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STATUE DE MARQUETTE

(Par Trbntanoyb) Placée au Capltole de Washington

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JÉSUITE

L n'existe pas aujourd'hui sur le continent américain de nom plus populaire, plus estimé que celui duf jésuite^'Jacques Marquette. Sa renommée s'éterd, depuis les grands lacs qu'il a parcourus et où il est mort, jusqu'à Washington et à 4aî Nouvelle-Orléans. Pourtant il n'avait pas rechercha la gloire, cet humble disciple de Loyola. Simple prêtre dans la grande et noble armée des missionnaires que la France prêtait ou donnait à sa colonie peuplée de hordes sauvages. Marquette vivait bien modestement dans sa mission de Saint- Ignace de Michillimakinac, où il faisait beaucoup de bien sans beaucoup de bruit, lorsqu'il reçut du gouverneur Frontenac la demande de joindre ses efforts et ses connaissances géographiques au courage et à l'énergie de Louis JoUiet, pour parvenir à la connaissance de cette rivière immense dont on n'avait pu atteindre les rivages. Jacques Marquette était, à cette époque, âgé de trente-six ans. Malgré la faiblesse de sa complexion, il n'hésita pas un instant à obtempérer au désir du gouverneur de la Nouvelle-France. Pour lui, il y avait plus que la découverte d'un fleuve: *^ce que je désire, écrivait -il à son supérieur, le P. Dablon, c'est aller chercher vers la mer du sud de nouvelles nations, et qui nous sont

inconnues, pour leur faire connaître notre grand Dieu qu^elles ont jusqu^à présent ignoré."

JoUiet, Marquette et cinq autres Français partirent, le 17 mai 1673,deMichillimakinac, et le 15 juin ils apercevaient la fameuse rivière que les sauvages appelaient Mississipi, c'est-à-dire la grande rivière, nom qui lui est resté après avoir porté ceux de Buade et de Colbert. Nos voyageurs descendirent le fleuvejusqu'à une distance d'environ cinquante lieues tie son embouchure. Puis, rebroussant chemin, ils arrivèrent à la baie des Puants à la fin de novembre. Partout sur leur route ils avaient fait la rencontre de sauvages* au naturel assez doux, hospitaliers. Le Père Marquette remarqua surtout les niinois, chez qui il crut reconnaître plus de dispositions à recevoir la bonne nouvelle. Ces peuples, en effet, étaient d'une docilité particulière, qui leur fit accepter d'emblée les enseignements de la foi catholique.

Aussi, dès l'année suivante, le Père Marquette obtint de ses supérieurs la permission d'aller fonder une église au milieu de la nation illinoise. Il partit de la baie des Puants au mois de novembre 1674, avec deux Français <3e ses meilleurs amis, bien détemyné à jeter en terre une semence que d'autres seraient appelés à faire germer et mûrir. Car le brave Jésuite se sentait déjà atteint fatalement. La maladie l'arrêta en chemin, et les voyageurs durent passer trois mois de privations et de misères de toute nature, en attendant que le missionnaire eût pris assez de force pour aller plus loin. Enfin, le 29 mars, l'on put continuer et atteindre le bourg des Illinois. Le Père y fut reçu comme un envoyé du ciel. Après avoir conversé avec les anciens, il convoqua toute la tribu à une assemblée générale, en rase campagne, afin de pouvoir parler publiquement à tous. L'auditoire «e vit bientôt composé de plus de deux mille sauvages

assis en rond sur des nattes et des peaux d*ours. Le Père leur expliqua les principaux mystères de notre reli- ^on ; puis il leur prêcha Jésus crucifié ; et il termina la •cérémonie par la célébration de la messe. Trois jours après, qui se trouvait le jour de Pâques, il célébra de nouveau le saint sacrifice, et il donna à cette mission le nom de la Conception Immaculée de Marie.

