BIVOUAC
J'ai été frappé, pendant la dernière guerre, de la fantaisie qui régnait dans l'installation de nos bivouacs. C'était à croire que nous n'avions ni règlement, ni principes sur la matière. Chacun bivouaquait comme bon lui semblait, et j'ai même vu des cavaliers cuisinant sous leurs tentes-abris, à côté de gibernes remplies de cartouches. Cependant il est clair que l'ordre et la régularité, la rapidité même d'une installation au bivouac, exigent que, à moins d'impossibilité, tout le monde procède de la même façon. Nous étudierons donc, tout d'abord, l'installation et l'organisation réglementaires d'un bivouac.
Et d*abortl, qu'est-ce qu'un bivouac? Au premier abord, celle question peut paraître oiseuse. Un bivouac? tout le monde sait cela. Remarquons, pourtant, que l'ordonnance sur le service en campagne a négligé de donner cette définition, et que les auteurs militaires ne sont pas plus d'accord sur l'orthographe du mot, que les uns écrivent btvac, les autres bivouac, que sur sa signification, depuis les Romains, chez lesquels ce mot rappelait une punition, jusqu'aux armées de la première République, qui l'employèrent pour désigner leur manière habituelle de camper. Une bonne définition est cependant, en toutes matières, chose fort essentielle. Au xvii« et au xviii® siècle, jusqu'aux guerres de la Révolution, le bivouac était un poste avancé installé à la belle étoile, pour couvrir les abords d'un camp; à partir de 1793, on appela bivouac l'établissement des armées en plein champ, distinguant le bivouac du camp, où elles étaient établies sous la tente ou dans des baraques, et du cantonnement, où elles étaient logées dans des maisons. Aujourd'hui, on peut définir le bivouac : un lieu où les troupes sont établies sans être casernées ni cantonnées, et à proximité de Tennemi, qu'elles aient ou qu'elles n'aient pas de tentes ou de baraques.
L'ordonnance du 3 mai 1832 nous enseigne, article 45, que les bivouacs doivent être établis, de préférence, sur des terrains secs, abrités et à portée des ressources en vivres et fourrages; il est bon d'ajouter : d'une rivière, d'un bois, et, si faire se peut, exposé au soleil levant et légèrement en pente.
Si la chose est possible, le campement, composé d'un adjudantmajor, d'un adjudant, et, par escadron, du fourrier, d'un brigadier et de deux cavaliers, est envoyé reconnaître à l'avance !e bivouac, conformément aux prescriptions des articles 34 et 36 de l'Ordonnance.
Mais nous aurons rarement l'occasion de choisir, nous-mêmes, l'emplacement de notre bivouac ; autant que possible, il doit être déterminé d'avance par les généraux; le plus souvent il est imposé par les circonstances dans lesquelles on se trouve. Nous n'aurons qu'à nous y installer le plus promptemenl et le plus commodément possible.
Puisque le bivouac est un lieu où les troupes sont stationnées et à proximité de Tennemi, s'y établir comporte trois choses : s'installer, organiser le service intérieur, assurer la sécurité. Dans la pratique, ces trois opérations doivent, dans plusieurs de leurs détails, marcher simultanément. En instruction, il est nécessaire de les envisager, d'abord distinctement et successivement. Nous commencerons, naturellement, par l'installation.
1» Installation.
Avant d'arriver sur le terrain du bivouac, chaque peloton doit être partagé en escouades de quatre hommes; chaque escouade commandée par un brigadier ou cavalier de i'« classe désignant, à tour de rôle, les cavaliers chargés de porter les ustensiles de campement communs à l'escouade : marmite, gamelle, grand bidon, corde de campement.
Arrivé sur le terrain, le régiment étant formé en bataille en arrière de l'emplacement sur lequel il doit bivouaquer, le colonel fait sonner à Tordre. A cette sonnerie, les officiers supérieurs, les capitaines commandants suivis de leurs maréchaux des logis chefs, les adjudants-majors et les adjudants se réunissent près du colonel. Le colonel fait connaître le nombre d'hommes que le régiment doit fournir pour les gardes, pour le piquet et pour les ordonnances, plantons, etc.; la nature, l'heure, le lieu des distributions et les corvées qu'on doit y envoyer, les dispositions relatives au départ et toutes celles qui concernent le bon ordre et le service intérieur ou extérieur du bivouac (article 38),
L'adjudant-major et Tadjudant de jour commandent les officiers, sous-officiers, brigadiers et cavaliers de service.
Les capitaines communiquent les ordres à leurs escadrons et les maréchaux des logis chefs commandent les diflFérents services.
Ces préliminaires accomplis, le colonel fait rompre par pelotons à droite et ouvrir les files par la gauche. Les cavaliers mettent pied à terre; ceux du deuxième rang se placent à la gauche de leur chef de file et les pelotons se trouvent sur un rang. Un cavalier sur deux tient les chevaux; les autres, déposant leurs armes en faisceaux, en arrière de chaque rangée de chevaux, plantent les piquets et tendent les cordes de campement.
Une note ministérielle du 18 janvier 1868 décrit le matériel devant servir à attacher les chevaux au bivouac et détermine le mode d'emploi de ce matériel. Je résumerai brièvement celte note.
Le système comprend :
1® Une corde de 5"»,50, terminée à chaque extrémité par un œillet épissé formant nœud coulant; cette corde est garnie de quatre lanières en cuir de Hongrie, espacées de 1"»,10 et indiquant le point d'attache des entraves; au milieu de la corde est placée une autre lanière en même cuir, munie d'une boutonnière et d'un bourrelet formant bouton et servant à fixer la corde à l'anneau du piquet du milieu.
2® Des piquets de campement en bois, ferrés à la partie inférieure et munis d'un anneau à la partie supérieure.
Los cavaliors étant répartis par groupes de quatre, chacun d'euK porte la corde h son tour; tous les quatre reçoivent un piquet.
Pour établir l'appareil, on boutonne la lanière du milieu de la corde à l'anneau de l'un des piquets, puis on attache chacune des extrémités de la corde à un autre piquet, au moyen du nœud coulant qui termine cette extrémité, passé d'abord dans l'anneau des piquets et ensuite fortement serré sur la tête de ces piquets.
Le piquet du milieu est enfoncé le premier, perpendiculairement, au ras de terre. Les deux piquets des extrémités sont ensuite enfoncés également au ras de terre, mais en les inclinant de manière à ramener sensiblement leur pointe vers le milieu et à tendre fortement la corde.
C'est là l'indication de la note ministérielle, mais elle ne me paraît pas parfaitement juste. Il me semble que si l'on tend la corde, en inclinant les piquets de telle sorte que leurs pointes soient plus rapprochées l'une de l'autre que leurs têtes, lorsque les piqutets auront été enfoncés au ras du sol, les têtes seront venues prendre là place des pointes, et la corde ne sera plus tendue. Je pense qu'il vaut mieux, simplement, après avoir tendu fortement la corde, enfoncer verticalement les piquets des extrémités, comme celui du milieu.
Dans tous les cas, il faut que la corde soit tendue, et il est essentiel que les têtes des piquets ne dépassent pas le sol; sans cette précaution, ils pourraient être une cause de blessure pour les chevaux.
On voit que, dans chaque groupe de quatre, trois piquets seulement sont employés pour fixer la corde. Le quatrième n'en est pas moins distribué; il peut servir de rechange, et, de plus, chaque cavalier est ainsi muni d'un piquet, pour le cas où il se trouverait isolé.
La corde tendue, chaque cavalier place l'entrave au pied désigné de son cheval et la fixe à la corde, déboucle le poitrail, relève Wà étriers et débride, laissant le licol h la tête de son cheval. Les deùi gardes d'écurie, commandés par peloton conformément aux prescriptions de l'article 45 de l'Ordonnance, prennent le service; ils conservent habituellement leurs fusils h la grenadière et leurs gïbernes ; un brigadier, dans chaque escadron, est désigné pour léé surveiller, article 69. Les maillets restent à leur disposition, âflh qu'ils puissent renfoncer les piquets qui viendraient à sortir du sol.
