‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 11 sur 51 · JEAN DE BRÉBEUF · texte numérisé non relu

JEAN DE BRÉBEUF

les mains de rennemi. Comme bien d'autres, il aurait pu par la fuite éviter une mort certaine. ** Mon poste, disait-il, c'est d'être avec vous au moment du danger. Mon bras ne servira pas à vous défendre, mais les chrétiens ont besoin d'autres secours. H leur faut les consolations de la foi. Je soutiendrai votre courage, et si vous mourez, je vous aiderai à mériter le ciel." Le Père de Brébeuf et le Père Gabriel Lalemant furent pris, comme ils devaient s'y attendre, et conduits dans le camp des vainqueurs, pour y souffrir la mort la plus cruelle.

Aussitôt que les feux furent allumés, le supplice commença. Le premier qui entra en scène fut le Père de Brébeuf, celui que les Iroquois désignaient sous le nom de grand chef des Français. Son supplice dura trois heures, mais ce furent trois heures terribles que la plume est presque impuissante à décrire. Après avoir meurtri tout son corps de coups de bâtons, ils lui enfoncèrent des alênes aiguës et des pointes de fer partout où ils leur prenaient fantaisie ; ils appliquaient sous les aisselles et aux reins des haches rouges ; ils lui en firent même un collier autour du cou. Ils lui mirent une ceinture d'écorce enduite de résine et de gomme en feu. Par dérision du baptême, ces barbares versèrent sur sa tête de l'eau bouillante en disant: **Nous te baptisons, afin que tu sois bienheureux dans le ciel, car sans un bon baptême on ne peut être sauvé. " C'étaient des Hurons infidèles, captifs des Iroquois, qui tenaient un pareil langage digne de leur impiété.

Les Iroquois avaient attaché le Père de Brébeuf à un poteau pour lui infliger des tourments inénarrables. Pendant ce temps-là, le Père ne donna pas le moindre signe de souffrance. Les yeux levés vers le ciel, il invoquait Dieu par de courtes invocations, le suppliant de lui donner la force de boire le calice jusqu'à la lie. Il priait même

pour ceux qui le tourmentaient. Notre-Seigneur avait beaucoup souflFert, lui aussi, avant d'exhaler son dernier soupir sur le gibet infâme. Ou lui avait craché à la figure, on Pavait flagellé; on lui avait posé une couronne d'épines sur la tête. Le Père repassa dans sa mémoire cette longue et pénible ascension au calvaire. D était plongé lui-même dans cette mer de douleurs. Son corps n'était plus qu'une plaie hideuse. Acharnés sur leur victime, assoiffés de sang, les bourreaux se jetèrent sur son corps, lui enlevant des morceaux de chair avec leurs couteaux mal aiguisés, lui coupant la langue, les pieds. Enfin, pour mettre le comble à leurs cruautés, ces féroces Iroquois ouvrirent la poitrine du Père mourant, et en arrachèrent le cœur pour s'en repaître comme d'un mets délicat.

Tel fut le martyre de ce Jésuite qui n'avait fait de mal à personne au monde et dont la doctrine pouvait se résumer dans l'amour de Dieu et du prochain.

Le Père de Brébeuf était âgé de cinquante six ans. H en avait consacré seize au service des Hurons, travaillant sans relâche à les convertir, ou du moins à les amener sur le chemin de la civilisation chrétienne. Sa mort coïncida avec la dispersion des Hurons, qui fut aussi le commencement de leur dépopulation. Ils conservèrent longtemps la mémoire des premiers missionaires jésuites martyrisés chez eux, et surtout du Père de Brébeuf qu'ils avaient mieux connu et partant mieux apprécié. Le petit groupe qui vint demeurer à Québec, apporta le crâne du vénérable martyr et le déposa au collège des Jésuites. Quand ceux-ci virent, plus tard, que leur Ordre allait s'éteindre en Canada, ils confièrent ce pieux trésor aux religieuses de l'Hôtel-Dieu de Québec. La famille de Brébeuf avait envoyé un riche reliquaire pour renfermer ce chef précieux. C'est le même que l'on peut voir

JEAN DE BRÊBEUF 31

-aujourd'hui, parfaitement intact: il consiste dans un T>uste d'argent, reposant sur un socle d'ébène de forme octogonale.

En 1653, Tarchevêque de Rouen fit ordonner uneen- -quête sur les vertus et la mort des missionnaires jésuites tombés sous les coups des sauvages. Il va sans dire que le nom du Père de Brébeuf occupait un rang d'honneur dans cette nomenclature des martyrs. Nous constatons dans ces mémoires que Dieu fit bientôt éclater sa grande réputation de vertu par des faveurs dues à son intercession. Un jour, la Mère Catherine de Saint- Augustin, religieuse hospitalière dont nous raconterons bientôt la vie, aperçut le Père de Brébeuf portant* sur sa tête une couronne, dans sa main droite la palme du martyre ; sa main gauche montrait une colombe reposant sur soja cœur. La sœur fut vivement impressionnée de cette vision, qui lui fit comprendre que le vertueux Jésuite pour lequel elle avait une vénération particulière, avait -atteint les hauteurs du céleste empyrée.

Page 1