L'impression que laissa le Père Marquette au milieu

des Hlinois fut des plus heureuses. Ces pauvres Indiens

ne savaient comment lui exprimer leur bonheur et leur

admiration. Aussi ne le laissèrent-ils s'en aller qu'avec

le plus grand regret. Il fallut leur promettre de revenir

aussitôt que sa santé lui permettrait un nouveau

voyage. Mais la Providence avait décrété autrement.

Le missionnaire put arriver péniblement jusqu'au lac

fdes minois (Michigan) et là, à bout de forces, il avertit

'^es compagnons que sa dernière heure approchait. Il

leur marqua le lieu où il voulait être enterré, la manière

fdont il voulait être enseveli, et la marque qu'il fallait

mettre pour reconnaître l'endroit oà ses restes seraient

déposés. Ses compagnons construisirent une cabane

•d'écorce, et ils le couchèrent les yeux tournés vers le lac.

Il voulait, disait-il, mourir comme saint François

Xavier, qu'il avait choisi comme modèle de sa vie et de

sa mort. Dans sa vie, il l'avait imité non seulement

par la diversité des langues qu'il avait apprises, entre

autres l'algonquine, la huronne et l'illinoise, mais aussi

par l'étendue de son zèle, qui l'avait poussé jusqu'à ce

Far West où jamais le nom de Jêsus-Christ n'avait été

prononcé. Enfin le vertueux missionnaire rendit sa belle

âme à Dieu le 18 mai 1675, sur les bords d'une petite

rivière qui porte aujourd'hui son nom.

** Nous aurions bien des choses à dire des vertus de ce généreux missionnaire, lisons-nous dans la Relation vde 1673-1678 ; de son zèle qui lui a fait porter la foi si

loin et annoncer Tévangile à tant de peuples qui nous étaient inconnus ; de sa douceur qui le rendait aimable à tout le monde, et qui le faisait tout à tous, Français avec les Français, Huron avec les Hurons, Algonquin avec les Algonquins ; de sa candeur d'enfant pour se découvrir à ses supérieurs et même à toute sorte de personnes avec une ingénuité qui gagnait tous les cœurs : de sa chasteté angélique, de son union continuelle avec Dieu. Mais celle qui a prédominé, était une dévotion tout à fait rare et singulière à la sainte Vierge, et particulièrement envers le mystère de Tlmmaculée Conception. Il y avait plaisir de Tentendre parler ou prêcher sur cette matière; toutes ses conversations et ses lettres avaient quelque chose de la sainte Vierge Immaculée, c'est ainsi qu'il la nommait toujours. Il a jeûné depuis l'âge de neuf ans tous les samedis, et, dès sa plus tendre jeunesse, il a commencé à dire tous, les jours le petit office de la Conception, inspirant cette dévotion à tout le monde. Quelques mois avant sa mort, il disait tous les jours avec ses deux hommes une petite couronne de l'Immaculée Conception qu'il avait inventée. Il n'a jamais manqué de dire la messe de la Conception, ou du moins l'oraison, quand il l'a pu. Il ne pensait presque à autre chose jour et nuit ; et pour nous laisser une marque étemelle de ses sentiments, il a voulu donner le nom de la Conception à la mission des Illinois. Une si tendre dévotion envers la Mère de Dieu méritait quelque grâce singulière ; aussi lui a-t-elle accordé la faveur qu'il avait toujours demandée de mourir un samedi, et ses deux compagnons ne doutent point qu'elle se soit fait voir à lui à l'heure de la mort, lorsque après avoir prononcé les noms de Jésus et Marie, il haussa tout d'un coup les yeux attachés sur un objet qu'il remarquait avec autant de plaisir et avec:

tine joie qui paraissait sur son visage ; et ils eurent alors cette impression qu41 avait rendu son âme entre les mains de sa bonne Mère. ' '

*'Ainsi se termina dans le silence desforêts la vied'un homme dont le nom retentit aujourd'hui plus souvent dans rhistoire que celui de bien des personnages qui faisaient alors du bruit sur la scène du monde, et qui sont pour jamais oubliés. ' *

Tel est le langage de Thistorien Gameau.