L'article 45 de l'Ordonnance consacré au bivouac n'indique pas îtt place des chevaux des officiers. Il faut, alors, se conformer aux" disi. positions prescrites pour le camp par l'article 42. Les chevaux dfe lieutenants et sous-lieutenants se placent à la droite dés pelotoiiÉ^^ ceux du capitaine commandant à la droite du premier pelotétl'; ceux du capitaine en second à la droite du troisième peloton, lîëi^ chevaux des officiers de l'état-major sont .placés près de leurs tenUi&
Augey. 3
OU abris, sur le même alignement que ceux des escadrons. Les chevaux à l'infirmerie sont placés sur une rangée à la gauche ou à la droite du régiment. Les forges et les voitures sont parquées sur le prolongement et en arrière, c'est-à-dire sur la droite de Tinfirmerie; leurs chevaux sont placés sur le même alignement.
Les chevaux attachés, on s'occupera des abris pour les hommes. Aujourd'hui, les corps en campagne sont pourris de tentes-abris. Où seront dressées ces tentes? L'Ordonnance ne les avait pas prévues et n'en parle pas. Mais je pense que, pour se conformer à cette .prescription de laisser libres les intervalles entre les escadrons et les abris, de manière à permettre aux pelotons de se porter facilement à leur place de bataille, il faut adopter pour les tentes la place indiquée par l'Ordonnance pour les feux et les abris, c'est-àdire à gauche et dans le prolongement de chaque rangée de chevaux.
Pour que les tentes soient bien dressées, il est bon d'observer les prescriptions suivantes :
Chaque homme est muni d'une toile présentant d'un côté des boutonnières et de l'autre des boutons, d'un bâton de lente, de trois petits piquets, d'une grande et de deux petites cordes. Deux des toiles sont réunies au moyen des boutons de l'une et des boutonnières de l'autre ; on place ces deux toiles sur les bâtons dressés bien verticalement et solidement fixés au sol. Des ouvertures percées dans les toiles permettent à l'extrémité supérieure des bâtons de les traverser. On attache une grande corde à l'extrémité des bâtons qui dépasse la toile; cette corde est tendue et fixée près du sol au moyen d'un petit piquet de chaque côté. Les deux bâtons de tente et les deux petits piquets doivent se trouver sur une même ligne droite. On tend ensuite les toiles. On engage les petites cordes dans les œillets percés aux quatre coins et Ton fixe ces quatre coins près du sol au moyen des petits piquets. Ces petits piquets doivent être placés de telle sorte que l'encoche, qui se trouve à leur tête, soit dans la direction de la bissectrice de l'angle de la toile, de manière que la traction de la petite corde, qui s'y attache, se produise dans le sens de cette bissectrice. On a, ainsi, une sorte de toit pour abriter deux hommes.
Si l'on veut rendre cet abri élémentaire plus confortable, on place une troisième toile fermant l'une des ouvertures formées par les deux premières; on la fixe encore sur l'extrémité du bâton de tente et on la maintient près du sol au moyen de deux nouveaux petits piquets, que Ton dispose de manière à faire croiser la troisième toile sur les deux autres. Si l'on veut fermer tout à fait la tente, on place une quatrième toile, comme il vient d'être expliqué pour la troisième. Là tente est pour ^eux, trois ou quatre hommes, selon le
SEnVICE DE LA CAVALERIE EN CAMPAGNE. 35
hombrc de toiles employées. On creuse un petit fossé autour de la tente et on rejette la terre sur Textrémilé des toiles, sauf du côté de l'ouverture, tournée, autant que possible, vers Test. Lorsque les lentes ne sont formées que de deux ou trois toiles, on peut encore achever de les fermer h peu près avec un ou deux manteaux. Les hommes se casent là dedans, comme ils peuvent, eux et leur armes, et, si Tordre est donné de desseller, leurs selles paquetées leur servent d'oreillers.
A défaut de tentes, on peut encore organiser un abri pour les hommes avec leurs manteaux. On écarte, autant que possible, les crosses des quatre fusils formant un faisceau. On place par-dessus un manteau, la pèlerine rejetée du côté de Touverture. On tend les pans du manteau et on les fixe près du sol au moyen de cordes et de piquets. On obtient ainsi un abri fort insuffisant sans doute, mais enfin sous lequel les cavaliers sont encore garantis jusqu'à la ceinture.
Tout au moins fait-on un feu par peloton, à vingt pas à gauche de la rangée des chevaux, autour duquel les cavaliers se couchent roulés dans leurs manteaux.
Les Prussiens, qui n'ont pas la tente-abri, s'improvisent, en pareil cas, un abri très-rapidement établi. Chaque peloton plante, suivant une demi-circonférence, trois piquets de 1 mètre de haut, inclinés vers l'ouverture de la demi-circonférence. Ils attachent à ces piquets deux ou plusieurs cordes, et, entre les cordes, ils introduisent de menues branchages ou de la paille debout. Il se couchent la tête dans l'angle ainsi formé et les pieds au feu qu'on allume au. centre du demi-cercle.
L'Ordonnance indique de placer les feux et les abris pour les officiers en arrière de la ligne des cavaliers. Mais, si la troupe a des tentes, ils seraient ainsi fort mal, et mieux vaut adopter les dispositions indiquées pour le camp. Le capitaine commandant se place ea arrière et sur la droite du 2^ peloton, le capitaine en second du 3», les officiers de la 1^^ division du l®'', les officiers de la 2* division du 4®. Cette première ligne d'officiers est à soixante pa$ de la droite des rangées des chevaux. Les officiers de l'état-major s'établissent à trente pas sur la droite, le colonel au centre, le lieutenant-colonel à sa droite, les adjudants-majors à sa gauche, les chefs d'escadrons derrière un de leurs escadrons, l'adjoint au tré-. sorier et le porte-étendard derrière un des escadrons de droite, les médecins à la droite de l'adjoint au trésorier et du porte-étendard,^ les vétérinaires dans la direction de la rangée des chevaux ie l'i^r' firmerie, . <
Il est bon de placer les adjudants à proximité des çidjuciai^tsmajors. Le maître armurier se case près des forges. Les ouvriers et
les cantiniers s'établissent entre la ligne des tentes des officiers des escadrons et la droite des files de chevaux.
Si l'on n'a pas de tentes, les officiers se groupent alors du même côté que les cavaliers, afin qu'il n'y ait de feux que d'un seul côté du bivouac.
Dans tous les cas, l'intervalle entre les pelotons doit rester parfaitement libre, dans toute la profondeur du bivouac, et soit entre les rangées de chevaux, soit entre les abris de la troupe ou des officiers, rien ne doit gêner la circulation.
2<» Service intmeur.
Le bivouac établi, on s'occupe d'y organiser le service intérieur. Les heures de ce service sont fixées par le commandant du bivouac.
A l'heure prescrite, l'officier supérieur de jour donne l'ordre à l 'adjudant-major de faire sonner la parade. A ce signal, les sousofficiers de jour réunissent les brigadiers et les cavaliers de service sur le front debandière, les officiers de jour en passent l'inspection. Leur attention se porte spécialement sur les armes et les munitions. Il n'est pas toujours possible d'obtenir au bivouac une propreté parfaite, mais il est essentiel que les armes soient toujours en bon état.
