IV ENVOI
permis et promis est plus humble que ton souhait.
Seul, avec cette soif de communion profonde qu'il a progressivement développée en lui, l'homme reste seul à côté des hommes : on peut mourir d'ailleurs sans l'avoir su, et telle est la récompense des simples, à qui appartient ainsi le royaume du ciel; mais nous, à qui la Grâce fut refusée parce qu'une autre chose était donnée, nous savons notre solitude : « L'âme humaine vit en perpétuel exil, et l'amour n'est pas la fin de cet exil. »
Finir l'exil ! Il l'interrompt, et là s'arrête tout ce qu'il peut; il nous accorde les minutes, ces minutes d'eflusion qui valent toute la vie et font croire à leur éternité; mais elles passent, reviennent, et passent encore, mortelles comme nous, car nous sommes par essence incapables de les prolonger; et si Tamour ne peut donner ce que nous en réclamons, c'est que nous réclamons de lui plus q-ue nous ne pouvons donner nousmêmes.
ENVO
La vérité de cet axiome te semblera triste. Hélas ! elle ne l'est même point, car il importe peu que cela soit ainsi ou autrement.
Que l'amour nous procure ou refuse ce que nous attendons de sa venue, cela n'est pas en question, car il ne s'agit pas de nous : il s'agit de bien plus que nous, et les intérêts qui se jouent à l'heure où nous aimons sont supérieurs aux nôtres.
Nous n'aimons pas pour nous : l'amour n'existe pas pour donner le bonheur aux vivants, mais pour en perpétuer les races; il ne vise point l'individu, mais l'espèce. Si la Loi mit dans l'amour les joies les plus nobles et les voluptés les plus intenses qui soient permises aux créatures, elle les mit comme un moyen et non pas comme un but. Elle fit de l'amour notre suprême ivresse, parce que dans le résultat de l'amour résidait la suprême nécessité. Elle veut