X EN GUISE DE PRÉFACE
Si tu t'en déliores^ il te restera le but humain qui ne trompe pas : seroir. Mais servir librement : non pas subir, mais VoJJrir. N'est-ce rien de commenter tes dieux, d'en défendre la mémoire, d'en redire le génie, de leur annexer des âmes f N'est-ce rien d'être un interprète spirituel, un animateur d'idées f IL existe une critique créatrice, il existe un génie qui assimile l'esprit de l'heure dans son âme poreuse et radiante, assimilant pour transformer. Echappant à la servitude professionnelle du public, du pain à échanger contre des idées, tu trouveras dans le service la grandeur réelle de notre état.
Ton vrai bien est dans la jouissance de sens très fins et dans la faculté d'enthousiasme. Tu es déjà « arrivé )) puisque tu as cette chance inouïe. Une vie pure, toute au travail donnée, te gardera ce bien. Songe que tant de millions d'êtres à face humaine, dont si peu méritent le nom d'hommes, sont aveugles à la nature et aux chefs-d'œuvre, sourds aux harmonies, insensibles aux rythmes, pauvres êtres privés, avec leur argent sale et bête, de toutes les Joies gratuites que tu possèdes. Vois-tu combien la nature a choisi pour toi la meilleure part, combien elle est bonne pour toi ? Avec une humeur gaie et un cœur libre, par-delà ta besogne va porter aux âmes inconnues qui t'attendent l'amour des âmes que tu vénères.
Ne t'hypnotise pas sur le mot : indépendant. Pour beaucoup, c'est le mot attrape. Tu verras les esclavages, les haines Jalouses, les vanités et les misères sté-