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LISTE DE LA MILICE, COMTE DE KENT

Saint-Louis — Romain Vautour, Charles Henry, Olivier Bariault, Jacques Henry, Jean-Baptiste Johnson, Jean Johnson, Pierre Thibaud.

Saint-Cnarles — Raphaël Richard, Jacques Daigle, Pierre-Luc Robichaud, Fabien Daigle, Jean-Louis Daigle.

Village de Richibouctou — Anselme Bourque, Janvier Hébert, Hilarion Babineau, Urbain Richard, Emmanuel Richard, Jean-Bte. Thibodeau, Laurent Richard, Germain Thibodeau, Laurent à Petit-Jean Richard, Charles Maillet et Charles Maillet (cousins), Pierre Daigle, Raphaël Caissie, Simon Richard, Augustin Maillet, Joseph Maillet, Damase Richard.

Bouctouche — François Cormier, André Jaillet, Laurent LeBlanc, Tnadée Bastarache, Moïse Bastarache, Denis Cormier, Bénoni Girouard, Joseph Girouard, Placide DesRoches, Bénoni Savoie, Placide Richard, Marin Girouard.

Cocagne; — Bénoni Bourque, Eusèbe Léger Georges Breau, Honoré Desprez, Hubert Lirette, Cyrille Guéguen, Placide Gueguen.

Grande-Digue — Thomas Poirier, Maurice Haché, Isaac Haché, Louis Arseneau, Joachim Gallant, Placide Poirier, Fleurant Caissie.

Baie-des-Vents — Louis Guimond, Bénoni Meunier, Dominique Martin, Louis Mazerolle.

Nos jeunes gens se sont enrôlés pour faire leur part dans la grande lutte actuelle, parce qu'ils ont su apprécier à leur juste valeur les institutions qui nous régissent, parce qu'ils jouissent des privilèges inhérents au droit de citoyen anglais et parce qu'enfin, ils ne veulent pas voir le militarisme allemand s'implanter dans notre pays. Ils se sont aussi enrôlés à cause des appels qu'ils ont entendu venir des autorités ecclésiastiques et civiles qu'ils ont consultées.

Laissez-moi vous citer à ce sujet les éloquentes paroles qu'a prononcées un Acadien, Sa Grandeur Monseigneur Edouard Leblanc, évêque du diocèse de Saint-Jean, dans ma province, à une assemblée tenue dans la ville de Saint-Jean, peu de temps après l'ouverture des hostilités. Je désire les rendre publiques, attendu qu'elles constituent la vraie et fidèle expression des sentiments qui ont inspiré et guidé les Acadiens dans la présente crise. Après s'être réjoui de l'heureuse coïncidence qui l'amenait à prendre pour la première fois la pa- Tole en public, à Saint-Jean, dans le noble dessein d'encourager les jeunes gens à voler au secours de la mère patrie; après avoir dit qu'il approuvait sincèrement l'objet de l'assemblée, et qu'en sa qualité de chef du peuple catholique ce serait pour lui comme trahir l'empire que de rester silencieux ou neutre en pareille occasion, il s'exprima en ces termes :

Nous traversons une époque périlleuse ; nous allons devoir subir une guerre sans exemple dans l'histoire de notre pays. L'Angleterre, notre mère patrie, et la France, la terre de nos ancêtres, les deux nations qui forment l'avant-

garde de la civilisation et des libertés humaines, combattent aujourd'hui césesparément contre un ennemi puissant. Elles se trouvent plongées dans un conflit dont l'issue est encore incertain. "L'empire britannique lutte pour sa conservation. Il faut que chaque citoyen se pénètre bien de cette vérité primordiale", a dit lord Kitchener, l'autre jour.

En qualité de canadiens notre sort se trouve intimement lié à celui de la Grande-Bretagne ; ses intérêts sont nôtres ; si elle succombe, nous tombons avec elle, et nous perdons tous les précieux privilèges dont nous jouissons comme citoyens de l'empire britannique. Le Canada, maintenant si libre, si heureux, si béni du ciel, et dont l'avenir, grâce à ses immenses ressources, s'ouvre si prospère ; le Canada, dis-je, en sera réduit à la condition de vassal, et foulé sous la botte de fer d'un pouvoir étranger.

La défaite de l'Angleterre dans cette guerre entraînera l'effondrement du régime anglais ; et encore faudra-t-il payer chairement les succès remportés ; mais, grâce à Dieu, l'âge de la chevalerie n'est pas passé; il existe encore assez de patriotisme et d'héroïsme parmi les jeunes gens de cette province pour nrêter un suprême effort à la défense de l'Angleterre. Toutes nos espérances résident dans nos jeunes gens ; c'est vers eux que l'on se tourne pour assurer la conservation de l'honneur et de la gloire de l'empire britannique ; de cet empire qui, plutôt que de rompre ses engagements envers la Belgique, à bien voulu consentir au sacrifice des meilleurs et des plus nobles de ses enfants.

Il n'est pas nécessaire que je m'étende sur les causes qui ont provoqué cette guerre, je n'ai pas besoin de m'arrêter sur la question de la violation de la neutralité de la Belgique, merveilleux petit royaume que l'évêque de Salford a appelé "La victime et le sauveur de l'Europe". Il est inutile de revenir sur la rupture d'un traité que les puissances avaient promis de conserver intact ou sur l'entente de l'Angleterre avec la France pour la protection des ports de la Manche. Au-dessus de tout cela, il y a le fait, par excellence, que l'Angleterre ne voulait pas cette guerre, mais maintenant qu'elle a été forcée d'y participer, c'est notre devoir à nous qui sommes de loyaux sujet de Sa Majesté de soutenir sa cause et de nous rallier à sa défense.

Jeunes gens du Nouveau-Brunswick, nous vous demandons de ne pas permettre que l'Angleterre à laquelle nous sommes redevables de nos libertés civiles et de nos croyances religieuses, de nos lois si justes et de la protection et de la prospérité dont nous jouissons, soit menacée dans son existence même sans frapper un coup pour sa défense. Ce soir, les échos de l'Atlantique nous apportent l'appel de la mère patrie : Encore des soldats, encore des soldats : C'est d'Angleterre que nous vient cet appel aux armes. Que tout homme qui veut y répondre s'enrôle.

La place des Canadiens n'est pas à l'arrière ; on attend plus de nous ; nous voulons que nos hommes les meilleurs et les plus braves de cette province, comme de toutes les parties du Canada aillent de l'avant pour enrayer la mer montante de l'agression étrangère ; qu'ils mettent un frein au flot envahisseur des ennemis de l'empire.

Rappelez-vous, jeunes gens, qu'il est possible, à moins de frapper dès maintenant, un coup pour la défense de la mère patrie, que nos jours de prospérité soient bientôt finis. L'ennemi est à nos portes et nous sommes en danger. La chute d'Anvers, l'occupation d'Os-

;ende, la ùésasireuse bataille des côtes du Chili, il y a quelques jours, constituent une menace. St-il paa à craindre de voir se répéter ici et dans les paisibles maisons de nos paysans des scènes trafiques semblables à celles qui ont eu lieu en Belgique et dans le nord de la France dans ces villages prospères où régnaient jadis la paix et le bonheur et qui ont été incendiés ou détruits, où de magnifiques cathédrales et des bâtisses publiques ont été mises en ruines, et des millions de gens innocents ont dû chercher un refuge à l'étranger.

Allez au feu où l'avenir du Canada se joue dans les plaines et sur les rives de France, animez-vous de patriotisme et dites-vous avec détermination : Jamais l'Angleterre n'a été et ne Bera aux pieds d'un conquérant.

Plus tard, en janvier 1917, monseigneur Leblanc a de nouveau engagé les jeunes gens à s'enrôler. Il disait dans une lettre pastorale:

Aussi longtemps que le monde subsistera, les nations auront recours aux armes quand des principes devront être défendus sous peine de déshonneur. Présentement c'est la liberté britannique contre la tyrannie prussienne ; c'est la lutte pour le droit et la civilisation chrétienne contre la force brutale et la barbarie. Réalisant la justice de notre cause c'est notre devoir d'assister l'empire par tous les moyens en notre pouvoir. Inutile d'amoindrir le danger auquel nous sommes exposés. La situation est très sérieuse. Il est regrettable qu'on ne prenne pas la chose plus à cœur. Dans les rangs de l'armée il y a encore des places vides, ces places devraient être remplies sans délai par des hommes aptes au service militaire.

Le juge en chef Landry, un autre Acadien érainent, directeur reconnu de l'opinion publique au Nouveau-Brunswick, a parlé dans le même sens en différentes occasions; de même le sénateur Poirier et aussi mon bon ami le député de Gloucester (M. Turgeon) et d'autres hommes qui occupent des positions éminentes dans la vde publique et dans l'Eglise. Personne, dans la vie publique de la province du Nouveau-Brunswick n'a jamais eu une conception plus claire et plus juste des avantagée précieux que nous procurent les institutions britanniques et des responsabilités qui en découlent que monsieur le juge Landry et il n'a pas hésité à conseiller à ses concitoyens de s'enrôler sous les drapeaux. Je ne citerai pas les nombreux discours qu'il a prononcés dans les assemblées de recrutement, ils ont été publiés dans les journaux, mais je citerai une lettre qu'il adressait à M. Raymond Léger, maire de Shédiac, le 25 novembre 1914; je cite cette lettre parce qu'elle contient en blanc et en noir et sous sa signature, l'opinion d'un homme qui a con- 1 vie à l'avancement de son peuple et dont la principale ambition a été de lui obtenir la position qu'il occupe dans le , vernernent de ce pays. Voici ce qu'il écrivait en français:

Saint- Jean, N.-B.,

Le 25 novembre 1914.

Au maire Léger, Shédiac (N.-B.).

Je regrette d'être incapable d'assister à l'assemblée patriotique de Shédiac. Si ma présence ou ma parole est de nature à stimuler l'œuvre louable et nécessaire du recrutement, veuillez croire que cette présence et cette parole sont avec vous ce soir, bien que je regrette de ne pouvoir y être en personne.

Deux de mes„fils prennent les moyens de se rendre sur le champ de bataille et je verrais avec satisfaction, quelque triste qu'en soit la nécessité, l'enrôlement volontaire d'un membre de chaque famille acadienne du Nouveau-Brunswick. Nos ancêtres furent des héros dans l'adversité. Puissent leurs descendants montrer autant de patriotisme et d'héroïsme dans une crise qui menace la base même de la civilisation chrétienne.

Puissent-ils jouer un rôle honorable dans cette guerre gigantesque dont l'issue peut mettre en péril l'empire britannique et comporter le triomphe d'un militarisme agressif à, moins que toutes les forces vives de la nation soient disponibles.

P. A. Landry.

Qu'on me permette de dire ici que plus tard, le juge en chef Landry se pénétra tellement de l'importance de la guerre au point de vue des intérêts canadiens, et de la nécessité de mobiliser toutes les ressources de la nation qu'il n'hésita pas à se déclarer publiquement partisan de la conscription, et c'est ce qu'il a fait lors d'une séance de la cour suprême, tenue dans la ville de Saint-Jean (N.-B.), faisant observer en même temps que c'était le système le plus équitable de recruter une armée.

Monsieur l'Orateur, je ne fais que répéter ce qui a été dit et redit, à maintes reprises, au cours de ce débat, lorsque j'affirme qu'aujourd'hui, le Canada doit faire face à un état de choses dont on ne saurait exagérer la gravité. Il est évident que nous avons atteint le point où nous devons adopter de nouvelles méthodes pour accomplir ce que l'enrôlement volontaire ne fait pas et pour maintenir nos forces au front, si nous ne voulons graduellement être éliminés de la guerre. Autrement dit, le temps est venu pour nous de décider si nous continuerons la guerre jusqu'au bout ou si nous devons pour bien dire n'y plus participer.

