CANTONNEMENTS
t A raison de la conservation et de la subsistance des chevaux, dit l'article 46 de TOrdonnance, on doit placer la cavalerie dans les villages, toutes les fois que la distance où Ton est de Tennemi et le temps dont elle peut avoir besoin pour se rendre à sa place de bataille le permettent. » En d'autres termes, on doit cantonner la cavalerie, toutes les fois que la chose est possible. Les Prussiens n'y manquent pas, et leur règlement sur le service en campagne affirme qu'une troupe cantonnée est aussi susceptible de prendre avec rapidité une formation de combat qu'une troupe qui occupe un bivouac proprement dit, et il ajoute, ce qui est incontestable, qu'elle repose davantage. En France, nous ne paraissons pas partager entièrement cette opinion, et, dans la dernière campagne, nous avons pu voir la cavalerie bivouaquer dans des conditions de température extrêmement défavorables.
Quoi qu'il en soit, l'Ordonnance admet les cantonnements et il est nécessaire de nous y exercer. Il ^ a plusieurs sortes de cantonnements : ceux que l'on prend à la veille d'une guerre, pendant que l'armée se concentre, ceux que Ton prend pendant un armistice, ceux enfin que l'on prend en cours de campagne. Nous ne nous occuperons que de ces derniers.
L'établissement en cantonnement comporte, comme celui au bivouac, trois séries d'opérations : s'installer, organiser le service intérieur, assurer la sécurité. Dans la pratique, ces opérations doivent marcher simultanément; en instruction, pour plus de commodité et de clarté, nous les envisagerons d'abord séparément.
1® Installation,
Si l'on a pu, d'avance, envoyer le campement déterminé par l'article 34 de l'Ordonnance, et composé d'un adjudant-major, d'un adjudant et, par escadron, d'un fourrier, d'un brigadier et de deux cavaliers, reconnaître les lieux et préparer les logements, l'installation est fort simplifiée. Dans la plupart des cas, cette opération préliminaire n'a pas lieu, et nous prendrons cette hypothèse pour point de départ de notre étude.
Donc, le colonel a simplement reçu avis qu'il cantonnerait son régiment dans tel village. Il se dirige sur le point indiqué, forme son régiment en bataille un peu eu arrière et se fait précéder de patrouil-
les chargées de fouiller le village et ses environs. Dès qu'on est sûr que le village n'est pas occupé, les patrouilles envoyées en avant en occupent les entrées principales, et le campement y pénètre. L'adjudant-major s'abouche avoc les autorités locales, toujours en pays ami, autant que possible en pays ennemi, et se hâte de désigner remplacement des escadrons, en suivant Tordre de bataille, la droite et la gauche s'étendant en faisant face à l'ennemi. Les fourriers reconnaissent promptement les maisons du quartier assigné à leurs escadrons et inscrivent sur les portes, à la craie et en gros caractères, le numéro de l'escadron, le numéro du peloton et le nombre d'hommes et de chevaux que chacune d'elles doit loger.
Ces premiers préparatifs terminés, le colonel donne les ordres, comme il a été dit pour le bivouac, et indique un point de rassemblement, en cas d'alerte. Pour la cavalerie, ce point est toujours situé en dehors du village ; il doit offrir des issues commodes et une retraite assurée sur d'autres cantonnements ; mais, quoi qu'en dise l'Ordonnance, les abords ne doivent pas, en principe, en être rendus difficiles à l'ennemi. La cavalerie ne peut se défendre qu'en se por-»tant en avant, et elle se nuirait à elle-même en élevant des obstacles entre elle et l'ennemi.
Chaque capitaine, guidé par son fourrier, conduit ensuite son escadron dans le quartier qu'il doit occuper, et lui fait mettre pied à terre. Le logement doit être assis cfans le plus petit nombre de maisons possible, et l'on s'établit, par conséquent, dans les fermes, dans les auberges, qui sont pourvues de grandes écuries ou de granges; on ne choisit pas les écuries qui débouchent sur des rues étroites : on s'établit, de préférence, dans celles qui ont une place libre devant elles.
