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INSTRUCTION DU CAVALIER

Pour que cette instruction produise réellement des résultats satisfaisants, il est essentiel qu'elle soit absolument individuelle et aussi complètement pratique que le permet Tobligation de respecter les propriétés privées.

Elle doit donc être donnée surtout en plein champ et tendre à faire voir clairement au soldat, d'une manière qui ressemble autant que possible à la guerre véritable, ce que l'on veut enseigner, c'està-dire lui présenter réellement ce dont on lui parle.

Trop souvent, dans les exercices, nos cavaliers, au lieu de regarder au loin du point où ils ont été placés et d'écouter les bruits du voisinage, jettent un regard inquiet sur tout supérieur qui s'avance vers eux, se préoccupent beaucoup plus de lui que de l'ennemi; ou bien c'est une vedette qui, dans son zèle à reconnaître les rondes et les patrouilles, tourne le dos au point d'où peut venir le danger; ou bien encore un flanqueur qui, inquiet de conserver ses communications avec son corps, regarde toujours de son côté et jamais dans la direction d'où un danger peut menacer la troupe qu'il doit garder, etc. Tous nous avons pu constater ces fautes et bien d'autres encore.

Le meilleur moyen de les éviter, ce n'est pas de dire au soldat : t Dans telle hypothèse, il faut faire telle chose, » mais de le placer dans la situation même que l'on veut lui faire connaître, et, là, de lui dire comment il doit se comporter et de le faire agir.

Nous allons parcourir, en appliquant cette règle, le programme d'instruction que je crois pouvoir recommander.

1» Exercices d'orientation.

Je placerai, en premier lieu, les exercices d'orientation, car la première chose à faire pour parcourir, dans une direction donnée, un terrain inconnu, c'est évidemment de s'orienter. L'officier doit pouvoir s'orienter en étudiant sa carte; mais il faut amener le cavalier à s'orienter par des exercices purement pratiques, dont j'emprunte le sommaire à l'excellent règlement italien du 4 juillet 1872.

De jour, et en sachant l'heure, il est toujours facile de déterminer l'Est, le Sud ou l'Ouest. Étant donné l'un de ces points cardinaux, on apprend au soldat à déterminer les autres. Puis, plaçant quatre hommes dans les directions Nord, Sud, Est, Ouest, on exerce les cavaliers à déterminer les directions intermédiaires N.-E., S.-E., N.-C, S.-O. Cela suffit généralement. Si le temps est trop obscur

pour apprécier la position du soleil, il faut demander à un habitant de quel côté le soleil se lève ou se couche, ce qui permet de déterminer, avec une appréciation suffisante, l'Est ou l'Ouest, et, par suite, les autres points cardinaux. Enfin, si cette dernière ressource fait défaut, le cavalier peut encore déterminer le Nord en examinant quelques arbres isolés. Généralement, la bande d'écorce humide, moussue, verdâtre, indique la partie qui regarde le Nord. Ce point connu, les autres s'en déduisent facilement.

La nuit, l'orientation devient plus difficile. Il y a bien l'étoile polaire pour reconnaître le Nord, mais je crois ce moyen peu pratique pour des cavaliers; mieux vaut chercher à interroger des habitants ou étudier Técorce des arbres, comme je viens de l'indiquer, ce qui est possible, même de nuit, en enflammant une allumette.

Quoi qu'il en soit, de jour, il est toujours possible d'apprendre à tous les cavaliers à s'orienter suffisamment.

2<> Appréciation des distances.

Il faut ensuite exercer les hommes à apprécier les distances. Le but à atteindre, c'est d'apprécier à la vue les distances, soit du point où l'on se trouve à un objet déterminé, soit entre différents objets entre eux. Pour y arriver, on exerce les hommes à se rendre compte de la manière dont ils voient les objets à des distances connues, d'abord, et, peu à peu, à des distances inconnues et que l'on vérifie ensuite.

Il faut aussi bien apprendre à mesurer les distances en marchant. Pour cela, il y a deux moyens. Si l'on a une montre, on compte le nombre de minutes employées à parcourir une distance donnée, au pas ou au trot, et, en multipliant ce nombre de minutes par le nombre de mètres qu'un cheval doit parcourir dans une minute, on obtient, avec une approximation suffisante, le nombre de mètres parcourus.

Si l'on n'a pas de montre, on compte simplement le nombre de pas.