Monsieur l'Orateur, je crois exprimer le sentiment de ce pays, en disant que le peuple canadien, de langue anglaise et de langue française, est décidé à se tenir aux côtés de la Grande-Bretagne et de ses alliés jusqu'à ce que cette guerre soit couronnée par la victoire. Il en a décidé ainsi, parce qu'il sait que tant que la Grande-Bretagne sera en danger le Canada sera également en péril et que, suivant les paroles dont s'est servi l'évêque Le Blanc: "Si l'Angleterre tombe, nous devrons tomber avec elle." Interprète des sentiments de la

population que j'ai l'honneur de représenter, je crois que je puis dire qu'elle tombe d'accord avec la grande majorité du peuple canadien sur cette question; bien que l'idée du service obligatoire lui répugne, elfe n'hésitera pas, comprenant parfaitement la gravité de la situation, à assumer bravement et de bon cœur sa pleine part de responsabilité dans le soutien de la guerre. Ere a fait bonne figure, dans le passé, et elle suivra la même ligne de conduite, dans l'avenir, quelque difficile que soit la tâche qu'elle aura à remplir.

Je dois enregistrer ma protestation contre les paroles malheureuses que l'honorable député de Saint-Hyacinthe (M. L. J. Gauthier) a prononcées, en terminant son discours. Elles sont indignes de lui-même et de ce Parlement du Canada; elles sont assurément indignes de la grande race à laquelle nous appartenons tous deux et j'ose dire qu'elles ne sont pas l'expression du sens rassis de la population de la province de Québec.

Je ne vois pas de raison pour qu'il existe une ligne de démarcation sur cette question, entre les deux grandes races qui ont habité le Canada depuis un siècle et qui en ont fait, de plus, ce qu'il est, aujourd'hui. Leurs intérêts sont identiques; elles ont le même amour pour la liberté et pour ces institutions britanniques qui sont la meilleure garantie de liberté et d'indépendance; elles combattent un ennemi commun dans les tranchées de la Flandre et de France, jeunesse française et jeunesse anglaise combattent côte à côte ; et sacrifient leurs vies pour une cause commune.

Monsieur l'Orateur, je crois que, malheureusement pour le Canada, les actes de bravoure et d'héroïsme accomplis par les fil3 de Canadiens français, à Courcelette, à la côte de Vimy et ailleurs sur les champs de bataille ensanglantés de France, auront un effet plus sensible et une influence plus durable sur l'élaboration des destinées futures de notre pays que n'en auront les discours de démagogues irresponsables et d'agitateurs politiques.

Sous auun autre drapeau ni sous aucune autre forme possible de gouvernement jouirions-nous d'une mesure de liberté et d'indépendance aussi grande que celle dont nous bénéficions maintenant sous le drapeau anglais. Pour cette raison et pour les autres que j'ai indiquées, convaincu que les destinées du Canada sont liées intimement à celles de l'empire; comprenant que la race canadienne française a dans la présente guerre, plus d'intérêts en jeu qu'au-

cune autre race au Canada, puisque, si l'Allemagne triomphe, nous serions dépouillés de droits de privilèges précieux; estimant, qu'il est non seulement nécessaire dans notre intérêt, mais de simple justice pour les soldats qui sont déjà rendus dans les tranchées, que nous fournissions les renforts nécessaires à nos soldats qui sont en France, j'appuierai le bill.

Jeudi, 5 juillet 1917.

L'hon. M. DOHERTY (ministre de la Justice) : Monsieur l'Orateur, mon honorable ami de Montcailm (M. Lafortune) qui a fait plleuvoir sur moi certains compliments, et qui a fait à mon égard d'autres observations pas tout à fait aussi flatteuses, voudra bien me pardonner si je ne m'engage pas à considérer dans leur ordre les différents sujets qu'il a traités au cours de son allocution assez prolongée.

La question qui nous intéresse se présente à mon esprit à un point de vue très différent de celui auquel l'envisage évidemment l'honorable député. J'aurai peut-être l'occasion de toucher au cours de mes remarques à un ou deux des sujets auxquels il a fait allusion, mais il me permettra bien, avant de le faire, de dire quelque chose qu'il me paraît essentiel de mentionner dans la discussion de cette question si importante. Plus d'un honorable membre de cette Ch ..mbre a déjà déclaré — et nombre d'entre eux se trouvent parmi ceux qui appuient le proj X — que l'idée seule de la contrainte leur inspirait de la répugnance. Quelques-uns d'entre eux sont même allés plus loin et ont prétendu qu'elle leur inspirait une répugnance particulière et suprême. Je dirai que parmi ces messieurs, il n'y en a aucun auquel, en soi, elle répugne davantage qu'à moi-même. Et qu,ind je dis qu'elle me répugne en soi, qu'il soit compris que je ne veux pas dire simplement que je ne l'aime point, considérée au point de vue de celui ou de ceux à qui elle s'appliquerait. Le projet me répugne en ce sens, mais encore davantage quand je une vois dans une position où il devient de mon devoir de dire avec ceux qui m'entourent, que maintenant, et à cette époque, il est nécessaire d'imposer à d'autres cette contrainte, telle que définie par ce bill, afin que le Canada puisse faire tout son devoir et qu'il puisse le faire d'après un système qui nuira le moins possible à l'accomplissement d'autres devoirs qui lui incombent aujourd'hui ainsi qu'à sa population, et en ne lui imposant— bien que ceci soit une considération secondaire— le moindre sacrifice possible.

Monsieur L'Orateur, le devoir fera le sujet de nies remarques. J'ai écouté une bonne e de ce débat, j'ai lu les observations des honorables messieurs que je n'ai pas eu l'avantage d'entendre, et permettez-moi de voua dire en toute sincérité, que j'ai attendu jusqu'à ce moment du débat avant de parler moi-même, pour voir si, parmi les hommes capables qui y ont pris part, surtout parmi les nombreux hommes capables qui ont parlé contre le projet, un seul d'entre eux pourrait trouver une raison qui me justifierait de dire qu'il n'est pas de mon devoir de continuer à appuyer ^e bill.

Quelques VOIX • Très bien, très bien !

L'hon. M. DOHERTY: Si, malgré toute leur force intellectuelle, malgré l'étude approfondie qu'ils ont faite de la question et malgré tout le zèle qui les poussait à découvrir cette raison décisive, ils n'ont pas réussi à trouver cette dernière — et j'eusse été enchanté de la connaître — il me paraît évident, comme il me le parut au moment du dépôt du projet de loi et lorsque je consentis à ce qu'il fût déposé, que le devoir incombait au Gouvernement de proposer cette mesure législative, et que le Gouvernement et les membres de la Chambre ont encore le devoir de l'appuyer. Respectant l'opinion de chacun, je ne fais point de reproche à qui prend une attitude différente de la mienne parce qu'il croit suivre les dictées de sa conscience. Quant à mon devoir à l'égard de cette question, il m'apparaît avec une clarté absolue, et c'est parce qu'il m'apparaît ainsi que je me sens oblisré d'intervenir au dernier moment dans ce débat.

J'ai dit que le devoir servira de thème à mes observations. Si je prends la parole, c'est parce que je serais fort heureux de pouvoir démontrer la nécessité, ou plutôt l'obligation qu'il y a de ne songer qu'à une seule chose en cette discussion: notre devoir envers le Canada. N'ayant d'autre sducî que celui-là, on fera bien, du moins pour l'instant, de s'efforcer d'écarter nombre de consistions qui influeraient naturellement sur l'attitude que chacun de nous doit prendre la question actuellement à l'étude. Qu'on ne se méprenne point. Je ne pré- !.=. en aucune manière critiquer ce qu'aufiin autre honorable monsieur a cru devoir dire en faveur ou contre le projet que nous discutons, mais je me permets de dire que j'ai éprouvé un regret bien vif de voir ce bat se transformer parfois en récrimina- - de provinces et de races différentes. Je veux me garder de toute sévérité de lan- "-, mais je crois oouvoir employer ce mot- • r personne.

Il n'est point, ce me semble, de sujet qui, considéré en lui-même, puisse plus facilement que celui-ci se discuter sans allusion à la nationalité ou à la province à laquelle on appartient. L'honorable député (M. Lafortune) qui vient de reprendre son siège a cru devoir désigner p ir leurs noms certains membres de la droite auxquels il a reproché de ne rien dire pour défendre; la province de Québec. En ce vast» Dominion, monsieur l'Orateur, il n'est point de province, je me permets de le proclamer, qui mérite autant que ma province natale, celle de Québec, qu'on se fasse gloire d'y appartenir. Je n'ai pas d'excuses à faire, en sou nom. Elle est chez elle dans la Confédération, et il est bon pour le pays qu'il en soit ainsi. Elle est habitée par des éléments d? races et de croyances diverses; ses qualités et ses défauts sont, à ce qu'il me semble, choses qui regardent exclusivement sa population. On en peut dire autant dis autres provinces. Que mes honorables collègues de la province de Québec me permettent de leur dire ceci: peut-être n'était-il pas nécessaire, au cours du présent débat, de signaler les défauts aussi bien que les qualités de nos compatriotes de l'Ontario. Ne pourrait-on pas momentanément oublier ces choses? Ne pourrait-on pas, aussi, oublier que notre population se compose d'éléments d'origine diverse? Vraiment, il s'est dit de part et d'autre des choses qu'un Canadien ne doit pas aimer à entendre. Je trouve fort malheureux que l'on ait cru devoir tenir un tel langage au cours du débat d'une question dont la solution est si grosse de conséquences pour notre commune patrie, d'une question dont il importe tant que la solution, quelle qu'elle puisse être, soit soumise à un peuple uni.

Notre pays est peuplé d'éléments de race différente, mais nous sommes tous Canadiens. Cette diversité d'origine, je viens de suggérer qu'on l'oublie pour le moment; mais je n'entends pas par là que l'on doive perdre le souvenir de ce qu'ont accompli nos ancêtres. Le sentiment de la race, j'en «il la ferme conviction, est celui qui exerce l'influence la plus profonde et la plus victorieuse sur les actions de l'homme; la voix du sang est celle à laquelle on obéit le plus volontiers; elle conduit à de grands et utiles résultats. Aussi me garderai-je de dire qu'il est du devoir d'un chacun d'oublier ses ancêtres ou de renier la race à laquelle il appartient. Mais chaque chose a son heure, et chaque chose a sa place. Aujourd'hui qu'il s'agit d'une question qui aura des conséquences que nul ne oeut prévoir,— conséquences qui pèseront non seulement sur la génération actuelle, mais aussi sur nos enfants et sur nombre de gêné-

rations à venir, — n'ai-je pas raison de dire que nous sommes tenus de ne penser qu'à une seule chose, que nous sommes tous des Canadiens et qu'il s'agit de savoir quel est, à l'heure actuelle, le devoir des Canadiens envers leur pays?

J'en viens maintenant à un sujet dont je me serais abstenu de parler si l'honorable député qui vient de reprendre son siège (M. Lafortune) n'avait pas pris sur lui de vous dire, monsieur l'Orateur, et de dire à la 'Chambre non seulement ce que mes électeurs de la division Sainte-Anne, de Montréal, pensent de cette question, mais d'affirmer encore que tous les Canadiens de nationalité irlandaise ont une conviction bien arrêtée à ce sujet et que cette opinion est unanime. L'honorable député me permettra de lui contester l'autorité voulue pour faire pareille déclaration. Ceux de ma nationalité savent exprimer leur pensée eux-mêmes; ils jouissent du glorieux privilège de la citoyenneté canadienne et ce sont d'aussi bons Canadiens que tous ceux qui respirent l'air de ce pays. Ils n'ont pas besoin de mon très estimable ami de Montcalm pour leur dicter ou pour exprimer en leur nom leur façon de penser à ce sujet.

