‹ Service de la cavalerie en campagneChapitre 3 sur 10 · INSTRUCTION DES SOUS-OFFICIERS ET BRIGADIERS · texte numérisé non relu

INSTRUCTION DES SOUS-OFFICIERS ET BRIGADIERS

L'instruction des sous-officiers et brigadiers doit évidemment comprendre, d'abord, celle que nous avons précédemment indiquée pour les cavaliers , et on suivra pour la leur inculquer la marche tracée dans la première partie de cette étude.

Mais les sous-officiers et brigadiers ont à remplir des rôles qui leur sont propres. Ils doivent être chefs de petits postes, de rondes, de patrouilles, de pointe d'avant-garde, de flanqueurs' d'extrême arrière-garde, de postes de correspondance. Nous allons étudier la marche à suivre pour leur apprendre ces différents rôles. Et tout d'abord, ici, comme pour Tinstruction du cavalier, il faut constamment placer l'élève dans la situation qu'on veut lui faire connaître, et non la supposer. Lorsque l'exercice le comporte, il est indispensable de représenter l'ennemi, ce qui lui donne de l'intérêt et grave infiniment mieux 9ans l'esprit ce qu'il y a à faire que les plus minutieuses théories.

En principe, dans les exercices où l'ennemi sera représenté, on admettra qu'on est battu ou pris, lorsqu'on se trouvera, à Timproviste, en présence d'une troupe supérieure en nombre à celle que Ton commande soi-même.

jo Chefs de petits postes.

Suivant les prescriptions de l'Ordonnance, c'est le commandant de la grand'garde qui doit placer, lui-même, les petits postes et donner à leurs chefs des instructions détaillées sur le service et la surveillance qu'exige leur position et les dispositions à prendre pour la défense et la retraite.

Pour mettre ces prescriptions à exécution, sans nous occuper pour le moment de la grand'garde elle-même, nous placerons un petit poste de 8 à 12 hommes commandé par un sous-officier ou un brigadier. Ce petit poste fournira deux vedettes, chacune à bOO ou 700 mètres du petit poste et séparées entre elles par un intervalle également de 600 à 700 mètres. Il est nécessaire que les vedettes soient aperçues du petit poste et s'aperçoivent entre elles, ou, tout au

moins, comme nous Tarons déjà dit, qu'elles aperçoivent toutes les deux une portion commune de l'espace qui les sépare.

Le chef du petit poste s'assure que les vedettes savent bien ce qu'elles ont à taire et leur indique les points sur lesquels doit plus particulièrement porter leur attention. Puis , il reconnaît le terrain qui l'entoure et spécialement les chemins par lesquels on peut arriver sur lui et ceux par lesquels il peut exécuter sa retraite sur la grand'garde. Enfin, il s'installe près de son petit poste, qu'il dissimule de son mieux, lui fait mettre pied à terre et met pied à terre lui-même, chargeant un homme d'avoir toujours l'œil sur les vedettes.

Ces préliminaires accomplis, nous ferons successivement se produire les divers incidents qui peuvent réellement se présenter à la guerre.

L'une des vedettes signale l'approche de l'ennemi : le chef de poste monte à cheval, y fait monter son poste, se porte lestement vers ses vedettes, suivi d'un cavalier, examine ce qui se passe et fait prévenir le commandant de la grand'garde par le cavalier qui l'a suivi. Lui-même continue à chercher à découvrir ce que se propose l'ennemi et quelle est sa force. S'il a affaire à trop forte partie, il se replie avec ses vedettes et son poste, mais sans se presser et sans perdre de vue l'ennemi. S'il n'a devant lui qu'une petite patrouille, il tâche de se cacher, de manière h la laisser passer, afin de pouvoir l'enlever.

La vedette n'a pas eu le temps de prévenir, elle a été surprise et elle vient de faire feu : le chef de poste et ses cavaliers montent lestement à cheval et se portent avec précaution vers la vedette qui a tiré. Dès que le chef de poste a pu se rendre compte de ce qui se produit, il envoie rapidement prévenir la grand'garde, lui-même se replie aussi lestement que possible avec ses hommes, et, s'il ne peut dissimuler sa présence et sa marche, il cherche à ralentir l'ennemi en disposant ses cavaliers en tirailleurs.

Puis, ce sont des déserteurs, des parlementaires ou même simplement des inconnus qui se présentent : le chef de petit poste se comporte comme nous l'avons déjà dit en parlant du service des vedettes.

A la nuit, le chef de petit poste, qui a reçu du commandant de la grand'garde les mots d'ordre et de ralliement, donne le mot de ralliement à ses vedettes. Les vedettes reconnaissent directement les rondes et les patrouilles qui passent à leur portée et n'appellent point le chef du petit poste. Mais le cavalier qui a pour mission d'observer les vedettes et qui est une sorte de sentinelle devant les armes, appelle son chef, qui doit venir lui-même reconnaître la ronde ou la patrouille," avec les formalités d'usage, c'est-à-dire demander le mot d'ordre et donner en échange le mot de ralliement.

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Il va sans dire que le chef de petit poste donne à la ronde ou à la patrouille tous les renseignements qu'il peut avoir.

Si Tune des vedettes est attaquée et fait feu, le chef de poste opérera comme il a été dit précédemment pour le service de jour, en observant toutefois que l obscurité lui permet de mieux dissimuler sa présence et qu'il doit plutôt chercher à découvrir la force et les projets de Tennemi que combattre. Si cependant l'ennemi s'avance hardiment avec l'intention évidente de percer les avantpostes, il doit tirailler le plus possible pour bien indiquer le danger.

