‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 47 sur 51 · DE LA TRIBU DES ONNONTAGUÉS · texte numérisé non relu

DE LA TRIBU DES ONNONTAGUÉS

A bourgade d'Onnontagué, sise au pays des Iroquôis supérieurs, semblait donner aux missionnaires Jésuites les plus belles espérances de ' conversion. Depuis longtemps déjà la peuplade 'qui rhabitait s'était atiressée aux autorités religieuses de Qtiébec, pour envoyer chez elle des religieux qui instruiraient ses habitants* dans la foi. Enfin les Jésuites se décidèrent, en 1655, de leur donner les Pères Chaumonot et Claude Dablon, deux h ommes d'élite.

L'année suivante, trois autres Jésuites et trois Frères se rendaient dans la nouvelle mission où il y avait évidemment ample moisson à récolter; les Onnontagués ouvraient leurs cœurs à l'Évangile avec une ardeur admirable. La Relation de 1657 est très explicite sur ce point.

"Deux Pères de notre Compagnie, qui ne quittent point la mission d'Onnontagué où la ferveur du christianisme est plus grande, reconnaissent dans les Onnontagheronnons une douceur de conversation et une civilité qui n'a presque rien de barbare. Les enfants y sont dociles, les femmes portées à la dévotion la plus tendre, les anciens affables et respectueux, les guerriers moins superbes qu'ils ne le paraissent. En général la complaisance que le peuple témoigne pour notre doctrine

et nos pratiques ne nous fait pas espérer de petits progrès de notre sainte foi."

Donc, le 19 septembre 1655, les Pères Chaumonot et Dablon quittaient Québec pour le pays des Iroquois. Ils y arrivèrent le 5 novembre, par la voie du Saint- Laurent et du lac Ontario. La réception des deux missionnaires fut aussi cordiale que solennelle. Le 14, qui était un dimanche, les Pères purent dire la messe dans un modeste oratoire, aménagé dans la cabane d'une femme notée par la noblesse de ses manières et Tabondance de ses biens. Cette femme s -appelait Teotonharason. Quelque temps auparavant, elle avait accompagné les ambassadeurs onnontagués, qui s'étaient rendus à Québec pour y traiter de la paix;. Elle avait assisté chez les Ursulines aux examens des petites huronnes ; elle avait en outre visité les religieuses de PHôtel-Dieu, qui l'avaient accueillie avec ses compagnes de la meilleure grâce du monde. Teotonharason était revenue de son voyage avec la détermination bien arrêtée de se faire chrétienne. L'occasion ne devait pas tarder, puisqu'il n'y avait plus d'obstacle sur son chemin.

Elle se mit à étudier le catéchisme sous la direction des Jésuites, et sa belle intelligence lui permit d'apprendre en peu de temps les principales notions de la foi catholique. Dès ce moment, elle commença l'éducation de sa mère et de sa fille. Elle leur expliqua les mystères et les fit prier avec elle. Son zèle s'étendit à d'autres personnes qui montraient plus de dispositions à entrer dans le giron de l'Éghse.

Le 16 de novembre, eurent lieu dans l'oratoire si gracieusement préparé par Teotonharason, les deux premiers baptêmes d'Onnontagués. C'étaient deux petites filles, dont une reçut le nom de Marie-Madeleine, en considération de madame de la Peltrie ; l'autre était la fille de Teotonharason.

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Le second dimanche de TA vent etif lieu un troisième baptême ; celui de la grand*mère de notre héroïne. Elle était la doyenne de sa tribu par Tâge. Les plus anciens disaient, qu'étant encore enfants, ils Tavaient connue déjà vieille et toute ridée, de sorte que, d'après leur témoignage, elle dépassait cent ans. Dieu, sans doute, lui avait accordé la faveur d'une aussi longue vie pour la mettre en possession de la vie qui ne finira jamais. L'un des Pères lui ayant montré une image de Notre- Seigneur, elle en parut si ravie, qu'après l'avoir longtemps considérée en silence, elle s'écria tout à coup, en s'adressant à celui que représentait cette image : * * Prends courage, ne m'abandonne pas ; donne-moi ton paradis après ma mort; prends courage, ne nous quittons point."