•L'honorable député a parlé très éloquemment de l'absence de mandat à propos d'une foule d'autres choses; pendant qu'il parlait, je me suis persuadé d'où lui venait l'autorisation de parler en cette Chamb'/e au nom de tous les 'Canadiens de race irlandaise.

Rien ne l'embarrasse; il est au fait de tout. Il s'apitoye sur mon malheureux sort; il regrette mon isolement de tous mes compatriotes. Je le remercie de sa sympathie, mais je ne crois pas en avoir besoin.

Mes compatriotes sont des gens aussi intelligents— et c'est un grand compliment que je leur fais — que tous ceux qui sont de la même race que l'honorable député de Montcalm. Cela veut dire qu'ils sont parfaitement capables de se former un jugement et d'envisager cette question en Canadiens désireux de faire leur devoir. Je ne doute pas qu'il se trouvera des divergences d'opinion parmi eux; les uns arriveront à une conclusion; les °utres à une autre. Mais, contrairement au dire de l'honorable député de Montcalm, ils ne feront pas bloc sur une question à propos de laquelle il y a de sérieuses raisons pour et contre. L'assertion de l'honorable député est absolument erronée. Il me permettra de plus de lui dire qu'il est téméraire de sa part d'étayer semblable affirmation sur une assemblée à laquelle il a assisté et qu'avaient convoquée des citoyens qui sont tous de mes bons amis, que j'estime 'beaucoup, mais qui appartien-

nent au parti libéral de la ville de Montréal. Du fait qu'il s'est rendu à cette assemblée, l'honorable député de Montcalm conclut apparemment que les destinées de la race irlandaise au Canada lui ont été confiées et il vient ici nous déclarer que sur cette question elle jette toute son influence dans le même plateau de la balance. Cela n'est pai pécher par excès de modestie; et même n'eit-ce pas un peu manquer de respect à l'égard de ceux au nom de qui il prétend parler. Il n'y a^ rien de plus dangereux pour un homme d'une certaine nationalité que de se risquer à parler au nom de gens qui appartiennent à une autre nationalité, si ce n'est de vouloir dicter à ces derniers leurs devoirs. Je n'aurais pas fait la moindre allusion aux gens de ma race sans la hardiesse extraordinaire de l'honorable député de iMontcaïm. Quand je retournerai devant mes électeurs pour rendre compte de mes paroles et de mes actes, et de l'attitude que je me propose de prendre relativement à cette question, j'irai les rencontrer tous en leur qualité de Canadiens, à quelque race qu'ils appartiennent, et c'est devant eux que j'expliquerai ma conduite. Je serais profondément peiné si les Canadiens de ma race n- pensaient pas comme moi sur ce sujet. Mais ils exerceront leur propre jugement, et je sais qu'ils m'attribueront la sincérité que je leur reconnais et que je reconnais à tout homme de n'importe quelle autre nationalité qui arrive à une conclusion différente de la mienne. Mais je ne démanderai pas au député de Montcalm de servir de médiateur entre mes électeurs et moi à quelque race qu'ils appartiennent. Fort de ma conscience, j'irai rencontrer mes amis de Sainte-Anne, et quelle que soit leur opinion, ils m'acclameront comme ils l'ont fait dans le passé, sans égard à l'opinion que l'honorable député de Montcalm peut avoir de moi. A Sainte- Anne, il y a des divergences d'opinions, des différences de race, des partisans politiques; mais, et je le dis avec fierté, nous vivons tous comme des amis, reposant les uns dans les autres une confiance mutuelle, et nous continuerons à vivre ainsi sans le bienveillant concours du député de Montcalm.

J'ai dit que nous devrions nous débarîasser de l'idée que nous sommes de races ou de croyances différentes, ou que nous sommes originaires de provinces différentes parce que une seule grande question intéresse actuellement la patrie commune, le Canada. J'ai dit un mot de mes sentiments envers ma province de Québec; j'ai cru que c'était mon devoir. Mais puisque la question des races est venue sur le tapis, on me

permettra d'ajouter un mot concernant la race qui a été l'objet de critiques en cette Chambre.

Je ne conteste à personne le droit de dire ce qu'il croit convenable et à propos; et c'est . Chambre à juger de mes paroles. Mais, en vue de ce qui s'est dit, je tiens à rejeter, en ce qui me concerne — je vais plus loin d'une façon absolue, en ce qui concerne le Gouvernement— toute idée que cette mesure, dans une quelconque de ses dispositions, vise particulièrement une partie du pays, par exemple, la province de Québec, ou une race en particulier, par exemple, le? adiens français. J'ai prêté l'oreille aux critiques et aussi à leur réfutation." A mon avis, il est une réponse victorieuse, péremptoire: c'est que nous avons commencé par mettre en œuvre l'enrôlement volontaire. Que signifie le recrutement par enrôlement volontaire0 Que notre Gouvernement, notre Parlement et, en réalité, le peuple canadien ont été à peu près unanimes à reconnaître que, en matière d'enrôlement, chacun est absolument libre d'agir suivant son propre jugement et^ sa propre conscience. Personne n'a assumé la responsabilité de dire que tel ou tel homme avait un devoir quelconque à remplir sou» une forme ou une autre. Le principe de l'enrôlement volontaire signifie que chacun a le droit de se décider par lui-même; il ne relève que de sa propre conscience. Dès lors, nul n'a le droit de juger et de condamner un homme pour avoir exercé un droit reconnu. D'autre part, j'ai entendu à peu près tout ce qui s'est dit en réponse aix critiques, et je l'avoue en toute franchise, il en est une bonne partie que j'aurais préféré ne pas entendre. Je ne prétends pas me prononcer sur le bien fondé de ces arguments; mais il me paraît bien qu'on aurait pu s'en dispenser; on peut être sur la défensive et céder à la tentation de prendre un peu trop fortement l'offensive.

J'aimerais sortir de cette atmosphère; je. voudrais discuter cette question en me plaçant uniquement et purement au point de vue d'un Canadien.

Quelle est la question? La voici: quel est ir du Canada à ce moment et dans l'état de choses actuel? Au mois d'août 1914, la eat entré en guerre? Pourquoi? Il importe peu maintenant de scruter les motifs qui l'ont encrage à prendre cette dést de son propre gré qu'il en a agi ainsi, et la preuve en est dans l'attitude fa la députation nui a été unanime à en- :e que le Gouvernement avait fait, mple qui a été suivi par tous les habi- ••-• du Canada, à de rares exceptions près.

Depuis lors, il a été en guerre, et, aujourd'hui, la première question est celle-ci: Le Canada devrait-il se retirer de la guerre? A mon avis, c'est la seule question qui se pose, car nous devons soit persévérer et adopter ce bill, soit nous retirer de la guerre. Je sais que d'autres personnes dont je respecte les opinions n'envisagent pas la question de ce point de vue, mais c'est celui qui s'impose à mon esprit.

Pourquoi dis-je cela? Nous avons une certaine armée au front. Personne, que je sache, n'a prétendu que l'armée que nous avons au front représente plus que notre juste contribution à l'effort commun dans lequel nous nous sommes engagés avec la Grande-Bretagne et les nations alliées. Quel est le but de ce projet de loi? D'envoyer un corps expéditionnaire supplémentaire? D'ajouter des unités à nos contingents d'outre-mer? Ce projet de loi a pour fin de fournir des renforts de façon à maintenir l'effectif que nous avons au front. Il me semble que nous devons ou fournir ces renforts ou nous retirer de la guerre, car, au fur et à mesure que les jours s'écoulent, les rangs de nos soldats se déciment. Certains disent que nous n'aurions jamais dû prendre part à la guerre; d'autres déclarent que nous avons maintenant épuisé notre effort et devrions nous en tenir là; que nos bataillons disparaissent et que le Canada cesse de figurer activement dans cette grande lutte pour la défense de la civilisation chrétienne dans l'univers. J'avoue que ceux-là sont parfaitement logiques lorsqu'ils combattentrétablissement de la conscription. Je ne dis pas qu'ils ont raison; car je n'admets pas leur prémisses. Mais ceux qui affirment que nous devrions continuer à prendre, part à la guerre, tout en nous dispensant, en dépit des événements, de prendre l'attitude que le présent projet de loi comporte, — à mon avis, et je le dis, sans vouloir insulter personne— déraisonnent absolument.

J'ai deux raisons de parler ainsi. D'abordj'ignore, et il m'importe peu de connaître les causes ou la responsabilité de cet état de choses, mais je sais que r enrôlement volontaire a cessé de nous procurer des soldats aussi promptement qu'il faudrait. Je n'ai pas entendu contredire sérieusement cette affirmation. Ma deuxième raison m'est suggérée par un argument que j'ai entendu invoquer contre la conscription. Je le répète, auditeur ou lecteur attentif, j'ai tâché de découvrir une raison qui m'excuserait de modifier l'attitude que j'avais prise. et je ne l'ai pas trouvée. Mais parmi le? arguments que j'ai entendu énoncer, l'un m'a frappé comme ayant une force considé-

rable; on a dit que, dans l'état de choses qui existe présentement, au Canada, nous avons besoin du travail de chaque habitant du pays et que nous pouvons l'utiliser ici même de façon à rendre plus précieuse et plus efficace notre aide aux armées des alliés que si nous l'envoyions à la guerre. Ce raisonnement m'a frappé.

Si l'on me prouvait la vérité des prémisses, je n'oserais affirmer que je n'y verrais pas une raison pour me libérer du poids qui aujourd'hui pèse. si lourdement sur mes épaules. Mais de cet argument même est sorti pour moi la raison décisive qui doit nous engager, si nous ne voulons pas nous retirer de la guerre et cesser d'envoyer des soldats, à les obtenir au moyen de la conscription sélective. Si ces prémisses sont exactes, la mesure n'aura d'autre effet que d'en prouver l'exactitude.

Souvent, au cours des débats, et en lisant les discours prononcés en dehors de cette enceinte je me suis demandé si le peuple avait bien lu le projet de loi et s'il en avait saisi le principe. Malgré les faits que je viens de rappeler, des gens s'opposent fortement à ce que nous envoyons au front un seul autre soldat sous prétexte que nous ne pouvons plus nous dispenser d'un seul homme au pays. Si les honorables députés sont tellement sûrs de leurs allégations, pourquoi s'opposent-ils si fortement à ce que nous en vérifions l'exactitude? Pour ma part je sais qu'on se trompe, et ainsi qu'on l'a souvent répété dans cette Chambre, je pense que nous en avons tous la preuve devant les yeux.

M. MEDERIC MARTIN: L'honorable ministre de la Justice veut-il dire par ces paroles que lord Shaughnessy se trompait lorsque, à son retour d'Angleterre, il disait que la seule chose à faire était de produire pour les Alliés?

L'hon. M. DOHERTY: Je n'ai pas dit que nous ne devions pas produire pour les Alliés, et si l'honorable député veut attendre que j'aie fini il verra qu'il n'y a pas de contradiction entre ce que je dis et la proposition de lord Shaughnessy, même telle que l'honorable député la formule, bien que je doute fort qu'il la rapporte exactement. Lord Shaughnessy, ainsi que plusieurs autres, et je ne les blâme aucunement, ont insisté sur l'importance de la production comme moyen d'aider aux Alliés. Je ne sache pas que lord Shaughnessy ait jamais déclaré que c'était la seule chose à faire. Nos devoirs sont multiples; nous essayons d'en accomplir un dans le moment, et j'ai confiance que nous accomplirons tous les autres en temps et lieu. Mais le moyen

d'y parvenir n'est pas de s'opposer indéfiniment à une mesure destinée à accomplir un de ces devoirs, celui qui nous semble le plus impérieux dans le moment.

