LA CITADELLE
Si tu veux être grand, bâtis ta citadelle. Loin de tous et trop haut, bàtis-la pour loi seul. Qu'elle soit imprenable et vierge, et qu'autour d'elle Le mont fasse un rempart et la neige un linceul.
Bàtis^la sur l'orgueil vertigineux des cimes, Parmi les chemins bleus de l'aigle et de l'éclair. Reine de marbre blanc dans une cour d'abîmes, Lys de pierre, fleuri dans les splendeurs de l'air.
20i SEUL.
Si haut vers Dieu, si loin de ta fange première, Si loin, si haut, que les cités, clignant des yeux. Pensent voir un rayon de plus dans la lumière Et ne sachent s'il vient de la terre ou des cieux.
C'est Là qu'il faut bcàtir l'asile de ton âme.
Et pour que ton désir y soit la seule loi,
Que rien n'accède à lui de l'éloge ou du blâme,
Grave sur ton seuil blanc le mot magique : «Moi. »
Puis, cent verrous, et clos ta porte au vent qui passe ! Ferme tes quatre murs au quadruple horizon. Et si le toit te pèse, ouvre-le vers l'espace Pour que l'àme du ciel entre dans ta maison!
Alors, au plus secret de la mystique enceinte. Tu dresseras l'autel de fer, prêtre ébloui. L'autel de fer et d'or où ta volonté sainte Doit célébrer ton rêve et s'adorer en lui.
l'adorât lox. -205
Chante ! Nul n'entendra ton hymne, et que t'importe? Chante pour toi ; ton cœur est l'écho de ton cœur î Les déserts élargis rendront ta voix plus forte, Les déserts chanteront pour te répondre en chœiïr.
Chante l'amour sacré qui vibre dans tes moelles ! Chante pour le bonheur de l'entendre chanter, Chante pour l'infini, chante pour les étoiles, Et ne demande pas aux hommes d'écouter !
Seul ! Divinement seul ! Car Texil, c'est du rêve C'est le lait de la force et le pain des vertus ; C'est l'essor idéal du songe qui s'élève, Et le seuil retrouvé des paradis perdus.
Tu n'as qu'une patrie au monde, c'est toi-même! Chante pour elle, et sois ton but, et sois ton vœu ! Chante, et quand tu mourras, meurs dans l'orgueil suprême D'avoir vécu ton àme et fait vivre ton Dieu !