L'honorable M. Washbume, ancien ministre plénipotentiaire des États-Unis à Paris, s'écriait en 1878 : " Cet homme s'est frayé un chemin dans des terres inconnues, au milieu des dangers de toute sorte, à travers des populations sauvages, sans crainte de» privations et des maladies, pour planter le drapeau de la civilisation au nom de cette belle France qu'il aimait tant.'' '

Nous pourrions multiplier des témoignages d'une égale valeur et citer, entre autres, ceux de Park,man, de Jared Sparks, de Bancroft, et d'historiens américains qui ne tarissent pas en élbgçs sur le compte du Père Marquette. Nous détacherions de belles pages àx!e sujet, si le cadre de cette biographie ne nous restreignait â de modestes proportions.

Trois sanctuaires ou lieux de pèlerinage existent dans le Wisconsin, qui semblent tirer leur origine de la dévotion publique au Père Marquette : ces lieux s'appellent Holy Hill, la Chapelle-i/2-Pe/2i/2su7a et Sainte- Marie-ad'Fon tem .

Holy Hiil est considéré comme un des lieux privilégiés des fervents intercesseurs du Père. On s'y rend de tous les coins du pays, et à Cedarburg, comté d'Ozankee, où se dresse la montagne sainte, le religieux jouit d'une T

grande réputation de vertus. La tradition veut que le Père ait fait l'ascension de cette montagne.

La Chapellc'W'Peninsvla est située entre la Baie Verte {Green Bay) et le lac Michigan. L'endroit précis porte le nom de Robinsonville, dans le comté de Brown. Des sœurs franciscaines belges y tiennent un orphelinat et les Pères de Saint-Norbert desservent Téglise. Bien que le Père Marquette fasse sentir sa merveilleuse influence sur les pieux catholiques qui font ce pèlerinage, rien ne prouve qu'il ait foulé de son pied d'apôtre la péninsule en question.

Sainte-Marie-ac?-Fontem, située dans le township Sainte-Marie, comté et diocèse de Green Lake, sur les bords de la rivière Fox, est la plus importante et la plus populaire des trois localités que le Père Marquette semble avoir prises sous sa protection. Princeton est la ville la plus rapprochée de Sainte-Marie : le parcours est d'une demiJieue seulement. Lorsque Mgr Martin Henni, premier évêque du Wisconsin, bénit l'église de Sainte-Marie, en 1861, il n'y avait alors qu'un petit groupe d'habitants autour de la chapelle. Mais le gouvernement de l'État n'ayant pas jugé à propos d,e prolonger la voie ferrée au-delà de Princeton^ ces mêmes habitants ont pris le parti d'aller en ville pour y gagner leur vie. De sorte qu'aujourd'hui Sainte-Marie serait complètement désertée, s'il n'y avait la chapelle et la fontaine qui donnent aux ruines environnantes une apparence moins lamentable. L'eau de la fontaine est réputée merveilleuse par un grand nombre de personnes atteintes de maladie spirituelle ou corporelle. La tradition veut que le Père Marquette l'ait bénie en l'honneur de la sainte Vierge. La chapelle est en briques ; elle n'a pas de clocher, mais une croix sur le pignon de la façade principale. En y entrant le pèlerin aperçoit

une grande et belle statue de Tlmmaculée Conception ; elle sert de couronnement au maître-aùtel. Cette statue a quatre pieds et huit pouces, de même dimension que celle de la cfathédrale de New-York. Dans une des chapelles latérales, Ton remarque un tableau à l^huile qui représente le Père Marquette près de la fontaine, faisant ses adieux à un groupe de sauvages, et leur montrant dans la nuée la Madone et TEnfant-JÉSus.

