Seul
Chère tète blonde, enfant, ne te penche pas vers ces pages : tu n'éprouverais à les lire qu'un attristant dégoût, mêlé de mépris pour moi, si tu comprends mal, et si tu comprends bien, de pitié pour toi-même.
Avant de te chanter le poème, je vais te montrer la vanité dont il est fait, et la tienne, et la mienne, toute la nôtre.
Que je te dise ou non la vérité, ignore longtemps ce que je vais dire. Si je t'adresse ces lignes, ce n'est pas pour t'instruire, mais uniquement parce qu'il me plaît de tout ramener à toi.
Je te parle : n'écoute pas.
ENVOI
Toi qui ne sais rien de la vie, et qui, alternativement, l'espères et l'appréhendes, parce que tu la juges tantôt semblable à tes désirs, et tantôt incapable de leur ressembler; toi qui as lu les livres des poètes et surtout la romance de rêve que la seizième année a composée en toi; doux esprit inquiet et qui attends le Messie, tour à tour tu crois que l'amour va venir et tu doutes qu'il vienne jamais.
Rassure-toi, il viendra; désole-toi, il n'est pas l'idéal de bonheur que tu penses.
Seule tu es, seule tu voudrais ne pas être; mais cette solitude est inhérente à l'âme humaine, à cette âme que t'ont léguée les générations successives; à cette âme qui depuis des siècles se travaille d'infiui, elle qui appartient au Uni; à cette âme douloureuse et maladive, qui veut trop plus qu'elle ne peut; à cette âme enfermée dans le cercle de l'existence réelle et