LE VÉN. MONSEIGNEUR DE LAVAL
la pénitence. H portait un ciliée, il mangeait peu, il jeûnait tous les matins. Au séminaire, où il résidait dans une pauvre petite chambre, il était le premierdebout, comme il était le dernier à se coucher. Sa première visite était pour sa cathédrale ; il s'assurait que tout y fût tenu en bon ordre, visitant jusqu'aux bénitiers. Il travaillait tout le jour sans aucune relâche, ne ^e servant que d'une chaise des moins confortables. Là il recevait les visiteurs, entre autres les membres de son clergé pour lequel il avait une affection particulière. Les plus pauvrement vêtus recevaient de leur évêque le plus bel accueil, tant il aimait que la noble vertu de mortification se répandit dans son diocèse. Son exemple devait produire d'heureux résultats, et l'on se plaît à rappeler que le clergé canadien, du temps de Mgr de Laval, était l'image fidèle du clergé de la primitive Eglise. Cet esprit de pauvreté et de mortification fut poussé si loin, qu'au dire de M. Bertrand de la Tour, ancien curé de Québec et contemporain du vénérable prélat, il fut longtemps question de savoir s'il ne serait pas plus conforme aux vues de la Providence de ne posséder aucun bien. De là cette règle, qui a prévalu pendant de longues années, de tout confier au séminaire pour qu'il fût le seul administrateur des revenus des cures, casuels, etc.
L'humilité de Mgr de Laval ne brillait pas d'un moins vif éclat que sa mortification. ^ Comment aurait-il goûté les honneurs du siècle ? " s'écriait M. de la Colombier e, "dans ce diocèse, qui n'a pas senti et éprouvé l'opposition extraordinah-e qu'il avait aux louanges ? L'a-t-on jamais pu louer impunément? Que n'a-t-il pas fait, que n'a-t-il pas dit pour rompre les desseins qu'on avait de rendre quelque hommage à sa vertu ? Si je n'étais rasjsurépar le Saint-Esprit qui loue les justes quand ils sont
hors de danger de cesser de Têtre, et qui, par Tordre de Téglise, m'ouvre la bouche pour adoucir la douleur de tant d'enfants qui ont perdu leur père, je craindrais que le corps de ce prélat, qui est déposé devant cet autel, ne se ranimât et que sa langue ne reprît Tusage de la parole pour me faire des plaintes amères de ce que je fais aprèssa mort ce qu'il n'a pu souffrir durant sa vie."
Mgr de Laval abhorrait le péché comme le pire de tous les maux; il se tenait même en gare contre les moindres défauts. Aussi se confessait-il tous les jours avant de dire la messe. H exerçait la plus grande vigilance sur ses paroles et sur ses actes. Sa grande piété l'aidait puissamment à éviter même les plus légères imperfections. Ceux qui l'ont connu et suivi de près, ont écrit qu'il était impossible d'exprimer la ferveur de ses prières, la multiplicité de ses oraisons jaculatoires. Quand il entrait en oraison, les yeux et les mains levés vers le ciel, il était impossible de ne pas s'apercevoir que son eœur était tout embrasé des ardeurs de l'amour divin. Les assistants ne pouvaient retenir leurs larmes, et tous se sentaient portés à aimer Dieu davantage.. Le prélat priait souvent et longuement, même durant la nuit, sans tenir aucun compte de la maladie ou des souffrances qui accablèrent son corps à la suite de sescourses multipliées à travers son diocèse, par les froids les plus rigoureux et au milieu de privations de tous genres.
Mgr de Montmorency-Laval était arrivé à Québec vers le milieu de juin 1659, Québec existait depuis cinquante ans, et durant cette phase de notre histoire, si bien appelée la période héroïque, les jésuites avaient pourvu seuls, depuis 1632, aux besoins spirituels de la colonie. H fallait ([ue cet état de choses vînt tôt ou tard à changer; les Jésuites eux-mêmes désiraient la présence