‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 10 sur 51 · JEAN DE BREBEUF · texte numérisé non relu

JEAN DE BREBEUF

JÉSUITE

^^ EAN DE BRÉBEUF naquit à Condé-sur-Vire, le 25 mars 1593, de parents nobles dont les armes étaient : d argent au bœuf effarouché de sable accomé <ïor.

Nous ne connaissons rien de ses premières années. À vingt-quatre ans il entrait au noviciat des Jésuites à Rouen. Il y fut, de 1619 à 1621, professeur de sixième et de cinquième. Il ftit ordonné le 25 mars 1623, à Tâge de trente ans. Se sentant attiré vers le Canada, il sollicita de ses supérieurs la permission de prendre part aux travaux auxquels plusieurs de ses confrères venaient d'être appelés. C'était en 1625. Le Père de Brébeuf partit donc avec le premier détachement de Jésuites appelés au vsecours des Récollets qui, depuis dix ans, s'étaient dépensés aux missions sauvages de la Nouvelle-France, sans suffire complètement à la tâche. Ses compagnons s'appelaient le Père Charles Lalemant et le Père Enemond Massé. Le Père de Brébeuf était le plus jeune des trois, mais il n'en était ni le moins actif ni le moins zélé. À une grande maturité d'esprit il joignait la prudence qui rendait ses conseils et ses décisions encore plus acceptables. Son énergie et sa patience, inutile de les mentionner. **0n me brisera, disait-il^

plutôt que de me faire violer une de mes règles; je stiis un vrai bœuf, et je suis né pour le travail." Parkman a tracé son portrait en deux mots : " Sa taille, sa force, ses traits semblaient préparés par la nature pour en faire un soldat, mais les exercices spirituels répétés lui

ont donné le cachet d'un homme de Dieu H avait tme

trempe d'acier, son caractère était résolu et énergique, mais assoupli et réglé par la religion."

Le Père de Brébeuf séjourna d'abord au milieu des Montagnais. Ce fut le commencement de cette vie de souflFrances et de sacrifices de toute nature, dont ce bon religieux semble avoir eu plus que sa part.

En 1626, il partit pour le pays des Hurons où il devait rester jusqu'en 1629, époque à laquelle il retourna en France avec tous les missionnaires que la prise de Québec, par les frères Kertk, avait forcés de quitter la colonie. Le Père de Brébeuf se trouva chez lui au sein de ces peuplades qui s'attachèrent bientôt à lui, mais plus à sa personne d'abord qu'aux doctrines évangéliques qu'il s'eflForçait de graver dans leurs esprits.

De retour au pays en 1633,1e Père de Brébeuf ne put courir chez les Hurons que l'année suivante. Son suprême désir était d'opérer la conversion de cette tribu. H connaissait déjà leur langue, et il avait le feu sacré. SouflFrir toutes les incommodités de la vie sauvage, n'était pour lui qu'un jeu d'enfant. Que de travaux pénibles au début ? Quelle constance il lui fallait déployer pour arriver au cœur de ses barbares que le démon tenait dans ses griffes avec plus de ténacité que jamais ? Que de croyances superstitieuses à vaincre ? Mais rien n'arrête le brave missionnaire dans son apostolat sacré. Il soigne les malades et les console : il baptise les adultes mourants et les enfants des parents chrétiens. H court d'une bourgade à l'autre pour distribuer les

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secours temporels et spirituels à ceux qui les demandent et même à ceux qui s'y refusent. Bref, c'est Tapôtre dans toute l'acception du terme, l'apôtre courant au martyre avec une détermination incroyable.

** Jêsus-Christ est la vraie grandeur du missionnaire ; c'est lui seul, écrivait-il, et sa croix, que vous devez chercher en courant après ces peuples. Avec Jésus vous aurez trouvé les roses dans les épines, la douceur dans l'amertume et le tout dans le néant."

Le Père Brébeuf était tellement imbu de l'idée du martyre, qu'il s'en nourrissait sans cesse ; il en fit même le vœu par une consécration à la mort comme victime expiatrice des péchés du monde. ** Oui, disait-il souvent, je fais vœu de ne jamais manquera la grâce du martyre, si par votre infinie miséricorde, mon Sauveur JÉsus^ vous me le présentez quelque jour, à moi, votre indigne serviteur. Je m'y oblige en telle façon, que je prétends que tout le reste de ma vie, ce ne me soit plus une chose licite, qui demeure en ma liberté, de fuir les occasionsde mourir et de répandre mon sang pour vous. N'était que dans quelque rencontre je jugeasse pour lors, qu^il fût des intérêts de votre gloire de m'y comporter autrement "