La chapelle Sainte-Marie-ac?-Fo/2te/22 est un lieu de pèlerinage assez fréquenté. On y a vu jusqu'à quatre cents personnes dans la même journée. Voici dans quel ordre se font ces pèlerinages. Les confessions d'abord, puis la grand'messe, suivie d'un sermon. Enfin la procession se met en marche, la croix et la statue de la Madone eh tête. On se rend ati cimetière en chantant VAve maris Stella y et du cimetière à la fontaine, qui se trouve de l'autre côté de la rivière Fox. La procession se subdivise alors : les uns traversent la rivière sur de petites embarcations, les autres attendent dans la prière et le recueillement que la procession reprenne son cours. Toiis ensemble se dirigent vers la chapelle, où l'on ofiire à la vénération publique une relique précieuse.

Lafbntainea été construite aux frais des catholiques de Philadelphie, de l'Iowa, du Dakota et du Wisconsin. On assure que son eau possède par elle-même, en dehors de toute intervention surnaturelle, une efiicacité indéniable dans certaines maladies. L'on croit aussi qu'elle a une vertu miraculeuse, due à la bénédiction qu'elle a reçue du Père Marquette. Plusieurs cas de guérison extraordinaire seraient inexplicables autrement. Le Pète Charlevoix mentionne cette fontaine pour son eau merveilleuse. Le même religieux, parlant de la réputation de sainteté du missionnaire jésuite, prétend que ** plusieurs de ceux qui se trouvaient en danger sur le lac

Michigan ont assuré qu*ilè se croyaient redevables à rintercession du Père Marquette d'avoir échappé à de très grands périls/*

Au Wisconsin,le P. Marquette est en profonde vénération. On rapporte qu'au mois d'août 1890, la veille de la fête de TAssomption, un citoyen des environs de Sainte-Marie-ac?-Po23te/n, s'en revenant de son ouvrage, aperçut dans la direction de la chapelle, au-dessus de la rivière Fox, la Madone avec l'Enfant-JÉsus dans ses bras, entourée d'un nuage lummeux. A la vue de ce phénomène étrange, l'homme tomba à genoux et pria jusqu'à ce que la vision s'évanouit. Ce citoyen jouit, d'une excellente réputation: on le dit très honnête et pieux. C'est un vieillard parfaitement connu là-bas pour son intégrité et sa parfaite véracité. Son nom n'a été révélé qu'à deux prêtres et une religieuse, et nous tenons ce fait de l'un des deux prêtres.

Que cette apparition soit vraie ou fausse, il nous est permis de croire que l'atmosphère de Sainte-Marie est imprégnée de merveilleux. Comment expUquer les témoignages des personnes guéries au cours d'-un pèlerinage, des protestants convertis sur place, des brebis égarées revenues au bercail? Comment expliquer ce courant d'idées à la gloire d'un humble missionnaire disparu depuis deux siècles et quart? Des villes, des rivières, des comtés portent son nom, de par l'autorité de gens rempUs de préjugés contre les catholiques. Des fêtes sont instituées en son honneur, dans le Michigan, le Wisconsin, l'Illinois et l'Indiana. Son portrait en grand orne des salles publiques àChicago, àMilwaukee, et à Saint-Louis. Sa statue décore les places publiques dans plusieurs villes américaines, et même le Capitole de Washington a vu récemment ouvrir ses portes aune statue de l'illustre découvreur du Mississipi, de l'apôtre

des sauvages occidentaux, du saint jésuite que les historiens protestants comme catholiques, ont rendu populaire dans toute l'Amérique du Nord. Rendons hommage au patriotisme éclairé et à la reconnaissance de ceux qui ont pris part à ce mouvement, tout à Phonneur du Père Marquette. Une nation qui travaille à la glorification de ses enfants ou de ses bienfaiteurs, se grandit aux yeux des autres peuples.

• Nous, Canadiens-Français, pourrions-nous rester indifférents ou froids en présence de ce qui se passe aux États-Unis ? Nous ne le croyons pas. Au contraire nous comptons que ceux qui liront cette esquisse biographique feront des vœux et prieront pour que TEglise ajoute im jour au catalogue des saints, qui forment sa plus belle couronne, le nom glorieux de Jacques Marquette.

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