Pour ces deux exercices, nous prendrons pour base les données admises par les bases de l'instruction. Nous compterons le pas à raison d'un mètre, et nous admettrons que le cheval parcourt au pas 100 mètres par minute; au trot, 230 mètres.

3^ Nature du terrain.

En même temps que l'on exerce l'homme à l'étude précédente, on lui apprendra à reconnaître les objets qu'il rencontre et à les décrire sommairement.

On lui montrera ce qu'on entend par plaine, colline, montagne,

terrain découvert ou couvert, hauteur, bas-fond, marais, etc. On rhabituera à distinguer les différents genres de culture : prairies, terres labourées, vignes, jardins, bois, etc.

On lui apprendra à se rendre compte de la nature de la route ; quel est son sol, sa largeur, ses pentes; est-elle bordée de fossés, de murs, de haies, d'arbres; a-t-elle des poteaux de télégraphe, des bornes métriques ; est-elle en déblai, en remblai, de niveau avec les terres voisines; traverse-t-elle des cours d'eau; comment sont les ponts, etc.?

On procédera de même pour les cours d'eau. On lui montrera, si le terrain en donne l'occasion, un fleuve, une rivière, un ruisseau, un canal; on lui fera voir ce qu'on entend par berges, rives; comment on reconnaît la droite de la gauche; on lui apprendra à apprécier la largeur, la vitesse des cours d'eau, la nature des ponts qui s'y rencontrent, les gués, etc.

On fera reconnaître au cavalier les lieux habités : villes, villages, châteaux, fermes, églises, stations de chemin de fer, etc., et on lui apprendra à en apprécier sommairement l'importance.

Après avoir appris à nos cavaliers à s'orienter, à apprécier les distances et à connaître le terrain, par des exercices purement pratiques, il sera bon d'essayer d'apprendre, au moins à quelques-uns, à se reconnaître au moyen d'une carte. Cela n'est pas facile; mais, avec de la patience, on peut y arriver pour une bonne partie de nos hommes.

4<> Rapports,

Le but des instructions précédentes est d'amener le cavalier à apprécier ce qu'il voit et à savoir en rendre compte. Il ne suffit donc pas de lui apprendre ce qui fait l'objet des paragraphes qui précèdent, il faut encore lui apprendre à parler.

Il faut qu'un homme envoyé en reconnaissance ou en éclaireur puisse venir vous dire : t La route que j'ai suivie se dirige dans telle direction; elle a telle largeur; son sol est de telle nature ; elle est bordée de telle façon; elle présente, sur sa gauche et sur sa droite, tels ou tels accidents de terrain et telles cultures; à telle distance elle traverse une rivière sur un pont de telle dimension ; à telle autre elle traverse un village de telle importance, etc. »

Ce n'est certes pas facile, mais c'est extrêmement important. Un officier d'avant-garde ou en reconnaissance ne peut tout voir par lui-même; il faut qu'il puisse compter sur les renseignements des cavaliers auxquels il fait battre le pays. Je ne saurais donc trop vous répéter qu'il est essentiel d'habituer vos hommes à voir, à se rendre compte de ce qu'ils voient et à savoir en rendre compte. Poussez-les beaucoup dans cette voie. S'ils divaguent un peu dans

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le principe, laissez-les aller. Puis, peu à peu, reprenez-les, montrezleur ce qu'ils ont dit d'utile et ce qu'ils ont dit d'inutile, et amenezles à la précision et à la concision.

Ne faites pas de théories générales; elles profitent rarement à personne. Occupez-vous de chaque homme en particulier. Ne craignez pas de revenir souvent sur les mêmes instructions; ce n'est qu'en répétant cent fois les mêmes choses que nous pouvons espérer obtenir un résultat. C'est là un travail long et fastidieux, sans aucun doute; mais là est notre devoir, là peut être notre honneur. Autrement nous ferons encore la guerre à l'aveuglette, et nous mériterons, une fois de plus, que les Moltke de l'avenir disent de nous cette phrase que vous trouverez tout au long dans l'histoire de la dernière guerre, publiée par l'état-major allemand, et qui a d'autant plus blessé mon amour-propre de cavalier qu'elle est vraie : « Les tendances imprimées à la cavalerie française la portent à veiller à sa propre sûreté plutôt qu'à pousser en pays ennemi d'audacieuses reconnaissances. »

50 Service de sûreté de pied ferme, — Vedettes.

Après avoir donné au cavalier ces premières instructions, il faut entrer encore plus profondément dans le détail et lui apprendre à jouer son rôle dans le service de sûreté de pied ferme d'abord, en marche ensuite.

