‹ SeulChapitre 134 sur 145 · FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES

Tu vis pour d'autres, chère morte, Et la foule ne sait pas Qu'il faut pleurer le trépas

De ta jeunesse qu'on emporte.

Les gens qui n'ont vu ni linceul Ni cierges dans la chapelle Diront : « Cette femme est belle

Et je t'ensevelirai seul.

Mais j'ai bâti ton mausolée, Et, sûr du deuil éternel, Je pleure comme Rachel

Qui veut n'être pas consolée.

C'est l'histoire navrante et banale, la nôtre ! — S'ignorer, n'avoir rien soupçonné l'un de l'autre, Passer, et s'approcher sans désir ni tourment; Vivre : parler de tout, de rien, et lentement Apprendre à se connaître et comprendre qu'on s'aime; Puis, s'aimer, n'en rien dire et tout dire quand même, S'aimer, et que demain soit frère d'aujourd'hui! S'aimer, ne plus s'aimer, n'en rien dire, et l'ennui; Vivre encore : et l'adieu près de la route double; Et vivre : et c'est déjà le passé qui se trouble, C'est le chemin de mort qu'on fait en maugréant. Jusqu'à l'oubli, jusqu'au cercueil, jusqu'au néant.

Page 1