FUNÉRAILLES
Tu vis pour d'autres, chère morte, Et la foule ne sait pas Qu'il faut pleurer le trépas
De ta jeunesse qu'on emporte.
Les gens qui n'ont vu ni linceul Ni cierges dans la chapelle Diront : « Cette femme est belle
Et je t'ensevelirai seul.
Mais j'ai bâti ton mausolée, Et, sûr du deuil éternel, Je pleure comme Rachel
Qui veut n'être pas consolée.
C'est l'histoire navrante et banale, la nôtre ! — S'ignorer, n'avoir rien soupçonné l'un de l'autre, Passer, et s'approcher sans désir ni tourment; Vivre : parler de tout, de rien, et lentement Apprendre à se connaître et comprendre qu'on s'aime; Puis, s'aimer, n'en rien dire et tout dire quand même, S'aimer, et que demain soit frère d'aujourd'hui! S'aimer, ne plus s'aimer, n'en rien dire, et l'ennui; Vivre encore : et l'adieu près de la route double; Et vivre : et c'est déjà le passé qui se trouble, C'est le chemin de mort qu'on fait en maugréant. Jusqu'à l'oubli, jusqu'au cercueil, jusqu'au néant.