ORAISON
Oh, sache résister lorsque je te supplie, Demeure austèrement sans oreille et sans yeux Divinité, que j'ai si longtennps embellie, Ne me dépeuple pas les cieux !
J'ai décoré ton temple et dressé ta mémoire : Quand J'oserai traîner mes deux genoux vers toi, Daigne récompenser mon culte par ta gloire. Défends mon rêve contre nioi !
Si tu m'as en pitié, n'en laisse rien paraître, Et ne descends jamais du trône ou de l'autel ; Nul dieu ne doit faillir devant l'amour du prêtre : Fais que mon dieu soit immortel !
Sans fin, reste sans fin la mystique madone Sous le nimbe d'azur et d'or que tu me dois; Sois la Reine des lys qui guérit et pardonne En nous touchant du bout des doigts.
Garde de me trahir par bonté pour moi-même : Car c'est toute ma foi, ma jeunesse et ma paix, C'est toute ma vertu dont la grâce est l'emblème Qui tomberaient si tu tombais!
Elle est venue, elle a souri, la bien-aimée : Elle a dit : « Que c'est mal ! » et m'a longtemps souri : Son geste embaumait l'air comme un jardin fleuri, Et la chambre s'en est lentement parfumée, Et j'ai cru que la terre était montée aux cieux... 0 bien-aimée ! Et puis, elle a fermé les yeux , Gomme d'autres, hélas, hélas, la bien-aimée.