LA GONDOLE
Oh; les filles ! Venez, les filles aux voix douces ! C'est riieure cFoublier l'orgueil et les vertus, Et nous regarderons éclore dans les mousses La fleur des baisers défendus.
Les baisers défendus, c'est Dieu qui les ordonne. Oh, les filles! Il fait le printemps pour les nids, Il fait votre beauté pour qu'elle nous soit bonne, Nos désirs pour qu'ils soient unis.
Oli, les filles ! Vos cœurs vont mourir dans les jeûnes ; Vos seins sont de beaux fruits promis aux beaux péchés. Puisqu'il faudra mourir et que vous êtes jeunes, Cueillez les pêches aux pêchers.
Oh, filles ! Hors l'amour rien n'est bon sur la terre, El depuis les soirs d'or jusqu'aux matins rosés Les morts ne sont jaloux, dans leur paix solitaire, Que du murmure des baisers.
SLXDBAD
Ouand Sindbad-le-Mariii fut seul dans l'île morte Quand il vit Tantre noir ouvert comme une porte Sur le sombre inconnu des choses à venir; Quand dans Tombre velue il entendit hennir, Ainsi quAin troupeau blanc de cavales. Teau blême Quand devant son esprit se dressa ce problème, Le dernier, de savoir quel trépas lui plairait : Alors le naufragé connut le vain regret D'avoir préféré l'or à la maison de joie.
Là-bas riait la ville heureuse qui rougeoie
Parmi la floraison des grenadiers épais ;
Là-bas, les beaux jardins de tendresse et de paix,
L'eau qui chante en pleurant dans les vasques de marbre, Le cri des oiseaux vifs qui sautent d'arbre en arbre, Et les papillons bleus qui vont de fleur en fleur ; Là-bas les mains d'amour et leur tiède pâleur, Les chansons, les baisers, l'infatigable envie. Toute la vie, et tout le bonheur d'être en vie!
C'était dans les remords, au havre du départ, Au pays des bonheurs qu'il comprenait trop tard !
Sindbad leva les yeux vers le ciel haïssable : Désert de feu planant sur un désert de sable, L'azur fou distendait sa coupole d'acier ; Crépitants et roussis dans le double brasier, Des rocs nus dressaient haut leurs silhouettes sèches, Et dans l'air furieux dardaient comme des flèches Le dur rayonnement de leur fauve clarté ; L'horreur dormait au fond de l'espace enchanté, Et le silence était une mort infinie.
Sindbad baissa les yeux vers la terre. — Ironie ! Tout son rêve conquis ruisselait au soleil :
Un torrent de lumière ardente, un flux vermeil, Magique, de joyaux qui roulaient en cascade : Les poudres d'or glissant des aiguières de jade Pour serpenter parmi le velours des tapis ; L'aurore des saphirs et le soir des rubis S'alliant au frisson des nocturnes opales ; Les durs grenats saignant sous les turquoises pâles, Et des manteaux d'argent agrafés de corail ; Ici, sur de longs plats de lapis ou d'émail, Des fruits géants taillés dans des blocs de topazes, Et des fleurs d'améthyste éblouissant leurs vases; Là, des lingots avaient crevé de trous luisants Les coffres d'où coulait un fleuve de besants, Et des colliers royaux s'entremêlaient de chaînes ; Puis, l'eumège qui dit les trahisons prochaines, Le glauque coryndon qui garde des périls, Et des perles nageant sur des flots de béryls Comme une écume grise à la crête des vagues ; AilleurSjdefinscroissants, des bracelets, des bagues. Des médailles portant l'image des faux dieux : Et partout scintillait ce monde radieux
De splendeur jaune, rouge, orange, bleue ou verte, Cent trésors, et la terre, au loin, était couverte De diamants pareils à des astres tombés.
Sindbad tourna les yeux vers l'océan. — Plombés, Les horizons tendaient leur mur autour de Tile ; Et l'homme, prisonnier d'un triomphe stérile. Vit et sentit, brûlé de soif, rongé de faim. Que l'heure allait venir et que c'était la fin.
Exilé par son vœu, vaincu par sa victoire,
Seul à jamais, mourant d'une mort sans mémoire
Toute sa volonté défaillit dans l'effroi. Et sur des monceaux d'or il pleura, comme toi.
ROMANCE
Devant la pénombre où le soir descend Sur la vaste mer qui se décolore Et qui berce encore un flot languissant, Dame aux yeux dorés, vous êtes Faurore.
Devant la falaise énorme d'ennui
Qui tend vers le ciel sa lourde terrasse
Pour apercevoir le soleil enfui,
Dame aux gestes lents, vous êtes la grâce.
Devant la torpeur des horizons las Et des brouillards gris où le jour se noie. Quand les angélus pleurent comme un glas, Dame au rire clair, vous êtes la joie.
ROMANCE
La fraîcheur de la nuit tombe de vos yeux frais : Comme un baiser lointain de l'étoile au nuage, Comme un effleurement de la lune aux forêts, Votre regard épanche une ombre où le cœur nage : La fraîcheur de la nuit tombe de vos yeux frais.
La douceur du matin sourit dans vos yeux doux : Le printemps et l'aurore ont fleuri des venelles ; Voix des brises, chansons d'oiseaux, et près de vous On sent de longs parfums glisser de vos prunelles : La douceur du matin sourit dans vos yeux doux..,
La chaleur de midi flambe dans vos yeux chauds : L'alouette en criant monte dans l'azur libre; Le sol fume ; les foins, comme sur des réchauds, Craquent, et leur senteur vibre dans l'air qui vibre : La chaleur de midi flambe dans vos yeux chauds...