‹ Servir; pièce en deux actes. La chienne du roi, pièce en un acteChapitre 16 sur 39 · MADAME KULIN · texte numérisé non relu

MADAME KULIN

Et tu n'avais rien?

PIERRB

Rien!

MADAMB BULIN

Et l'homme? Le pécheur?

PIBRIIB

Non plus. Il était toujours au loin, deboi comme hébété. Puis il s'éloigna, lentement.

MADAMB BULIN

Ainsi, tu as trouvé cette chose, loi?

PIBIBB

Oui, moi ! le mystique de la paix ! Admii maman» mais admire donc la direction de l'Id^

Ces mains qui ne veulent pas se résoudre à barboter dans le sang, c'est dans ces pauvres mains détachées de Fépée... que vient d'ellemême se loger l'invention de ruine et de mort ! J'en suis confondu... J'y vois... la marque de Dieu! qui n'a pas admis qu'un pareil secret fût trouvé par un autre ! Il me le réservait, sachant bien que j'étais le seul capable, entre tous les hommes, de ne pas m'en servir I

MADAME EULIN

Comment! Tu ne comptes pas?...

PIERRE

Me servir de ma découverte ?

MADAME EULIN

Sans doute!

PIERRE

Jamais !

MADAME EULIN

Qu'en feras-tu donc?

PIERRE

Rien. Je l'anéantirai.

MAbAMB BULIN

Pourquoi ?

Pour qu'elle ne serve ni à l'anarchie ni à la guerre! Du moment que c'est un moyen de destruction, il faut le détruire. Je ne veux pas qu'on en profite. Personne.

MADAME EULIIV

Et ton pays?

PIERRE

Mon pays! Pour qu'il en abuse!

MADAME Eri.IN

Mais non ! Fort de cette supériorité, n'ayant plus à craindre la guerre, il cesserait d'y songer.

PIBBRE

11 la ferait! Ce soir! Quand l'homme se croit invincible il n'a qu'une idée : c'est de Taincre.

MADAME BULIIf

Et si la victoire est au bout ?

PIERRE

Pas de victoire au prix de la guerre I

MADAME EULIN

Ohl Peux-tu dire?...

PIERRE

Non, maman, pas de victoires par le sang ! Plus de ces victoires-là I D'autres !

Lesquelles ?

PIERRE

Des victoires sans victimes, sans cadavres et sans blessés...

MADAME EULIN

Alors ça n'est plus des victoires 1

PIERRE

Si.

MADAME EULIN

Et qui donc les remportera?

PIERRE

Nos enfants, les fils des guerriers I... Aussi

mon secret mourra avec moi. D'ailleurs, nous n'aurons pas besoin d'en arriver là, nous n'aurons pas la guerre...

MADAME EULIN

On ne parle que d'elle !

PIERRE

Justement. Jamais elle n'a été plus loin de nous qu'en ce temps où on en délire. Elle n'est plus possible. En dehors des intérêts nationaux, tout, par une juste loi, se retourne contre elle. C'est la recherche systématique et magistrale de la destruction qui l'empêche, c'est rexcessive préparation de la tuerie qui la supprime, et l'explosif perfectionné qui rend l'explosif inutile... Je n'ai plus, avec quelques papiers, déchiffrables pour moi seul, que quatre bombes, de très petit volume, pareilles à celle que j'ai employée.

MADAME BULIN

Et où as-tu cela?

PIERRE

A Vincennes.

MADAME EULIN

Dans ton ancien logement?

PIERRE

Oui, que j'ai gardé pour travailler.

MADAME EULIN

Et tu ne crains pas de laisser ainsi dans une maison inhabitée?...

PIERRE

Que veux-tu qu'il arrive? Qui soupçonnerait que dans cette petite baraque!... Rassure-toi, d'ailleurs, je vais tout enlever, pas plus tard que demain matin.

MADAME EULIN

Je croyais que tu devais rentrer ce soir à Orléans?

Oui, mon colonel m'a dit : « Soyez revenu pour minuit. »

MADAME EULIN

Eh bien?

PIERRE

Mais on sait ce que ça signiGe : miouit, c'est la nuit. Et, comme mon service ne m'appelle pas au quartier avant demain midi et que j'ai des trains toute la matinée à partir de sept heures, j'ai tout mon temps.

MADAME EULIN

Alors?

PIERRE

Je compte aller ce soir coucher à Vincennes, et, demain matin, je regagne Orléans, avec la chose en question.

MADAME EULIN

Et où la mettras-tu à Orléans?

PIERRE

Sous clef, dans ma chambre. A qui veux-tu d'ailleurs que je confie un pareil dép6i?