Enfin, il est une espèce particulière de petits postes que l'Ordonnance définit ainsi :

€ Dans les corps détachés, des petits postes composés d'hommes intelligents sont, en outre, à la nuit, poussés au loin sur les chemins par lesquels l'ennemi peut arriver pour attaquer la position, pour la tourner ou pour couper la retraite. Ils sont placés de préférence sur l'embranchement de ces chemins, ils restent sans feu, se tiennent cachés et changent fréquemment de position; ils ne sont point liés entre eux. Ces postes annoncent l'approche del'ennemi au moyen de signaux dont ils sont pourvus, ou, à défaut, d'indices dont il a été convenu. Us se retirent sur des points qui leur ont été indiqués et par des chemins qu'ils ont reconnus à l'avance. »

Ces postes sont, il est vrai, fort peu du ressort de la cavalerie, la nuit surtout. Cependant il peut être nécessaire d'en placer, et, le jour, ils peuvent rendre encore de grands services. Ils rentrent essentiellement dans les fonctions de nos sous-officiers; c'est là un rôle difficile auquel il faut les exercer sérieusement.

Je n'ai pas grând'chose à ajouter aux prescriptions théoriques de l'Ordonnance, en ce qui concerne le choix et l'emplacement de ces petits postes, les moyens par lesquels ils doivent annoncer l'approche del'ennemi, l'étude qu'ils doivent faire des chemins par lesquels on peut arriver sur eux et de ceux par lesquels ils peuvent battre en retraite. Mais il est une de ces prescriptions qui me paraît dangereuse, c'est celle qui les autorise à changer fréquemment de posi tion. Si le commandant d'une grand'garde, après avoir étudié son terrain, a cru devoir placer un ou deux de ces postes détachés, il doit se- croire garanti par eux du côté vers lequel il les a placés ; s'ils changent de position , sa sécurité n'est plus assurée. J'estime donc que ces postes, une fois placés, ne doivent pas changer de position sans ordre, à moins que d'y être contraints par l'ennemi, auquel ca6 ils doivent prévenir le chef qui les a détachés.

Il n'est pas possible de donner des règles d'exécution pratique pour tous les cas qui peuvent se présenter pour le chef d'un poste de cette nature. Il doit chercher à dissimuler son poste de son

mieux, mais surtout exercer une surveillance constante sur les points par lesquels Tennemi peut arriver; être bien fixé, non pas sur une seule ligne de retraite, mais sur toutes celles qu'il peut utiliser, et se hâter de prévenir des mouvements ou de rapproche de l'ennemi, non pas seulement par des signaux ou des indices, mais encore par des messages verbaux ou écrits. Enfin, s'il a assez de monde, il doit chercher à se maintenir en relations avec la grand'garde dont il dépend , ou avec les postes voisins, au moyen de patrouilles de deux ou trois hommes.

Dans la pratique, le rôle du chef d'un poste de cette nature est fort difficile. Exercez-y vos sous-officiers et tenez leur attention en éveil en cherchant à les faire surprendre ou tourner par des patrouilles ennemies.

Ni de jour, ni de nuit, les petits postes, de quelque nature qu'ils soient, ne doivent rendre d'honneurs.

2° Chefs de rondes et de patrouilks.

Les rondes et les patrouilles se divisent en trois grandes catégories : i^ les rondes et les patrouilles de surveillance; 2® les patrouilles d'exploration ; 3» les découvertes.

Quelle que soit la nature de la patrouille, son chef doit être bien convaincu que sa mission est d'observer, de donner des nouvelles et non de combattre. Le principe qui doit présider à leur organisation typique est donc que les hommes qui la composent ne puissent pas, on ne puissent être que difficilement enlevés tous à la fois.

Avant d'entrer dans le détail des opérations des différentes patrouilles, j'indiquerai cette organisation type pour les petites patrouilles de 3 à 12 ou 15 hommes, chef compris, que nos brigadiers ou sous-officiers peuvent avoir à conduire.

Patrouille de 3 hommes : le chef se fait précéder par un de ses hommes et suivre par l'autre.

Patrouille de 4 hommes : un homme en avant, un sur chaque flanc, le chef un peu en arrière de la ligne de ces derniers.

Patrouille de 5 hommes : un homme en avant, un homme en arrière, un sur chaque flanc, le clief au milieu.

Patrouille de 6 hommes : deux hommes en avant et l'un derrière l'autre, ou du côté le plus exposé, un homme en arrière, un sur chaque flanc, le chef au milieu.

Patrouille de 7 hommes : deux en avant, ou du côté le plus exposé, deux en arrière, un sur chaque flanc, le chef au milieu .

Patrouille de 9 hommes : deux en avant, deux en arrière, deux sur chaque flanc, le chef au milieu.

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Quand la patrouille comprend plus de neuf hommes, elle adopte la même disposition que la patrouille de 9, et les hommes qui ne sont pas employés en éclaireurs ou flanqueurs, marchent derrière le chef. La distance entre les divers éléments qui composent une patrouille est variable, suivant que Ton opère de jour ou de nuit, en terrain couvert ou découvert; on peut admettre qu elle doit être comprise entre 100 et 10 mètres, et, dans tous les cas, être réglée de telle sorte que le chef puisse, de jour, apercevoir tous ses hommes, et, la nuit, s'entendre avec eux à voix basse. Enfin, dès qu'un incident quelconque est signalé^ le système s'arrête et le chef se porte vers celui de ses cavaliers qui a appelé son attention.

Il est clair que ce ne sont là que des dispositions d^étude que modifieront la nature du terrain et les circonstances. Mais habituez vos sous-ofiftciers et brigadiers à les prendre dans les exercices, ils trouveront bien plus facilement ce qu'il y aura à faire lorsqu'ils seront en présence de la réalité.

Entrons, maintenant, dans le détail des opérations des diverses rondes ou patrouilles.