Le rôle principal du cavalier dans le service de sûreté de' pied ferme est celui de vedette, et, après lui avoir sommairement expliqué ce que c'est qu'une grand'garde et un petit poste, leur but et leur mission, on le met à même de remplir ce rôle.

Qu'est-ce qu'une vedette? Un factionnaire à cheval placé près de l'ennemi, dit de Brack. D'où découle la nécessité de prendre les f»récautions indiquées par l'article 88 de l'Ordonnance du 3 mai 1832, de masquer les vedettes, autant que possible, par un mur, un arbre, une érainence, un pli de terrain, mais sans sacrifier cette condition essentielle de voir aussi loin que possible en avant, et tout en évitant de les placer près d'un bois ou de tout autre lieu couvert dont on ne serait pas maître, et qui pourrait permettre à l'ennemi de s'en approcher sans être aperçu.

Quelle est la mission principale des vedettes ? C'est encore l'Ordonnance qui nous répondra : « Observer l'ennemi et avertir de ses mouvements. » Il faut donc, en les plaçant, leur indiquer la position probable de l'ennemi, les points et les directions qu'elles doivent plus spécialement surveiller et les indices qui peuvent leur annoncer l'approche de l'ennemi, tels que nuages de poussière, scintillements d'armes, bruits prolongés, etc. 11 faut aussi leur indi-

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quer les vedettes voisines qu'elles doivent toujours apercevoir; tout au moins deux vedettes voisines doivent-elles voir une portion commune du terrain qui les sépare, de telle sorte que rien ne puisse passer entre deux vedettes sans être aperçu.

Quel est le devoir d'une vedette? Avoir le fusil haut, ne se laisser dépasser par personne ni dans un sens ni dans l'autre sans l'ordre de son chef direct, avertir le poste dont elle dépend de tout ce qui lui paraît menaçant, et, si elle est surprise et ne peut avertir autrement, mais dans ce cas seulement, faire feu pour donner l'alarme. Les vedettes ne rendent pas d'honneurs, mais elles doivent être à même de donner à leurs chefs les renseignements qu'ils peuvent demander sur ce qui se produit dans l'étendue de terrain qu'elles ont à surveiller.

Ceci posé, notre premier exercice consistera, après avoir placé nos vedettes, à faire approcher d'elles une troupe représentant l'ennemi. Cette troupe doit elle-même s'avancer avec précaution et en se cachant le plus possible. Que va faire la vedette? Doit-elle se hâter de crier : Halte-là! qui vive?,,. Non, l'Ordonnance ne le prescrit pas , car elle dit : « Lorsque, pendant la nuit, une vedette entend quelqu'un s'approcher, etc. » Pendant la nuit : cela veut évidemment dire que, pendant le jour, il faut le plus possible s'abstenir de ces cris dont le résultat le plus certain est de faire connaître la position des vedettes. Non, pendant le jour, la vedette doit se borner à faire un signe pour prévenir son petit poste, dont le chef doit venir reconnaître ce qui se passe. Tout cela avec le moins de bruit et de mouvement possible.

L'ennemi continue son mouvement en avant. Le chef du petit poste se replie sur ce poste et fait replier la vedette, tout en continuant à observer, et fait prévenir le commandant de la grand'garde, qui prend telles mesures indiquées par les circonstances ou par ses ordres. Dans ces premiers exercices, la grand'garde se portera eu avant, le. parti ennemi rebroussera chemin, et chacun reprendra sa place.

Puis on recommencera l'exercice. La troupe ennemie s'avançant franchement et hardiment, avec l'intention évidente d'attaquer. La vedette alors doit faire feu et se replier sur son petit poste. Il en est de même si la vedette se voit surprise ou tournée, alors même, dit l'Ordonnance, que toute défense de sa part serait inutile. La vedette, après son coup de feu, doit-elle se hâter de regagner son poste? Non; elle doit le faire, autant que possible, sans perdre l'ennemi de vue, afin d'être à même de renseigner sur sa force et ses mouvements.