Le service comprend, normalement, la garde de police, le piquet, les gardes d'écurie et les grand'gardes. Les gardes d'écurie sont déjà à leur poste. Les grand'gardes, en principe, montent habituellement avec les autres gardes; mais nous nous en occuperons plus tard. Pour le moment, nous ne parlerons que du service intérieur du bivouac, c'est-à-dire de la garde de police et du piquet,
La garde de police est chargée d'assurer l'ordre intérieur et de faire observer les règles de police. Elle se compose, pour un régiment, de deux maréchaux des logis, trois brigadiers, deux trompettes et du nombre d'hommes jugé nécessaire en raison des sentinelles qu'elle doit fournir et d'après le principe que quatre hommes sont nécessaires pour entretenir, sans trop de fatigue, une sentinelle. On détache de cette garde un maréchal des logis, un brigadier, un trompette et douze cavaliers pour former le poste avancé. Voyons dohe, tout de suite, quelle doit être la force en hommes de la garde de police. Cette force sera déterminée parle nombre des sentinelles ^àfb«rtiir.
t'L^àrt. 1i de l'Ordonnance ne fixe pas ce nombre pour un régiment de cavalerie; mais il est permis de conclure des termes de l'art. 68 que ce nombre doit être le même que pour un bataillon, Ettcoiisé^uence, la garde de police doit fournir : une sentinelle de- Vtttl ks 'atmes, une près de l'abri du colonel, deux devant le front
de bandière, deux à cinquante pas en arrière des abris des officiers de rétat-major ou à cent pas de la droite des rangées de chevaux, si les officiers sont bivouaques du même côté que les cavaliers, une sur chacun des flancs du régiment ou deux sur chaque flanc si le régiment est isolé, ou deux sur le flanc découvert si le régiment est à l'extrémité d'une ligne; soit huit, neuf ou dix sentinelles. Cette garde devra donc comprendre 32, 36 ou 40 hommes, et, en y ajoutant les douze hommes du poste avancé, finalement 44, 48 ou 52 hommes, non compris les cadres. Ces hommes sont pris, autant que possible, en nombre égal dans chaque escadron. La garde de police est commandée, à tour de rôle, par un lieutenant ou souslieutenant ; le plus ancien lieutenant est le premier à marcher, le plus ancien sous-lieutenant est le second, et ainsi de suite. Les hommes de la garde de police sont à pied, le poste avancé est à cheval.
Le piquet est destiné à fournir les détachements et les gardes qui peuvent être commandés extraordinairement pendant les vingt-quatre heures. Le piquet d'un régimiènt est de dix cavaliers par escadron; il est commandé par un capitaine, qui a sous ses ordres deux lieutenants ou sous-lieutenants, quatre maréchaux des logis, huit brigadiers et deux trompettes.
Les inspections des officiers de jour étant passées, la garde de police et le piquet, composés comme je viens de le dire, sont réunis, par l'adjudant-major et Tadjudant de jour, au centre du régiment, la garde à vingt-cinq pas en avant des abris des cavaliers, le piquet à douze pas en arrière de la garde. Le chef d'escadrons de jour surveille ces détails de service.
La garde de police défile devant Toffieier supérieur de jour, au commandement de Tadjudant-major, et va prendre sa place. L'Ordonnance n'indique pas cette place à l'article Bivouac, mais, par analogie avec ce qui est prescrit pour les camps, on placera cette garde en arrière du centre du régiment, entre la droite des files de chevaux et la première ligne des abris des officiers. Le poste avancé se porte à deux cents pas en avant des abris des cavaliers. Il met pied à terre, dispose ses chevaux sur une file dans le même sens que ceux du régiment, et place trois sentinelles : une devant les armes et deux sur le front du régiment. Il ne fournit point pour la nuit de sentinelles d'augmentation.
Le piquet ne défile pas. L'Ordonnance prescrit, art. 79, que, lorsque les gardes ont défilé, le commandant du piquet le conduit à la gauche de la garde de police et lui fait mettre ses armes en faisceaux. Cette prescription me paraît s'appliquer spécialement à l'infanterie, et je crois préférable, pour la cavalerie, de faire conserver aux hommes du piquet leurs armes avec eux. Dans tous les cas, les cavaliers ren-
trenl dans leurs escadrons et ne se réunissent, pendant le jour, qa'â la sonnerie de deux appels consécutifs; ces réunions ont lieu h pied et à la gauche de la garde de police. La nuit, le piquet se réunit à cheval, mais sans sonnerie; l'adjudant-major et Tadjudant préviennent les officiers, ceux-ci éveillent les sous-offlciers, et les sousofficiers éveillent les brigadiers, les cavaliers et les trompettes. Le piquet se réunit toujours à la retraite. Les hommes qui le composent doivent rester, nuit et jour, habillés et équipés; les chevaux sont sellés.
J'ai cru devoir indiquer un ordre méthodique pour organiser le service; quant aux détails mômes de ce service, aux devoirs du commandant de la garde de police, aux consignes à donner aux sentinelles, aux détails de police et au service du poste avancé, il ne me paraît pas nécessaire de m'y appesantir. Ce sont Ih des points sur lesquels Tordonnance du 3 mai 1832 a formulé des prescriptions formelles; il n*y a qu'à les appliquer scrupuleusement, et je me borne à renvoyer au chapitre l^^ de son titre VII et notamment aux art. 70, 71, 72 et 73, qu'il est bori^de savoir #^u près littéralement.
La garde de police installée, l'adjudant-major fait sonner la distribution. Les officiers et sous-officiers de jour réunissent dans les grandes rues du bivouac, c'est-à-dire celles qui séparent les escadrons, les hommes commandés pour les différentes corvées : vivres, fourrage, bois, eau, etc. Le capitaine de jour ou de distribution assiste à celte réunion. Les différentes corvées partent sous la direction des officiers et sous-officiers répartis par le capitaine de distribution. Les officiers font commencer les distributions ; le capitaine se rend, autant que possible, successivement aux points où elles ont lieu, pour examiner les denrées.
Pendant l'absence des corvées, d'autres hommes préparent les foyers pour les cuisines. Ces foyers doivent être placés en avant des tentes ou des abris des cavaliers; ils consistent en petits fossés de 20 à 25 centimètres de profondeur, sur 15 à 20 de largeur, creusés dans le sens du vent et assez longs pour qu'on puisse placer à chacun d'eux les marmites nécessaires à un peloton. Une des marmites est placée à l'extrémité opposée au côté d'où vient le vent, pour former cheminée et activer le tirage; les autres reposent sur les bords du fossé. Lorsque le terrain ne permet pas de creuser ces fossés, on élève les marmites au-dessus du sol avec des pierres disposées d'une manière analogue.
Le terrain autour des foyers des cuisines, comme autour des feux de bivouac, quand on peut en allumer, doit toujours être dégagé des herbes sèches et des broussailles, pour éviter Tinoendie. Les foyers des cuisines doivent être établis vers le centre de chaque escadron pour les quatre pelotons. La surveillance en est ainsi plus
facile, et si l'un des cuisiniers a besoin de s'absenter, il peut être suppléé par un camarade.
D'autres hommes établissent les latrines, en creusant des fosses, pour la troupe à 150 pas en avant du front de bandière, pour les officiers à 100 pas en arrière de la dernière ligne de leurs abris. S'il est possible, ces fosses sont entourées d'une feuiilée ; si Ton occupe plusieurs jours le même bivouac, les fosses doivent être, chaque jour, recouvertes d'une certaine quantité de terre et changées de place tous les deux ou trois jours.
D'autres hommes, enfin, sont employés aux différents travaux qui peuvent être nécessaires pour l'aménagement intérieur du bivouac.
Les corvées rentrées, on donne à manger aux chevaux; le fourrage qui n'est pas consommé immédiatement est placé à 20 pas sur la droite de chaque file de chevaux. Les vivres sont distribués et on prépare la soupe. Un cuisinier par peloton suffit à cette préparation, et il ne faut pas tolérer que chaque homme cuisine pour son compte; on évite ainsi une grande perle de temps et de dangereuses chances d'incendie.
Ces premiers travaux accomplis, le chef de corps règle les heures des pansages, des abreuvoirs, en un mot de tout le service journalier, et ce service prend sa marche régulière, si le régiment doit rester plusieurs jours au bivouac. Nous allons suivre ce service pen^dant vingt-quatre heures, afin d'en rappeler tous les détails.