La première baptisée de l'année 1656 fut Teotonharason elle-même. Elle s'était préparée à cette action solennelle de sa vie par la prière et par un dévouement sans borne à l'œuvre des missionnaires. Elle reçut le nom de Madeleine. Dieu l'avait mise à l'épreuve. Des Hurons malintentionnés avaient semé dans la bourgade de faux bruits contre la foi et les dogmes catholiques. De leur côté, des Onnontagués lui avaient prédit des malheurs sans nombre, si elle abandonnait le paganisme. ** Aussitôt que tu feras partie des croyants, lui disaient-ils, tu seras attaquée de maladie, et toute ta famille sera accablée de misères. " Chosç étrange, dans le même temps on lui apprit que sa mère, encore catéchumène, s'était rompu une jambe, la veille même du baptême de sa grand'mère. Et, pour comble de malheur ou de bonheur, un de ses petits-fils, âgé de douze ans, qui n'avait de sauvage que le nom, très pieux et sachant bien son catéchisme, fut saisi d'une fièvre lente qui le consumait à vue d'oeil. Cette longue série de maux n'abattit pas le courage de Teotonharason. Quoique gisante sur son lit de douleurs, elle put prendre part

aux offices célébrés dans sa cabane. L'enfant amaigri, décharné, ne laissait pas le missionnaire , lorsqu'il arrivait pour présider à quelque cérémonie du culte. Rien de plus touchant que cette foi naïve qu'aucun obstacle ne peut décourager ni faire chanceler !

Ceux qui avaient prédit à Teotonharason les malheurs qui devaient fondre sur elle et sur sa famille, croyaient, en voyant leur réalisation, avoir trouvé un fort argument contre le catholicisme. Mais ils avaient compté sans la puissance de celui qui retire la santé, mais qui la restitue à qui il lui plaît et quand il lui plaît. Dieu nous envoie souvent de^ épreuves pour mieux nous faire comprendre et refconnaîtfe sa'pùissance. Tel ftit le cas de Teotonharason- On la considérait comme incu» irable. Elle-même attendait la mort d'une- minute à l'autre. Les Pères, s'àpercevant iju'elle déclinait visiblement, avaient fixé la date du 23 janvier pour la bap* tîser. La cérémonie eût lieu en éfiet cej6ur4à. Aussitôt tenuinfe, la malade commençA- à doniier des signes d'amélioration. Le mieux se continua, ainsi d'Un jour à l'autre, jusqu'à ce que la guérison fût complète. Le sacrement avait eu pour effet de régénérer son corps aussi bien que son âme.

La guérison du fils de Teotonharason lie fut pas moins extraordinaire. Son mal empirant, il ne fut plus bientôt qu'un squelette ambulant. Cependant il assistait tous les soirs à la prière commune avec tine dévotion qui paraissait sur toute sa personne. Au plus fort de sa maladie, et craignant que la mort ne fût pas lente à venir, l'un des missionnaires lui administra le baptême. La fièvre le quitta sur l'heure, comme si elle eût peur de l'eau régénératrice. L'enfant continua à se bien porter, mieux même qu'avant sa maladie.

Teotonharason ne vécut pas longtemps après ces événements. Ses exemples portèrent des fruits de

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bénédiction et de salut, non seulement dans sa propre famille, mais encore chez les sauvages de sa nation. Bien -que les Onnontagués eussent montré de bonnes dispo- :sitions à Téjgard des missionnaires, et que les anciens fussent très peu préjugés contre la religion du Christ, il restait toujours à lutter contre les mauvais garnements ^our qui un changement de vie eût été difficile, et contre l'esprit du mal, très puissant auprès de ces nations. Les «auvages se rendirent au catéchisme, d'abord par curiosité, et puis par goût. Les enfants auxquels Vintelli- ^ence ne faisait pas défaut, apprenaient facilement les leçons des Pères, et touchés par la grâce^ ils en venaient il aimer la prière et les exercices du culte. Bientôt, les Jésuites purent jouir du spectacle consolant d^u^ pieuse émulation pour le bien, de la part des mères et des enfants. L'homme, plus froid, se laissa au^si entraîner par le courant, et la petite église d'Onnont^gué devint lajoie de ses fondateurs. „. ,

Avant de prendre le chemin du ciel, Teotonharason •eut le bonheur de voir la conversion de ses oncles et de ses tantes au décUn de leur vie. La Relation nous apprend que sa mort fat celle d'une sainte. Il n'y a pas à douter de ce grave témoignage, car cette femme avait, •duranttoute son existence, donné les plus beaux exemples de charité, de mortification, d'humilité et de patience. Ses prédications avaient produit autour d'elle un enthousiasme religieux, qui se fit sentir longtemps après elle, •comme il arrive aux plus intrépides défenseurs de la foi. Ce fut une croyante dans toute l'acception du mot, et si les premiers missionnaires d'Onnontagué réussirent avec tant d'aise à implanter le drapeau du catholicisme sur -ce canton iroquois, c'est à cette héroïne qu'ils purent -attribuer la plus large part des heureux résultats de ieùrs apostoliques labeurs.

CATHERINE GAUDIAKTEUA

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