AUTOMNE
.Sous le voile flottant des brumes violettes, Voici frémir les bois d'automne, et les buissons Hérissent la maigreur de leurs frêles squelettes Que le soir trouble de frissons.
Le vent roux, dont la voix n'est pas encor farouche, Souffle dans le sentier qui commence à jaunir; On dirait qu'un adieu se traîne sur la bouche De quelqu'un qui doit revenir :
L'adieu sans désespoir d'une force assouvie, Un peu lasse, et qui va se reposer un peu ; Et la langueur de ceux qui connaissent la vie Se môle aux chagrins de l'adieu.
L'air qui s'attriste endort les chants qui vont se taire Tout s'apaise, une paix en deuil, chants apaisés : C'est la trêve à l'amour qui descend sur la terre Après la fête des baisers.
Et là-bas, seule au fond des plaintives allées. Celle qui sut aimer s'achemine en rêvant ; Elle marche : sa robe est couleur d'azalées Et son voile s'enfle de vent.
La belle au bois mourant s'en va, s'arrête, écoute ; L'âme du paysage erre dans ses cheveux; Les arbres fraternels se penchent sur la route De la sœur qui comprend leurs vœux.
Cassant les rameaux secs du bout de son ombrelle, Elle passe, et son rêve est triste de passer, Car nul printemps d'amour ne renaîtra pour elle De l'hiver qui va commencer.