Au point de la journée auquel nous ont amené les opérations que nous avons précédemment décrites, le moment est venu de procéder au pansage du soir. L'adjudant fait sonner l'appel de ce pansage. C'est cet appel qui, pour la cavalerie, constitue celui de l'après-midi. Donc, conformément aux prescriptions de l'article 25 de l'Ordonnance, les cavaliers se réunissent en armes, dans les grandes rues du bivouac. Tous les officiers sont présents. Le chef d'escadrons de jour fait ouvrir les rangs; les capitaines passent l'inspection de leurs escadrons et rendent compte à leurs chefs d'escadrons; les officiers de jour rendent l'appel verbalement à. r adjudant-major; les maréchaux des logis chefs commandent le service du lendemain. Ces détails terminés, les cavaliers déposent leurs armes et se rendent au pansage.
Un peu plus tard, on fait sonner la retraite. Le commandant de la garde de police en fait faire l'appel, passe l'inspection des armes et se rend pour le même objet au poste avancé. Le piquet se réunit; le capitaine en fait faire l'appel et passe l'inspection des armes. Les brigadiers commandés dans chaque escadron pour surveiller les gardes d'écurie prennent leur service.
Le chef d'escadrons de jour, les officiers commandés de service pour la nuit, les adjudants-majors, les adjudants, le maréchal des
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logis de la garde de police, se réunissent sur le front de baiidière. La garde de police fournit le nombre d'hommes nécessaires pour former autour d'eux un cercle extérieur; ces hommes font face en dehors et présentent les armes. Le chef d'escadrons donne le mot et profite de cette réunion pour commander les rondes et les patrouilles et faire toutes les recommandations relatives à ce service et à celui des sentinelles. L'adjudant-major de jour envoie le mot cacheté au commandant de la grand'garde qui a dû lui envoyer, à cet effet, une ordonnance, ainsi que le prescrit Tarticle 86.
Une demi-heure après la retraite, on sonne Tappel du soir. Réglementairement, à cette sonnerie, les escadrons doivent se réunir, sans armes, dans les grandes rues du bivouac; les officiers de jour seuls assistent à cet appel et le rendent par écrit à Tadjudant-major, qui établit le billet d'appel général et l'envoie au colonel. Le maréchal des logis de la garde de police passe chez les cantiniers, en fait sortir les sous-officiers et les cavaliers, et exige que les feux des cuisines soient éteints. Les hommes trouvés chez les cantiniers, après l'appel du soir, sont, ainsi que les cantiniers, conduits au poste avancé de la garde de police; ces derniers sont sévèrement punis.
. Après l'appel du soir, le plus grand silence et le plus grand calme doivent régner dans le bivouac. Si, pendant la nuit, quelqu'un doit sortir du bivouac, il se présente au commandant de la garde de police, qui le fait conduire près du maréchal des logis du poste avancé, qui le fait accompagner par un brigadier jusqu'en dehors de la ligne des sentinelles.
Nous avons été forcément amenés à commencer l'installation de notre bivouac par le milieu de la journée, et c'est généralement ainsi que les choses se passeront. Pour compléter le service des vingtquatre heures, voyons ce qui doit se passer dans les premières heures du jour.
A l'heure prescrite, on sonne le réveil. La garde de police et le poste avancé prennent les armes; le commandant de cette garde en passe l'inspection ainsi que celle du poste avancé. Il établit son rapport et l'enyoie à l'adjudant-major. Lçs hommes se lèvent et ouvrent leurs tentes, si elles ont été dressées. On donne à manger aux chevaux et les brigadiers chargés de surveiller les gardes d'écurie cessent leur service.
Une heure après le déjeuner des chevaux, on sonne l'appel. Les cavaliers se réunissent, sans armes, dans les grandes rues du bivouac. Les officiers de jour font faire l'appel et rendent compte à l'adjudant-major. Après l'appel, on procède au pansage et à l'abreuvoir. Après le pansage, les sous-officiers et cavaliers prennent leurs armes, les essuient el les mettent en état; les officiers de jour sur-
veillent ces détails. Les brigadiers de jour font ensuite nettoyer par les hommes de corvée les rues du bivouac et le front de bandière; cette corvée est surveillée par le maréchal des logis de la garde de police.
Nous voici revenus au point où nous avons pris le bivouac, au début de notre installation, et, si Ton doit rester en place, la même série d'opérations se reproduira. J'ai un peu insisté sur cette série, qui constitue ce que l'on peut appeler le service intérieur au bivouac, parce que j'estime qu'il importe de nous rendre ces opérations familières. La rapidité et la régularité de l'installation, après une journée de marche, sont de la plus haute importance pour une troupe. Elles contribuent puissamment à lui faciliter les moyens de vivre et de se reposer. Or, manger et se reposer sont deux choses capitales à la guerre.
Pendant ces diverses opérations, nous n'oublierons pas que nous faisons de l'instruction. Les officiers doivent parcourir le bivouac et surveiller la bonne exécution de tous les détails. Ils s'assurent que les chevaux sont bien attachés, que les postes et les sentinelles connaissent et font leur service, que les cavaliers nettoient et réparent leurs effets, enfin que toutes les prescriptions réglementaires sont observées. Ils s'attachent à développer Tintelligence et l'initiative de leurs hommes; ils les habituent à ne pas rester tête nue au soleil, à ne pas se déboutonner quand ils sont en sueur; ils leur recommandent de rester habillés pendant la nuit, au lever et au coucher du soleil, à ne pas marcher, la nuit surtout, sans être chaussés, etc. C'est avec toutes ces précautions, en apparence minutieuses, que l'on conserve la santé de ses hommes et de ses chevaux et qu'on les trouve valides et actifs le jour où l'on a besoin deux. Si nous voulons y arriver facilement en campagne, il faut en prendre l'habitude dans les exercices de la paix.
Mais, pour se reposer dans une sécurité complète, il ne suffit pas de s'installer rapidement et d'organiser son service intérieur; il faut encore se garder par des postes extérieurs et organiser le service de ces postes. Dans la pratique, même, à l'arrivée au bivouac, l'organisation du service de sûreté doit précéder tout le reste, ou tout au moins marcher conjointement avec les détails précédents. Pour faciliter nos études et suivre, dans notre instruction, une progression qui me paraît logique, j'ai négligé jusqu'ici le service de sûreté; mais, maintenant que notre bivouac est installé, que le service intérieur y fonctionne régulièrement, il est temps de nous en occuper.
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3° Service de sûreté.
La sécurité du bivouac ne peut être assurée que par les détachements chargés de le couvrir, d'observer les mouvements de Tennemi et de ralentir ses attaques, au besoin. Ces détachements, qui constituent les avant-postes, comprennent normalement les grand'gardes, les petits postes et les vedettes.
L'ordonnance du 3 mai 1832 a posé, dans son titre VIÏI, les principes qui doivent servir de guide dans cette partie si importante du service en campagne; mais elle n'entre pas, elle n'a pas pu entrer dans les détails d'exécution, dont la perfection est pourtant si essentielle dans toutes les opérations de la guerre. Il est bien certain que la nature du terrain, la proximité ou l'éloignement de l'ennemi, la qualité de ses troupes, la force de celles que l'on commande, les dispositions des habitants, doivent amener des modifications dans le service des avant-postes. Mais, je le répète, ce ne sont point des règles absolues que nous avons la prétention de poser; nous essayerons seulement d'indiquer les bases générales de ce service et la méthode à suivre pour l'étudier, avec suite, dans les exercices de la paix.
La première question à nous poser est celle de la force de la grand*garde. Cette force est réglée par le général de brigade, dit l'art. 81. C'est un peu vague, et nous allons chercher à déterminer théoriquement cette force. Il est bien entendu que nous ne nous occupons que du service à fournir par un régiment, L'Ordonnance nous dit que, pour un régiment, la grand'garde est commandée par un capitaine et composée d'un nombre d'officiers, de sous-officiers, de brigadiers et de cavaliers fixé en raison de son objet, de la force du corps qui le fournit et aussi du principe que quatre hommes sont nécessaires pour entretenii* sans trop de fatigues une vedette.