Les rondes, dit l'Ordonnance, sont chargées de s'assurer de la vigilance des postes et des sentinelles ou vedettes et observent tout ce qui peut intéresser les postes. Pour donner aux chefs de ronde Toccasion de mettre ces principes en pratique, vous disposerez quelques petits postes détachant quelques vedettes, comme nous l'avons indiqué dans l'article précédent. Puis, vous dirigerez une ronde sur l'une des extrémités de la chaîne.

L'Ordonnance prescrit que le commandant d'une grand'garde doit reconnaître, avec ceux qui doivent conduire les rondes et les patrcHiiUes, les chemins que celles-ci doivent parcourir. Vous vous serez donc fait accompagner, en plaçant vos petits postes, de ceux qui doivent commander vos rondes. Quand cette précaution n'aura pas été prise, il faudra indiquer avec soin aux chefs de rondes et de patrouilles l'itinéraire qu'ils doivent suivre, le poste par lequel ils doivent commencer et celui par lequel ils doivent finir leur tournée. Ce dernier poste doit être averti de Tarrivée d'une patrouille de telle force, commandée par tel chef.

Le chef de ronde se dirigera sur la vedette la plus extrême, puis ira successivement d'une vedette à un petit poste, d'un petit poste à une vedette, d'une vedette à une autre. Sa mission est surtout un contrôle ; mais il doit aussi observer ce qui se passe autour de lui et habituer les hommes qui l'accompagnent àêtre toujours aux aguets.

Les rondes sont reconnues, de jour, à la vue, et les vedettes ne doivent les interpeller que si elles ne reconnaissent pas distinctement leur chef; de nuit^ avec les formalités réglementaires.

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Si le service est bien fait, le chef de ronde conliiiue son opération jusqu'à l'extrémité de la chaîne et ne rend compte qu'en rentrant.

Mais il peut se présenter bien des irrégularités.

Une vedette ou un poste ne se trouve pas à la place qu'il devrait occuper :1e chef delà ronde en fait immédiatement prévenir le commandant de la gr^nd'garde par un des hommes qui raccompagnent, laisse l'autre au point que devait occuper le poste ou la vedette absente; en même temps, il s'assure que les postes voisins sont à leur place et il recherche les causes de la disparition du poste absent.

Le chef de ronde s'assure encore que les vedettes sont tournées du bon côté et placées de manière à bien voir et entendre. Il arrive parfois que la nuit, et surtout par les grands vents, les chevaux finissent par tourner complètement la croupe à l'ennemi ; le chef de ronde replace les vedettes et leur mdique un point fixe dans la direction de l'ennemi. Il s'assure, enfin, que le service se fait, dans chaque poste, régulièrement et avec intelligence de la situation.

Mais, encore une fois, ne vous bornez pas à raconter tout cela à ceux que vous voulez instruire; montrez-leur pratiquement ce qu'ils doivent faire et faites-les agir. Faites commettre par vos postes et vos vedettes, non-seulement les fautes que je viens de vous indiquer, mais toutes celles que vous imaginerez, et mettez vos chefs de ronde aux prises avec elles.

Passons aux patrouilles.

L'Ordonnance n'est pas d'une clarté parfaite en ce qui concerne le service. Elle ne définit point les patrouilles et se borne à dire, article 90 : « Les patrouilles marchent lentement, avec précaution et sans bruit; elles font de fréquentes haltes pour écouter; elles observent avec soin le terrain qu'elles explorent. » Certes, ces principes sont excellents, mais ont peut-être besoin de quelques développements et seraient certainement insuffisants pour apprendre à nos cadres inférieurs à bien diriger une patrouille. Nous allons chercher à suppléer à celte insuffisance.

Les patrouilles de surveillance concourent, avec les vedettes, à assurer la sécurité des grand'gardes. Quelques écrivains militaires même, et le maréchal Bugeaud est du nombre, voudraient voir diminuer notablement le nombre et la force des petits postes et augmenter les patrouilles. L'Ordonnance n'a pas admis ce système ; mais, tout en maintenant la chaîne continue, elle prescrit l'emploi de ce moyen auxiliaire de surveillance.

Ces patrouilles, ayant pour principal objet d'assurer la sûreté des postes qMi les détachent, en parcourent les approches et les relient aux postes voisins. Elles ne doivent pas dépasser quatre ou cinq

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hommes et procèdent comme les rondes. Toutefois, leur mission comprend, en outre, de voir si Tennemi ne se montre pas au delà du cercle d'observation des petits postes, mais sans s'éloigner beaucoup de la chaîne des vedettes. La limite de leur champ d'exploration sera la ligne jusqu'à laquelle arrive la vue des vedettes. Elles se porteront jusqu'à cette ligne, mais s'arrêteront au moment où elles cesseraient d'être en vue des vedettes.

C'est ici le cas de rappeler le principe essentiel de toutes ces petites opérations : voir sans être vu. Une patrouille dé surveillance ne doit donc pas s'en aller au hasard et piquer, sans précaution, des pointes en avant des vedettes. Elle doit, au contraire , chercher à se glisser inaperçue, en profitant des obstacles du terrain, des lisières de bois, des arbres, etc.; il faut éviter les chemins pierreux et les terrains sonores. On s'arrête souvent, on écoute ; un homme descend de cheval et colle l'oreille contre terre. Point n'est besoin d'ajouter que l'on ne doit ni causer, ni fumer.

Mais, encore une fois, ne perdez point votre temps à faire des théories générales. Formez vos patrouilles, faites-les circuler, et, dans le principe, marchez à côté de leurs chefs; montrez-leur, quand l'occasion s'en présente, à tirer parti du terrain, et mettez-les en présence des divers incidents qui peuvent se présenter.