Dans un autre exercice, on fait approcher de la vedette des soldats ennemis qui manifestent l'intention de déserter. Elle doit les

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arrêter par ses gestes et appeler son chef de poste. Celui-ci firrive, indique aux déserteurs de déposer leurs armes et fait prévenir le commandant de la grand'garde de les envoyer prendre.

Une autre fois, c'est un parlementaire qui s'annonce avec les formalités d'usage, un drapeau blanc et un trompette sonnant des appels. La vedette l'arrête dès qu'il est à sa portée et appelle son chef de poste, qui se porte vers le parlementaire, lui fait tourner le dos au poste et à l'armée et fait avertir le commandant de la grand'garde. L'Ordonnance dit que les parlementaires de l'ennemi ne doivent jamais dépasser les premières vedettes.

Les vedettes doivent arrêter aussi les voyageurs, les paysans, tous les gens inconnus, en un mot, qui passent à leur portée, mais tout cela avec le moins de bruit et de mouvement possible.

Ces diverses opérations, la reconnaissance enfin de tout ce qui vient de l'extérieur, voilà la mission essentielle des vedettes; elles doivent aussi ne point se laisser dépasser par tout individu qui ne leur est pas signalé par leur chef direct. Quant aux reconnaissances des rondes et patrouilles, auxquelles nous attachons généralement trop d'importance dans nos exercices, elles sont tout à fait secondaires. Doivent-elles même avoir lieu de jour? Je ne le pense pas. D'abord, le bon sens indique que si un homme reconnaît distinctement son brigadier, son maréchal des logis ou un de ses officiers, il est bien inutile de lui crier : Qui vive? etc. Puis, en étudiant l'Ordonnance, on peut constater qu'elle n'a prescrit ce luxe de précaution que pour la nuit. Ainsi, article 86 : « Tous les soirs, le commandant d'une grand'garde envoie chercher près de l'adjudant-major de semaine les mots d'ordre et de ralliement; » article 88 : « Lorsque, pendant la nuit, une vedette entend quelqu'un s'approcher, » etc.; article 94 : « Si, pendant la nuit, une troupe se présente à un poste, » etc.. Toujours pendant la nuit; donc, pendant le jour, tout cela est inutile.

Cependant il faut l'apprendre à nos hommes. Certes, mieux vaudrait le faire réellement de nuit, et peut-être, en été, devrait-on essayer quelques exercices de nuit. En attendant, ce service présente deux divisions principales : ou la troupe qui s'approche de la vedette est une troupe amie chargée seulement de surveiller le service des avant-postes, ou c'est une troupe ennemie. Dans les deux cas, dès que la vedette entend un bruit qui lui annonce l'approche d'une personne ou d'une troupe, elle crie : Halte-là/ qui vive? Si c'eiït une troupe amie, elle répondra : Ronde, patrouille, etc., et son chef donnera le mot de ralliement à la vedette. La vedette a-t-elle un mot à rendre? Non, elle ne doit avoir que le mot de ralliement, H, puisqu'elle le reçoit, elle n'a pas à le donner. L'article 88 de l'Ordonnance sur le service en campagne n'est peut-être pas d'une

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clarté parfaite; mais Tarticle 120 de rOrdonnance sur le service des places, parfaitement applicable dans Tespèce, est tout à fait explicite.

Mais la vedetle doit signaler à la ronde ou à la patrouille tout ce qu'elle a remarqué depuis qu'elle est placée.

Dans ces exercices, les rondes et les patrouilles de surveillance doivent éviter de se diriger sur les vedettes en venant par derrière ; elles doivent plutôt suivre une ligne sensiblement parallèle à la chaîne des vedettes.

On exercera ensuite les vedettes à ce qu'elles ont à faire si la troupe ou l'individu interpellé ne s'arrête pas, ne répond pas au Qui vive? ou ne donne pas le mot de ralliement, et cette partie de la leçon est certainement plus importante que la première. Dans ces différents cas, les vedettes se conduiront à peu près comme nous l'avons indiqué précédemment, n'oubliant pas que la sécurité de la troupe qu'elles gardent repose sur elles; qu'elles ne sauraient être trop vigilantes; qu'elles doivent observer tout ce qui se passe en avant d'elles, en prévenir immédiatement, et enfin ne pas hésiter à faire feu pour donner l'alarme. Mais, en même temps, elles doivent se rappeler que ce n'est pas seulement la sécurité, mais encore le repos delà troupe qu'elles gardent, qu'elles doivent assurer, et, par conséquent, qu'elles doivent éviter de causer des alarmes inutiles, et ne pas se laisser impressionner par des fantômes; enfin, comme le dit sagement l'Ordonnance, elles ne doivent tirer que^quand elles aperçoivent très-distinctement l'ennemi, pour ne pas donner une fausse alerte.

