AU LARGE
Le vent s'est endormi sous la nuit qui s'endort : j
L'océan lassé renonce à l'effort.
La mer se berce au loin, ténébreuse et plaintive : \
Est-il vrai qu'on vive et faut-il qu'on vive?
La voile pend au mât comme un drapeau mouillé : i
Mon être oublieux se sent oublié.
Nul horizon ; le ciel se confond avec l'onde
Par delà le gouffre, il y a le monde.
'21 ï SEUL.
Sur la mer qui se plaint, la barque s'alanguit : Des plaintes encore et partout la nuit.
Un flot toujours changeant, un cri toujours le même Suis-je sûr d'aimer les choses que j'aime?
Comme le vent et Teau ma volonté s'endort Au roulis que font les flots et la mort.
N'est-ce pas, vieille mer inutilement triste, Que je suis une ombre et que rien n'existe?