Rencontrent-ils une vedette, un poste ou une patrouille amis, de jour, ils se reconnaissent à la vue; de nuit, avec les formalités réglementaires. Dans tous les cas, on échange ses observations et ses renseignements. Aperçoit-on une patrouille ou un parti ennemi, on cherche à ne pas être aperçu soi-rmême et à reconnaître les intentions de l'ennemi et sa force ; le chef de patrouille fait prévenir immédiatement le poste voisin. Si l'on est surpris soi-même, il ne faut pas hésiter à faire un feu rapide, afin de donner l'alarme. Faites reproduire ces incidents autour de vos chefs de patrouilles et montrez-leur à se tirer d'affaire.

Enfin, la patrouille rentre à son point de départ. Exigez de son chef qu'il vous rende compte de tout ce qu'il a dû voir et remarquer. Ne vous contentez pas de celte formule sacramentelle : « Rien de nouveau ; » mais forcez le chef de patrouille à parler. Il est parti de tel poste, en avant de tel autre; à telle distance, il a fouillé un bois de telle importance; à une heure de là, il a pénétré dans un chemin creux, etc. Pas de fantaisie, mais le récit exact et complet de ce qui a été fait, la description sommaire, mais exacte, du terrain parcouru.

Les patrouilles de surveillance, dont nous venons de nous occuper, circulent, comme nous l'avons déjà dit, dans le rayon des avant-postes et ne dépassent guère la chaîne des vedettes de plus de 1,000 h 1,500 mètres. Mais il peut être nécessaire de porter des

patrouilles à une plus grande distance de cette chaîne; ce sont alors des patrouilles d'exploration. Ces patrouilles ont généralement pour but ou de fouiller certains endroits déterminés en avant des avant-postes, que leur éloignement ne permet pas d'occuper constamment, ou de surveiller les avant-postes ennemis, de reconnaître leurs emplacements et les mouvements qui s'y produisent.

Le chef d'une patrouille de cette nature doit bien se persuader qu'il est chargé de rapporter des nouvelles et non de combattre. Au reste, pour lui en ôter toute envie, sa patrouille ne doit pas dépasser la force que nous avons précédemment indiquée, au plus 8 ou 9 hommes, et généralement 4 ou 8 suffisent.

Ces patrouilles marcheront avec les mêmes précautions que les précédentes. Cependant, elles ont une mission à remplir, et il faut qu'elles la remplissent. La partie la plus importante de cette mission est d'avoir des nouvelles de l'ennemi; le soin de leur propre sécurité ne vient qu'après.

Pour faire agir une de ces patrouilles, vous indiquerez avec précision à son chef la mission qui lui est confiée, la direction qu'il doit suivre tant pour l'aller que pour le retour. Dans le commencement, accompagnez vos chefs de patrouilles et apprenez-leur à se servir du terrain.

Ont-ils à parcourir un terrain tantôt couvert , tantôt découvert, ils ne doivent pas se cacher au plus épais du fourré , mais côtoyer les bords, afin de pouvoir surveiller les espaces découverts. Lorsqu'ils rencontrent des terrains complètement découverts, il faut rechercher de quel côté on peut le mieux les tourner, ou, si cela doit faire perdre trop de temps, comment il est possible de se défiler en les traversant rapidement. Atteint-on un point qui permette de voir au loin, comme la lisière d'un bois, le sommet d'une colline, le changement de direction d'un chemin, on s'arrête et on obser\'e, nonseulement les environs, mais aussi loin que possible.

Chemin faisant, notre patrouille en rencontre une autre. Elle doit d'abord rester immobile, afin de reconnaître si cette patrouille est amie ou ennemie. Si elle est amie, les deux patrouilles se communiquent ce qu'elles ont appris. Si elle est ennemie et qu'elle n'ait pas aperçu notre patrouille, celle-ci doit la laisser passer tranquillement et tâcher de faire prévenir sans bruit le poste le plus voisin. Car, quelque favorable que soit, peut-être, l'occasion de faire ainsi des prisonniers, cela est impossible sans bruit, et le bruit peut être plus nuisible que la capture de quelques ennemis ne serait avantageuse. Mais, si notre patrouille est découverte par celle de l'ennemi et ne peut s'esquiver, elle doit l'attaquer résolument et chercher à faire des prisonniers.

Quoi qu'en dise l'Ordonnance, il n'est pas nécessaire qu'une patrouille fasse toujours feu lorsqu'elle est simplement rencontrée par Fennemi. Si elle reste immobile, il peut se faire que l'ennemi croie être dans Terreur et continue son chemin. Mais, si elle est attaquée^ alors elle ne doit plus hésiter : elle doit, au contraire, faire le plus de bruit possible, afin d'avertir les postes voisins de se tenir sur leurs gardes.

Une autre fois, la patrouille arrive dans le voisinage de l'ennemi et aperçoit un de ses postes. On lui montre à s'approcher de ce poste, en se cachant et en évitant d'éveiller son attention. Si l'ennemi ne la découvre pas, il faut lui apprendre à rechercher les postes voisins, afin de pouvoir, à sa rentrée, donner une idée aussi exacte que possible des avant-postes ennemis. Puis, elle se retire en prenant toujours les plus grandes précautions pour ne pas être découverte.

Dans cette opération de reconnaître les avant-postes ennemis, plusieurs cas peuvent se présenter. Ou le service se fait tranquillement, et le chef de patrouille en profitera pour étudier la disposition de ces postes, leur force, la direction probable de la grand'garde dont ils dépendent, son importance, etc.; ou les avant-postes ennemis envoient aussi des patrouilles, et la nôtre doit être exercée à les éviter; ou bien, enfin, l'ennemi met ses avant-postes en mouvement dans un but évidemment offensif, et le chef de la patrouille doit se hâter d'en envoyer prévenir le corps dont il dépend.