Les cavaliers logent dans les maisons mêmes où sont leurs chevaux, et, au besoin, couchent dans les écuries. Ils gardent leurs armes près d'eux, le harnachement reste aux écuries, et même, en cas d^ danger, les chevaux sont sellés pour la nuit. Les sous-officiers ne quittent jamais les hommes de leurs pelotons; les officiers se logent avec leur troupe ou tout au moins très-près d'elle; en cas de danger, ils y passent toujours la nuit. Les trompettes logent avec les maréchaux des logis chefs ou au moins très-près d'eux, et ceux-ci doivent être, autant que possible, dans la même maison que leurs capitaines.
Le chef de corps se loge au centre du cantonnement, habituellement sur la place principale; les officiers de l'état-major s'établissent près de lui; le maréchal des logis trompette est logé dans la même maison que le colonel. Les équipages restent en dehors du village, ou sont installés dans les dernières maisons du côté opposé à la probabilité d'une attaque. Les chevaux indisponibles sont réunis dans une même écurie à côté des vétérinaires.
2<> Sei'vice intérieur,
A la sonnerie de la parade, la garde de police et le piquet sont réunis et inspectés, comme nous Tavons indiqué dans Texercice n<»1. La réunion a lieu sur la place principale, où Ton installe aussi le corps de garde do la garde de police. Cette garde fournit une sentinelle au logement du colonel et une sentinelle à chacune des issues du village; habituellement une sentinelle est aussi placée dans le clocher ou sur un édifice élevé. Le nombre des sentinelles détermine la force de la garde de police.
Le piquet est réuni dans une écurie particulière ou un hangar; SOS chevaux sont toujours sellés et les cavaliers prêts à les monter.
Le service de la garde de police et du piquet fonctionne suivant les principes indiqués dans Texercice n® 4.
On procède ensuite aux distributions. Si Tintendance n'a pas pu assurer régulièrement les vivres, on se concerte" avec Tautorité locale pour avoir ceux qui sont nécessaires aux hommes et aux chevaux, et, si celle-ci refuse de prêter son concours, on saisit les denrées que Ton peut trouver dans les maisons et on en fait une répartition égale entre les escadrons ; les cavaliers donnent, aussitôt que possible, le fourrage à leurs chevaux ; ce qui n'est pas consommé est conservé dans les écuries.
Pendant ce temps, Tadjudant-major a dû s'occuper des abreuvoirs et a fait faire les travaux nécessaires pour les rendre commodes. Les escadrons y sont conduits successivement et en ordre, dès que les chevaux ont mangé le fourrage; au retour on leur donne l'avoine et l'on fait le pansage, ou, s'il n'est pas permis de desseller, on bouchonne.
La cuisine se fait par escouade et dans le logement des chefs d'escouade; si Ton est obligé de la faire en dehors des maisons, on doit placer les foyers à l'abri du vent et de manière qu'il n'y ait pas de danger d'incendie.
Enfin, on indique à chaque escadron un emplacement pour ses latrines et on veille à leur propreté, surtout si l'on reste plusieurs jours dans le cantonnement.
Toutes ces prescriptions ne diffèrent pas sensiblement de celles déjà faites pour le bivouac, mais il en est quelques-unes qui sont particulières au cantonnement, par le fait même du milieu dans lequel on se trouve.
Il appartient à l'autorité militaire de s'occuper aussi de la police intérieure. Il faut désarmer les habitants et publier des ordres sévères contre les espions, la transmission des nouvelles à l'ennemi et tous les obstacles que les habitants voudraient apporter à une paisible occupation. Les Allemands nous ont donné sur cette matière
dés enseignements, que je ne dirai pas qu'il est bon d*iniiter, mais dont il peut être utile de s'inspirer.
