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moment du besoin, par la cellule vivante sous l’action de certains produits microbiens.
Il ne faut pas les confondre avec les vaccins, constitués soit par des virus atténués, soit par des toxines modifiées, agents de l’immunité active.
Ce sont, en réalité, de véritables médicaments introduits par Behring dans la matière médicale, et comme tels ils ne peuvent être délivrés au public que par les pharmaciens. Mais, si ces,derniers ont pour devoir de s’assurer de l’identité et de la pureté des médicaments qu’ils ne peuvent préparer eux-mêmes, il faut bien reconnaître que les sérums, par leivr nature, échappent à leur contrôle. Il n’existe aucune réaction chimique permettant d’établir l’identité d’un sérum ou de mesurer son activité. Seule l’expérimentation sur les animaux peut fournir ces renseignements.
Aussi la préparation des sérums thérapeutiques n’est-elle pas laissée aux mains des premiers venus. Elle n’est autorisée que par un décret rendu après avis du Comité consultatif d’hygiène et de l’Académie de médecine (loi du 25 avril 1895, voir Appendice, page 149). De plus, chaque flacon doit porter la marque du lieu d’origine et la date de la fabrication.
Ainsi se trouve atténuée la responsabilité du dépositaire qui n’a aucun moyen à sa disposition pour déceler une falsification possible,
Nous aurions pu, dans ce chapitre consacré aux généralités, décrire une fois pour toutes les procédés de préparation des sérums thérapeutiques, immunisation des animaux d’épreuve, prise du sérum, etc. ; mais nous avons pensé que ce tte technique avait sa place toute marquée après l’histoire détaillée de la toxine et de l’antitoxine tétaniques. Il en est de même de l'exposé des travaux et des théories que la question des antitoxines a fait surgir de tous côtés, car c’est surtout le tétanos qui a servi de base à ces expériences.
Nous établirons d’abord parmi les sérums thérapeutiques deux grandes divisions comprenant : la première les Sérums antitoxiques ; \a. les Sérums anti-infectieux,
Les sérums anti toxiques renferment une antitoxine puissante capable de neutraliser môme in vitro des doses considérables de toxine. Ils sont actuellement au nombre de trois :
BIBUOSRAPHIE
Le sérum antitétanique ;
— antidiphtérique ;
— anti venimeux.
Les sérums antiinfectieux sont peu antitoxiques. Ils agissent surtout en s’opposant au développement du virus vivant. Ce sont les plus nombreux. Nous étudierons spécialement :
Le sérum antistreptococcique;
— antipesteux ;
— anticholérique ;
— anti typhique ;
— antipneumonique ;
, — contre le rouget des porcs.
Toutefois, les travaux de Metchnikoff, Roux et Salimbeni (page 123) sur la toxine cholérique nous font espérer qu’un certain nombre de sérums classés dans le second groupe, tels que les sérums antistreptococcique, antipesteux, anticholérique, ne tarderont pas à prendre place à côté des sérums anti-toxiques.
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