XXVIII ENVOI
artères, et c'est pourquoi le travail s'accomplira sans qu'on s'en aperçoive et sans qu'on le puisse arrêter, même si l'on voulait. On pourrait vivre an jour sans aliments, mais on ne saurait vivre une minute sans la circulation sanguine, et c'est pourquoi le cœur nous battra malgré nous ; on pourrait vivre des années sans aimer, mais, afin que nul ne l'oublie toujours, l'amour nous viendra malgré nous, et sans nous.
On nous impose nos devoirs sans daigner nous les expliquer, sans même daigner nous les prescrire : nous obéissons sans le savoir, alors que nous croyons le plus déployer notre libre arbitre.
C'est bien. Si la nature nous eût laissé quelque choix, nous aurions pu ne pas l'exercer, ou le mal exercer : l'instinct était plus sûr, et le hasard.
A quoi d'ailleurs la liberté nous eût-elle servi? Mieux valait nous en laisser simplement Tapparence.
Pourvu que nous nous croyions libres de placer nos tendresses, qu'importe, même à nous, qu'il n'en soit pas ainsi ? Pourvu que nous conservions la chère illusion, qu'importe la vérité que nous ne savons pas ?