Ils ont surtout une habitude excellente. C'est de défendre aux habitants de sortir de leurs maisons en cas d'alarme, de les oblijp;er h laisser leurs fenêtres ouvertes, et, même, d'y placer la nuit des lumières, afin de permettre aux hommes de s'orienter plus facilement.
Il est essentiel de maintenir libre la circulation dans les rues et sur les places et d'empêcher les voitures d'y stationner.
Il est bon de placer aux coins des rues des inscriptions qui permettent de se diriger facilement.
Lorsqu'on reste plusieurs jours dans un cantonnement, il faut mettre en réquisition tous les ouvriers de la localité et les faire travailler activement aux réparations des effets de toute nature. Tout capitaine, dit de Brack, qui, même après une longue campagne, sort d'un cantotonement de vingt jours, sans être complètement réparé, est un mauvais capitaine.
Quant au service journalier, il suivra la marche que nous avons décrite à l'article Bivouac.
3® Se^mce de sûreté,
La sécurité d'un cantonnement, comme celle d'un bivouac, ne peut être assurée que par un bon système d'avant-postes. En principe, nous disposerons notre grand'garde, ses petits postes et ses vedettes, suivant la méthode décrite dans Texercice n» 1, *qI ces divers postes fonctionneront exactement de la même manière. Si notre cantonnement fait partie d'un groupe, la grand'garde se reliera aux grand'gardes voisines; s'il est isolé, on procédera comme pour le bivouac isolé, gardant les issues principales par des posles se reliant entre eux par des vedettes volantes ou par de petites patrouilles.
Mais, par cela même que l'on est installé dans un milieu habité, il est encore quelques précautions qu'il est bon de prendre. Il faut chercher à se mettre en bonnes relations avec les habitants, les traiter avec fermeté, mais douceur, leur faire comprendre qu'il est de leur intérêt d'éviter qu'un combat ne s'engage dans leur localité et que dans tous les cas, si, par leurs intelligences avec l'ennemi, ils contribuaient à vous faire surprendre, l'armée à laquelle vous appartenez en tirerait une vengeance exemplaire. On peut ainsi les amener h. nous donner d'utiles renseignements. Les Allemands mettent largement ces principes en pratique, et, malheureusement, nous avons pu constater, même chez nous, qu'ils en obtenaient d'excellents résultais, comme aussi ils châtiaient sans pitié les villes et les villages qui leur avaient résiste.
Quoi qu'il en soit, il ne faut jamais repousser à priori les avis qui peuvent parvenir. Il est bon de chercher à en constater la véracité avant d'y attacher une trop grande importance, mais ce serait une imprudence grave que de ne pas en tenir compte. C'est une imprudence à laquelle nous sommes fort portés, et, dans 1^ dernière guerre, on eût volontiers, surtout au début, traité de Prusçiens ceux qui signalaient la présence des Prussiens.
Enfin, il est indispensable de se tenir en communication constante avec le quartier de sa brigade et avec les cantonnements voisins. Cette communication s'établira au moyen de postes de correspondance organisés et fonctionnant comme nous l'avons indiqué dans les exercices préparatoires.
Si la grand'garde est attaquée, elle se comportera comme il est prescrit à l'exercice n® 1 . Si le cantonnement lui-même est attaqué à l'improviste, les cavaliers doivent chercher à gagner l'emplacement indiqué pour la réunion du régiment, non en s'y portant isolément, ce qui les exposerait à être enlevés, et cause toujours beaucoup de désordre, mais en se réunissant par groupes comprenant tous ceux logés ensemble.
Enfin, pour sortir d'un cantonnement on se conformera aux principes prescrits pour lever un bivouac, si ce n'est que la réunion aura lieu #ur l'emplacement désigné à cet effet. En résumé, pour les exercices de cantonnement, on suivra, aussi exactement que possible, la méthode tracée pour les exercices de bivouac.