On pourra encore prescrire au chef de la patrouille de traverser la chaîne des vedettes et des petits postes ennemis et de s'approcher des grand'gardes. Il doit alors laisser une partie de ses hommes en dehors de cette chaîne, et ceux-ci attendent, en se cachant, soit le retour de leur chef, soit un signal, une alarme dans le camp ennemi, etc., qui leur annoncent que ce retour est improbable, au moins par le même chemin. Le chef de la patrouille cherche, avec un ou deux hommes, à se rapprocher de la grand'garde ennemie, à s'assurer de sa force, à voir relever les postes, etc. S'il parle la langue de l'armée ennemie, il peut entendre le mot d'ordre, ce qui faciliterait singulièrement son retour. Dans tous les cas, il se retire avec moins de bruit que jamais, et dès qu'il est hors de la portée de l'ennemi, 11 revient aussi rapidement que possible rapporter les renseignements qu'il a recueillis.

Il est évident que ce dernier exercice ne peut avoir lieu que de nuit. Mais, avouons-le, la cavalerie est peu propre à ce genre de service; ses patrouilles, pendant la nuit, ne doivent que fort peu dépasser la ligne des vedettes. Si l'on veut tenter un coup de cette nature, il ne feut le confier qu'à un chef intelligent et résolu, accompagné de quelques hommes adroits et énergiques. Dans ce cas.

arrivé à proximité des avant-postes ennemis, une partie des hommes mettra pied à terre avec le chef de la patrouille, et, laissant leurs chevaux à leurs camarades et leurs sabres accrochés à leur selle, ils chercheront, le fusil à la main, à se glisser en dedans de ces avant-»postes.

Les quelques cas que j'ai signalés n'embrassent certainement pas tout le service des patrouilles, mais ils suffisent pour indiquer de quelle manière cette instruction doit être dirigée : toujours mettre celui qu'on veut instruire dans la situation même qu'on lui veut enseigner, bien lui indiquer sa mission et exiger qu'à son retour il en rende un compte précis.

Mais, si les patrouilles proprement dites et surtout les patrouilles de nuit sont peu du domaine de la cavalerie, il est une espèce de patrouille qui rentre essentiellement dans son service, c'est celle que l'Ordonnance appelle découvertes.

Les découvertes ne sont que des patrouilles un peu plus fortes, chargées, au point du jour surtout, de se porter au loin, en avant des vedettes; de reconnaître, soit des points déterminés, soit les divers accidents de terrain qui peuvent se présenter en avant des avant-postes, soit la position et les mouvements de Tennemi. En raison de l'importance de leur mission, les découvertes sont gêné* ralement commandées par des officiers, mais il est bon d'y exercer nos sous-officiers.

Les découvertes marchent comme les patrouilles et adoptent la même organisation, mais elles ont un but spécial et elles doivent le remplir. Aussi ne doivent-elles point multiplier outre mesure les précautions de sûreté et ne pas trop céder à la crainte exagérée des ruses de l'ennemi. Cet excès de prudence ne s'obtient qu'au prix d'une grande lenteur, et le but principal, qui est d'avoir promptement des nouvelles, n'est pas rempli. Il y a une mesure à garder entre une prudence exagérée qui ralentit l'opération, et une témémérité aveugle qui la compromet.

Les découvertes n'ont plus, comme les patrouilles, à cacher le bruit qu'elles peuvent faire; aussi suivent-elles franchement les routes et les chemins, car, ici, la vitesse est un élément de succès et la cavalerie ne marche vite que sur les routes praticables. Seulement, elles se couvrent en poussant un peu plus au loin leurs éclaireurs et leurs flanqueurs, et elles ne doivent s'approcher d'un accir dent de terrain ou s'engager dans un passage difficile que lorsque les éclaireurs les ont reconnus.

Ces principes élémentaires posés, indiquez avec précision au chef d*une découverte la mission que vous lui avez confiée, tâchez de lui faire apprécier sur la carte la direction à suivre, la nature du terrain à parcourir, et faites-le marcher.

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L'ennemi est-il signalé par Tun des éclaireurs, le chef de la découverte doit s'assurer rapidement s'il a affaire à une patrouille, à une découverte, à un corps en marche ayant des intentions hostiles ou aux premières vedettes d'un système d'avant-postes.

Si c'est une patrouille d'une force inférieure à sa propre troupe, le chef de la découverte la fera rejeter de côté par une partie de son monde, mais sans se laisser détourner de son but, et continuera à se porter en avant, n'oiibliant pas qu'il ne doit pas chercher à se procurer un engagement plus ou moins brillant, mais se rappelant qu'il a derrière lui une troupe à laquelle il importe qu'il ne soit pas enlevé.

Si l'on a devant soi les éclaireurs d'un corps en marche, le chef de la découverte doit s'assurer de la force de ce corps et de la direction qu'il suit, au besoin en repoussant ses éclaireurs; si Ton a affaire à une force sérieuse et menaçant nos avant-postes, il faut se replier ou côtoyer le corps ennemi en l'inquiétant dans sa marche, mais en se hâtant de faire prévenir les avant-postes les plus rapprochés. Si la force du parti ennemi n'a rien d'inquiétant, si c'est aussi une simple découverte, il faut se contenter de faire prévenir les avant-postes et poursuivre sa mission.

Si l'on se trouve en présence des vedettes de l'ennemi, la découverte doit faire plus qu'une simple patrouille : elle doit forcer ces vedettes à se replier et chercher à reconnaître ce qu'il y a derrière les avant-postes ennemis, toutefois sans compromettre outre mesure sa propre sécurité. Mais c'est ici le cas de répéter que trop de prudence nuit. Si l'on tâtonnait avant de s'engager, on risquerait d'attirer sur soi des forces plus considérables que celles en présence desquelles on se trouve actuellement. Il faut donc, en se couvrant de quelques tirailleurs peu nombreux et en assurant ses derrières par quelques cavaliers, prendre franchement l'offensive avec le gros de sa troupe. Si le poste ennemi cède, il faut le suivre vivement, peut-être surprendra-t-on ainsi la grand*garde, la forcera-t-on ellemême à reculer et pourra-t-on parvenir à reconnaître le corps principal. Mais une fois ce but atteint, il faut se hâter de battre lestement en retrafte. Ainsi, résolution prompte, mouvement en avant hardiment exécuté, s'arrêter à temps, retraite rapide, c'est là les conditions que doit remplir une découverte qui rencontre les avantpostes ennemis, et c'est dans ce sens qu'il faut diriger Tinstructioû de nos sous-ofBciers.