Le deuxième argument, et le plus concluant pour moi, en faveur du recrutement par conscription sélective de préférence à l'enrôlement volontaire, même si ce dernier système donnait des soldats uussi rapidement que dans ses plus beaux jours, repose sur les identiques raisons que ces messieurs avancent comme base de lt urs prétentions que nous ne devrions pas établir la conscription d'aucun de ses habitants. J'y trouve une raison qui établit l'impérieuse nécessité Me n'envoyer à l'armée que ceux dont le pays peut se dispenser. L'objet de cette mesure est précisément de découvrir quels sont ceux-là; mais voilà, on prétend qu'il n'y en a pas, et on nous dit in'il faut nous en tenir là, et ne pas chercher quels sont ceux dont le pays ne peut se passer. On affirme que le pays ne peut se passer de personne et on nous demande de retirer le bill.

Mais que craint-on? Peut-on être tellement convaincu qu'il n'y a personne de disponible, quand on est tellement soucieux d'empêcher le Gouvernement de s'en assurer? Je ne suis pas de leur avfs lorsquTs disent qu'il n'y en a pas. Je crois sincèrement que nous pouvons encore dispc ,er d'un bon nombre d'hommes qui nous aideraient dans cette grande œuvre si essentielle pour l'honneur du Canada. Je suis prêt à prendre le risque d'une enquête minutieuse et complète telle que pourvue par ce bill, car c'est le but qu'on se propose, et à en subir les conséquences si l'enquête prouve que je me trompe. Je dis donc que puisque nous sommes arrivés au point où il nous faut découvrir exactement quels sont ceux qui sont nécessaires dans le pays et quels sont ceux dont nous pouvons nous dispenser, il est du devoir du Gouvernement et du Parlement d'interrompre l'enrôlement volontaire. Nous ne pouvons pas laisser partir tous ceux qui le veulent; il y en a dont nous avons besoin , au pays, et, comme il est dit dans le projet de loi, qu'il est plus dans l'intérêt de la nation de garder au pays, que de les laisser s'enrôler; le Canada a besoin d'eux.

Si nous laissions continuer l'enrôlement volontaire, nous perpétuerions certainement ce qui a eu lieu dans le passé. Les plus utiles au pays continueraient à s'enrôler comme ils l'ont fait, et ceux qui feraient de bons soldats mais ne font rien d'utile ici.

ne partiraient pas et consommeraient les produits qu'on nous demande d'économiser pour les envoyer en Angleterre et aux Alliés. Il me semble parfaitement clair que nous a Canada de voir à ce qu'il soit

un choix de ceux qui partiront, à ce que ceux-là partent dont le pays peut se

t et à ce que restent au foyer ceux qui î absolument nécessaire.

mme je l'ai dit, cette raison m'est venue à l'esprit en réfléchissant sur les plus forts arguments invoqués contre tout envoi additionnel de troupes parce que nous n'avons plus personne disponible. Je ne crois pas à là vérité de cette dernière proposition, mais je crois que l'on y trouve ceci de vrai, que l'heure est venue de choisir avec soin ceux qui partiront et ceux qui resteront. Cela étant, ceux qui ont la responsabilité de voir à ce que le Canada fasse toute sa part dans cette guerre, ont l'obligation de prendre les mesures propres à faire un soldat de celui qui peut être le plus utile comme soldat et un ouvrier productif de celui qui peut aider le plus à la grande œuvre de la production pour subvenir aux besoins des armées et au soutien de nos gens dans le pays ou, à tout événement qu'il ait l'occasion de consacrer son énergie à l'accomplissement de cette tâche.

N'oubliez pas, monsieur l'Orateur, qu'il pourrait être absolument vrai que nous avons besoin dans ce pays de tous nos hommes pour cette œuvre de la production agricole ou industrielle, et qu'il pourrait être vrai aussi qu'il y a dans ce pays beaucoup d'hommes que nous pourrions laisser partir parce que tous ceux qui sont ici n'aident pas à l'œuvre de la production industrielle ou agricole; et, jusqu'à présent, je n'ai pas encore entendu dire qu'il y eût quelque moyen de contraindre ceux qui ne font rien à travailler à la production industrielle ou agricole. Il est fort possible que ceux qui ne sont pas ainsi employés, qu'il en doive être ainsi ou non, puissent, la discipline militaire aidant, faire de bons soldats. Le Canada ne peut cesser son effort. C'est un point que je n'entends pas discuter car après ce qui a été dit dans cette Chambre, je désespère de convaincre qui n'a pas été convaincu, que le Canada ne peut honorablement abandonner la lutte. C'est là mon point de départ, et je crois que le sentiment général de cette Chambre en admet la vérité.

Si nous devons faire tout notre devoir, un .. moyen s'offre à nous, et c'est d'assurer par la conscription sélective le nombre d'hornrnr-s voulu, non pour éviter à celui-ci ou à celui-là de partir pour le champ de

bataille, comme certains s'efforcent de l'insinuer, parce que nous cherchons un mode de sélection d'après les aptitudes et les compétences, mais pour être sûrs d'accomplir tous nos devoirs dont l'un est celui auquel l'honorable député de Sainte-Marie (M. Martin) attache une si grande importance. Permettez-moi de dire quelques mots sur la signification de ce projet de loi. Il m'a paru, en écoutant ce débat, qu'il n'aurait probablement pas été mauvais pour quelques-uns d'examiner d'abord les disposition de ce^ projet et d'essayer d'en comprendre le principe. Eussions-nous agi de la sorte, nous aurions été, je crois, en meilleure position pour discuter la mesure. Une ^grande partie de ce débat a porté sur le principe de la conscription comme un système par lequel tout individu de vingt à quarante-cinq ans, quelles que soient sa condition, ses relations domestiques, ses occupations ou la détresse dans laquelle pourrait être une famille abandonnée devait être contraint à .se ranger sous les drapeaux. Cette opinion publique que l'honorable député de Montcalm (M. Lafo'rtune) a voulu nous montrer en nous promenant à travers les paroisses de la nrovince de Québec, repose en grande paitie sur cette conception erronée; mais, à la lecture du projet de loi, vous voyez qu'il limite à cent mille hommes le nombre de recrues à lever. Ce n'est pas, remarquez-le bien, un minimum, mais un maximum. En deuxième lieu, le projet de loi prescrit le moyen de nous assurer, comme je l'ai déjà dit, quels sont ceux dont le pays peut se dispenser. On a fait du système proposé certaines critiques. iLes uns disent qu'il donne au riche un avantage sur le pauvre. Si je ne me trompe, l'honorable député de Pictou (M. Macdonald) assure que, par ce système, des injustices de toutes sortes peuvent se produire; que la mesure a été élaborée dans le but même de faire des diffé- . renées de races, de province, de croyance religieuse ou de fortune. Cette intention est loin d'avoir été celle des auteurs du projet. Au reste, le premier ministre a déclaré qu'il accueillerait favorablement toute proposition tendant à améliorer le projet de loi. A ceux qui se donnent tant de peine pour faire croire à un désir de différencier entre le pauvre et le riche, ou ent~e des classes quelconques, je dirai: Faites votre proposition, et elle sera accueillie avec plaisir; si vous avez un autre moyen de rendre plus certaine une parfaite impartialité, dites quel est ce moyen. Personne de ceux qui appuient ce projet de loi n'a d'autre désir

que de trouver le moyen le plus efficace de prévenir la faveur sous quelque forme que 2e soit.

Ce projet de loi met tout le monde sur un pied d'égalité: le fils du riche partira dans les mêmes conditions que le fils du pauvre; tous, sans distinction de province, de race, de religion, partiront absolument dans les mêmes conditions. Du commencement à la fin, on chercherait en vain, dans ce projet de loi, la moindre disposition qui autorise l'indigne suggestion qu'il recèle quelque part île germe d'une injuste inégalité de traitement. Je le répète, si on soupçonne l'existence de pareil défaut, qu'on nous dise comment y remédier. Ceux qui ont exprimé ces .craintes sont des critiques compétents, des esprits avertis; ils peuvent à coup .sûr trouver le moyen de mieux atteindre l'objectif visé par ce projet de loi. Les insinuations dont j'ai parlé sont indignes de ceux qui les ont formulées; à mon avis, non seulement ils savent que la mesure ne contient rien qui les justifie, mais que s'ils avaient quelque proposition plus acceptable à présenter, elle serait agréée, et parce qu'ils savent encore que des déclarations de cette nature ne sauraient qu'enflammer davantage l'esprit public qui n'est pas encore parfaitement éclairé sur l'impérieuse nécessité de cette mesure, et surtout sur la portée exacte de son application dans le pays tout entier.

Je tiens à protester énergiquement contre ce genre d'insinuations. L'injustice qu'elles comportent envers ceux qui appuient le bill importe peu; ce qui est plus grave c'est de songer que ceux qui les font contribuent ainsi à accroître l'agitation d'une opinion publique déjà surexcitée.

Voici une mesure qui est iloin d'être ce qu'on 'l'a représentée, c'est-à-dire la .mobilisation des hommes, des femmes et des enfants. Nous avons entendu de larmoyantes descriptions de maTis arrachés des bras de leurs femmes et de leurs enfants, et des misères qu'allait entraîner l'application de la loi. Nous voulons avoir cent mille hommes, et avant qu'aucun homme marié ne soit appelé à partir, il nous faudra épuiser l'effectif mobilisable des célibataires, de vingt à trente-cinq ans. Je ne reviendrai pas sur les chiffres déjà cités, mais il paraîtrait hors de toute prévision que cet homme marié, sur le sort duquel on nous demande de nous apitoyer, soit appelé au service; il ne sera certainement pas appelé, avant que tous les mobilisables de ila classe que je viens de mentionner aient été appelés,, aient donné leurs services. Mais le tableau qu'on a tracé est bien réellement ce-

lui, qui représente ce qui s'est passé sous le régime du volontariat. Le père de famille, au cœur généreux et pénétré du sens de son devoir, a répondu à l'appel de son cœur et de sa conscience, ou bien a cédé à la pression de l'opinion publique qui nécessairement existait sous le système volontaire. Combien de pères ont quitté le pays et sont allés .offrir le suprême sacrifice sur le champ de bataille, ou encore sont revenus mutilés et incapables de soutenir une famille; tandis que des citoyens qui n'avaient pas de famille à soutenir, des hommes de loisir, des gens qui n'avaient pas à se dévouer à la production, des' hommes sans attaches, sont restés chez eux, sous le régime du volontariat, et, cela, de plein droit? Cette mesure vise à protéger la famille, au lieu d'être pour elle une terrible menace comme on l'a affirmé.

(La séance, suspendue à six heures, est reprise a huit heures.)

Reprise de la séance.

L'hon. M. DOHERTY (ministre de la Justice) : Au moment de la suspension de la séance, je discutais le principe du bill, et m'efforçais de mettre bien en lumière quelques-unes de ses principales dispositions. J'en avais .profité poar présenter une observation sur îles insinuations dirigées contre certaines dispositions qui, prétend-on, tendraient à créer des inégalités de traitement ou à rendre possibles des passe-droits, dans l'administration de la loi. Puis-je ajouter une observation sur ce projet? Certains honorables députés prétendent que la mesure, par certaines expressions, rend les passe-droits possibles, et ils imputent au Gouvernement l'intention de viser à ce résultat. Comprennent-ils bien que le premier sonci du Gouvernement, après avoir rédigé le bill, a été de proposer à certains députés de la gauche d'entrer dans le cabinet, à titre de successeurs de quelques-uns des titulaires actuels, et que à moins de croire ces honorables députés capables de se prêter à ces passe-droits qu'ils imputent au Gouvernement, la chose était impossible.