Dans certains cas, lorsque le terrain, par exemple, ne permettra pas aux vedettes de s'apercevoir entre elles, et surtout la nuit, on doublera !es vedettes. En Allemagne, on a normalement adopté ce système; en France, jusqu'ici, il n'est que l'exception. Dans ce cas, on désignerai chacune d'elles lapartie deFhurizon qu'elle doit observer, et, de plus, pendant que l'une restera en place, l'autre battra le pays avec précaution dans la direction des vedettes voisines, et alternativement dans un sens et dans l'autre. Si, en circulant ainsi, une vedelte rencontre une patrouille amie ou ennemie, elle se conduira comme nous l'avons dit précédemment pour la vedette de pied ferme. Dans ce cas, et pour ne pas multiplier outre mesure les Qui vive? et les échanges de mots, il est bon de faire connaître aux vedettes le nom de celles qui les avoisinent, et, en se rencontrant, elles peuvent se borner à échanger leurs noms. Dans ce cas encore, si une vedette est amenée à faire feu, elle ne doit pas se hâter de regagner son poste, mais bien chercher à se rendre compte de ce que fait rcnnemi, en profitant de l'obscurité pour se dissimuler de son mieux, et, si celui-ci paraît menaçant, précipiter ses coups de feu,

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afin d'indiquer le danger et la direction dans laquelle il se présente.

6** Service de sûreté en marche, — Éclaireurs.

Flanqueurs.

Le rôle du cavalier dans le service de sûreté en marche se borne à celui d'éclaireur et de flanqueur, ce qui est à peu près la même chose. On appelle plus spécialement éclaireurs les cavaliers qui marchent en tête d'une troupe, flanqueurs ceux qui couvrent ses flancs.

Que nous dit l'Ordonnance sur le service des éclaireurs et des flanqueurs ? « Des éclaireurs choisis parmi les cavaliers les mieux montés et les plus propres à ce genre de service, et, autant que possible, parlant la langue du pays, précèdent et flanquent la troupe; ils doivent rarement s'écarter, pendant le jour, au point de perdre de vue la colonne. Il ne faut pas que deux éclaireurs gravissent ensemble une éminence; ils se portent principalement sur les points culminants. Tandis que l'un y monte rapidement, l'autre s'arrête à mi-côte, afin de pouvoir, si le premier vient à être enlevé, préserver le détachement de surprise. » (Art. 108.)

C'est bref, et cependant il nous sera possible de déduire de là les principes essentiels du service des éclaireurs : 1° les éclaireurs doivent être au moins deux; 2^ ils ne doivent pas s'engager tous les deux à la fois dans un passage difficile; 3° celui qui s'y engage le premier doit le faire rapidement; 4» généralement l'un des deux doit rester en vue de la troupe qui les détache, sans cesser d'apercevoir son camarade. Pendant la nuit, il suffit que les éclaireurs et la troupe puissent s'entendre, sans trop élever la voix. Tout est là ; qu'ils aient, comme le dit l'Ordonnance, à gravir une éminence, comme à traverser un défilé, à fouiller un bois, un village, etc., l'un des éclaireurs s'engage lestement, l'autre surveille les faits et gestes de son camarade, de manière à pouvoir avertir la troupe qui les suit. Il est possible que, au haut de l'éminence, de l'autre côté du défilé, dans le bois ou dans le village, l'éclaireur qui y arrive le pre* niiei* soit accueilli à coups de fusil. C'est un petit malheur. — D'abord, un homme isolé a bien des chances pour ne pas être atteint; puis, quel est le but de la mission que remplissent les éclaireurs? C'est que la troupe qui les détache soit avertie de la présence de l'ennemi; elle le sera certainement si l'ennemi tire.

Comme la vedette dans le service de sûreté de pied ferme, l'éclaireur doit tenir la troupe qu'il couvre au courant des accidents de terrain qu'il rencontre, bois, villages, défilés, ponts, etc., etc., surtout des mouvements de l'ennemi. Lorsqu'il y a quelque chose à

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signaler, l'éclaireur qui a vu prévient son camarade el va lui-même rendre compte à son chef direct. Ici encore, si c'est la présence de l'ennemi qu'il y a lieu de signaler, il ne faut pas hésiter à faire feu, si l'on ne peut prévenir autrement, mais seulement alors. Lorsque la chose est possible, il vaut mieux laisser ignorer à l'ennemi sa propre présence.