En instruction, nous admettrons que la grand'garde doit fournir trois petits postes, plaçant chacun deux vedettes et devant être relevés toutes les huit heures, ce qui nous amènera à la composer de 72 cavaliers, plus les cadres. Ces 72 hommes seront répartis en trois pelotons ; chaque peloton prendra à son tour le service des petits postes, en placera trois de huit hommes chacun et sera relevé au bout de huit heures. Des deux autres pelotons, l'un se tiendra prêt à fournir les rondes, les patrouilles, tous les services que comporte une grand'garde et à relever le premier, l'autre se reposera.
Comment seront pris les cavaliers de grand'garde ? En s'en tenant aux prescriptions du titre VI de l'ordonnance, il n'est pas douteux que ce service devrait être commandé dans tous les escadrons^ à la fois. Ce système a bien ses avantages; il est difficile aux hommes de
grand*garde de préparer leurs aliments, et, s'ils étaient pris dans tous les escadrons, comme pour les gardes intérieures, la partion de l'escadron restée au bivouac ferait porter aux hommes de grand'garde les vivres nécessaires; puis, si la grand'garde vient à être enlevée, un régiment ne se trouverait pas privé d'une de ses fractions constituées. D'autre part, c'est là un service pénible, difficile et qui exige impérieusement toute l'action possible des cadres sur la troupe, action qui ne peut s'obtenir que lorsque les hommes se trouvent sous le commandement de chefs qui leur sont connus, auxquels ils sont habitués à obéir. L'habitude a donc été prise dans la pratique de commander de grand'garde des fractions constituées. Nous suivrons cette habitude, en instruction, et nous composerons notre grand'garde d'un escadron.
Les grand'gardes montent habituellement avec les autres gardes, dit l'article 83. En principe, notre grand'garde se réunira donc sur le front do bandière, à la sonnerie de la parade. Le capitaine divisera sa troupe en trois pelotons, comprenant chacun au moins 24 cavaliers, comme nous l'avons déjà indiqué, et répartira les officiers, sous-officiers et brigadiers. Puis la grand'garde se met en marche précédée et flanquée d'éclaireurs qui fouillent le pays à une assez grande distance. Rappelons, en passant, que si les éclaireurs sont une excellente chose, il ne faut pas non plus en abuser, et qu'on ne doit employer que ceux strictement nécessaires.
Signalons aussi que l'Ordonnance attache une si grande importance au placement des grand'gardes, qu'elle impose ce devoir au chef de corps lui-même, ou tout au moins au lieutenant- colonel, accompagné des adjudants-majors qui ont reconnu le terrain avec le général. Mais reconnaissons aussi que, dans la pratique, le terrain a rarement été étudié d'avance, et que le plus souvent le capitaine de grand'garde est chargé d'aller se placer tout seul et de luimême.
Aidons ce capitaine à accomplir sa mission. L'article 84 de l'Ordonnance indique comment doit être choisi l'emplacement . des grand'gardes, autant que possible au centre du terrain à observer, en un point couvert et en même temps élevé, ce qui leur permet de dissimuler leur force et de voir de loin, et en évitant de les adosser à un bois dans la crainte qu'elles ne soient enlevées. Toutes ces prescriptions sont excellentes, et si nous ajoutons que, spécialement pour les grand'gardes de cavalerie, il est essentiel que le terrain en avant d'elles soit découvert, afin qu'elles puissent agii librement, et qu'il est bon de ne pas les placer sur une route, mais bien sur le côté, ce qui leur donne plus de facilité pour éviter une brusque irruption de l'ennemi et pour le prendre en flanc, nous aurons dit tout ce qui est essentiel sur le choix de l'emplacement.
Mais rOrdonnance est restée complètement dans le vague en ce .qui concerne la diî>tance à laquelle lu grand'garde doit être établie du corps qu'elle couvre. Je sais bien que cette distance varie en raison de la nature du terrain. 11 est évident que, en pays plat, cette distance ne seia plus la même que dans un terrain accidenté et difficile. Cependant, on peut toujours poser un principe général, ce sera ensuite à Tintelligence de l'exécutant à l'appliquer judicieusement. Ce principe c'est que cette distance doit être telle que la troupe ait, non-seulement le temps d'être prévenue de l'attaque qui la menace, mais encore celui de se préparer à la recevoir ou à s'y soustraire. On peut calculer qu'il faut de quinze à vingt minutes h un régiment de cavalerie au bivouac pour monter à cheval et se mettre en état de défense. Il faut donc que la grand'garde, ses petits postes et leurs vedettes, tant par leur éloignement que par leur résistance, donnent au régiment ces quinze à vingt minutes.
En prenant pour base la vitesse des allures indiquées par nos règlements, et qui est à peu près la même partout, si nous supposons notre bivouac exposé aux attaques de la cavalerie, nous trouverons que cette cavalerie peut parcourir au galop, dans ce laps de temps, 4,500 à 6,000 mètres, au trot 3,000 à 4,000 mètres. Il est probable que la cavalerie ennemie ne parcourra pas ces distances à sa plus grande vitesse, et qu'en prenant la moyenne des deux allures nous nous rapprochons de la vérité, soit 3,800 mètres en 15 minutes, 5,000 en 20. Et finalement, prenant la moyenne entre ces deux distances, on peut poser en principe qu'un régiment de cavalerie, gardé à 4,400 mètres en avant de son bivouac, a tout le temps de se préparer. Nous arriverions à peu près aux mêmes résultats en calculant isur la portée moyenne de l'artillerie. Dans ces conditions, la grand'garde serait placée environ à 3,000 mètres du corps principal, les petits postes à 700 mètres et les vedettes h la même distance des petits postes.
Toutefois, il est bon que la grand'garde soit aperçue du bivouac, et il est indispensable que les petits postes le soient de la grand'garde et les vedettes des petits postes. Si l'on peut, au besoin, sacrifier cette condition pour la grand'garde, quitte à placer un poste intermédiaire pour la relier au bivouac, il faut l'observer rigoureusement pour les petits postes et les vedettes. Nous devrons donc nous mouvoir dans cette distance de 4,400 mètres, de manière que la grand'garde, les petits postes et les vedettes soient en vue les uns des autres ; mais nous conserverons, comme normale, cette distance de 4,400 mètres entre le bivouac et la chaîne des vedettes.
Cependant les distances que nous venons d'indiquer peuvent être diminuées ou augmentées, lorsqu'il se trouve en avant de la chaîne
SERVICE DE LA CAVALERIE ESi CAMPAGJÎE. 45
des vedoUes un obstacle de terrain, tel quun ruisseau, un ravin, des hauteurs escarpées, auquel on peut appuyer cette chaîne. D'abord cet obstacle contribuera à ralentir la marche de l'ennemi, puis il facilite le service des avant-postes en établissant entre eux une liaison naturelle.
Mais, en instruction, nous observerons les distances normales.
Donc, la grand'garde s'étant portée à 3,000 mètres du bivouac, son commandant la formera en bataille sur l'emplacement qu'elle doit occuper et l'on s'occupera du placement des petits postes. -
L'Ordonnance détermine, art. 85, que c'est seulement après avoir reconnu le terrain et autant que possible la position de l'ennemi, que Ton fixe la force et le placement des petits postes. Cette prescription n'est pas toujours facile à observer, et, avouons- le, elle l'est rarement. Afin de s'y conformer, lorsque la chose serait possible, le chef de corps, le commandant de la grand'garde et les officiers, sous-ôflSciers ou brigadiers qui doivent commander les petits postes, toujours couverts par les éclaireurs qui précédaient la grand'garde en marche, se porteraient en avant et exécuteraient une reconnaissance sommaire dans le rayon que doivent occuper les vedettes, c'est-à-dire sur une demi-circonférence dont le rayon serait les 1,400 mètres qui doivent séparer les vedettes de la grand'garde elle-même.