Dans les commencements, mettez vos découvertes en présence d'un ennemi plus faible qu'elles et qui pliera devant elles. Puis, au contraire, faites tout à coup apparaître un parti qui leur soit supérieur en nombre et exercez-les à se replier lestement et avec précaution.

24 lOtIHNAL DK9 SGIENGES HILITAIRES.

Bien que l'Ordonnance dise que les palrouilles et les découvertes se conforment k ce qui est prescrit au titre des reconnaissances journalières, doivent-elles échelonner des détachements en arrière en se portant en avant ? Je ne le pense pas. D'abord, cela affaiblit la troupe, qui n*est déjà pas très-forte; ces petits détachements peuvent être enlevés par les découvertes ennemies; enfin, cela oblige à revenir par te chemin que Ton a déjà suivi au départ. Or, si cette mesure est bonne pour les patrouilles de nuit, elle est iiHilile et peut être dangereuse pour les découvertes.

Mais ce qu'il faut exiger absolument, c'est que les chefs de patrouilles et de découvertes rendent, à leur rentrée, un compte exact de la conôgur^ion du terrain qu'ils ont parcouru, du plus ou moin& de vigilance des postes ennemis, en un mot, comme le dit l'Ordon- »ance, de tout ce qu'ils ont observé. Tout est là, dans le service en campagne, voir et rendre compte, et ïwus ne saurions trop y exercer tous nos subordonnés.

3^ Chefs de pointe d^'avani-garde, de flanqneurs, d^extrême arrièregarde.

Après avoir appris à nos sous-ofBciers et brigadiers leur rôle dans îe service de sûreté de pied ferme, il faut le leur enseigner dans le service de sûreté en marche.

Ce rôle consiste à diriger des pointes d'^avant-garde, des groupes de flanqueurs, des extrêmes arrière-gardes.

Dans ces différents cas encore, comme nous l'avons fait pour les patrouilles, nous adopterons des formations type», quitte à les plier ensuite aux nécessités du terrain.

La pointe d'avant-garde se composera normalement de quatre, six ou huit cavaliers commandés par un brigadier ou un sous-officier, et adopteraf la disposition suivante : deux cavaliers en avant, I'ud derrière l'autre et à une dizame de pas l'un de l'autre; à 100 pas en arrière le chef; sur chaque flanc, et à 200 ou 300 pas, à la hauteur du chef, deux autres cavaliers; enfin, si notre pointe d'avant-garde comporte huit hommes, les deux derniers marchewmt à quelques pas en arrière du chef.

Il sera toujours possible de disposer dans Tordre que nous venons d'indiqiier les deux hommes de pointe et ceux qui suivent le chef; mais le terrain permettra rarement de faire marcher à la distance fixée les cavaliers placés sur chaque flanc. Dans ce cas, il ne feut pas moins les placer sur chaque flanc, et, lorsqu'on aperçoit un accident de terrain, on le fait reconnaître par les cavaliers du côté desquels il se trouve. Si l'on rencontre une route latérale^ les deux cavaliers du côté desquels elle se trouve s'y engagent à quel-

que distance Tun de l'autre et se portent à une distance telle que la colonne qui suit ait le temps de défiler avant leur retour^ environ 500 ou 600 mètres, ou qu'ils aient été relevés par cette colonne. Cependant, s'ils arrivaient à un point culminant qui leur permit de voir à une grande distance, il serait inutile d'aller plus loin, et ik devraient y rester jusqu'à ce que la colonne eût défilé ou les eût fait remplacer. Dans tous les cas, dès que les flanqueurs s'éloignent, le chef de la pointe d'avant-garde les fait remplacer par un des hommes qui le suivent, ou fait demander deux cavaliers de plus au chef de l'avant-garde dont il dépend.

Les cavaliers de la pointe d'avant-garde, aussi bien ceux qui marchent en tète que ceux qui marchent sur les flancs, se conforment aux prescriptions précédemment indiquées pour les éclaireurs, et préviennent immédiatement leur chef direct de tout ce qu'ils remarquent d'important : accidents de terrain ou mouvements de l'ennemi. Il y a pourtant une exception à faire pour les cavaliers qui marchent sur les flancs : lorsqu'ils se sont engagés sur une route latérale, ils auraient trop de difficultés souvent à rejoindre leur chef direct, et ils doivent alors rendre compte, en rejoignant la colonne, au premier oflScier qu'ils rencontrent; celui-ci fait prévenir le chef de la colonne. Quant aux éclaireurs qui se sont détachés de la pointe d'avant-garde, ils ne la rejoignent que lorsqu'une halte leur permet de le faire sans précipiter leur allure.

Mais, comme nous nous occupons surtout, en ce moment, de l'instruction des chefs de pointe d'avanl-garde, nous supposerons que tous les renseignements leur parviennent

Leur premier devoir est de vérifier, autant que possible, l'exactitude de ces renseignements et de les transmettre au commandant de l'avant-garde, ce qu'ils font en lui adressant un message verbal, ou mieux encore écrit, en se conformant à ce que nous avons dit en parlant du service de correspondance. Mais, même quand la marche ne présente aucun incident, le chef delà pointe d'avant-garde doit fréquemment tenir le commandant de l'avant-garde au courant de l'état de la route.

Après s'être rendu compte de l'accident de terrain que lui signalent ses éclaireurs, le chef de la pointe d'avant-garde prend ses mesures pour l'aborder.