Enfin, il y a, dans ce service, matière à appliquer la plupart des prescriptions déjà données dans les parties précédentes de cette élude.

En théorie, cela ne souffre aucune difficulté. Dans la pratique, ae n est pas aussi facile. D'abord, l'impossibilité de fouler, en temps de paix, les propriétés privées est une gêne considérable; puis, l'absence d'un ennemi réel dispose parfois nos hommes à ne pas prendre assez au sérieux cette instruction pourtant si importante. Il faut se rapprocher le plus possible de la réalité, et, quand l'exercice le comporte, représenter l'ennemi en faisant apparaître, tantôt à longue distance, tantôt brusquement, un parti ennemi en tête ou en flanc, mais en se rappelant que, pour le moment, il ne s'agit que de l'instruction du cavalier, et de lui faire voir ce qu'il a à faire dans tel ou tel cas. Plus tard, nous exécuterons des opérations d'ensemble. Pour le moment, il n'y a pas lieu de chercher à établir de la liaison entre les divers mouvements exécutés; il suffit d'apprendre aux hommes ce qu'ils doivent faire, lorsqu'ils se trouvent en éclaireurs, et pour le leur apprendre, il n'y a rien de tel que de le leur faire faire. Disposez-les par petits groupes, marchez près d'eux, et quand vous rencontrerez un bois, un village, une éminence, dites-leur ce qu'ils ont à faire; apercevez-vous un parti repiésentant l'ennemi, agissez de même, montrez-leur la conduite qu'il faut tenir selon que l'ennemi lui-même vous voit ou ne vous voit pas, selon qu'il est plus fort ou plus faible que la troupe que vos éclaireurs protègent.

En un mot, le but de cette instruction, c'est de prendre pour ainsi dire nos cavaliers par la main pour leur faire traverser les diverses péripéties qui peuvent se présenter, et de les amener peu à peu \\ marcher tout seuls.

7° Service de correspondance.

li est encore un service qui n'est point indiqué dans notre Ordonnance du 3 mai 1832 et qui est pourtant d'une grande importance. Ce service est celui de la correspondance. Lorsqu'il est bien fait, on peut arriver à une rapidité d'informations remarquable.

Il faut donc y exercer nos cavaliers en appliquant les règles suivantes.

Afin de rendre, d'abord, l'instruction plus facile, vous échelonnerez sur une route des petits postes de 4 ou 5 hommes, commandés par un sous-officier ou brigadier, et, dans le principe, à de petites distances les uns des autres, cinq ou six cents mètres. Le capitaine se placera à Tune des extrémités de cette chaîne et enverra un de ses officiers à l'autre extrémité. Ces deux officiers échangeront entre eux une correspondance écrite et se la transmettront au moyen des postes intermédiaires.

Dans chaque poste, les hommes seront pied à terre et au repos; mais l'un d'eux surveillera les directions par lesquelles peuvent venir les estafettes des postes voisins, et, dès qu'il en apercevra se dirigeant vers le poste, il montera à cheval et se tiendra prêt à prendre son paquet et à filer.

L'officier placé au poste le plus avancé expédie une dépèche. En arrivant au premier poste, l'homme qui la porte la remet au chef de poste, qui l'expédie immédiatement par le cavalier qui se tenait prêt à partir; celui-ci la passe de la même manière au poste suivant, et ainsi de suite, de proche en proche, jusqu'au point où se tient le capitaine ou le chef de la troupe.

Chaque cavalier, après avoir remis sa dépêche au chef du premier poste qu'il rencontre, met pied à terre et se repose, jusqu'à ce que le courant s'établisse en sens inverse : c'est-à-dire, que l'officier auquel aboutit la dépêche remet ses ordres ou tout au moins un reçu au cavalier arrivé jusqu'à lui. Ce cavalier revient au poste d'où il était parti, et remet sa dépêche au cavalier qui avait apporté la première, et ainsi de suite jusqu'au point de départ de la première dépêche.

