LE MÉDECLN, LE GARDIEN
La porte est ouverte brusquement.
Li COMMISSAIRE, costunu de eomveniiatmel en mission, empanaché, gants noirs, habit croisé, la large ceinture,
Ck)mini8saire des prisons.
LA DU iARRT
Que me voulez-vous, monsieur?
Ll COMMISSAIRE, rectifiant.
Citoyen.
LA DU BARRY
Excusez-moi. C'est un mot qui ne m'est pas facile.
LE COMMISSAIRE
Moins que celui de roi. Il faut pourtant t'y plier, car aujourd'hui, citoyen, c'est le roi des mots.
LA DU BARRY
Le tyran. Enfin, je tâcherai...
LE COMMISSAIRE
C'est bien. Et pas de vous. Tu I
Parle donc.
LE COMMISSAIRE
Malgré les crimes qui pèsent sur toi, pour avoir été d'abord la complice et l'instrument du libertinage des despotes et ensuite l'agent des conspirations des nobles et des prêtres contre la République française, malgré tant d'opprobre, la Convention (// retire et remet son chapeau,) juste et magnanime, m'envoie pour savoir de toi si tu as quelque chose à observer sur la
façon dont tu es ici traitée, les soins qui te sont fournis, et comment tu te trouves, par rapport à l'humanité?...
LA nr 1 \ 1. 1, V
Très bien. Je n'ai aucune plainte ou grief formuler.
LE COMMISSAIRE
Écris, citoyen greffier, que la citoyenne Jeanne Vaubernier, femme du Barry, séparée i de droit, âgée de... I
LA DU BARRY
Quarante-deux ans.
LE COMMISSAIRE
Mets cinquante,... née à Vaucouleurs, Lorraine, ci-devant courtisane du prédécesseur de Gapei, déclare aujourd'hui, H octobre 1793, qu'elle n'a rien à observer contre le régime auquel elle est soumise et qu'elle en est pleinement satisfaite.
Pleinement... Enfin, laisse le moi.
LE COMMISSAIRE
Tu n'as pas de fièvre?
LA DU BARRY
Aucune.
LE COMMISSAIRE
Tu dors?
LA DU BARRY
Peu, mais bien.
LE COMMISSAIRE
On prétend que tu tousses I
LA DU BARRY
Pas du tout. Je n'ai jamais eu de rhume et personne ne tient le froid mieux que moi.
LE COMMISSAIRE
Enfin, si tu as quelquefois besoin des secours de l'art, le citoyen Gommier, médecin de nos prisons (// le désigne.) est là, qui y pourvoira. Mais je vois, en effet, aux trésors qui te restent, ainsi qu'aux dépouilles du peuple dont tu t'enrichis et te couvres, je vois que tu ne mérites aucune pitié. Signe le procès-verbal.
LA DU BARRY, qut siçne.
Voilà.
LE COMMISSAIRE
Ton écriture est calme, et parfaitemr^ni lisible.
LA DU BARRY
C'est que je suis innocente et que je n'ai pa peur.
LE C0MMIS8AIRS
Fouquier te répondra. (// fait signe ait autres.) Tu n'as plus rien à dire?
I A If BARRY
Remercie la Convention. 1
LE COMMISSAIRE
Oui. {Apercevant alors les trois femmes,) F* qui sont celles-là? Des femmes à ton Mmcc
Non.
LB GARDIEN
Ce sont des détenues, de la galerie Marai. citoyen, des pailleuses, qui étaient venues on instant.
LE COMMISSAIRE
Oui, pour se prosterner ! Tu continues à tenir ta cour... il te faut de l'hommage... et des postures... et de l'encens... Dehors! Qu'on les remmène I Dehors !
LE GARDIEN
Allez!...
LE COMMISSAIRE
Et que la citoyenne reste seule. Pas de visites ! Absolument seule... Toute seule ! A la niche, la chienne du Roi !
LA DU BARRY
Monsieur !
Le gardien ouvre la porte et fait sortir les trois femmes. Par la porte ouverte ^ alors ^ écartant les femmes^ entre un homme sordidement vêtu, un être hideux j repoussant.