Pouvait-il y avoir une évidence plus manifeste qu'il n'y avait pas eu de motifs cachés, au moins dans la préparation de ces dispositifs, que l'empressement et la volonté de confier leur application au Gouvernement nouvellement constitué? Ce Gouvernement aurait représenté également l'opposition et le parti au pouvoir et il n'aurait pas été seulement composé pour moitié d'hommes choisis par le leader actuel de l'opposition, mais si ma mémoire ne me fait pas défaut.

tre moitié n'aurait compris que des homme? acceptés par le très honorable ch f opposition. Nous pouvons certainement ndre que cette proposition constitue une réponse absolue à l'insinuation d'avoir eu quelques motifs cachés ou — j'ignore si d'honorables députés iront jusqu'à dire — apparents à la face même du bill. De plus, nous avons dit et nous maintenons que nous tiendrons compte de toutes les suggestions susceptibles de disposer des objections possibles à certains dispositifs de la loi.

Avant de passer à un autre point, qu'il me soit permis, sous forme de transition, de dire un mot à propos d- l'allusion de certains honorables députés à ce qu'ils considèrent comme les nombreux péchés d'omission et de commission du Gouvernement. Quel rapport cela peut-il avoir avec la question que nous somme i appelés à régler, à savoir si la méthode proposée est nécessaire et convenable et si c'est celle ' que les conditions dans lesquelles nous nous trouvons nous imposent le devoir d'adopter? Je fais de nouveau remarquer qu'en même temps que le Gouvernement présentait ce projet, il offrait de disparaître et de permettre que l'administration soit dirigée par un ministère nouvellement constitué et composé comme je l'ai dit il y a un moment. Il est évident alors que nous n'avons plus qu'une question à régler aussitôt que nous aurons répondu aux gTiefs qui peuvent exister dans l'opinion de quelques honorables députés et qui n'ont aucun rapport avec la question de savoir si ce bill doit ou ne doit pas être adopté.

Je passe à un autre sujet qui appelle certainement une observation de ma part et qui est né de ce débat. Nous avons beaucoup entendu parler d'engagements et de promesses. On nous a parlé de manque de sincérité et nous avons entendu dénoncer en termes très éloquents le Gouvernement dont l'honneur a été violé, à ce que prétendent quelques honorables députés.

J'ai eu (personnellement le plaisir de siéger ici et d'entendre l'honorable député de Rou ville (M. Lemieux), l'honorable député de Laval (M. Wilson) et aujourd'hui même l'honorable député de Montcalm (M. Lafortune) faire allusion à une chose au sujet de laquelle je désire dire un mot.

On a affirmé que la conscription était mai parce que le ministre de

la Justice aurait dit certaines choses a un prélat très distingué de Montréal, dont je ne veux pas mêler le nom à cette discussion. On. ii que j'avais dit quelque chose

qui n'était pas vrai. L'honorable député de

Rouville (M. Lemieux) s'est exprimé d'une façon délicate sur ce point, mais j'estime qu'il a assez bien donné cette impression. Mon honorable ami de Laval (M. Wilson) y a mis un peu moins de délicatesse. Avant d'en finir avec moi, il a dit à la Chambre que j'avais fait toutes sortes de déclarations fausses à ce digne prélat. Puis nous allons en crescendo. L'honorable député de Montcalm (M. Lafortune) n'a pas mâché ses expressions. Je ne sais pas s'il s'est cru obligé de dépasser l'honorable député de Laval, mais il n'a pas hésité à dire que j'avais menti à l'archevêque. Je n'ai pas à parler des engagements pris par le Gouvernement. Les honorables députés ont entendu définir ce qu'on a appelé les engagements du Gouvernement. Il faut être bien décidé à trouver un exemple de promesses violées pour voir dans les déclarations lues par ces honorables députés un engagement pour l'avenir indépendamment de tout ce qui pourrait arriver dans l'intëTval.le. Un gouvernement ne pourra- t-il jamais dire quelles sont ses intentions présentes, ne sera-t-il jamais libre de dire qu'il ne se propose pas certaines choses sans qu'il soit considéré comme s'étant engagé— quoique les conditions et les circonstances puissent changer, quoiqu'il puisse obtenir des renseignements qu'il ne possédait pas au moment où il a exposé ses intentions — à ne jamais adopter à l'avenir une conduite différente de celle qu'il suivait alors et qu'il avait en vue de poursuivre. Voilà la question.

Nous avons entendu parler de l'honneur et des engagements violés du gouvernement. On a dit que j'ai fait toutes sortes de déclarations fausses et que j'ai menti à un personnage très distingué qui est un de mes estimables amis. J'ai parlé des déclarations faites au nom du Gouvernement. Souffrez que je dise un mot de mes propres déclarations, à propos desquelles on dit aujourd'hui que j'ai menti. Permettez-moi de dire . d'abord que je ne songe pas à contredire aucune parole prononcée par le personnage distingué dont j'ai fait mention, à propos de ce que je lui ai dit. J'accepte sa déclaration comme étant vraie sans aucune discussion possible et je n'ai pas de doute que mes paroles lui ont laissé l'impression qu'il en a conservée.

On dirait que l'unique désir de l'honorable député, c'est de me mettre en contradiction avec le distingué prélat qui possède toute mon estime et ma vénération. Je le dis avec fierté, je le compte au nombre de mes meilleurs amis, et si mes adversaires espèrent me mettre en contradiction avec

lui, ils ne réussiront certainement pas. Je n'hésite pas à affirmer que ce que j'ai dit était vrai à ce moment là et que cela est vrai encore, à l'heure actuelle. J'ai affirmé que les cartes du service national n'avaient rien à faire, ni de près ni de loin, avec l'établissement du Service militaire obligatoire. Je répète la même affirmation en ce moment, et c'est l'exacte vérité. Certaines gens ont parcouru la province de Québec, et ils aimaient tellement à parler de conscription que l'on serait porté à croire qu'ils soupiraient pour ainsi dire après le jojir où ce régime serait établi, ou du moins serait proposé, afin de pouvoir exploiter le projet aux fins de leur avancement politique. Ces messieurs ont fait certaines déclarations dans la province de Québec, mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'ils ont menti. J'aurai plus d'égards pour l'honorable député de Montcalm (M.

Lafortune) qu'il n'en a apparemment pour moi.

En affirmant que les cartes du Service national étaient le premier pas vers la conscription, l'on ignorait peut-être la fausseté de cette asseition, mais l'on n'était certainement pas convaincu de son exactitude.

J'ai déclaré dans le temps que cette assertion était fausse, je leTépète encore ce soir, et je défie qui que ce soit d'établir le contraire. Or, parce que j'ai affirmé la vérité à ce sujet, mes adversaires m'accusent d'avoir délibérément menti; ils m '.accusent d'avoir manqué de franchise e't ils prétendent que j'ai fait toutes sortes d'allégations fausses. J'ai formellement exprimé la conviction et l'opinion que le service obligatoire ne serait jamais établi en Canada, et je le croyais positivement. Si le personnage auquel j'ai fait cette affirmation a compris que c'était une promesse de ma part et l'affirme, il faut bien se comprendre. Je ne nie pas que les déclarations que j'ai faites à ce personnage peuvent l'avoir justifié de penser ainsi, bien que l'idée de faire une promesse quelconque fût bien loin de mon esprit, à ce moment-là. Je veux que la chose soit bien comprise, je n'ai pas intentionnellement fait de promesse de cette nature. L'eussé-je faite, j'admets que mes adversaires auraient parfaitement le droit de me reprocher non pas d'y manquer mais de l'avoir faite. Ce serait une faute grave, je le reconnais. Remarquez bien, monsieur l'Orateur, que je parle d'une promesse de la nature de celle que l'on me reproche d'avoir violée, et que l'on reproche au premier ministre de n'avoir pas tenue.

Je prétends qu'un homme public qui prendrait l'engagement solennel de ne pas adopter une certaine ligne de conduite, quand bien même les circonstances lui indiqueraient clairement que c'est son devoir de l'adopter, il mériterait d'être sévèrement blâmé pour avoir fait une promesse de cette nature. Or, du moment que des circonstances indépendantes de sa volonté lui font un devoir impératif, dans l'intérêt du pays, ou que la conviction s'établit dans son âme et conscience que son devoir l'oblige, dans l'intérêt bien entendu du pays, d'adopter une ligne de conduite autre que celle qu'il a promis de suivre, nos collègues soutiendront-ils que cet homme public devrait dire: "Je vois clairement à l'heure actuelle que le salut de mon pays dépend de l'adoption d'une certaine ligne de conduite; je suis en mesure de le faire; moi seul puis mettre en train les mesures qui assureront le salut de la patrie; mais j'ai fait une promesse; je dois la tenir au risque de voir sombrer l'honneur du pays, d'abandonner à leur sort nos soldats qui sont dans les tranchées, d'assister à la défaite de ceux à qui j'ai promis assistance, de voir la cause, que j'ai cru assez importante à un moment donné pour plonger mon pays dans toutes les horreurs de la guerre, subir une défaite déshonorante, parce que j'ai fait une promesse téméraire et imprudente. Je prétends, monsieur l'Orateur, que l'homme public qui, dans de semblables circonstances, se laisserait arrêter dans l'accomplissement de son devoir par le souvenir de cet engagement téméraire serait encore plus blâmable que d'y manquer.

Je vois un calme sourire passer sur les lèvres de mon honorable ami de Montcalm, Je vais lui citer un exemple. J'ai entendu des gens condamner avec la dernière énergie l'usage des armes à feu. J'ai entendu des. citoyens prétendre que jamais, dans aucune circonstance, un homme ne saurait être autorisé à porter une arme à feu ou à s'en servir contre son voisin. Supposons le cas d'un homme, ayant fait des déclarations et pris un engagement en ce sens, dont le domicile serait violé par un puissant scélérat, qui serait même allé jusqu'à abuser de sa femme et de sa fille; il a une arme à feu sous la main. Le député de Montcalm estil prêt à soutenir que le mari devrait se contenter de se croiser les bras en disant: Que voulez-vous, j'ai fait une promesse; je n'interviendrai pas?

M. LAFORTUNE: Je n'ai jamais prétendu cela.

L'hon. M. DOHERTY: Le député de Montcalm et le député de Rouville (M. Le-

mieux'», si je dois en juger par les observa- - mt faites l'autre soir, avec de grands gestes, au sujet de la "promesse viopar le Gouvernement se tiendraient en re du mari et lui crieraient: Prenez carde ! Vous allez violer la promesse que vous avez faite. Suivant mes honorables • amis,, le mari devrait abaisser son arme et r s'enfuir le scélérat.

Le brigand ayant accompli sa triste :ne, l'homme aux promesses contemplerait sa maison pillée, sa famille massacrée et attendrait patiemment le coup fatal; je suppose que l'honorable député de Rouville choisirait ce moment pour le conduire au cimetière en grande pompe et demanderait à lui élever un monument. le suppose aussi que sur ce monument il ferait eraver ce vers par lequel le poète a célébré un exploit à peu près semblable: Faith, unfaithful, made him falsely true.

Je répète que je n'ai jamais fait de promesse. Si l'on prétend que j'ai promis quelque chose, je ne veux pas contester l'assertion de celui qui a ainsi interprété mes paroles. Si j'avais fait une promesse, j'aurais fait une chose que je n'aurais pas dû faire. Si la situation en Europe est telle que le prétend l'honorable premier ministre et telle que je la crois absolument et si les raisons que j'ai données cet après-midi trouvent que le seul moyen d'y remédier est d'adopter ce bill, je maintiens que la seule ligne de conduite honorable à tenir, c'est de pourvoir aux exigences du moment et de répondre à l'appel. Voilà, quant aux promesses et aux engagements.

