‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 31 sur 51 · JEANNE LEBER · texte numérisé non relu

JEANNE LEBER

EANNE LeBer naquit à Montréal le 4 jan-^ vierl662, du mariage de Jacques LeBer et de Jeanne LeMoyne, sœur de Charles Le Moyne, premier baron de Longueuil. Son père occupait un rang distingué dans le monde du commerce, et ce qui vaut mieux encore, c'était un citoyen intègre et un chrétien fervent. Son épouse ne le cédait en rien sous le rapport religieux à celui qui Tavait distinguée entre tant d'autres pour en faire sa compagne.

Jeanne eut Thonneur d'être présentée au baptême par le 45ieur de Maisonneuve, premier gouverneur de Montréal ; sa marraine fut Jeanne Mance, institutrice et première administratrice de T Hôtel-Dieu de Montréal. C'était entrer dans la vie sous d'heureux auspices, avec l'appui de tels parents et de personnages aussi pieux qu'éclairés.

L'enfance de Jeanne n'offre d'autre particularité que sa tendance vers le bien. Parvenue à l'âge de raison, son plus grand plaisir était de se trouver en tête-à-tête avec Jeanne Mance, qu'elle interrogeait sur les mystères de notre religion et tout particulièrement sur l'Enfant- Jésus. De son côté, madame Le Ber prenait un soin assidu de sa petite âme et lui inculquait les premières notions des vérités catholiques. Ainsi formée à cette double école, Jeanne Le Ber, intelligente comme elle était,,

ne pouvait manquer de mettre en pratique les conseils <{m lui étaient donnés. L'amour de la vertu grandit donc avec elle, et Tenfant devint bientôt un modèle de j)iété, de modestie et de charité.

A huit ans Jeanne Le Ber entra Comme pensionnaire au couvent des Ursulines de Québec. Ce fut Toccasion pour ses parents de faire un immense sacrifice en se séparant de leur unique fille, qui faisait l6ur consolation. Mais ils devaient être payés de retour, car leur enfant donna pendant son séjour aux U^suhnes des preuves de sa bonne éducation, et ses maîtresses ne tarissaient pas en éloges sur ses qualités du cœur et de Tesprit. Les Annales du monastère en parlent ainsi :

**Melle Le Ber étant pensionnaire dans notre maison, nous a donné, dès sa plus tendre jeunesse, des marques des plus sublimes vertus, et tout à fait au-dessus de sop âge. Mais surtout elle a fait paraître un dégoût marqué, disons mieux, un mépris, une aversion, une horreur extrême pour les maximes et les vanités du monde et tout ce qui peut y avoir rapport ; ui\ amour singulier de la retraite, du silence, et un goût décidé pour la vie intérieure et Tesprit d'oraison, qui fut toujours son attrait principal ; enfin un grand respect et une parfaite soumission pour ses maîtresses. '*

Jeanne Le Ber brillait surtout par son humilité et son esprit de pénitence. Elle en donna maintes preuves durant son séjour à Québec, soit en repoussant les petits •cadeaux qu'on lui présentait, soit en cherchant toujours les emplois les plus modestes, afin de se dérober aux applaudissements ou aux remarques élogieuses. C'est ainsi qu'un jour les religieuses, ayant monté une petite pièce théâtrale, avaient distribué les rôles un peu suivant le gré des enfants. Elles demandèrent à Jeanne Le Ber .qui elle voulait représenter. ** C'est l'Enfant-Jésus," ré-

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pondit-elle sans hésitation. Il s'agissait de figurât Tadotation des bergers à la crèche. ** Pourquoi faitesvous ce choix ? *' lui demanda-t-on. ** C'est que le saint Enfant ne dit mot, rêprit-elle, et ne se remue point, et que je voudrais Vimiter en toutes choses. "

Après sa sortie du pensionnat, Jeanne se retira chez ses parents, où elle résolut de vivre isolée, sans rapport avec le monde extérieur, afin, disait-elle, de conserver son innocence. Elle se contentait de fréquenter les sœurs de la Congrégation et de THôtel-Dieu, et surtout la sœur Bourgeoys et la sœur Macé de THôtel-Dieu, deux reli-^ gieuses de distinction, éclairées et très avancées en perfection. C'est au contact de ces vénérables servantes du Seigneur, que Mlle LeBer résolut de se séparer complète-^ ment de la foule pour vivre dans une plus grande union avec son Dieu. Au lieu d'entrer dans un cloître, comme il eût été si facile,elle crut qu'elle serait encore plus agréable àsoh divin Époux en se renfermant dans une cellule, où elle vivrait seule, dans le calme le plus profond, à l'abri de toute séduction. A l'exemple de saint Paul l'ermite, de Marie d'Egypte et de tant d'autres anachorètes qui peuplèrent autrefois les déserts, Mlle LeBer voulait, en seVetirant du monde pour vivre dans la réclusion, se donner tout entière à Dieu ; la pénitence, les austérités et la pratique de l'oraison seraient le résumé de sa vie. C'était un acte d'héroïsme, devant lequel elle ne recula point. Mais la prudence lui inspira de ne s'engager que pour cinq ans à mener une aussi sévère existence (1680- 85). Elle se retira donc dans un appartement de la résidence paternelle d'où elle pouvait facilement apercevoir l'église paroissiale. Cette fille, qui n'était âgée que de dix-huit ans et qui aurait pu vivre luxueusement, se livra tout aussitôt à des austérités et à des pénitences les plus pénibles. Elle portait une ceinture de cuir ; elle

«e donnait la discipline ; elle se privait de tout aliment délicat. Victime expiâtrice, elle crut qu'elle ne pourrait jamais assez souflFrir pour sauver les âmes des pécheurs. Ge furent quatre années de mortifications ininterrompues. Dans rintervalle, elle eut le malheur de perdre sa mère, à laquelle elle était attachée par les liens les plus étroits. Elle supporta cette épreuve avec une profonde résignation, et au lieu de se répandre en larmes, elle pria beaucoup pour Tâme de celle qu'elle avait tant aimée.

La disparition de madame Le Ber ne modifia en rien la conduite et les dispositions de la vénérable reclusCi A l'expiration des années d'épreuves, elle sollicita de son directeur la permission de s'engager pour toujours à pratiquer le même genre de vie. Le 24 juin 1685 fut le jour choisi par Mlle Le Ber pour consommer son sacrifice. M. DoUier de Casson, supérieur du séminaire et vicaire général de l'évêque de Québec, voulant que la cérémonie fut solennelle, fixa lui-même le 5 août pour recevoir les vœux de la recluse. Celle-ci avait résolu d'aller demeurer chez les sœurs de la Congrégation ; elle se choisit une petite cellule qui n'était séparée de la chapelle que par une cloison. Comme son père avait fourni la plus grande partie de l'argent nécessaire à la construction de la chapelle des sœurs, celles-ci s'engagèrent à lui procurer la subsistance jusqu'à sa mort.

Donc, le 5 août 1685, un vendredi^ Jeanne Le Ber, accompagnée, du clergé et du peuple, quitta la maison de son père, et, suivant la procession, elle se rendit à l'église de la Congrégation. Jamais Ville-Marie n'avait ^té témoin d'un aussi touchant spectacle. Vêtue d'une robe gris-blanc, retenue à la taille par un ceinturon noir, la vertueuse solitaire avait voulu imiter le costume sous lequel était apparue la sainte Vierge à la sœur Bourgeoys. Elle devait porter cet habit de pénitence jusqu'à l'article de la mort.

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