Le démon, qui savait bien que ce religieux détruirait sa puissance au milieu des Hurons, se déchaîna contre lui et mit en campagne ses suppôts les plus redoutables. Les jongleurs ou sorciers inventèrent mille moyens de perdre le Père de Brébeuf ou Echon, comme l'appelaient les Hurons, dans l'esprit public. Si quelque malheur arrivait, une maladie pestilentielle, une guerre^ une famine, on accusait Echon d'en être la cause. Son nom servait d'épou vantail aux enfants et aux malades. Le Père était obligé de réfuter ces calomnies ridicules, et les sauvages l'auraient mis à mort, s'il n'eût eu à sa

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portée des ressources extraordinaires d'imagination et les secours d'en haut. En plusieurs circonstances il opéra des choses merveilleuses qui arrêtèrent le bras des assassins.

L'on rapporte que le Père de Brébeuf eut souvent des apparitions de la sainte Vierge, de Notre-Seigneur, de saint Joseph et d'autres saints. Sa profonde humilité ne lui permettait pas de rendre publiques ces faveurs signalées, que, du reste, il ne recherchait en aucune façon. H se donnait la discipline jusqu'à deux fois par jour, il jeûnait fréquemment, portait le cilice, la ceinture à pointes aiguës. Le premier levé pour allumer son feu et faire sa cuisine, le dernier au lit pour prendre un peu de repos. Et quel lit? quelques branches de sapin et un morceau de bois pour oreiller. Dans 'ses courses d'une nation à l'autre, il trouvait moyen de manier la rame pendant des journées entières sans jamais laisser apercevoir la moindre fatigue. *^Je suis un bœuf, disait-il, et ne suis propre qu'à porter la charge."

L'on peut donc dire que la vie du Père de Brébeuf ne fut qu'une longue suite de croix et de souflFrances. Jamais il ne se plaignit ; bien au contraire, il bénissait la main de celui qui le frappait. Plus il avait à endurer, plus il était content de son sort. Sa figure toujours réjouie laissait voir la sérénité de sa conscience, et la douceur de ses manières lui attirait d'invincibles sympathies. ^* Depuis douze ans que je l'ai connu, écrivait l'un de ses confrères, que je l'ai vu supérieur, inférieur, égal à tout le monde, tantôt dans les affaires temporelles, tantôt dans les travaux et les fatigues des missions, agissant avec les sauvages chrétiens, infidèles, ennemis, dans les soufirances, dans les persécutions et calomnies, jamais je l'ai vu en colère, ou même dans l'apparence de quelque indignation. Souvent même quelques-uns ont voulu

le piquer et le surprendre dans les choses qu'ils croyaient lui devoir être plus sensibles, mais toujours son œil était bénin, ses paroles dans la douceur, et son cœur dans le calme. Aussi Notre-Seigneur lui avait donné nommément cette grâce."

En 1640, le Père de Brébeufcourutévangéliser la Nation Neutre avec le Père Chaumonot. Après avoir déployé toute Tardeur dé son zèle au milieu de ces barbares, il descendit à Québec en 1641 et y demeura jusqu' en 1644. H retourna alors chez les Hurons pour ne plus les quitter qu*à sa mort. Ce3 dernières années ne furent pas moins précieuses aux yeux de Dieu. Il mit tout en œuvre pour opérer la conversion de son peuple privilégié dont il était devenu Tami et le conseiller. Les conversions se multiplièrent, et le Père pouvait déjà prévoir le jour où la nation entière embrasserait le catholicisme. Mais il fallait pour cela qu'elle passât par le creuset des plus terribles épreuves. Les Iroquois, toujours redoutatables et redoutés, avaient résolu de détruire les Hurons, et de mettre à cette besogne toute Tardeur de leur caractère belliqueux. Ils prirent un jour la hache de guerre et envahirent le pays que le Père de Brébeuf avait arrosé de tant de sueurs. L'heure allait sonner où il le fertiliserait de son sang précieux. Sanguismartyrumsemen cbristianoruniy le sang des martyrs fait germer le christianisme partout où il coule.

Inutile de raconter par le menu tous les incidents de cette invasion en bloc des guerriers iroquois, qui fondirent sur leur proie, comme autrefois les barbares envahirent l'Europe, n'ayant, pour ainsi dire, qu'à se montrer pour chasser les nations qu'ils poursuivaient. Les Hurons, quoique assez valeureux, ne purent résister à ces tribus redoutables, et le Père de Brébeuf, resté le dernier sur le champ de bataille, devait tomber fatalement entre

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