Afin de ne pas avoir à y revenir plus tard, et bien que cela ne rentre pas dans l'instruction du cavalier, j'indiquerai, d'ores et déjà, la forme que l'on peut adopter pour ces dépêches. Elles devront être écrites sur des carrés de fort papier, ayant les dimensions d'un feuillet de carnet ordinaire, environ 15 centimètres sur 8. Dans le coin supérieur, à droite, on indiquera le corps d'armée, le numéro du régiment, le lieu, la date, l'heure exacte du départ et le numéro d'ordre de la dépêche; exemple : 11« corps d'armée, 25® dragons, Marly-le-Roi, 15 février, 11 heures 35 du matin (n® 2). Dans le coin, à gauche, on indiquera, au moyen d'un signe, l'allure à laquelle devra marcher le porteur; une croix voudra dire que le cavalier doit marcher tantôt au trot, tantôt au pas; deux croix, toujours au trot; trois croix, au galop (au-dessous, on indiquera le numéro de la dernière dépêche reçue). Dans les exercices, on n'emploiera que les deux premières allures. Il est bien entendu qu'il faut faire connaître au cavalier l'allure qui lui est prescrite. La dépêche sera pliée en deux, sans enveloppe, et portera d'un côté l'adresse du des-

tinataire, et encore une fois, dans le coin à gauche, Tindication de l'allure.

Lorsque nos cavaliers auront acquis Thabitude de ce service, on le compliquera en ne s'astreignant plus à suivre une route donnée, mais, au contraire, en faisant des coudes et des crochets, et en plaçant des postes qui n'auront pas assisté au placement de leurs voisins. Mais, alors, il ne faut jamais expédier un cavalier sans lui avoir indiqué le point où doit se trouver le poste vers lequel il est envoyé, et ces postes ne doivent pas se cacher, mais, au contraire, avoir toujours un de leurs cavaliers bien en évidence, chargé d'observer les routes qui aboutissent au poste.

Enfin, il faut arriver à la partie la plus difficile de cette instruction. Il peut être nécessaire de transmettre verbalement un renseignement, et il est utile d'exercer nos cavaliers à ce service. Il est bien clair que, dans ce cas, on ne doit jamais laisser partir un homme sans s'être assuré qu'il a bien compris la mission qui lui est confiée et sans lui avoir fait répéter lemessage dontilest chargé. Dans le principe, afin de contrôler l'exactitude du renseignement apporté, vous l'expédierez en partie double, c'est-à-dire que vous enverrez une dépêche dans la forme ordinaire et qu'en même temps vous en ferez connaître le contenu au porteur. L'officier qui la recevra devra s'assurer que le message verbal est en concordance avec le message écrit. Tout d'abord, vous aurez des résultats sensiblement différents, mais, peu à peu, avec un peu de temps et de patifence, vos hommes se débrouilleront, prendront goût à ce travail, surtout si vous avez soin de ne leur confier que des messages qu'ils comprennent bien et dont ils puissent apprécier l'importance, et nous finirons par arriver à tirer de nos cavaliers un parti considérable.

Je me résume. Ces exercices préliminaires doivent avoir pour but de faire connaître au cavalier le terrain, de lui apprendre le rôle qu'il doit jouer en vedette, en éclaireur, en estafette. Je recommande encore une fois de rendre cette instruction aussi individuelle que possible. Ne vous occupez pas d'opérations d'ensemble, ne cherchez pas à placer une grand'garde, à organiser régulièrement une reconnaissance, etc.; ne vous occupez que de l'instruction de l'homme. C'est là la base. Nous voulons trop faire les généraux en chef; nous ne consentons pas assez à être des hommes de détail, et le détail, à la guerre, a une action considérable sur les grandes opérations. A la suite d'une reconnaissance de cavalerie mal faite, déclarant le Dnieper inguéable. Napoléon renonce à déborder Tarmée russe et livre la sanglante bataille de Smolensk, qu'il eût pu éviter. Par contre, une reconnaissance bien faite inspire à Moreau l'idée du mouvement tournant exécuté par Richepance ; il en résulte la victoire d'Hohenlinden.

Donc, entrons dans le détail, et, comme je vous Tai déjà dit souvent, comme je le répéterai probablement souvent encore, exercez vos hommes à voir, à se rendre compte de ce qu'ils voient et à savoir en rendre compte. Voir, bien voir et prévenir, voilà, si ce n'est notre rôle unique, au moins notre rôle essentiel, à nous cavaliers.

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