S'agit-il d'un défilé? Il cherche à en faire reconnaître les abords par ses flanqueurs; puis il y engage ses deux hommes de pointe, le premier lestement, le second suivant à quelque dislance; lui-même ne s'y engage que lorsque le second éclaireur lui a fait signe qu'il peut le faire sans danger. Dès que le défilé est franchi, il pousse ses éclaireurs assez au loin pour pouvoir assurer le commandant de l'avant-garde contre une surprise, et il fait prévenir cet officier.

Si ron rencontre un bois, on procède de la même manière, s'il n'est pas trop étendu ; les deux hommes de pointe suivent la roule principale, les flanqueurs cherchant à la contourner. Mais souvent les bois sont trop considérables pour que ce système soit praticable : alors les deux cavaliers de pointe suivent la route principale; les autres battent les environs de cette route à 500 ou 600 mètres de chaque côté. Dans tous les cas, il faut se hâter de prévenir le chef de Tavant-garde, en l'avisant, autant que possible, de Timportance du bois.

Si Ton a devant soi un village, on procède toujours de même : les cavaliers de pointe s'y engagent; les cavaliers des flancs cherchent à le contourner. Il y a pour cette opération plusieurs systèmes : l'un consiste à s'avancer avec circonspection, à fouiller les maisons, à arrêter un habitant, etc.; il me paraît d'une grande lenteur. L'autre, et c'est celui qu'employaient les Allemands dans la dernière guerre, brusque le mouvement et fait traverser le village au galop par le premier cavalier de la pointe. Je le préfère au premier : d'abord, si l'on a pu arriver jusqu'à l'entrée du village sans rencoiitrer de postes ennemis, il est probable que ce village n'est pas occupé; puis, s'il l'est, il est probable que ce cavalier passant au galop provoquera quelques coups de fusil qui avertiront le chef de la pointe d'avant-garde. Dans tous les cas, ce chef ne traverse lui-même le village que lorsque ses éclaireurs lui ont rendu compte qu'il n'y a pas de danger; il se hâte de faire prévenir le chef de l'avantgarde. Si Ton arrive à une ville, la pointe d'avant-garde n'est plus assez nombreuse pour la reconnaître seule, et son chef doit se borner à faire prévenir l' avant-garde et attend les ordres de son chef, en prenant une position d'attente aussi dissimulée que possible.

Lorsque les cavaliers et les chefs de pointe d'avant-garde seront familiarisés avec l'étude du terrain, on leur fera rencontrer l'ennemi.

En principe, la pointe d'avant-garde n'est pas faite pour combattre, mais bien pour renseigner. Il n'y a rien de plus insignifiant et parfois même de plus dangereux que ces tireries inutiles. Il faut donc, dès qu'un des éclaireurs signale la présence de Tennemi, que le chef cherche à dissimuler sa petite troupe, à se rendre compte de ce qu'il a devant lui et fasse prévenir le chef de l' avant-garde. Ce n'est que si l'on ne peut pas avertir autrement que l'on doit faire feu.

Bien qu'il ne soit pas possible de prévoir tous les cas qui peuvent se présenter, voici quelques exemples de petites opérations de cette nature que vous pouvez exécuter.

La pointe d'avant-garde suivant une route donnée, placer dans le

voisinage de cette route, mais cachée par un accident de terrain, une patrouille ennemie. Votre pointe d'avant-garde doit Téventer sans être prévenue du point où elle la rencontrera.

Une autre fois, faites avancer franchement un parti ennemi ; ou bien combinez les mouvements de deux ou plusieurs partis ennemis de manière à les faire arriver successivement en présence de votre pointe d'avant-garde; enfin, vous pouvez imaginer dans cet ordre d'idées toutes les combinaisons possibles; mais surtout pas de simples hypothèses : lorsque vous voulez faire intervenir l'ennemi, représentez-le, c'est le meilleur moyen de rendre ces exercices attrayants et instructifs.

Dans tous les cas, le chef de la pointe d'avant-garde doit être bien convaincu que sa mission essentielle est, ici encore, de bien voir et de bien renseigner l'avant-garde qu'il précède.

Mais ce n'est pas seulement en avant qu'une troupe en marche doit être gardée, c'est aussi sur ses flancs. L'Ordonnance ne s'est pas occupée spécialement de ce service, et le comprend dans celui des éclaireurs, car le titre qu'elle consacre aux flanqueurs a surtout en vue les corps détachés pour flanquer au loin des corps plus considérables. Il est pourtant nécessaire de se garder sur ses flancs d'une manière analogue à celle que l'on emploie pour se garder en avant de son front.

Théoriquement, il n'y a rien de plus simple. De même que tout corps en marche détache en avant une troupe plus faible qui forme son avant-garde, il détache sur chacun de ses flancs une troupe qui le flanque. Ces fractions détachées poussent de chaque côté quelques éclaireurs, et tout le système se meut symétriquement dans une belle ordonnance.

Pratiquement, cela ne laisse pas de présenter quelques difficultés, et vous n'avez qu'à jeter un coup d'œil sur le premier terrain venu pour voir combien il serait difficile d'y faire marcher une colonne en la faisant entourer de flanqueurs, se maintenant à 1,000 mètres, en movenne, de ses flancs.

Si l'on a la chance d'avoir des chemins sensiblement parallèles à celui que l'on suit, et à bonne distance de flanquement, en moyenne 1 kilomètre, c'est bien, il faut les utiliser et y faire marcher de petites troupes qui prendront la disposition déjà indiquée pour l'avantgarde.