L'honorable député de Montcalm (M.

Lafortune) a chaleureusement félicité l'exsecrétaire d'Etat (M. Patenaude) d'avoir remis son portefeuille. A quoi attribue-t-il cette démarche de l'ex-ministre? Il dit que ce dernier a préféré sortir du cabinet que de manquer à sa parole et il souhaiterait que d'autres eussent suivi son exemple.

Je demande à l'honorable député do Montcalm (M. Lafortune) de se rappeler l'expression dont il s'est servi pour qualifier la déclaration qu'il m'attribue. Pour rester dans les limites du langage parlementaire, je me bornerai à demander à l'honorable député de considérer que j'applique à son assertion l'expression dont il s'est servi pour qualifier mes paroles. Il a dû Lire la lettre de démission de l'exnecrétaire d'Etat. Maintient-il que c'est pour ne oms manquer à sa parole que celuici a démissionné? Je ne préciserai pas davantage; pour qualifier une pareille conduite, il y a un mot que l'honorable député de Montcalm (M. Lafortune) n'hésiterait

pas à employer, mais je ne veux pas m'en servir.

M. LAFORTUNE: Je n'ai rien à retirer.

L'hon. M. DOHERTY: C'est bien ce que je dis.

M. LAFORTUNE: J'ai mon archevêque avec moi.

L'hon. M. DOHERTY: Je félicite l'honorable député d'être en aussi bonne compagnie, mais il n'est pas à redouter qu'il réussisse à me priver de la confiance dont ce haut dignitaire m'honore. L' ex-secrétaire d'Etat n'est pas sorti du cabinet parce qu'il avait fait une promesse qu'il considérait violée par le Gouvernement. L'honorable député de Montcalm, qui a mis tant de temps à apprécier les belles qualités du député d'Hochelaga (M. Patenaude), ne professe certainement pas pour lui une plus haute estime que moi-même. Ce fut une perte pour le Gouvernement, quand M. Patenaude décida de sortir du cabinet et ce serait une perte pour le pays s'il se retirait pour toujours de la vie publique. J'espère sincèrement qu'il continuera de suivre la voie du devoir telle qu'elle lui apparaîtra et qu'il ne ménagera pas ses précieux services à son pays.

D'ailleurs, l'ex-secrétaire d'Etat sait exactement tout ce qui s'est passé et je m'en rapporte à lui pour dire si, de son côté ou du mien, quelqu'un a manqué à sa parole ou renié ses promesses. Je m'en rapporte aussi à sa lettre de démission pour contredire l'honorable député de Montcalm qui affirme que l'ex-secrétaire d'Etat a démissionné pour ne pas renier ses engagements, et qui me reproche de n'en avoir pas fait autant. Quiconque fait cas de l'honneur, ne devrait pas attaquer l'honorabilité personnelle d'un collègue, comme la mienne a été attaquée par l'honora ble député de Rouville (M. Lemieux) et je reconnais, cependant, que son langage a été moins déplacé que celui de l'honorable député de Laval ('M. C. A.

Wilson) et de l'honorable député de Montcalm (M. Lafortune). Ce sujet n'a pas pour le public l'importance que ces messieurs semblent y attacher, mais il est très important pour moi, vu que c'est mon honorabilité personnelle qui est en jeu. Permettez-moi de rappeler l'usage peu digne que l'honorable député de Laval (M. Wilson) a jugé à propos de taire d'une réponse du Gouvernement à une question de l'honorable député de Russell (M. Murphy). Je suis intimement convaincu que l'honorable député de Russell a obtenu exactement la

réponse qu'il désirait avoir en posant ea question.

Je connais trop bien le représentant de Russell et je le tiens en trop haute estime pour croire qu'il chercherait, en faisant mine de poser une question au Gouvernement, à se fourrer le nez dans la correspondance intime d'une personne parce que celle-ci serait membre du ministère. L'honorable député a demandé s'il y avait eu un échange de correspondance entre le ministère ou un de ses membres et un prélat de la province de Québec. Nous ne lui aurions pas fait l'injure de croire qu'il chercherait à fureter dans les lettres personnelles des ministres et de leurs amis. Le représentant de Russell est un homme bien élevé et je suis certain qu'il n'a jamais voulu rien faire de tel. Une semblable conduite serait plus que méprisable. Comment serait-on plus excusable de vouloir mettre le nez dans la correspondance échangée entre une personne qui fait partie du ministère et quelqu'un qui fait partie du clergé ou de l'épiscopat de l'Eglise à laquelle appartient cette personne, voilà une chose que je ne saurais comprendre.

Je veux être juste et je rends simplement justice au représentant de Russell en me disant convaincu qu'il n'avait pas cette idée, et convaincu aussi qu'il n'a jamais songé à l'usage que le député de Laval (M. C. A. Wilson) s'ingénierait de faire de la réponse parfaitement légitime qu'il a reçue, à savoir, qu'il n'y avait pas de correspondance officielle, et que le ministère n'entreprenait pas de scruter la correspondance intime de ses membres. Le représentant de Russell n'a jamais pu prévoir à quel usage on ferait servir cette réponse.

L'autre soir, en présence du député de Rouville (M. Lemieux), qui n'a pas blâmé sa conduite—je suis convaincu que s'il y réfléchissait il la blâmerait,— le représentant de Laval s'est mis à critiquer ici cette réponse, et s'étant persuadé qu'il y avait, une correspondance privée, il en a déduit l'étrange conclusion " qu'il y avait une correspondance privée, puisque le ministère a déclaré qu'il n'y a pas eu de correspondance officielle — la seule dont il était question — de plus, un ministre avait fait une promesse à un archevêque, et que ce raisonnement le conduisait à la conclusion qu'il y a eu une correspondance privée entre le ministre et l'archevêque; et qu'il est donc clair comme le jour que le ministre a fait cette promesse à l'archevêque."

Le représentant de Montcalm (M. Lafortune) sourit. C'est un spécialiste en

matière de preuve et je ne doute pas qu'il soit parfaitement convaincu que l'existence de cette promesse est établie. La prochaine fois qu'il voudra prouver que j'ai manifesté le dessein d'incendier le Palais législatif, cela lui sera des plus faciles en s'y prenant de cette manière • un député demandera au ministère "s'il y a eu un échange de correspondance, disons, entre un ministre et sa femme au sujet du Palais législatif." Le ministère répondra "qu'il n'a pas eu de correspondance officielle avec la femme en question et qu'jl ne scrute pas la correspondance entre les ministres et leurs femmes." Il n'y a lien à ajouter, cela va sans dire. Aux yeux des représentants de Montcalm et #de Laval, il sera démontré d'une façon concluante que j'ai écrit une lettre dans laquelle je manifestais le dessein d'incendier le Parlement. Etait-ce la peine de torturer d'une façon aussi indigne une réponse loyale à une question légitime pour en arriver à cette conclusion? Voilà pour les promesses.

Je désire revenir un instant à la situation qui, à nos yeux, nous faisait une nécessité impérieuse de fournir sans retard d'autres soldats. Je lirai à la Chambre un passage d'une lettre dont j'ai eu connaissance aujourd'hui. Je n'en connais pas l'auteur, mais il me semble être un Américain dans le corps des ambulanciers qui écrit chez lui de France. Je me permets de lire de cette lettre ce qui décrit avec tant de précision, un état de choses que le premier ministre a fait connaître à la députa tion en des termes aussi clairs que pouvait en employer un homme de sa position. Pour décrire la situation sur le front français, et le besoin de soldats, l'auteur dit:

Jusqu'à, présent, la France a combattu avec une bravoure dont l'histoire du monde n'offre pas d'exemple. Ses soldats se sont sacrifiés avec une abnégation presque insensée. Ses pertes ont été épouvantables. Maintenant la France est lasse, lasse à en mourir. La plupart de ses jeunes gens sont partis, et les anciennes classes sont appelées sous les armes pour les remplacer ; et cette tâche est tout bonnement trop forte pour des hommes d'un âge avancé. Les Etats-Unis entrent alors dans le conflit. Une aurore luit pour ces vieillards. Us peuvent enfin retourner à leurs champs où à des travaux moins rudes. Il y a enfin un espoir que quelques membres de cette merveilleuse nation survivent et perpétuent cette race qui a tant compté dans l'art et la littérature. Mais, que font les Etats-Unis?

L'auteur critique ensuite la conduite des Etats-Unis qui envoient des corps d'ambulanciers qui peuvent être utiles à l'arrière

et qui n'envoient pas de soldats dans les premières tranchées.

I ajoute:

Si l'Amérique veut voir la France s'affaisser et mourir pour s'être saignée à blanc, si elle veut s'avancer vers l'avenir en portant le poids du reproche d'être venue trop tard au secours de la France, alors continuez de permettre à vos - d'accomplir leurs joyeuses randonnées tout le long de la ligne de feu, et à consommer nos aliments et notre combustible. Si elle veut s'attirer la réputation d'une nation rière, eh bien qu'elle nous envoie des vaisseaux chargés d'avions et d'aviateurs et qu'elle les soutienne par des envois (-.'artillerie. Qu'elle aussi en sorte que ses fils qui servent actuellement comme ambulanciers ou à d'autres postes semblables puissent s'adonner à des œuvres viriles, plus dignes du caractère américain.

- paroles ne nous sont pas directement adressées, il est vrai, mais ne sont-elles pas un appel à nous aussi? Après tout, en quoi diffèrent-elles du message de l'illustre maréchal Joffre, qui avec le peu d'anglais qu'il pouvait parl?r, s'efforçait d'inculquer aux soldats qu'il passait en revue à Montréal: "Envoyez-nous des hommes; il nous faut des hommes", disait-il.

Le maréchal est-il réeKement au courant des besoins du moment ou par hasard l'honorable député de Montcalm (M. Lafortune) connaît-il davantage la situation? Telles sont les conditions au delà des mers. Cette lettre du reste ne fait que confirmer nos renseignements; elle présente les faits sous une forme énergique, et, je n'en ai aucun doute, avec une absolue exactitude.

Le premier ministre, en des termes bien appropriés, a traité dans cette Chambre du besoin si pressant d'hommes pour le front. Il en est peut-être parmi nous qui en savent plus que ce qu'il a dit. Peut-être aussi ontils entendu des choses qu'il ne serait pas sage de divulguer. Il est possible que quelques-uns d'entre nous aient acquit une notion des circonstances critiques actuelles plus claire que la masse du peuple n'en possédait avant le voyage du premier ministre en Angleterre. Ce n'est pas mon intention d'alarmer inutilement le public, ni de créer l'impression que la situation est plus désespérée qu'elle n'est en réalité.

- dire — je donne du reste . opinion pour ce qu'elle vaut — que la rre offre un caractère d'universalité qui nous entraîne tous à y participer. Je ne dis pas que j'ai perdu tout espoir; loin mces reposent sur

ceux qui, dans cette guerre, accomplissent tout, leur devoir. Du fait que les Etatsument d'entrer en guerre, l'on a ij faire une raison pour nous induire 'iicr. Je professe une grande

admiration pour la bravoure des Américains, pour leurs moyens d'action et j'ai la certitude qu'ils vont faire tout leur possible. Mais quand ils auront fait tout leur possible, ils pourront être fiers, s'ils ont réussi à égaler l'effort de la France qui, hélas! est rendue ou, du moins, ne peut plus donner avec autant d'effet. On a dit, dans cette Chambre: Oh! ce ne sont pas nos 100,000 hommes qui compteront beaucoup dans l'ensemble". Mais ces 100,000 hommes, en proportion de notre population et de nos moyens, équivalent à 10 fois ce chiffre pour la nation américaine. Imaginez donc un peu, si après nous, le peuple américain allait répéter que ce n'est pas son million d'hommes qui va produire grand effet, et si, de même, la Grande-Bretagne ajoutait: "Oh ! qu'importe le plus ou moins d'hommes que nous pourrions lever, le résultat final n'en sera guère affecté ! Certes, nous devons avoir assez d'orgueil, après avoir mis la main à la charrue, pour ne pas rebrousser chemin. Nous avons assez à cœur le sort de nos jeunes gens qui sont allés se battre volontairement pour leur dire: S'il n'en dépend que de nous, votre tâche ne sera pas plus dure que nécessaire.

