ROSI
fit surtout le matin.
LA DU BARRY
Ce n'est pas vrai. Je suis joyeuse, ou du moins je m'y applique... Et j'y arrive quelquefois ! . . .
MADAME BIGNON
Quoi? Quand vous vous éveillez et que vous voyez ces murailles, ces barreaux de fer, ces verrous...
LA DU BARRY
Je ne les vois pas.
MADAME BIGNON
Comment faites-vous?
Je regarde ailleurs.
MADAME BIGNON
Où donc?
LA DU BARRY
Dans mon passé.
MADAME BIGNON Ahl
2iO LA CHIENNE DO ROI
Oui...
ANNBTTB
Quand... vous étiez...
LA DU BABRY
Juslemenl...
MADAME BIGNON
Je comprends...
LA DU BABBT
Dès que j ouvre les yeux, j'oublie où je sui?. j'oublie le grabat, le soupirail, le torchon d' ciel gris, ces murs suant de crasse et de salpétT' entre lesquels, depuis près de cent ans, ont traîné toutes les Manon, avant de se hisser, sous le fouet des sergents, dans la voiture i\ foin, et d'être jetées au fond des bateaux en partance pour Mississipi... Pauvres, pauvres petites!...
MADAMB BIONON
Elles ont écrit leur nom sur la pierre.
Kt il y a des arielten.
ANNETTE
Des devises.
MADAME BIGNON
Des dessins I
LA DU BARRY
Tout ça m'est égal... Savez-vous, tenez, à la minute même, ce que je vois, moi?
MADAME BIGNON
Non.
LA DU BARRY
Un parc embaumé.
ANNETTE
Quelle odeur!
Elle porte son mouchoir à ses narines, pour montrer que l'odeur est infecte.
Des arbres de roses... les plumets d'argent des jets d'eau... et, au fond, un pavillon carré, avec cinq fenêtres, sur tous les côtés.
ROSE
G est Louveciennes I
Si 2 LA CHIENNE DU HOI
ANNBTTB
C'est Louveciennes...
LA DU BARRT
Par un péristyle de quatre colonnes, au fronton duquel se déroule une bacchanale d'enfants, j'entre, et les glaces satisfaites me renvoient mon image...
MADAME BIGNON
Pas comme vous êtes en ce moment?
LA DU BABBT
Non... Les bras nus, en déshabillé d Angleterre, assise devant mon déjeuner de Sèvres à personnages chinois.
Le gardien ouvre la porte en disofU : t. La soupe. » // pose à côté, par terre, urne cruche deau, et un gros pain sur la table. Et puis il sort»
ANNBTTB
Et après?
BOSB
La suite!
MADAME BIGNON
Racontez vos matinées...
ANNETTE
Comment ça se passait?
LA DU BARRY
Bien simplement. Après mes toilettes, c'étaient les « entrées ».
MADAME BIGNON
Il y en avait beaucoup?
LA DU BARRY
Non. Six.
MADAME BIGNON
Dites lesquelles, madame? Oh! dites...
ANNETTE
Oui, vous êtes bonne?
ROSE
On s'amuse I
LA DU BARRY
Gentilles! Eh bien, il y avait d'abord celle
des joailliers de la couronne, me présentant, comme des plats ou des coquilles ouvertes, les écrins de galuchat et de cuir fleurdelisés, sur la peau desquels reposaient les perles...
TOUTBS
Ohl
LA DU BARRT
...les rubis, les saphirs...
TOUTES
Ohl
LA DU BARRY
...les grands corps en diamants, moDlés à jour, avec les épaulettes, les quatre tailles elles nœuds de cheveux...
TOUTES
Seigneur I Seigneur !
LA DU BARRT
Après, l'entrée des couturières, avec les dentelles, les soies, les velours et les goargooraods qui ramonaient les parquets.
TOUTES
Oh!
Elles j oignent Ut maimi.
MADAME BIGNON
Les gourgourands?
LA DU BARRY
Après, celle des coiffeurs Nokelle et Berline, le premier pour les spectacles et le second pour l'ordinaire.
LE GARDIEN, entv ouvvant la povte .
Y a le perruquier de semaine qui fait la tournée... Tu n'as pas besoin?
LA DU BARRY
Non, merci. Après, celle du parfumeur, Vigier.
MADAME BIGNON
Je le connais!
LA DU BARRY
Les poches de ses habits pleines de petits pots de nacre et de carmin. Et puis, l'entrée des courtisans, et puis celle des familiers. . . et puis. . .
MADAME BIGNON
Et puis?
LA DU BARRT
La dernière, celle qui chasse et balaie toutes les autres... le Roi!
LES FEMMES, joignant les mains. Le Roi I