MADAME BOLix» résolumêni. f

A moi. Donne-le moi.

PIKhM.. ^<iisi.

A loi?

MADAME EULIN

Oui, à moi. Je le garderai.

PIERRE

Mais. . . c'est énorme, ce que tu me proposes ! . . . Tu n'as pas peur que...

MADAME EULIN

Quoi?... {Comprenant.) Ton père, Téternel absent 1 Tu sais bien qu'il est depuis des années aussi loin de mes habitudes et de ma vie qu'un étranger! Si imprudent et si fou que cela te paraisse, nulle part tu ne trouveras plus de sécurité qu'ici, val...

PIERRE, hésitant.

C'est vrai... et cependant...

MADAME EULIN, pevsuasive, qui se rapproche.

Ecoute-moi. Ton père ne doit pas rentrer avant demain soir. {Hochement de tête de Pierre.) Il me l'a dit.

PIERRE

A moins qu'il ne change d'avis.

MADAME EULIN

Jamais ça ne lui est arrivé. Eh bien, tu vas dîner et coucher ici. (Geste de Pierre.) Laissemoi finir, et demain matin, à la première heure, je t'accompagne à Vincennes.

PIERRE

Toi!

MADAME EULIN

Sans doute. Tu fds le paquet. Tu me K donnes, et je l'emporte!... pendant que tu t'en vas, de ton côté, prendre le train pour Orléans.

PIBERB

Mais...

MADAME BULIN

Ne dis pas non, je t'en prie. Gela nous permet de passer la soirée ensemble, et, après, je serai plus tranquille, une fois tout arrange ainsi.

PIERRE

Eh bien, si tu veux. Je reste.

Ils se sont, sur ces derniers mots, sans intention marquée, avancés tous les deux vers la fenêtre, contre laquelle Us sont à m instant.

MADAME EULiN, embrassaut son fils avec brusquerie.

Je suis contente. {Mais elle a soulevé le rideau en regardant au dehors. Elle recule,) Ton père I

PIERRE

Où?

Là. (Ils regardent tous deux par la fente du rideau.) De l'autre côté de l'avenue, en face... à soixante pas... arrêté, sur le trottoir, avec Girard. Ils causent.

PIERRE

Oui. Avec application.

MADAME EULIN, très Contrariée, S'il allait rentrer?

PIERRE, évasif.

Peut-être pas.

MADAME EULIN

Si, je me rappelle. Il est parti, les mains vides, sans avoir le petit sac de voyage qu'il a coutume d'emporter quand il s'absente. Il va

sûrement remonter pour le chercher. Il te croit déjà en route. Il va te voir. Qu'est-ce qu'il va dire?

Rien. Quoi de plus n.uuici i .Nuuh avons causé.

MADAMB BULIN

Bien longuement.

PIERRE

Tu m'a.>, lu la lettre de Jacques... Et [»ui>, quel mal y a-t-il à ce qu'il nous trouve ensemble? Je ne m'explique pas ton émoi!

\lAliAMK Kri.IN

C'est que j ai |icui '.

PIERRE

De quoi?

M^HAME BUI'v

Qu'il ne se ravise et reste co »uir. Aiur>, r<i.i renverserait notre projet d'aller là-bas... tous les deux, demain matin.

PIERRE

Que veux-tu? J'irai seul.

MADAME EULiN, tvès eunuyée.

Oui... {Prenant son parti, soudain.) En tout cas, moi, je sors avant qu'il arrive.

Elle s apprête aussitôt et met son chapeau.

PIERRE

Quelle idée? Pourquoi?

MADAME EULIN

Il s'apercevrait que j'ai pleuré.

PIERRE

Il va te rencontrer dans l'escalier, ou te voir sortir de la maison.

MADAME EULIN

Ce n'est pas sûr. Et puis, quand même, ça vaut mieux.

Gomme tu voudras. Je t'accompagne.

MADAME EULIN

Ah! non. Toi, altends-le. Échange deux mots avec lui, mais rien que deux mots I Jure-moi,

sur ma tête, de ne rien dire aujourd'hui qui puisse amener entre vous...

PIBRRB

Je te le promets. Après?

MADAME BULIN

Quitte-le vite, en disant qu'il faut que tu prennes ton train, que tu n'as que le temps... Et viens me rejoindre.

PIBRRB Où?

MADAME BULIN

A côté. A l'église Saint-François-Xavier.

PIBRRB

Entendu. {Regardant la fenêtre.) Mais il n'y est plus, il est parti.

MADAME EU LIN, qut a frété r oreille à tm bna't ', connu dette, bas.

Le voilai

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