Se rend-on bien compte de l'importance d'envoyer des renforts? Sait-on qu'à mesure que les cadres se vident, ceux qui restent doivent supporter le fardeau d'un travail deux ou trois fois plus ardu? Le soldat se trouve ainsi exposé à un danger deux ou trois fois plus grand; son tour dans les tranchées revient ainsi plus fréquemment. Et par le fait que son devoir se trouve doublé ou triplé son repos est diminué de moitié ou du tiers, ce qui n'arriverait pas si les camarades restés au pays faisaient leur devoir. Quand les renforts sont nécessaires pour alléger l'effort des nôtres, va-t on se croiser les bras et dire: Eh bien! que les Américains marchent; ou bien que les Anglais en prennent leur part, ou encore que les Français épuisés en fassent plus encore; nos propres soldats ne nous intéressent pas plus que les autres combattants dans cette guerre. Je ne m'étais pas proposé d'insister sur les raisons que nous avons de légiférer ainsi, parce que d'autres ont déjà traité ce sujet bien plus éloquemment qu'il ne m'est .possible de le faire, mais il est de ces choses qu'on ne touche pas sans ressentir l'enthousiasme qu'elles éveillent

Quant au référendum proposé comme solution de l'urgence et des conditions actuelles, je vous ferai observer, monsieur l'Orateur, que personne n'est plus que moi, partisan des droits du peuple. Il n'y a, à

mon point de vue, qu'une seule chose plus sacrée que les droits du peuple: c'est son devoir.

L'individu doit ou devrait considérer son devoir encore plus sacré que ses droits. L'homme public doit tenir plus à faire son devoir qu'à rest-er dans les strictes limites de son droit. Que l'on respecte les droits du peuple, je ne demande pas mieux, mais je veux aussi, pour l'honneur du pays, que le peuple accomplisse son devoir. Faites montre de dévouement envers le peuple tant que vous voudrez, c'est un bon moyen à l'occasion de capter les votes, mais vient un temps, — si gouverner n'est pas un vain mot — où les représentants du peuple et ceux à qui l'on a confié le gouvernement du peuple, ont l'obligation de voir à ce que le peuple fasse son devoir. Voilà la position du Gouvernement, ce soir. Permettez-moi, pour le moment, de considérer le gouvernement en soi; je reviendrai plus tard à la question de parti.

La conception que mon très honorable ami (sir Wilfrid Laurier) se fait du gouvernement populaire et démocratique comporte-t-elle l'abdication chaque fois que le peuple qui a confié à ses représentants le pouvoir et l'obligation de le gouverner, refuse de faire son devoir? Je ne prétends pas que le peuple Canadien refuse d'accomplir son devoir, mais cette proposition de référendum revient à dire que si jamais 7e peuple du Canada refuse de faire son devoir ceux qui ont mission de le gouverner s'en laveront les mains et diront: Au lieu de gouverner, allons demander au peuple que l'on prétend réfractaire à son devoir, s'il veut être assez bon de nous dire si nous ses mandataires autorisés à le gouverner devons passer une loi pour l'obliger à xaire son devoir.

Il y a de longues années, quand j'étudiais les mathématiques, on m'a enseigné une forme d'argumentation qu'on appelait raisonner par l'absurde. Pour démontrer l'absolue fausseté d'une proposition, vous en tiriez des conclusions d'une absurdité évidente. Le référendum me fait l'effet d'un raisonnement par l'absurde qui s'efforce à démontrer la futilité et l'inutilité d'un gouvernement démocratique. Si ce n'est pas ramener à l'absurde les conséquences du gouvernement populaire, je ne comprends pas alors le raisonnement par l'absurde.

Comprenons-nous bien quand nous parlons du gouvernement populaire. Notre Constitution nous donne le gouvernement par le peuple, en ce sens qu'il appartient au peuple de choisir ceux qui doivent gouver-

ner. Mais c'est une prétention tout à fait nouvelle que de dire que le gouvernement par le peuple donne nécessairement à ce dernier le droit de faire lui-même des lois, et c'est bien où vise le référendum. Des cas peuvent surgir où il serait à propos de demander un référendum. Mais dans le moment, alors que la question, remarquezbien, ne porte pas sur le devoir du peupb mais sur l'opportunité de l'obliger pa*- une loi à remplir ce devoir, l'on nous suggère d'aller demander au peuple qui ne veut pas être contraint, s'il veut qu'on le contraigne. Evidemment, s'il veut être contraint c'est la meilleure preuve qu'il n'a pas besoin de l'être; car s'il n'a pas d'objection à ce qu'on le contraigne il fera son devoir sans y êtrforcé. Puisque vous lui posez pareille question c'est que vous avez dans l'idée qu'il ne veut pas faire son devoir*. On veut donc nous envoyer dire au peuple: Messieurs, vous ne voulez pas aller à la -guerre; consentez-vous à ce que nous fassions une loi pour vous contraindre à aller là où vous ne voulez pas aller? Je me demande quelle réponse on peut en attendre.

On dira peut-être que la réponse à cette question sera donnée par la majorité du peuple dont une bonne partie ne s'oppose pas au service militaire ou n'y est pas sujet; que leur vote contraindra ceux qui sont aptes au service, mais ne veulent pas s'y astreindre et, partant que ma proposition ne s'applique pas d'une façon absolue au gouvernement populaire. Il reste vrai que la majorité, en quelque sens qu'elle vote, et surtout si la majorité dit qu'elle ne veut pas d'une loi qui oblige ceux qui ne veulent pas aller à la guerre d'y aller, comprendra le vote de tous ceux qui n-i veulent pas prendra part à la guerre, le vote de tous ceux qui devraient être contraints s'il y en a à contraindre.

Et l'on nous prétend que c'est là une des conséquences nécessaires des inst'tutions démocratiques. Si j'avais à m'attaquer au gouvernement démocratique, je ne crois pas que je pourrais lui porter de plus rude coup qu'en lui appliquant cet argument comme l'une de ses conséquences inévitables. On nous demande d'avoir confiance dans le peuple. Monsieur l'Orateur, peutêtre plus que plusieurs des honorables députés de la gauche, j'ai confiance au peuple.

Ma confiance dans le peuple est bien plus grande que celle, notamment de l'honorable député de Montcalm. Il nous a décrit en termes pathétiques, les efforts qu'il faudrait faire pour mettre cette loi en vigueur et les moyens que le peuple

trouverait pour l'éluder. Et je dois lui faire ce compliment, est-ce bien un cornent: qu'il nous a donné de la loi l'interprétation la plus originale qu'il m'ait re été donné d'entendre. L'originalité • cieuse en mainte circonstance, ne m'attarderai pas à discuter jusqu'à nt l'originalité a son utilité en matière législative: je dois, cependant, reconnaître à l'honorable député le mérite d'avoir fait merveille dans cet ordre d'iées. II s'est efforcé d'établir combien il est facile pour la population du Canada— qui. cela va sans dire, d'après lui ne veut pas se soumettre à la loi—d'éluder celle-ci. .l'ai une plus grande confiance dans le peuple canadien. Je suis convaincu que notre population, une fois cette loi sanctionnée, et qu'elle comprendra et saura îtement somment on l'applique et ce qu'elle comporte, reconnaîtra qu'elle fournit le bon moyen de dispenser d'aller à la tiuerre ceux oui ne doivent pas y aller, et d'obliger à faire leur devoir ceux qui n'ont aucune raison de se dérober. Je n'ai pas la même crainte que l'honorable député, j'ai foi dans le peuple. J'ai confiance dans son sens rassis, je crois en lui, pourvu qu'on lui donne le temps de réfléchir. Mais on prétend que nous n'avons pas foi dans le peuple, parce nous ne voulons pas, sur une question comme celle-ci, d'un jugement improvisé de sa part. On a adressé des reproches au Gouvernement à ce sujet; cela me laisse indifférent, car j'estime que, dans les circonstances présentes, toute question de mérite ou de démérite personnel, toute question de mérite ou de démérite des partis politiques, reste absolument sans intérêt pratique. Je suis bien convaincu que la population du Canada ne se préoccupe aucunement, aujourd'hui, des péchés anciens du parti auquel j'ai l'honneur d'appartenir, ni des vertus qu'il a pratiquées, dans lf passé, non plus que de la conduite à ce double point de- vue, du parti des honorables membres de la gauche. Que la population du Canada approuve ou condamne ce projet de loi, il est un fait dont je suis intimement convaincu, c'est qu'el/le ne prend pas le moindre intérêt à la discussion des mérites des partis politiques, en ce moment. J'allais dire, lorsqu'on a provoqué -ion que je suis prêt à me confir-r ;m peuple et à m'en rapporter à son jugement éclairé, une fois qu'il aura été mis ion de tous les renseigne-

ments. Mais, aujourd'hui, nous traitons avec ane population que ce projet nrend à l'improviste et avant qu'elle y soit pré-

parée. Je crois que les membres du Parlement devraient se guider sur les opinions du peuple, mais sur les opinions du peuple formées après mûr examen et formulées en temps utile et suivant les formes prescrites par la Constitution. L'honorable député de Montcalm nous a promenés dans presque toutes les parties de la province de Québec, et nous a entretenus des assemblées auxquelles il avait assisté et qui s*ête*en4 prononcées contre la conscription, et au nombre desquelles il s'en trouvait une tenue dans la division électorale que je représente. Il nous a avertis,, en outre, qu'il serait dangereux pour nous de nous rendre à ces endroits et de dire un mot en faveur "de la conscription, car le canal Lachine n'est pas éloigné. Eh bien, qu'on me permette de rétorquer à l'honorable député lorsqu'il voudra donner à entendre que j'ai menti, il ne sera pas prudent pour lui de faire pareille affirmation à la salle Sainte-Anne, même dans une assemblée libérale, car le canal Lachine n'est pas loin. Je disais que j'ai confiance dans le peuple. Je m'en rapnorte implicitement à son jugement, lorsqu'il aura eu l'occasion de se renseigner et de réfléchir. Mais il n'entre pas dans les fonctions d'un représentant du peuple de se rendre à des assemblées convoquées dans tout île pays, pour adresser la parole à des gens qui ne possèdent pas le renseignement nécessaire et pour les engager à exprimer une opinion dans un certain sens, puis revenir déclarer dans cette Chambre: Il n'y a plus rien s dire; je suis ici le porte-parole du peuple. La question de savoir en quoi consiste la fonction d'un membre du Parlement dans le système britannique, n'est pas nouvelle. Je ne veux pas la débattre, mais je me permettrai de conseiller à ces honorables députés qui montrent tant d'égards pour l'opinion du peuple de consacrer quelques minutes, un de ces jours, à lire un discours fameux de ce grand homme d'Etat anglais — je devrais dire plutôt de ce grand Irlandais que l'Angleterre compte parmi ses hommes d'Etat les plus illustres. J'ai nommé Edmund Burke. Cela leur aporendra quelle attitude il convient à un représentant du peuple de prendre. Qu'on me permette de lire ces quelques lignes. On reprochait à Burke de ne pas avoir suivi l'opinion de ses électeurs—peu imoortp la question qui se débattait. Il répondit:

Car, messieurs, il n'en dépend p^s de votre bon plaisir ni du mien de changer la nature des choses. En nous insurgeant contre l^s f^its, ou'est-ce donc que nous obtenons, qu'est-ce donc que nous pourrons jamais obtenir, sinon la dé-

faite et l'infamie? Je ne me suis pas conformé à vos instructions, c'est vrai ; je me suis conformé aux dictées de la vérité et de la nature, défendant vos intérêts, en dépit de vos propres opinions, et cela avec une persévérance qui m'était agréable.