Si l'on n'a pas cette ressource, ce qu'il y a de plus simple, c'est de placer en lete de la colonne une troupe spécialement chargée de pourvoir à la sécurité des flancs. Cette troupe suit la même route que la colonne. Couverte par l'avant-garde, elle n'a pas à se préoccuper de ce qui se passe en avant d'elle. Mais, lorsqu'elle "cesse de découvrir le terrain à environ 1 kilomètre de chaque côté, elle en-

voie sur les points culminants, vers les accidents de terrain, bois, villages, etc., qui se montrent à Thorizon, sur les routes qui se détachent de celle suivie, de petites patrouilles chargées d'explorer ces accidents et de découvrir ce qui se passe. Ces patrouilles prennent les dispositions indiquées pour la pointe d'avanl-garde et se conforment aux mêmes principes, tant pour reconnaître que pour transmettre les renseignements qu'elles ont recueillis.

Si le terrain le leur permet, elles se maintiennent, autant que possible, sur le flanc de la colonne. Dès qu'elles ne le peuvent plus, leur chef fait prévenir son chef direct; celui-ci détache une nouvelle patrouille, qui tourne l'obstacle et remplace la première. La patrouille remplacée laisse filer la colonne, rallie la queue, et, dès qu'elle le peut, rejoint la troupe à laquelle elle appartient.

Ce qui précède s'applique à une colonne en marche vers l'ennemi. Si l'on exécute une marche de flanc, il est clair que le côté vers lequel se trouve l'ennemi doit être plus spécialement surveillé. Dans ce cas, il est à peu près indispensable de faire marcher parallèlement à la colonne une troupe qui couvre le flanc menacé. Si la nature du terrain s'y oppose absolument, on procédera comme dans la marche en avant; mais les petites patrouilles envoyées du côté de l'ennemi devront être poussées plus au loin et jusqu'à ce qu'elles soient en contact avec lui.

Dans tous les cas, les chefs des patrouilles de flanqueurs prendront les dispositions indiquées pour la formation dos pointes d'avant-garde et se conformeront aux prescriptions déjà faites pour les chefs de ces pointes d'avant-garde.

Enfin, de même qu'une troupe doit se garder sur son front et sur ses flancs, elle doit se garder sur ses derrières ; c'est le rôle de l'arrière-garde.

Dans une marche en avant, le rôle de l'arrière-garde se borne à un service d'ordre et de police. Nous n'avons pas à nous en occuper ici. Mais, dans une marche en retraite, Tarrière-garde acquiert une importance considérable. Nous y reviendrons plus en détail lorsque nous nous occuperons d'opérations d'ensemble. Pour le moment, nous n'avons en vue que les missions qui peuvent incomber à des sous-offîciers et à des brigadiers.

Le rôle des sous-offîciers et brigadiers, dans une arrière-garde, comprend la conduite des extrêmes arrière - gardes. La mission essentielle de ces petites troupes est de se maintenir en contact avec l'ennemi et de tenir au courant de ses dispositions la troupe dont elles dépendent.

L'extrême arrière-garde adoptera, normalement, la même fornie que la pointe d'avant-garde, mais dans l'ordre inverse; seulement, son chef, au lieu de se tenir à une centaine de mètres des hommes

de pointe, se tiendra près d'eux, afin d'êlrtî plus à même d'avoir des nouvelles de Tennemi. Le chef d'une extrême arrière-garde n'a plus à s'occuper de la reconnaissance du terrain; tout doit s'effacer pour lui devant cette obligation de rester en contact avec l'ennemi . Généralement, l'ennemi se prête à la réalisation de celte condition en poursuivant la troupe qui se relire. Mais il peut se faire qu'au lieu de la poursuivre direct'^ment , il cherche à gagner ses flancs. Il est donc de la plus grande importance que le chef de l'extrême arrière-garde ne se laisse pas tromper par une poursuite fictive et sache apprécier s'il a réellement affaire à un ennemi sérieux. Cela nécessite qu'il s'arrête parfois sur un terrain favorable, qu'il observe l'ennemi et le repousse par la force. Mais ces opérations sont plutôt du domaine du commandant de l'arrière-garde lui-même, et nous y reviendrons quand nous étudierons le rôle des arrière-gardes. Pour le moment, je le répète, le chef d'une extrême arrière-garde n'a qu'une chose à faire : se maintenir en contact avec l'ennemi.

4° Correspondance,

J'ai dit encore que des sous-officiers ou brigadiers devaient être chargés du commandement des postes de correspondance. Mais ce rôle n'est qu'un service de police et ne présente aucune difficulté. Le chef d'un poste de correspondance doit veiller à ce qu'un cavalier se tienne toujours en observation, prêt à partir dès qu'une dépêche arrive. Il indique au cavalier, qui part de son poste, la direction qu'il doit suivre, le point où il trouvera le poste correspondant, l'allure à laquelle il doit marcher. Comme mesure d'ordre, il prend note de la provenance, de la destination et de l'heure de passage des dépêches.

J'ai cherché à réunir, dans les deux instructions que je termine ici, tout ce que doivent savoir les soldats, les brigadiers et les sousofficiers, pour remplir convenablement leur rôle dans le service en campagne. Y avoir réussi absolument serait une grande prétention; mais, au moins, ai-je tracé une voie qui me paraît bonne et que, faute de prescriptions officielles, on peut suivre méthodiquement.

Je l'ai dit en commençant, je le répéterai en terminant : le principe qui doit présider à cette instruction, c'est, autant que le permettent les exercices de la paix, de placer l'homme dans la situation qu'on veut lui faire connaître, de le faire agir d'abord en le tenant^ en quelque sorte, par la main; peu à peu, de le laisser à ses propres inspirations et de lui faire voir ensuite où il a bien fait, par où il a péché. Allez lentement, revenez souvent sur les mêmes instructions; parlez à vos cavaliers, habituez-les à voir et à parler; que

VOS sous-officiers et même vos brigadiers arrivent à faire de vive voix ou par écrit des rapports clairs, exacts et concis. Je suis convaincu qu'en instruction, la meilleure manière d'arriver, c'est d'aller lentement.

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