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LE GRIME

J'ai vu, dans la maison mystérieuse, un crime : Deux êtres sont cloîtrés dans un logis lointain, L'ogre et l'enfant, auprès du bourreau, la victime Tout seuls, de Taube au soir et du soir au matin.

Dès qu'il voit du ciel bleu par les fenêtres closes, L'enfant voudrait chanter, mais l'ogre a toujours faim ; Et l'on entend craquer les os sous les dents roses, Et l'immortel enfant ressuscite sans fin.

— (( Laisse-moi regarder les fleurs, je voudrais vivre ! » L'enfant rêve d'un beau chevalier, lance au poing; Mais le beau chevalier qui passe et qui délivre, C'est peut-être la mort et la mort n'entend point.

L'enfant saigne et gémit; l'ogre raille et tourmente, Et toujours ils sont là, Tun doux, l'autre moqueur, Toujours ensemble, et seuls, et mon cœur se lamente, Et mon esprit s'acharne à dévorer mon cœur.

La porte du songe est fermée.

Les paradis sont dévastés :

Celle qui fut la bien-aimée Ne marche plus à mes côtés.

L'ange ne vient plus quand j'appelle La madone a tué la foi.

Et j'ai besoin d'être auprès d'elle Pour la sentir auprès de moi.

L'amante a tué la déesse Qui rayonnait sur un ciel d'or.

Et j'ai besoin de sa caresse Pour savoir que je l'aime encor.

Couples d'amour, amants heureux des bien-aimées 1 Ne cherchons pas pourquoi les fleurs sont parfumées ; Dormons notre sommeil sur les fleurs d'aujourd'hui. Humons-les, sanspenser qu'elles sontdes problèmes; Sachons ne rien savoir d'elles ni de nous-mêmes : J'ai tué mon bonheur à regarder en lui!

L'illusion se décolore.

Le rêve a peur, l'espoir s'enfuil.

El rien ne répond quand j'implore L'inutile paix de la nuit.

Dans la Diane profanée J'ai trouvé la sœur des houris :

Depuis que l'une s'est donnée, Voilà que l'autre a tout repris.

Et la même n'est plus la même; Elle s'est chassée à jamais :

La femme que j'aime et qui m'aime N'est plus la femme que j'aimais.

Elle est belle avec plus de charmes, Et plus tendre d'avoir osé ; J'ai plus de joie et moins de larmes, Mais je regrette le passé.

0 cœurs faibles, cœurs faux à force de faiblesse. Nos cœurs ! Toujours mentir, et pourquoi faut-il donc Que la main qu'on aimait soit la main qui nous blesse ?

Toujours tant de traîtrise après tant d'abandon! — Toi qui mettais jadis ton plaisir à me plaire, Donne au moins l'indulgence à qui t'offre un pardon.

Et qu'un peu de regret se mêle à ta colère !

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