Cette reconnaissance a pour but de déterminer l'emplacement des petits postes et des vedettes. Supposons que nous puissions opérer avec une précision absolument mathématique. Nous avons dit précédemment que les petits postes devaient être, en moyenne, à 700 mètres de la grand'garde et, les vedettes à 700 mètres des petits postes. C'est donc, en prenant la grand'garde pour centre, sur une demi- circonférence de 2,100 mètres que devront être répartis les petits postes, et les vedettes sur une demi-circonférence de 4,200 mètres. Nous avons dit aussi qu'il était indispensable que les vedettes fussent aperçues de leurs petits postes, mais il n'est pas moins nécessaire qu'elles puissent s'apercevoir entre elles, afin que rien ne puisse traverser leur chaîne sans être vu. Afin que cette dernière condition puisse être remplie, il ne doit pas y avoir plus d'intervalle entre deux vedettes qu'il n'y a de distance entre les vedettes et le& petits postes, soit, en moyenne, 700 mètres. Ce qui, pour notre demi-circonférence de 4,200 mètres, nous amène à placer six vedettes, deux par petits postes. Dans le cas où nos six vedettes ne s'apercevraient pas deux à deux, on devrait employer, sur les points de la chaîne où des obstacles gêneraient la vue, le système des vedettes doubles.
La reconnaissance du terrain terminée, les emplacements des petits postes et des vedettes déterminés, le chef de corps, le comman-
dant de la grand'garde, les chefs des futurs petits postes qui lés accompagnaient, reviennent k la grand*garde. Le commandant dé cette garde dispose en colonne les trois fractions dont nous avons dit qu'elle devait être formée» La première fraction, qui doit fournir les petits postes, se porte en avant des deux autres ; elle est elle-même subdivisée en trois parties; chacune de ces parties constituant un petit poste est placée sous ies ordres du sous-officier ou du brigadier qui doit la commander. Il n'y a plus qu'à procéder au placement des petits postes et des vedettes. Ce que l'on fait en établissant^ sur les deux demi-circonférences que nous avons déterminées, d'abord le poste du centre et ses deux vedettes, puis le poste de droite et enfin le poste de gauche. On doit toujours indiquer à un chef de poste et à une vedette le chemin par lequel ils doivent se replier, le cas échéant. Autant que possible, ce chemin ne doit pas être direct.
Les postes et les vedettes devraient être placés, si c'était possible, de manière à voir sans être vus. Il faut donc profiter de tous les accidents de terrain* pour les dissimuler. Mais il est bien entendu que la condition essentielle est de voir, et que lorsque nous ne pourrons cacher nos petits postes et nos vedettes qu'en les empêchant de voir, nous sacrifierons ce dernier avantage au premier.
Les vedettes placées, les éclaireurs qui ont protégé l'opération depuis le départ du bivouac, sont rappelés le chef de corps rentre au bivouac, le commandant de la grand'garde revient à sa troupe et lui fait mettre pied à terre. La deuxième fraction se tient prête h marcher et quelques hommes sont chargés d'avoir l'œil sur les petits postes. La troisième fraction se repose et fait manger les chevaux.
Quant aux petits postes, doivent-ils rester à cheval ou peuvent-ils mettre pied à terre? L'Ordonnance ne précise pas ce point, mais je ne vols aucun inconvénient à leur faire mettre pied à terre, pourvu que l'un des cavaliers ait toujours l'œil sur les vedettes. Six ou sept hommes sont bien vite à cheval. Les faire rester huit heures en selle, ou même seulement quatre, c'est leur imposer une gêne inutile et peut-être endormir leur vigilance, au lieu de la tenir en éveil.
La méthode que nous venons d'indiquer pour opérer le placement des petits postes et des vedettes est celle qui paraît le plus dans l'esprit de l'Ordonnance. Mais elle est longue. Ne pourrait-on, dès que la grand'garde serait arrivée au point où elle doit être établie, diriger les petits postes, en même temps, dans des directions divergentes, soit d'après la configuration du terrain, soit d'après les indications données par l'étude de la carte. A 700 mètres de la grand'garde, chaque chef de poste choisirait le point où doit être placé son poste, y laisserait un cavalier, continuerait à marcher
avec les autres jusqu'aux points où doivent être placées ses vedettes, puis il reviendrait, avec les cavaliers qui ne seraient pas nécessaires comme vedettes, s'établir au point choisi pour le petit poste. Les officiers, réglementairement chargés du placement des avant-postes, parcourraient la chaîne, vérifieraient les dispositions prises, les rectifieraient au besoin et indiqueraient à chacun sa mission. Mais ce système ne pourrait être employé qu'avec des troupes déjà fort habituées au service en campagne, et, en instruction, nous suivrons celui que j'ai précédemment indiqué.
Dans tous les cas, Topération terminée, la grand'garde, les petits postes et les vedettes affectent la forme d'un éventail dont la grand'garde serait la base. C'est là la disposition classique, et il est évident que si nous n'avons à craindre les attaques de l'ennemi que de front, nous sommes parfaitement garantis. Ce système suppose, donc, ou que notre grand'garde se relie par ses postes extrêmes à des grand'gardes voisines, ou que l'extrémité de la chaîne de nos vedettes s'appuie à des obstacles infranchissables ou difficilement franchissables.
Mais si nos flancs ou Tun de nos flancs est complètement en l'air et susceptible d'être attaqué, les dispositions que nous venons d'indiquer sont insuffisantes. En effet, nos vedettes étant réparties sur une demi-circonférence de 4,200 mètres dont la grand'garde est le centre, et cette grand'garde étant, elle-même, à trois kilomètres de notre bivouac, il y aura entre la plus extrême vedette de la chaîne et le flanc le plus rapproché un espace vide d'environ quatre kilomètres par lequel Pennemi pourra pénétrer.
Nous serions parfaitement garantis si nos vedettes arrivaient à la hauteur du flanc découvert. Comment rechercherons-nous ce résultat? Espacerons-nous nos vedettes de manière à l'obtenir? Mais alors, ce n'est plus sur une demi-circonférence dont le rayon est de 1,400 mètres, mais bien sur une demi-circonférence dont le rayon serait de 1,400 mètres, plus la distance de la grand'garde au bivouac, c'est-à-dire de 4,400 mètres, que nos vedettes devraient être réparties, car il n'y a pas de raison pour placer les vedettes plus près du flanc que du front. 11 est évident que nos vedettes seraient alors, non-seulement beaucoup trop espacées, mais encore que quelques-unes seraient à une distance hors de toute mesure de la grand'garde; celle de l'extrémité de la chaîne en serait à plus de 5 kilomètres et plus éloignée de la grand'garde que du bivouac luimême.
Notre chaîne serait ainsi sans consistance et sans efficacité. Mieux vaut rester dans les principes que nous avons posés, de faire rayonner les vedettes à 1,400 ou 1,500 mètres de la grand'garde et placer, de la même manière, une autre grand'garde sur le flanc ou
sur les flancs menacés, complétant, au besoin, le système par quelques postes indépendants et à la Cosaque, chargés de relier entre eux les petits postes de deux grand'gardes.
Il y a là un autre inconvénient à éviter. C'est que si Ton surcharge les hommes et les chevaux de service, sous prétexte d'assurer leur sécurité, on ne remplit plus Tobjet essentiel du bivouac, qui est de se reposer. 11 faudra donc réduire Teffectif des grand'gardes au strict nécessaire. Une grand'garde de 48 cavaliers peut encore subvenir très-convenablement au service de trois petits postes. Enfin on emploiera les vedettes volantes et on suppléera par des patrouilles plus fréquentes à ce qui pourrait manquer de consistance au service des grand'gardes. Dans tous les cas, on ne doit pas employer aux divers services de gardes plus du tiers de son effectif, afin que les hommes aient au moins deux nuits de repos sur trois.
