‹ SeulChapitre 132 sur 145 · MENSONGES · texte numérisé non relu

MENSONGES

Mon cœur extasié qui s'enivrait de toi

A savouré longtemps et bu goutte par goutte

Les flots d'amour trompeur que tu versais sur moi.

Je te demandais grâce et je t'aspirais toute Quand un mensonge encor chantait dans tes chansons Pour endormir ma peine ou pour bercer mon doute.

Car les mots, sur ta lèvre émue, avaient des sons Frais comme l'angélus qui tinte sur la plaine, Chauds comme le soupir qui courl dans les moissons.

Embaumant ton parjure au vent de ton haleine, Tu gazouillais sans rire un risible serment, Et voilà que ma vie en est à jamais pleine,

Pleine à tout jamais, pleine inguérissablement !

Ne blasphémons jamais les mensonges d'hier. Et respectons en eux notre extase et nos cultes; Si l'erreur était douce, aimons-la d'un cœur fier : Ce qui fut du bonheur doit mourir sans insultes!

Remercions notre hôte et le banquet fini : . Si le vin fut douteux, l'ivresse était sincère. Et que le savoureux mensonge soit béni. Puisqu'il fit de la joie avec notre misère!

Le rêve était joyeux, acceptons le réveil ; Le jour fut beau, pourquoi la rancune et la plainte? Si nos yeux n'ont pas vu les taches du soleil, Le soleil est sans tache et sa lumière est sainte!

Le bonheur, c'est d'y croire, et nous avons bien cru! Que toute vérité soit faite de mensonges, Qu'importe? Rendons grâce au chemin parcouru Pour l'instant d'oasis qu'ont traversé nos songes!

Saluons le passé qui fut clément pour nous, Etna transformons pas la prière en blasphème; Vénérons nos dieux morts et restons à genoux : Les dieux qui ne sont plus furent les dieux quand même !

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