Un représentant digne de vous doit agir avec fermeté. Va sans dire qu'il me faut tenir compte de vos opisions ; mais seulement des opinions que vous et moi serons forcés de partager dans cinq ans d'ici, et non celles qu'inspire l'effervescence du moment.

Notre devoir à l'égard du peuple ne veut pas que nous nous arrêtions devant l'effervescence de l'heure présente, ou que nous nous laissions gouverner par les opinions des gens dont nous parlait l'honorable député, des gens qui vous jetteront à l'eau si vous ne voyez pas du même œil qu'eux. Pour ma part, je respecte ceux qui ont pris part à ces assemblées; je comprends parfaitement qu'au premier abord la mesure actuelle, mal comprise et encore plus mal expliquée, ne reçoive pas leur approbation-* mais présentez-la sous son vrai jour, expliquez-la bien et je suis certain qu'ils l'approuveront. Si le Gouvernement et le Parlement commettent l'erreur de laisser cette question à un plébiscite sans préparer l'opinion publique, alors que des hommes d'une éloquence incontestable font appel aux plus puissants motifs contre la mesure proposée, nous mettrions en jeu l'honneur du Canada et dans l'éventualité d'un vote adverse ceux même qui auraient rejeté la mesure parce qu'ils étaient mal ou insuffisamment renseignés seront les premiers à nous le reprocher à jamais. Ils nous diraient dans les termes d'Edmund Burke lui-même: vous n'auriez jamais dû céder à l'effervescence du moment; vous auriez dû attendre un an, deux ans ou trois ans, pour connaître notre opinion, alors que nous aurions su la portée de la décision que nous sommes appelés à prendre.

Je dois m'excuser, monsieur l'Orateur, de la longueur des remarques que j;ai dû faire sur cette importante question. Je ne sais pas si je puis me féliciter d'avoir, par mes paroles, modifié les vues de quelquesuns, mais au moins j'ai la satisfaction d'avoir exprimé les meilleures inspirations que m'a apportées cette question, la plus importante que j'ai jamais eu à étudier. En terminant, on me permettra d'ajouter un mot sur la prétendue absence de pouvoir constitutionnel de la part de ce Parlement d'adopter ce bill lorsque ses membres n'ont pas de mandat. Je me demande si mes bons amis se rappellent oe qui a eu lieu en janvier 1916, et si leur mémoire peut

se reporter un peu plus en arrière, jusqu'au mois d'août 1914.

Personne ne pouvait à cette époque mettre en doute le mandat que possédait le Parlement, et personne ne pouvait dire que le Gouvernement était moribond Cette expression ne me choque pas autant que le croit l'honorable député de Montcalm. Les meilleurs d'entre nous, mon honorable ami de Montcalm lui-même, seront un jour des moribonds, et cependant ils s'étonnent que nous ne nous irritions pas à la simple mention de ce mot. Je ne sais quelle réponse ou quels gestes le chef de l'opposition attend de nous quand il nous appelle un Gouvernement moribond. Force nous est d'endurer l'épithète. Ce Gouvernement moribond avait-il un mandat en 1914? Qu'a fait le Parlement cette annéelà? Il a siégé pendant trois ou quatre jours. Je crois que nous nous rappelons tous avec joie et orgueil cette session de trois ou quatre jours, où nous avons tous compris cet état des esprits que l'honorable député d'Halifax (M. MacLean) décrivait l'autre jour, en empruntant le mot d'un poète anglais, qui a fait dire à un ancien Romain combien il regrettait la disparition de ces jours bénis où il n'y avait pas de partisans mais seulement des patriotes. Le sens de ces paroles nous est apparu en août 1914. J'espère que nous serons encore dans la même disposition d'esprit, malgré la différence d'opinion qui existe aujourd'hui entre nous au sujet de la présente injure. Il ne pouvait y avoir aucun doute à ce sujet à cette époque, et tout ce que le Parlement a fait alors qu'il était dans la pleine jouissance de son mandat et sous l'impulsion d'un sentiment commun, nous le comprenons aujourd'hui. Nous inquiétions-nous alors des droits du peuple? Le Parlement disaitil qu'il faudrait avoir un référendum? S'occupait-il même des droits des représentants du peuple? Pas du tout. Le Parlement à cette époque, agissant sous l'inspiration du mouvement qui existait alors, a fait une chose absolument sans précédent dans les annales du Canada, et je crois que l'on pourrait dire en toute sûreté dans lej annales des parlements britanniques. La Chambre a remis alors au Gouvernement, qui n'était pas moribond, tous ses pouvoirs de législateurs en tout ce qui concernait la guerre. Les choses étaient dans un état si critique, que les représentants du peuple ont consenti à remettre leur pouvoir législatif entre les mains d'un ministère qui n'avait pas été élu à ces fins.

Parlement a compris alors que ce qu'il ; une action prompte, et il a

.'il convenait de sacrifier même les its du peuple dans la confection d'une :ni serait rendue par ses propres reprébants en vue d'assurer à l'heure voulue • action nécessaire et sans retard. C'est que le Parlement a fait dans la nitude de ses pouvoirs, un Parlement • incontestablement la mission.

Je ne dirai point que le Gouvernement rait agir absolument à sa guise. Il aurait pu. je crois, faire ce qu'il estimait ; mais il a été, dans l'accomplissent de son devoir et dans l'exercice de - - pouvoirs d'une extrême modération, l'ai mentionné dans toute leur étendue les voirs de la Chambre actuelle et, dans leine vigueur de son existence, munie d'un mandat incontestable, s'inspirant des motifs les plus élevés, elle a cru que c'était "à ce qu'il convenait de faire au nom du peuple. Cette action du Parlement est absolument conforme à celle des plus anciennes démocraties placées dans les mêmes conditions. Lorsque la patrie était en danger, lorsque l'ennemi était aux portes, lorsque la guerre civile était imminente, dans la vieille Rome des jours de la république, le peuple, toujours jaloux de ses droits, n'a pas cru devoir se retrancher derrière eux et le Sénat a dit aux consuls: Prenez garde que rien de mal n'arrive au peuple. "Caveant consules ne quid detrimenti respublica capiat".

rès ce que le Parlement vient d'accomplir dans la pleine vigueur de son existence et avec un mandat incontestable, j'ose dire que le ministère aurait pu procéder à rendre la présente loi, grâce à l'autorisation qui lui était ainsi conférée. C'est ce que nous n'avons pas voulu, cependant, et c'est à quoi nous n'avons pas même songé. Je parle de législation simplement pour faire voir ce que le Parlent m cru qu'il serait convenable de faire dans le temps de sa pleine existence. Qu'a-t-il fait en 1916? Il a déclaré par son vote la convenance, encore que par la Constitution écrite, notre mandat dût prendre fin en octobre dernier, de prolonger ce mand'une autre année; et aujourd'hui, '•(■ux qui ont défendu cette motion, ceux qui ont pensé que le bien du pays exigeait 'rieusement la mesure proposée, vien- * dire l'un après l'autre: "Mais nous rjg fait ce que nous n'avions pas le droit faire; quoique les yeux ouverts, nous ri sans droit et, par conséquent, nous ne représentons plus le peuple". J'ai

été étonné d'entendre des discours où l'on émettait une semblable prétention.

Je vais maintenant dire un mot à ce sujet. Il est parfaitement vrai que, pour tenir compte de notre Constitution écrite, la Chambre a été élue pour une période fixe de cinq ans; mais la Constitution de ce pays est susceptible de changements, et le peuple peut exprimer sa volonté aus-si bien tacitement que par son vote. Lors donc que cette Chambre, composée de représentants dont le mandat n'a été mis on doute par personne, composée d'hommes représentant tout le pays, a déclaré en 1916, unanimement, que la sécurité publique exigeait qu'il n'y eût pas d'élection et que la durée du Parlement, au contraire, fût prolongée, lorsque les citoyens ont ratifié cette décision d'un bout à l'autre du Canada, je dis, monsieur l'Orateur, que nous avons alors modifié la Constitution de façon absolument régulière et normale. Nous avons une Constitution écrite qui ne peut être changée que par le parlement impérial, et ce parlement a sanctionné la loi de 1916, rendant légal ce que nous avions fait ici. Lorsque, dans ces conditions et avec le plein assentiment du peuple— ce que personne, j'en suis persuadé, ne voudra mettre en doute — le parlement de la Grande-Bretagne prolongeait, au mois de janvier 1916, la durée de notre législature, celle-ci, je crois pouvoir le dire, s'est vue constituée avec tous les pouvoirs qui jamais ont appartenu à un parlement canadien.

Notre droit de siéger comme membres d'une législature a été mis en doute par l'honorable député de Montcalm (M. Lafortune), comme étant illégal. L'interprétation fantaisiste de la loi dont il nous a donné un exemple cet après-midi explique cet-' te conclusion, mais quand on déclare que notre existence est inconstitutionnelle, je crois pouvoir dire que, si ce Parlement n'existe point par la volonté du peuple exprimée dans les formes ordinaires et usuelles, il existe par l'assentiment évident du pays, convaincu que l'expression de sa volonté en la manière ordinaire aurait nui aux meilleurs intérêts du Canada. Pour ma part, je n'ai aucun doute sur la validité de mon mandat, non plus, monsieur l'Orateur, que sur celle de vos pouvoirs dans cette Chambre. Nous pouvons faire tout ce qu'une législature légalement et constitutionnellement élue peut accomplir, et c'est pourquoi je ne doute aucunement de mon droit à siéger ici et à remplir mes devoirs de membre du Parlement.

J'ai déjà essaye de démontrer quelles étaient, à l'heure actuelle, les obligations du Canada, et ces obligations sont parfaitement évidentes. Nous avons ici la mission et la responsabilité de voir à ce que le Canada remplisse ces obligations. Pour ma part, monsieur l'Orateur — et je suis convaincu que la gTande majorité des membres de cette Chambre seront avec moi — je n'essaierai pas d'esquiver cette responsabilité, ce soir en invoquant le souci que me causent les droits du peuple.

En terminant, pour revenir à mon point de départ, laissez-moi offrir un avis. Efforçons-nous tous, dans la décision que nous allons prendre, et dans ce que nous pourrons faire pour appliquer cette décision, de travailler de concert, en nous rappelant qu'il n'y a qu'une seule question devant nous; quel est le devoir du Canada, ce soir? Quel est son devoir envers le pays,

envers son honneur, envers ses Alliés, envers ses soldats volontaires qui sont morts au champ d'honneur qui meurent en ce moment et sont en face de la mort, ce soir? Oublions qu'il y a diverses provinces. Oublions tous les reproches que les représentants des diverses races peuvent se faire mutuellement. Oublions toutes les petites querelles survenues parmi nous, à raison de divergences ou de différends politiques. Oublions qu'il existe des partis politiques. Oublions qu'il existe un gouvernement et une opposition. Reppelons-nous une seule chose; nous avons le privilège, qui comporte un lourd fardeau de responsabilité, de décider ce soir pour le Canada la plu& importante question dont jamais aucun parlement canadien ait été saisi, question, de la bonne décision de laquelle, et de l'action qui sera prise à la suite de cette décision, dépend l'honneur de notre pays, le Canada.

Ottawa: Imprimé par J. de L. Taché, imprimeur de Sa Très Excellente Majesté le Roi, 1917.

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