En instruction, nous placerons notre grand'garde méthodiquement et nous la supposerons reliée à des grand'gardes voisines. Notre grand'garde, nos petits postes et nos vedettes étant placés, il faut faire fonctionner le système. Nous avons déjà indiqué dans les exercices préparatoires comment devraient se comporter, dans les différents cas qui peuvent se présenter, les vedettes et les petits postes; nous n'y reviendrons pas, mais nous ferons se reproduire les incidents que nous avons déjà étudiés avec ces petits groupes, et nous les envisagerons, maintenant, au point de vue du service d'ensemble de la grand'garde.
Quant au commandant de la grand'garde, il doit employer tous les moyens possibles pour avoir des nouvelles de l'ennemi, reconnaître sa position, les chemins, les débouchés, les défilés, les ponts, les gués par lesquels il peut arriver et ceux par où il est possible d'aller à lui (article 85). Il visite de temps en temps ses petits postes et ses vedettes; mais le plus souvent il les fait visiter par des officiers, par des rondes ou des patrouilles, auxquels il donne des instructions précises, restant de sa personne au point central, auquel doivent aboutir tous les renseignements; lorsqu'il s'éloigne, il charge l'un de ses officiers de le remplacer. Il y a cependant un devoir que lui impose TOrdonnance, article 90 : c'est de reconnaître lui-même, accompagné de ceux qui doivent conduire les rondes ou les patrouilles de nuit, les chemins que celles-ci doivent parcourir. Il y procède en visitant les petits postes et les vedettes. Toutes les fois qu'un fait important lui est signalé, il adresse un rapport à l'officier supérieur de jour. Il fait relever ses petits postes toutes les huit heures et exceptionnellement toutes les quatre heures. Un peu avant l'heure de la retraite, il envoie un cavalier près de l'adjudantmajor de jour, pour chercher le mot d'ordre (artide 86).
Tous les services sont fournis par la deuxième fraction (jte la grand 'garde; la troisième se repose, fait la soupe et donne à manger aux chevaux. Mais tout le monde doit être prêt à monter à cheval lestement.
Le commandant de la grand'garde ayant reçu le mot d'ordre, le fait passer à ses chefs de petits postes et le service de nuit commence.
Doit-on pour la nuit changer l'emplacement des grand'gardes, petits postes et vedettes? Oui, disent les uns; cela déjoue les tentatives que l'ennemi pourrait faire pour les enlever à la faveur de la nuit. Non, disent les autres; car, pendant la nuit, lorsque les soldats dorment, il leur est plus difficile de prendre les armes et de se réunir sans perte de temps; il faut donc que la troupe ait plutôt plus que moins de temps pour se préparer pendant la nuit que pendant le jour. D'autre part, il est bien certain que l'ennemi ne fera pas les mêmes mouvements la nuit que le jour, qu'il marchera avec prudence et en tâtonnant, et s'avancera beaucoup moins vite. Je ne crois donc pas qu'il y ait inconvénient à changer l'emplacement des postes pour la nuit, et il peut y avoir avantage. L'Ordonnance ne fait pas de ce changement une obligation constante, mais elle on admet la nécessité. Il est donc bon de s'y exercer.
Pour exécuter cette opération, à la nuit tombante, le commandant de la grand'garde la portera sur le point qu'elle doit occuper, la formera en bataille et la laissera à cheval. Lorsque la nuit sera tout à fait venue, les petits postes d'abord, les vedettes ensuite battront, à leur tour, en retraite, s'arrêtant de temps en temps pour s'assurer que l'ennemi ne suit pas. Les vedettes qui seraient très en vue ne se retireraient que lorsque leur mouvement ne pourrait pas être aperçu.
Il y a encore un procédé plus simple pour changer remplace* ment des postes, c'est de faire coïncider ce changement avec le relèvement de ces postes. Alors, on place d'abord les postes qui doivent prendre le service de nuit, puis les autres se retirent lestement et sans bruit.
Dans tous les cas, les nouveaux postes occupés, la grand'garde met pied à terre et le service reprend sa marche ordinaire.
La nuit, il faut redoubler de vigilance et d'attention. La vue ne peut plus s'étendre aussi loin, il faut consulter TorelUe. Mais le sens de l'orne est moins certain et moins étendu que celui de 1^ vue. Cependant on distingue encore la marche de l'infanterie h 500 ou 600 mètres, de }a cavalerie au pas à 600 ou 700 mètres, au trot et au galop h 900 mètres et même à 1 kilomètre. Mai^ le terrain peut être sablonneux ou marécageux, auquel cas le bruit s'entend de beaucoup moins loin. De plus, l'oreille se trompe, non-seulement
Attfe.T. 4
SO JOURNAL DES SCIENCES MlLltAIHES.
sur la nature des bruits qu'elle perçoit, maïs encore sur la direcliOii. Enfin Timagination du soldat est facilement surexcitée par l'Obscurité. Aussi, la nuit irapose-t-elle au commandant d'une grand'garde l'obligation de veiller beaucoup lui-même.
Le service des avant-postes comprend des rondes, des patrouilles, des découvertes, et se complète par les mouvements de ces petites fractions de troupes. Nous avons décrit l'organisation et le mode d'action de ces rondes ou patrouilles dans le 2* exercice préparatoire; il ne nous restera qu'à les faire fonctionner en les reliant au service général de la grand'garde. Mais, avant de les mettre en mouvement et pour se conformer aux prescriptions de l'article 90 de FOrdonnance, le commandant de la grand'garde doit, accompagné de ceux qui doivent conduire les rondes et les patrouilles, reconnaître les chemins que celles-ci doivent parcourir. Cette reconnaissance ne doit pas se borner à une simple promenade ; le commandant de la grand'garde doit en profiter pour faire remarquer, à ceux qui l'accompagnent, les avantages et les inconvénients des chemins parcourus et du terrain avoisinant, au point de vue de l'attaque et de la défense, les diverses voies qu'ils peuvent employer pour rejoindre la grand'garde, en cas de besoin; faire, enfin, une étude aussi complète que possible du terrain. Gela fait, le commandant de la grand'garde s'installe au point central, n'en bouge plus que dans le cas dé nécessité urgente, et met en marche ses rondes et ses patrouilles. Au point du jour, il fait partir une ou plusieurs découvertes, suivant sa force et les ordres qu'il a reçus. Pendant l'absence des découvertes, la grand'garde et les petits postes sont à cheval. Tous les rapports convergent vers le chef de la grand'garde; il les réunit, et, au jour, les adresse avec le sien propre à l'officier supérieur de jour. Il est clair t[ue, dans un cas pressant, le commandant de la grand'garde, conformément aux prescriptions de l'article 87, fait immédiatement prévenir le chef de corps. Il faut, du reste^ être sobre de nouvelles et n'envoyer que celles qui ont de l'importance. Le commandant de la grand'garde doit faiie son rapport par écrit, et, par conséquent, avoir sur lui un carnet, du papier et un crayon. Les termes de ces rapports doivent être clairs et précis.
Enfin, malgré toutes les précautions, la grand'garde peut être attaquée. Dans ce cas, ainsi que le prescrit l'article 96 de l'Ordonnance, il faut faire immédiatement prévenir le général de brigade et le chef de corps et chercher à ralentir la marche de l'ennemi. En aucun cas, il n'est permis de se retirer sans même escarmoucher. Les vedettes, les petits postes et lagranJ'garde sont disposés comme le seraient des tirailleurs avec leurs soutiens et leur réserve; ils doi^ veiit en tenir lieu et profiter de tous les accidents de terrain pour chercher ^ at rotor l'ennemi.
SfiBVIGB DE LA CAVALERIE EN CAMPAGNE. 51
Le commandant de la grand'garde doit immédiatement détacher sur ses flancs un officier ou un sous-officier intelligent avec quelques hommes, afin de s'assurer qu'on ne cherche pas à le tourner, pendant qu'on l'occupe sur son front. Il doit se garder aussi soigneusement d'une ardeur irréfléchie que d'une appréhension exagérée. Une grand'garde est destinée plutôt à avertir qu'à combattre. Sans doute, elle ne doit pas mettre dans sa retraite une précipitation qui deviendrait du désordre, mais elle ne doit pas non plus se laisser aller à une défense téméraire qui l'exposerait à être enlevée. Elle fait feu, tiraille beaucoup, se retire en bon ordre, si elle voit Tattaque de l'ennemi décidée, et, en tous cas, tient assez pour donner à ses petits postes le temps de rejoindre et au régiment celui de se préparer à recevoir l'ennemi, d'arriver à son secours, ou de se retirer s'il ne veut pas accepter la lutte.
Si là poursuite n'est pas vive, on peut s'arrêter et même tenter un retour offensif, mais en s'assurant que la manœuvre de l'ennemi ne cache pas quelque embûche et qu'il ne se glisse pas sur les derrières. Il est toujours bon, pourparer à une attaque de cette nature, de ne pas engager tout son monde à la fois-
S'il y a plusieurs grand'gardes et que Ton entende attaquer Tune d'elles, on fait monter la sienne à cheval et l'on se tient prêt à combattre, en même temps qu'on envoie un officier voir ce qui se passe. Il rie faut cependant pas se hâter de faire rentrer ses petits postes, car cette attaque peut n'être qu'une ruse de l'ennemi pour nous engager à abandonner les points d'où il pourra mieux reconnaître notre position.
En somme, vigilance, fermeté et prudence doivent être les règles de la conduite d'un commandant de grand'garde.
J'ai cherché à grouper méthodiquement, dans cet article, tout ce qui a trait à l'organisation du service de sûreté au bivouac : détermination de la force et de l'emplacement de la grand'garde, reconnaissance préalable du terrain, placement des petits postes et des vedettes, complément des mesures de sûreté au moyen des rondes, patrouilles et découvertes, finalement défense d'une grand'garde. Tai suivi, le plus possible, l'ordonnance du 3 mai 1832, me bornant à développer ce qu'elle avait présenté d'une manière un peu abstraite, peut-être, et ajoutant à ses principes quelques explications qui m'ont paru utiles. Il ne nous restera plus qu'à mettre tout cela en pratique, en nous confonaiant aux prescriptions plusieurs fois rappelées dans les exercices préparatoires : placer toujours notre troupe dans la situation qu'on veut lui enseigner.
\1 lorilNAr DKS sniKNClCîi MU.ITAinKS.
4° Levée du bivouac.
. Il ne nous reste plus, pour terminer cette première série d'opérations, qu'à procéder régulièrement à la levée de notre bivouac.
Lorsque le régiment doit se mettre en marche, l'Ordonnance prcscril, article 122, de faire sonner le boute-charge, une heure avant la sonnerie à cheval. C'est peut-être beaucoup, et il faut chercher h habituer nos cavaliers k être plus lestes que cela.
Quoi qu'il en soit, à cette sonnerie les officiers veillent à ce que les hommes sellent et chargent régulièrement les chevaux ; les ustensiles de cuisine et les outils sont réunis et remis a ceux qui doivent les porter ; les voitures sont chargées et réunies au lieu désigné. On fait ramasser et ficeler le fourrage et on éteint les feux des cuisines.
Le commandant de la garde de police envoie, l'une après l'autre, chaque moitié de cette garde seller et charger, article 75: Dès que la première moitié est prête, elle monte à cheval, sans attendre la sonnerie, et se réunit sur.le point qu'occupait la garde de police. Les sentinelles sont relevées par des vedettes. La seconde moitié va seller à son tour et les hommes qui la composent restent à leurs escadrons. Le poste avancé monte à cheval et relève ses sentinelles par des vedettes.
A la sonnerie à cheval, les cavaliers brident, enlèvent les entraves, les cordes et les piquets, comme il a été dit pour Tinstallation, un homme sur deux tenant les chevaux, pendant que les autres exécutent ces diverses opérations. Puis, les cavaliers s^arment, montent à cheval et viennent se former en bataille sur le front de bandière. Les hommes qui sont encore à la garde de police rentrent dans leurs escadrons, dès que le régiment est réuni. Si le poste avancé n'a pas de prisonniers à garder, il rentre aussi dans les rangs; s'il y a des prisonniers, il reste réuni, prend place pendant la niarche entre le l^r et le 2® escadron, les prisonniers marchant entre ses deux rangs, attachés, si la mesure est nécessaire, article 76.
Si l'on doit partir subitement, toutes ces opérations s'exécutent à la seule sonnerie à chevaL
Les appels rendus, le régiment est mis en marche. Il est bon de désigner, dans chaque escadron, un sous-oiBcier chargé de s'assurer que, après le départ, il ne reste aucun effet sur l'emplacement qu'occupait l'escadron.
La grand'garde a dû recevoir Tordre de se préparer et de monter Il cheval en môme .temps que le régiment. Mais elle a une conduite différente à tenir, suivant que l'on doit se porter en avant ou battre en retraite.
Si l'on se porte en avant, la grand'garde, se trouvant sur la direction que doit suivre le régiment, reste en place, ses petits postes et SOS vedettes placés jusqu'à ce qu'elle ait été dépassée par l'avantgarde. Alors, elle replie ses vedettes et ses petits postes et reprend sa place dans les rangs, lorsque le régiment arrive à sa hauteur. S'il y a des grand'gardes sur les flancs du bivouac, elles procèdent de môme et ne rentrent dans les rangs que lorsqu'elles sont relevées par les flanqueurs qui doivent protéger la marche.
Si Ton bat en retraite, la grand'garde ne doit monter à cheval qu'au moment môme d'exécuter son mouvement. Plus tôt, ce redoublement de précautions pourrait attirer l'attention de l'ennemi, ce qu'il importe d'éviter. Le commandant de la grand'garde doit connaître parfaitement le chemin par lequel il doit se retirer. L'heure indiquée pour la retraite étant arrivée, le commandant de la grand'garde part rapidement avec le gros de sa troupe, suivant la route indiquée» et marche lestement jusqu'à ce qu'il ait dépassé l'arri ère-garde. Alors, il s'arrête ou ralentit pour attendre ses petits postes. Il a dil laisser, pour les réunir, un de ses officiers. A l'heure qui lui a été fixée ou dès qu'il n'y a plus moyen de dissimuler la retraite à l'eniienii, cet officier rallie les vedettes et les petits postes et rejoint rapidement. Lorsque toute la grand'garde est réunie, elle marche rntre Tarrière-garde et le régiment, jusqu'à ce qu'elle puisse reprendre sa place dans la colonne.
Si l'on n'est pas en présence de l'ennemi, ces précautions deviennent inutiles et la grand'garde est rappelée avant que le régiment se mette en marche.
Me voici parvenu à la fin de ce premier exercice. J'ai parcouru le cercle des opérations que comporte un bivouac, depuis Tinstallatiou jusqu'à la levée, en passant par l'organisation et le fonctionnement du service tant intérieur qu'extérieur. J'ai essayé de faire rentrer toutes ces opérations dans une sorte de formule générale de laquelle on puisse déduire des règles pour les difi'érents cas qui peuvent S3 présente. Sans doute, ces règles sont loin d'ôtre absolues, et bien des circonstances de temps et de lieux peuvent en amener la modifica-tion; mais j'estime qu'avoir, sur les différentes opérations de la guerre auxquelles nous pouvons être appelés, quelques principes généraux, ne saurait être une gêne et un embarras, et peut, au contraire, être d'un grand secours. Je ne saurais mieux terminer qu'en l'appelant, sur ce point, l'opinion professée par le maréchal Bugeaud :
« Si l'on n'est pas fixé à l'avance Élur les principes, sera-t-OR assuré de les appliquer au moment du danger ? Non, il ne faut pas se livrer au hasard de l'inspiration dans des choses aussi majeures ; il faut avoir des principes. Il y a bien assez des incidents que l'on ne peut prévoir, sans laisser encore dans le vague des questions qui
peuvent être résolues par anticipation, à Taide de Téludc et du raisonnement. »